Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....

jeudi 14 mars 2019

Haut le choeur





Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Editions : Taurnada




"Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver". Depuis qu'Eloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l'angoisse que la criminelle sanguinaire s'évade de prison... Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d'Eloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse... Une promesse de sang.
Paru le 14 mars 2019

Mon avis :

Alix est une jeune journaliste lorsqu'elle écrit un ouvrage sur Eloane Frezet, redoutable tueuse en série, qu'elle interviewe longuement. Lorsque cette dernière demandera une liberté conditionnelle, c'est ce livre qui pèsera à charge dans la balance et qui poussera le juge à refuser. Dès lors, Eloane n'a qu'une envie, se venger d'Alix... La menace est réelle, et ébranlée, la journaliste ira jusqu'à changer de spécialité...

Depuis, malgré cette épée de Damoclès, elle mène une vie plutôt tranquille auprès de son époux, médecin légiste. Le couple est  heureux, soudé, très complice.
Mais un simple coup de téléphone va balayer le fragile équilibre qu'elle s'est reconstruit. Eloane s'est échappée de prison et s'est empressée de le lui faire savoir...

S'en suit un véritable jeu du chat et la souris, parsemé de violence, de peur, de cadavres...et de musique.

Un roman difficile à poser tant la tension enfle page après page... les morts s'accumulent, la police se démène, mais la tueuse est une redoutable adversaire qui ne laisse rien au hasard et les impasses s'accumulent. Aucun indice sur ses motivations, il faudra reprendre les enquêtes passées, chercher des liens, s'attendre à tout  et pourtant rien ne pouvait présager le pire....

Je ne vais pas m'étendre plus longuement, le roman est court et ce serait dommage de trop en dévoiler. J'ajouterai juste que la fin est incroyable, violente, inédite....le titre et la couverture prennent alors tout leur sens, c'est terriblement bien pensé !

Un excellent thriller au suspense soutenu, d'une redoutable efficacité , impossible à lâcher....

Un grand merci aux Editions Taurnada et à Joël Maïssa 
pour cette nouvelle découverte.
J'aime décidément beaucoup la ligne éditoriale de cette petite maison d'éditions.


Mon appréciation : 📚📚📚📚



mercredi 6 mars 2019

Sommeil aboli




Auteur : Christophe Mogentale
Editions : Auto-édité



Après la catastrophe de Chanoo, la guerre civile fait rage au sein du monde de Nanek. Trois hommes s’allient dans la volonté de créer un monde meilleur. C’est ainsi que la cité-bulle de Machia voit le jour. Sa spécificité ? le Sommeil Aboli, une pilule obligatoire qui neutralise votre besoin de sommeil. Le temps vous appartient désormais, mais plus celui de rêver. Considéré comme un loisir illégal, ce que l’on appelle dorénavant les drims, est devenu une nouvelle drogue.

Premier précepte des Drimeurs : Ne jamais consommer ses propres rêves

Arty Halfidre est un drimeur, brisant les règles du Sommeil Aboli, il vend ses propres rêves. Travaillant entre Machia et les extérieurs, il se retrouve impliqué malgré lui dans les complots qui visent la cité. En effet, certains de ces drims semblent produire des effets étonnants sur ceux qui les consomment. Au fil du temps, Arty commence à douter. Qui l’utilise afin de nuire ? Machia ressemble-t-elle vraiment à la cité de liberté que son père avait imaginée ? En qui peut-il avoir vraiment confiance et où se cache la vérité ?
Paru le 24 septembre 2018

Mon avis :

 Machia,  nouvelle cité exemplaire née après catastrophe et guerres, présente une image idyllique. Dorénavant, on ne perd plus de temps à dormir, la pilule Sommeil Aboli permet d'étirer le temps et d'avoir foison de loisirs après le travail. Tout semble au mieux et pourtant.... un trafic se développe autour des drimeurs, ces hommes qui prennent le risque de dormir et d'enregistrer leurs rêves qu'ils vendent sous le manteau parce le rêve a désormais disparu en même temps que le sommeil...

Arty Halfidre, protégé d'un des fondateurs de Machia, s'adonne à ce commerce illégal. Sa position et ses fonctions lui donnent une grande liberté de mouvement. Il peut sortir quotidiennement de Machia vers Les Extérieurs, contrées dangereuses où il vend ses disquettes de drims au prix fort. 
 Mais peu à peu, Arty devient l'enjeu de sombres machinations, ses rêves lui échappent et il va devoir démêler le vrai du faux, découvrir ceux qui le trahissent. 

J'ai beaucoup aimé l'univers imaginé par l'auteur, cette cité idéale où le sommeil n'existe plus, où le temps appartient à chacun.... et où le bonheur n'est malgré tout pas garanti pour tous. Qu'en est-il d'une société sans rêves, une société policée dont les lois impitoyables que l'on découvre peu à peu sont le revers de la médaille. Que reste-t-il des idéaux des fondateurs de Machia si ce n'est des obligations et des interdits et un constat de danger imminent...
L'Art est devenu terne et convenu dans la cité : "...aucun art ne peut émerger facilement d'un tel monde, où la population se contente de la réalité." (p.190) dit un des protagonistes du récit. Et l'Art n'est-il pas le garant de notre humanité, l'expression des rêves et des souffrances des populations... L'auteur soulève les questions et laisse ses personnages y répondre de multiples façons, chacun avec ses convictions. Aucun manichéisme chez eux, tous sont denses et contiennent une part d'ombre.. 

Outre le thème autour de la société, du bonheur, j'ai beaucoup aimé la construction du roman,
en premier lieu le récit toujours intéressant qui mêle aventures, exploration scientifique (j'ai adoré le passage avec R5P, j'aurais tellement voulu qu'il se prolonge !), romance, réflexions, qui parle d'amitié, de loyauté, de désobéissance...  mais aussi l'alternance des narrations qui apporte une vraie dynamique :  le récit en lui-même entrecoupé de drims en italique surprenants , de lettres envoyées et reçues. Tout s'enchaîne parfaitement jusqu'au final inattendu et étourdissant qui d'un seul coup donne une nouvelle perspective à tout le roman que l'on ne peut s'empêcher de reprendre, de feuilleter. Tout s'agence, prend sa place dans un prisme nouveau et tellement intelligent.

Une excellente lecture, pleine de surprises, de profondeur, maîtrisée de bout en bout jusqu'à ce final remarquable, un livre avec une véritable âme, qui ne se termine pas à la dernière page mais vous poursuit encore un temps...

Je remercie tout particulièrement l'auteur pour l'envoi de son roman, pour sa confiance ... 
Merci pour cette belle découverte !

Mon appréciation : 📚📚📚📚

mardi 26 février 2019

Toute la ville en parle



Auteur : Fannie Flagg
Editions : Cherche Midi



Plus qu'un roman : un appel au bonheur !

L'auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l'histoire d'un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu'à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. Et c'est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d'un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l'autre, si d'inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie, et la mort, de cette paisible petite communauté.
Paru le 7 février 2019

Mon avis :

Quel livre original !
Il ne s'agit en aucun cas d'un récit linéaire classique, mais plutôt de l'histoire d'une petite ville depuis sa création en 1889 jusqu'en 2021 et ce à travers foison de personnages, anecdotes, faits divers, lettres...

Il y a bien sûr des personnages récurrents, la famille fondatrice avec le charismatique Lodor Nordstrom et sa femme Katerine, Elner et ses sœurs, l'attachante institutrice... etc
A travers les petites parcelles de leurs vies, drôles, émouvantes, surprenantes ce sont toutes les émotions humaines que l'on rencontre :  l'amour, l'amitié, l'entraide mais aussi le vice, la violence... et c'est d'une façon un peu désinvolte, décalée et pleine d'humour que l'auteur raconte les faits, ironise avec tendresse sur les travers de ses personnages, leurs singularités. Elle réussit le tour de force de nous les rendre attachants, familiers en deux pages, même ceux qui ne font que passer, de nous émouvoir et de les croquer tous avec leurs défauts et leurs qualités en quelques lignes.

En racontant le quotidien de Elmwood depuis la première maison édifiée dans un coin reculé, l'auteur déroule une véritable page d'Histoire avec ses progrès techniques, l'évolution de la musique, de la danse, l'apparition du cinéma, les guerres. Certains grands noms apparaissent au détour d'un chapitre, des clins d’œil savoureux sont parsemés au fil du récit comme l'arrivée de Bonnie and Clyde. ...

Les protagonistes se succèdent, disparaissent mais pas tout à fait encore...Et ils se retrouvent au cimetière juché en haut d'une colline qui domine la ville, comme un premier pallier après la mort, un endroit apaisant où ils s'attendent, se retrouvent, discutent et observent la vie qui continue et se transforme...

Il y a un brin de nostalgie et de tristesse quand on sent la société passer de cette formidable fraternité à l'individualisme moderne, quand on voit la ville s'éteindre peu à peu....

Une jolie fin, un peu sous forme de conte, vient clôturer cette chouette lecture dont j'ai beaucoup  aimé l'esprit, la fraîcheur, la plume déliée et sensible.
Je ne connaissais pas Fannie Flagg et je lirai avec plaisir d'autres de ses romans ! 

Un grand merci à Léa au Picabo River Book Club et aux Editions Cherche Midi
pour cette belle lecture...



Mon appréciation : 📚📚📚





dimanche 24 février 2019

Un poisson sur la lune




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister



"Les gens seraient-ils en réalité tous au bord du suicide, toute leur vie, obligés de survivre à chaque journée en jouant aux cartes et en regardant la télé et en mangeant, tant de routines prévues pour éviter ces instants de face à face avec un soi-même qui n'existe pas ? " Tel est l'état d'esprit de James Vann lorsqu'il retrouve sa famille en Californie – ses parents, son frère cadet, son ex-femme et ses enfants. Tous s'inquiètent pour lui et veulent l'empêcher de commettre l'irréparable. Car James voyage avec son Magnum, bien décidé à passer à l'acte. Tour à tour, chacun essaie de le ramener à la raison, révélant en partie ses propres angoisses et faiblesses. Mais c'est James qui devra seul prendre la décision, guidé par des émotions terriblement humaines face au poids du passé, à la cruauté du présent et à l'incertitude de l'avenir. David Vann revisite son histoire familiale et réussit une confession spectaculaire, mêlant subtilement réalité et fiction pour livrer une implacable réflexion sur ce qui nous fait tenir à la vie.
Paru le 7 février 2019

Mon avis :

Un livre particulièrement bouleversant, de ceux qui vous touchent au plus profond de l'intime... J'ai mis beaucoup de temps à écrire ma chronique, j'ai eu un mal fou à trouver les mots pour délivrer toutes mes impressions.

Jim Vann est un homme en pleine dépression au bord de l'abîme. Il est à un moment clé de son existence, un moment où il prend la mesure du chemin parcouru, une sorte de bilan sur sa vie affective et professionnelle, ses couples ratés, ses infidélités, ses désirs contrariés, ses mauvaises décisions....
Il décide de se retourner vers les êtres qui lui sont chers dans une tentative désespérée de retrouver un sens à sa vie, de retrouver l'envie de continuer mais son parcours sonne très vite comme un dernier adieu.

Que d'émotions dans ce récit !
Il y a la famille avec tous les efforts touchants du jeune frère, l'impuissance désespérée de la mère, l'affection silencieuse du père, l'insouciance des enfants....quelques moments de grâce parfois mais beaucoup de déchirements...
On suit les pensées de cet homme désincarné, ses confrontations aux autres. Les filtres disparaissent , le sens de la politesse, les codes de la société sont gommés, il est cru, direct, acerbe et raconte ses errances et le sexe comme seul palliatif, mais un sexe miteux, profondément insatisfaisant.
Il y a la parole, les mots dits, les sentiments énoncés et une distanciation avec lui-même comme s'il se regardait vivre. Le prisme en est vertigineux : vacuité de la vie, passé foiré, présent vide. Il se sent comme dépossédé de sa propre vie, à l'extérieur de tout, et sa solitude est abyssale...

Malgré une fin annoncée, la tension enfle page après page, nourrie par cette fascination morbide pour les armes qui revient constamment, cet attrait dont il ne peut se défaire, la puissante sensation qu'elles procurent une fois dans la main et puis l'idée de partir en emportant les autres qui jaillit régulièrement...

Ce qui est encore plus bouleversant c'est qu'on touche du doigt la réalité du récit, l'histoire de l'écrivain-fils qui retrace les derniers jours de son père sans aucun faux-semblant dans une quête déchirante pour comprendre, qui met bout à bout les morceaux connus en comblant les vides avec une extrême sensibilité.  Le texte en lui-même est tellement juste et profond avec une telle authenticité...
Ce livre m'a profondément touchée, bousculée, questionnée. Un grand roman percutant que je n'oublierai pas de sitôt !

Un grand merci à Léa au Picabo River Book Club et aux Editions Gallmeister
pour cette émouvante découverte...



Mon appréciation : 📚📚📚📚






samedi 16 février 2019

Bleu Calypso





Auteur : Charles Aubert
Editions : Slatkine & Cie




Niels Hogan, quarantenaire bourru, a rompu les amarres. Profitant d'un plan social, il s'est installé au sud de Montpellier, dans une cabane de pêcheur, et vit de sa nouvelle activité d'artisan : il fabrique des leurres pour la pêche au bar. 
La vie simple, la douceur du temps, l'ermite n'a qu'un ami, son voisin, Vieux Bob, lui aussi en rupture, qui attend la visite de Lizzie, sa fille, journaliste. 
A l'occasion d'une partie de pêche, Niels découvre un cadavre. C'est le premier d'une longue liste de noyés. D'abord suspecté, Niels remonte l'enquête avec Lizzie.
Paru le 3 janvier 2019

Mon avis

Une excellente lecture en premier lieu pour le style narratif que j'ai adoré, puis pour l'histoire bien ficelée et enfin pour les personnages charismatiques !

Niels est retiré dans sa cabane, retranché du monde et de ses préoccupations... Il respire son environnement, le savoure et ne garde qu'une vraie relation avec un de ses voisins Vieux Bob tout aussi sauvage que lui. La vie s’égrène au fil des saisons et de la pêche, sa grande passion. Pour gagner sa vie, il fabrique désormais des leurres qu'il vend via un site internet ou à des habitués du coin.

Lorsqu'il découvre un cadavre dans un étang près de chez lui, sa tranquillité va s'envoler...  Ce mort s'inscrit dans une série de noyés suspects dont il n'avait pas eu vent jusque là et l'enquête - menée par les inspecteurs Franck et Malkovitch, un de ses clients et un nouveau venu énigmatique, tatillon et soupçonneux - va très vite l'élever au rang de suspect....

Comme si cela ne suffisait pas déjà, Lizzie, la fille insoupçonnée de Vieux Bob débarque dans sa vie. Brillante, impétueuse, insolente, ce feu follet va bouleverser son petit quotidien tranquille. Journaliste, elle s'intéresse très vite à l'affaire et décide de l'entraîner bien malgré lui dans des investigations périlleuses. Cet homme un brin renfermé va subir de plein fouet la volonté farouche de la jeune femme et ne saura jamais résister à ses requêtes. Quel savoureux duo improbable ! Leur rencontre amène des moments de confrontation délectable, des dialogues enlevés, réalistes, drôles et des instants de grâce aussi...

Tous les personnages sont denses et nous réservent des surprises, certaines de taille.... mais je n'en dirais pas plus pour préserver le plaisir de chacun.

J'ai absolument tout aimé dans ce livre, l'intrigue policière dense et parfaitement menée, mais pas que, loin de là .... J'ai adoré le style d'écriture, ce narrateur à la première personne qui raconte ses  émotions, ses déboires et ses passions, la plume tantôt familière, tantôt recherchée et travaillée, souvent poétique semant foison d'images, d'expressions qui m'ont donné à plusieurs reprises envie de relire quelques lignes juste pour le plaisir... Puis il y a l’environnement, la région de Montpellier et ses pièces d'eau que les mots rendent palpables. L'auteur construit un véritable décor donné à voir, à sentir, la plume devient graphique, sensible. C'est  reposant, c'est beau tout simplement...
Et pour finir, il y a le thème de la pêche qui est bien loin de mes préoccupations personnelles et qui pourtant m'a captivée tout au long du récit. Il y a quelque chose de fascinant dans la façon de raconter de l'intérieur l'osmose avec la nature, le respect, la lutte entre l'homme et le poisson et le "catch and release" qui témoigne d'une philosophie particulière. Sans compter la fabrication des leurres qui s'élève au rang d'art au point de m'avoir donné envie d'aller fouiller sur le net pour en voir quelques spécimens...


Une superbe découverte vraiment, un livre que je suis ravie d'avoir sur mes étagères et
que je relirai à coup sûr tant j'en ai aimé la plume ! 

Un grand merci à Babelio et aux Editions Slatkine &Cie !


Mon appréciation📚📚📚📚 +




tous les livres sur Babelio.com

samedi 2 février 2019

Vice vers'âmes




Auteur : Muriel Rawolle
Editions : Auto-édité


À la suite d’une expérience de mort imminente, Samuel, jeune étudiant du XXIe siècle, se retrouve propulsé dans le corps de l’une de ses vies antérieures : Clémence, une jeune bourgeoise de 1851. Et vice-vers’âmes. D’abord persuadé d’être victime d’effets hallucinogènes, Samuel doit s’adapter tant à la physiologie féminine, à la soumission et aux coutumes matrimoniales qu’elle implique qu’à l’absence de technologie du XIXe. Tandis qu’au XXIe siècle, Clémence, persuadée d’être amnésique et de se souvenir d’une vie antérieure, tente de s’approprier une enveloppe charnelle, une existence et une époque qu’elle croit siennes jusqu’au jour où le doute n’est plus possible. Car au XIXe, avec son tempérament et sa personnalité un brin narcissique, Samuel transforme la jeune bourgeoise qu’il incarne bien malgré lui en une débutante dont les salons et les personnages historiques se disputent la compagnie. Ce tourbillon étourdissant n’a qu’un but : dans ce siècle où l’ésotérisme se développe, trouver le médium qui lui permettra de revenir à son époque
Paru le 2 novembre 2018

Mon avis

J'ai parfois un peu de réticence à lire les livres auto-édités parce qu'il faut être honnête, on y trouve de tout, le meilleur comme le pire, et puis parfois je me laisse tenter par un résumé, un thème, un avis (en l’occurrence celui de Zaphrinia du blog Les sortilèges des mots 😉) et je suis absolument ravie d'avoir demandé à lire ce livre, une très chouette lecture pleine de jolies trouvailles.

De nos jours, Samuel détestable, véritable goujat , imbu de sa personne. un langage familier, parfois même grossier, vit en colocation avec Gaspard.
XIXe siècle, Clémence est une jeune fille effacée, mal aimée. Affectée du syndrome Gilles de la Tourette, elle vit cachée de la société entre une mère dévouée et un père dur et froid.

Lorsque Samuel se laisse convaincre d'avaler un ecstasy et Clémence chute d'une balustrade suite à un moment d'intense émotion, tous deux sont confrontés à une mort imminente. A ce moment précis, la porte du temps se lézarde et l'un prend la place de l'autre...
J'adore le thème du voyage dans le temps et celui-ci est particulièrement bien amené avec pour originalité le changement de sexe, l'expérience prend une dimension supplémentaire surtout au vu des personnalités des deux protagonistes.

Samuel va faire l'apprentissage de la vie d'une jeune fille dans ce qu'elle a de plus étriquée puisqu'il se retrouve à une époque rigide, où les carcans de la société dictent la conduite de chacun et où les femmes avaient bien peu de libertés. 
Clémence va découvrir l'émancipation, l'amitié, le confort, tous les possibles...

Dans cette situation, pour le peu singulière, c'est judicieusement Samuel qui comprend le plus vite ce qui s'est passé parce qu'issu d'un siècle plus éclairé. Clémence imagine seulement l'idée d'une réminiscence d'une vie antérieure.

Chacun va  bouleverser la vie de l'autre, Clémence va apaiser les relations que Samuel entretenaient avec la gente féminine, mais son voyage dans le temps aura un impact plus intime, il va lui permettre de s'affirmer avant tout.
Quant à Samuel, il va prendre la mesure du peu de liberté offerte aux femmes, changer son regard sur elles et avec sa fougue et son aplomb, il va chambouler toute la maison,  renouer avec le père, ouvrir des nouvelles portes....

C'est un livre très agréable à lire, avec un rythme soutenu servi par une alternance des points de vue et des époques. C'est prenant, léger, plein d'humour et on y trouve foison de détails sur le XIXe renseignés par des notes de bas de page toujours intéressants, mais aussi des références populaires et culturelles sur notre époques. 

Outre le côté aventure, de véritables réflexions sur de nombreux thèmes sont distillées au fil des pages : sur la condition féminine, sur la société de consommation, sur l'alimentation, la pollution, sur le progrès, ce qu'on a gagné mais ce qu'on a perdu aussi, le tableau est intéressant. Il y a même un  focus sur l'ésotérisme et les charlatans.

J'ai adoré le côté iconoclaste respectueux du roman... On y côtoie des grands personnages historiques : Jules Verne, Victor Hugo.... Et l'auteur dont on sent la réelle admiration pour ces derniers, joue de la présence de Samuel pour infléchir le cours de leurs œuvres, le clin d’œil est amusant et bien trouvé... De même Samuel importe quelques chansons de notre temps au XIX et c'est savoureux !

L'auteur se livre à un exercice de style sur le langage, elle joue sur les contraste de personnalités de ses deux héros, il y a une vraie distorsion entre le côté très policé de la société du XIXe et le langage plus que familier parfois de Samuel, ainsi que de la retenue de Clémence au milieu d'un siècle plus libéré... Je me souviendrai longtemps de son "Fichu cochon" ! ...

Je me demandais comment pourrait se terminer une telle histoire et si le final était un peu prévisible, j'ai trouvé très intelligent et tellement original l'histoire de la malle qui clôture cette aventure extra ordinaire. Elle ouvre un possible sur une suite d'aventure, on a une idée de l'avenir de l'un mais pas de l'autre..... peut être un tome 2 ... je croise les doigts !  

Une très chouette lecture, légère, drôle, originale, immersive, pleine de péripéties et avec une jolie profondeur dans le propos.

Je suivrai avec grand plaisir les prochaines sorties de Muriel Rawolle
et je la remercie de sa confiance.

Mon appréciation📚📚📚📚,

lundi 28 janvier 2019

La griffe du diable




Auteur : Lara Dearman
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



" Je n'ai pas peur du noir... juste de ce qui s'y cache. " 
Poursuivie par ses démons, Jennifer Dorey a quitté Londres pour retourner dans sa maison d'enfance avec sa mère, à Guernesey, où elle est devenue reporter au journal local. Elle pensait pouvoir souffler un peu. Elle avait tort.
Quand le cadavre d'une jeune femme s'échoue sur une plage, la journaliste mène sa propre enquête et exhume plusieurs morts similaires qui s'étendent sur une cinquantaine d'années. Plus troublant encore, toutes les victimes avaient sur le bras des marques semblables à un symbole gravé sur un rocher de l'île : les " griffes du diable ", dont la légende veut qu'elles aient été laissées par Satan lui-même...
Paru le 16 novembre 2017

Mon avis :

Un polar comme je les aime avec une enquête minutieuse, une intrigue dense, une véritable ambiance et des personnages charpentés et attachants.

Trois personnages principaux, trois voix :
- Jennifer Dorey revient chez sa mère sur son île natale Guernesey après quelques années d'études et de travail à Londres. Reporter, elle couvre des petits articles pour le journal local. Lorsque le cadavre d'une jeune femme est découvert, la jeune journaliste va vouloir en savoir plus et finir par découvrir que cette mort n'est peut-être pas accidentelle ni isolée comme on pourrait le penser....

- L'inspecteur Michael, un homme tatillon à la droiture exemplaire, ne s'est pas fait que des amis au sein de son équipe. L'affaire lui est confiée et son passé douloureux lui donne une aptitude particulière à comprendre les victimes... Lorsque la jeune journaliste vient lui dévoiler ses soupçons, il se laissera convaincre par les faits troublants qu'elle lui présente.

Ces deux-là vont s'associer, enquêter et s'épauler pour mettre à jour la vérité. 

- Et puis il y a un narrateur qui nous transporte vers le passé, qui raconte les événements révolus, une troisième voix que l'on comprend vite être celle du tueur et qui peu à peu dévoile son parcours, ses intentions et son attachement à l'île ainsi qu'à son histoire.

Les chapitres alternent entre ces trois personnages, et peu à peu les blessures intimes sont dévoilées, chacun se densifie. Jennifer et Michael deviennent plus réalistes, plus humains. Tous deux ont un passé douloureux et l'ombre de leurs disparus planent sur le récit qui en devient parfois très émouvant...

L'enquête est classique mais efficace. Entre un flic méticuleux et une journaliste déterminée, elle est menée avec minutie. L'auteur m'a constamment baladée, et si l'étau se referme en fin de livre sur trois suspects, je les ai soupçonnés tour à tour sans jamais parvenir à une certitude.

Outre l'enquête que l'on suit pas à pas, j'ai adoré les descriptions de l'île, sa beauté sauvage et préservée, ses légendes encore bien ancrées dans le subconscient collectif et le spectre de l'occupation nazie. Cette atmosphère en huis-clos pleine de superstitions est un véritable atout pour le roman, lui donne une dimension fascinante. 

J'ai refermé mon livre avec une envie folle de boucler mes valises pour un séjour à Guernesey et avec, bien que l'intrigue principale soit réglée, des questions en suspens. L'auteur a semé des indices propres à ouvrir le chemin d'une série aux protagonistes récurrents. Leurs fantômes intimes demeurent plein de mystères et hantent les pages ...
Vivement le tome deux qu'on en découvre un peu plus !   

 Un grand merci à Robert Laffont et La collection  La Bête noire pour cette belle lecture !


Mon appréciation : 📚📚📚📚