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jeudi 2 février 2017

Prendre Lily


Auteur : Marie Neuser
Editions : Fleuve Editions et Pocket


Une mère de famille retrouvée assassinée dans sa baignoire, les doigts comme un écrin renfermant deux mèches de cheveux. Le corps d'une étudiante coréenne abandonné la nuit dans un quartier désert. Et des jeunes femmes qui témoignent : leurs cheveux coupés net, tandis qu'elles vivent, marchent, respirent dans une petite ville balnéaire d'Angleterre qui ne connaît pas les débordements. 
Non loin de la salle de bains de Lily Hewitt vit Damiano Solivo. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si ce n'étaient ces déviances auxquelles il s'adonne en secret. Mais son épouse peut le jurer : Damiano est innocent. Damiano est même victime. Victime, oui : de la complexité d'une machinerie sociale et judiciaire qui sait comment on façonne les monstres.
Paru le 14 mai 2015



Mon avis
Il y a des livres que vous prenez comme ça, un peu par hasard, plus parce qu'une couverture ou une quatrième vous a fait de l’œil que parce que vous en avez réellement entendu parler et qui soudain vous emporte dans un plaisir de lecture incroyable.... il y a des livres que vous avez du mal à quitter, des livres que vous tardez à finir parce que vous ne voulez pas le refermer, parce que vous voulez continuer de vivre à côté des personnages, avec les personnages....
Prendre Lily est un de ces livres, j'ai adoré chaque page, chaque ligne de ma lecture ! C'est un livre passionnant de bout en bout !

Si le début du roman se présente comme un polar classique, très vite il s'en détache... pour prendre une dimension toute particulière.

Un crime particulièrement sordide confié à un trio d'enquêteurs : Daphné, Jim et Gordon
La victime : une jeune femme Lily, tout à fait insignifiante sans signe particulier qui ne sortait quasiment pas de chez elle et un constat effrayant, tout le monde peut être la cible à n’importe quel moment
Un narrateur : Gordon McLiam, l'un des trois enquêteurs, il raconte dans un langage très familier tous les aspects de l'investigation .... c'est le flic qui raconte avec son franc parler, qui pose ses mots sur des  événements, des sentiments, des émotions....

Dès les premières pages on perçoit que cette affaire est une véritable plongée dans l'enfer...sentiment de quelque chose de plus dans cette histoire, des flics aguerris sont ébranlés
C’est l’atmosphère, Jim. Et tu sais, j’en ai dans ma besace, des affaires sordides. Mais là, tu vois, chez la couturière, il y avait une atmosphère… ce froid dans le dos, je n’ai pas été le seul à le sentir, n’est-ce pas, Gordon ? Je vais vous dire un truc. J’ai supporté beaucoup de scènes de crime. J’ai vu des enfants qu’on avait égorgés dans leur sommeil. J’ai vu des femmes tellement tabassées par leur mari qu’elles avaient les os du nez qui sortaient par les orbites. J’ai reconstitué des puzzles d’adolescentes, disséminés un bras là, un bras là-bas, dans des décharges publiques. Ici, bordel, dans le Dorset. Mais dans cette salle de bains, les gars… J’ai eu les poils de l’échine qui se sont mis au garde-à-vous et c’est de l’azote liquide qui a coulé dans mes veines. Vous avez mis un pied dans le chaudron du Diable. Vous allez vous y cramer le cul et je vous souhaite bien du courage.
Et la vision de Lily dans sa baignoire colle aux pensées de Gordon et de tous ceux qui l'ont vue , une vision comme gravée derrière les rétines et qui ne les quitte plus.... 
Mon premier… Voilà que je me sens comme une vierge qui vient de voir le loup. Comme un puceau entrant au bordel. Mon premier meurtre, non. La mort qu’on donne, je l’ai déjà vue, et reniflée, et manipulée. Ce n’est pas mon premier, en fait, mais ma première. Ma première femme équarrie, ma première plongée dans le crime sans queue ni tête, celui qui ne sert à rien sauf pour la jouissance, car de la jouissance il a dû y en avoir là-dedans, dans cette salle de bains qui ne me quitte plus, dans ces chairs arrachées qui se collent toujours à moi, plus d’une semaine après, c’est bien ce que disait le vieux le jour même, c’est ma première apnée dans le chaudron du Diable.
Il en perd même le sommeil ....
Ce n’est que la centième fois que je me repasse cette chronologie dans la tête, et ce n’est pas encore le matin. Je n’ai pas fermé l’œil. Je me sens proche du point de rupture de l’élastique qui maintient le cerveau en place.Il paraît qu’il suffit de trois nuits sans dormir, je veux dire de trois jours et trois nuits, pour sombrer dans la folie.Je n’en suis pas loin.J’ai tout essayé pourtant. Faire des pompes jusqu’à épuisement ; boire à m’en abrutir ; m’enrouler dans des couvertures devant des émissions sur la chasse, la pêche et la dentelle de Cornouailles. Que dalle. Mes yeux comme des billes.Encore une nuit comme ça et je bascule.
Mené par un nouveau chef Bradfort, étonnamment jeune mais solide, l'enquête avait débuté de façon tout à fait classique  avec les sempiternelles questions aux voisins, les recherches de baskets pouvant correspondre aux empreintes etc... l'ex-mari est immédiatement dans le collimateur, mais d'une chose l'autre, ils ont fini  par se focaliser sur un suspect : Damiano Solivo, personnage particulièrement répugnant et insaisissable qui s'adonne à d'étranges et sordides pratiques ...

Très vite, sa culpabilité devient une certitude pour la police mais les enquêteurs n'ont aucune preuve tangible juste une intime conviction et sont terriblement frustrés....s'en suit un interminable jeu du chat et de la souris, interminable dans le temps mais tout bonnement passionnant.
Interrogatoires, contre-interrogatoires, le bras de fer est incroyable et toujours Solivo s'en sort... Baveux, adipeux, repoussant..... il déploie une inertie étonnante et sous ses dehors de pauvre type se devine une intelligence redoutable...

Des mois passent : vidéos, enregistrements, planque, poursuites, tous les moyens sont mis en branle.
On nous décrit par le menu les affres de l'enquêteur, ses espoirs, ses frustrations, ses angoisses, tout cela par la voix de Gordon . Ce dernier, hanté par l'image de Lily et la pensée de la vie fracassée de ses deux filles, prend tellement à cœur cette affaire qu'elle en devient une affaire personnelle...
Eh bien non, en quinze ans de service, non. Je les ai tous eus. Tous. Les assommeurs de petites vieilles. Les liquidateurs de concurrents, en amour comme en affaires. Les étrangleurs de belles-mères. Les dealers offensés. Tous ceux qui avaient usé de leur pouvoir à donner la mort. Quelques jours, quelques semaines, et je les avais eus. C’est Lily… C’est le chaudron du Diable… C’est la jouissance… C’est ça, qui ne passe pas, qui me donne l’impression d’avoir un cactus au fond de la gorge et de ne pouvoir survivre que grâce à une goutte d’eau qui ne vient toujours pas.

 J'ai tellement aimé cette plongée intime au cœur de l'enquête, tout est vécu de l'intérieur, rendu de façon brute, directe avec les mots familiers de Gordon, chacune de ses émotions nous atteint. Le style vif, alerte, la familiarité du ton, le langage imagé, je me suis sentie tellement proche de lui ...
Sa vie privée est totalement vampirisée par ce meurtre, cette obsession va le rendre parfois incontrôlable, et c'est avec une réelle lucidité qu'il évoque des tentations auxquelles il résiste difficilement....
Cette histoire va finalement le chambouler en profondeur, le questionner  et  les constats sont parfois cruels...

Je n'ai absolument pas vu passer les 500 et quelques pages, c'est un récit prenant qui nous emmène loin dans le temps, dans l'espace (jusqu'en Italie où un gros dossier est ouvert). La narration est particulièrement efficace, elle nous tient en haleine, dissèque avec soin chaque pan de l'histoire et j'ai été plus d'une fois surprise, doutant même parfois de la culpabilité de Solivo 
Les inspecteurs (et surtout Gordon....) font preuve d'une prodigieuse inventivité et d'un acharnement infini...les erreurs, les oublis, les manques, ils ratissent inlassablement le dossier, ressassant chaque infime piste avec en fond le fantôme de Lily qui attend d'être soulagé... et pas une fois, même devant la lenteur des progrès, je ne me suis ennuyée, le pan psychologique des personnages m'a passionnée et tout particulièrement le personnage de Gordon que j'ai trouvé si attachant.. 
Il va loin, très loin, trop loin ....il y perd un peu de son âme mais aussi loin qu'il aille, il est lucide et tous ses excès ne m'ont fait que l'aimer encore plus je crois bien, c'est un homme tellement humain, fait d'ombres et de lumière, un inspecteur impuissant et frustré mais qui jamais n'a renoncé et qui nous livre cruement ses errements...et il ne sort certainement pas indemne de cette éprouvante et interminable enquête.
Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point j’étais triste.
Est-ce que je l’étais déjà avant le meurtre de Lily ? J’essaie de fouiller dans cet avant, mais il y a une vitre dépolie qui m’en sépare. Une vitre de salle de bains.

Quand le 12 novembre est revenu j’ai chanté de nouveau la petite chanson entêtante.
As time…
Sept ans.
Était-il possible que je me sois mis tout ce temps entre parenthèses ?

Une fin judicieuse, une fin qui ne pouvait être autre chose... et j'ai refermé mon livre avec l'envie de poursuivre immédiatement avec le second volet tout en sachant déjà qu'il n'y aurait pas Gordon. ....
Il reste l'ossature principale de ce premier récit, l'atout indiscutable (pour moi) qui a rendu ma lecture aussi captivante et il va cruellement me manquer....
Une formidable lecture !

Ma notation : 4,8/5




dimanche 21 août 2016

Le chant des Runes - Tome 1 : La première peau



Auteurs : Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard 
Editions : Glénat


Ces créatures qui venaient du froid...

Eva Sundström est inspectrice à la police criminelle de Stockholm. 34 ans, brillante et athlétique, célibataire endurcie née dans la capitale suédoise, Eva ne jure que par son métier dans lequel elle a fait plus que ses preuves. Josef Worg, archéologue de 50 ans, est spécialisé dans la civilisation vikinget la mythologie scandinave. Cet homme bourru marqué par les épreuves de la vie vient du nord de la Suède, ces contrées reculées où les esprits et la magie font encore partie du quotidien… Eva et Josef : deux personnages que tout oppose. Et qui vont devoir malgré tout travailler ensemble, lorsqu’une série de meurtres semble impliquer des créatures que l’on croyait appartenir aux légendes…

Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard lancent un thriller surnaturel et glaçant mettant en scène un duo d’enquêteurs aussi charismatiques qu’antinomiques. Un True Detective du froid dans la lignée des meilleurs polars scandinaves... Cette première enquête est prévue en deux tomes.
Paru le 13 janvier 2016

mon avis :

Une très bonne entrée en matière que ce premier tome ! 

Stockholm, Anna Thorovist, jeune chanteuse populaire, disparaît peu avant de monter sur scène pour répéter avec son groupe à la veille de l'émission Popmaster.
Dans sa loge vide, de mystérieuses runes vikings sont inscrites sur les murs  avec du sang laissant penser que le pire est arrivé.
Peu de temps après, sa concurrente directe, la jeune chanteuse Krystal disparaît à son tour et là aussi des runes de sang sont retrouvées sur les murs. Une étrange odeur de plomb flotte sur les deux scènes...

Les pistes sont maigres et le commissaire Thalin confie l'enquête à Eva Sundström, une jeune inspectrice au caractère bien trempé. Jeune femme indépendante et rationnelle, celle-ci cherche désespérément le moindre indice aidée par sa coéquipière Thérèse. Tout laisse à penser que ces disparitions sont l'oeuvre d'un serial killer...
Les runes énigmatiques sont les seules indications exploitables, il faut avant tout les traduire pour tenter de comprendre. Elles se tournent donc vers Josef Wörg, éminent spécialiste, homme taciturne ... mais celui-ci va leur servir une étrange histoire teintée de magie et de légendes scandinaves, de Trolls et de rites... 
La jeune inspectrice rationnelle ne sourcille pas et botte en touche...

Une enquête nordique (quelques beaux paysages enneigés) au demeurant très classique qui prend très vite des résonances ésotériques mêlant le mystère au suspens. La tension monte tout au long de l'album servie par un très beau dessin réaliste aux couleurs sombres qui donne des atmosphères lourdes et pesantes. 
Quelques planches plus violentes laissent entrevoir une enquête longue et éprouvante... 

Un premier tome très réussi, efficace et captivant, des personnages charismatiques et une enquête classique au scénario bien construit qui doucement glisse vers une toute autre dimension....ce mélange de polar  et de légendes me séduit vraiment, j'aime le fort contraste entre Eva rationnelle et l'étrange Josef.  C'est une première mise en place de l'histoire et leur future collaboration est pleine de promesses... Je vais attendre la suite avec grande impatience ! 

ma notation : 4,25/5

mercredi 22 juin 2016

Nolan & Touzani T1 : Les voix du passé




Auteur : Nathalie Marie
Editions : Mix Editions


Martin Nolan, inspecteur à la criminelle, est un flic froid et distant. Ismaël Touzani, son jeune collègue, est son opposé. Ensemble, ils vont mener l’enquête sur une affaire de meurtre.

Pour Nolan, qui refuse toute relation allant au-delà de quelques heures, l’attirance qu’il ressent pour Ismaël est dérangeante. Pour ce dernier, c’est l’occasion rêvée de faire tomber les barrières de cet homme superbe, aux ombres mystérieuses qui, pour son plus grand plaisir, aura bien du mal à lui résister.

Paru le 10 février 2016



Mon avis

Troisième titre de l'auteur que je lis et j'aime vraiment beaucoup beaucoup la plume de l'auteur ! Je crois bien que je vais lire tous ses titres sans hésitation aucune ...

Martin Nolan est un flic et dès le départ il y a un profond contraste entre le flic sûr de lui, charismatique, froid, plein d'assurance, admiré et craint tout à la fois que l'on voit à l'oeuvre dans son boulot et la profonde humanité, les failles, les blessures, la désespérance que l'on peut noter dans les lignes de son journal.
Que j'ai été touchée par ce journal, ces confidences d'un homme en proie à la solitude, aux rendez-vous sordides dans les arrières salles de bar, échanges sexuels rapides sans émotions qui laissent un relent d'amertume et de culpabilité, pour satisfaire les corps à défaut des âmes !
On le sent hanté par des fantômes venus du passé, on sent un désespoir cru et rugueux qui vous écorche le cœur et qui laisse peu de place à l'espoir.
Avec des mots directs, sans fioritures vaines, il raconte sa douleur, dans des souvenirs poignants : le superbe portrait d'une mère énigmatique, la relation difficile avec un père qu'il se refuse obstinément à aimer.
Seul rayon de soleil dans une vie privée faite d'ombre et de solitude, Lisa la petite sœur espiègle...

J'aime imaginer cet homme au creux de la nuit faisant courir le stylo pour poser des mots sur ses maux, pour effilocher cette sensibilité immense qu'il cache si profondément... des mots qui me sont allés droit au cœur !

Ismaël Touzani, jeune flic beau et d'une grande sensualité nouvellement arrivé dans le service, est attiré par cet homme imposant et fascinant. Il dissimule cette attirance parce qu'il pense, comme tout un chacun, que Nolan est hétérosexuel. Lui aussi a ses blessures, une famille qui l'a rejeté sans appel pour ce qu'il est... Quoi de plus violent qu'un tel rejet qui condamne son essence même ! 

Une enquête autour d'un meurtre va les amener dans un bar gay, les amener à une plus grande promiscuité.
Touzani, lorsqu'il comprend l'orientation sexuelle de Martin, ne va pas le laisser s'échapper, il sait ce qu'il veut et il ne va avoir de cesse qu'il l'obtienne.

Entre eux, la relation s'établit vraiment joliment. Martin découvre un mode de relation qui lui a toujours été inconnu,  sensualité, tendresse, complicité... on retrouve tout cela et plus encore...
J'ai adoré la façon dont Nolan d'un regard acéré et pertinent prend la mesure des situations et prend des décisions immédiates qui ne sont pas sans conséquences, mais pour lui l'essentiel est de protéger Ismael encore et toujours...
C'est un homme solide, foncièrement humain qui ressent de l'empathie pour les autres, il est d'une telle profondeur... Comment ne pas fondre pour lui....

Touzani est beaucoup moins assuré vis à vis des autres, il doit assumer son homosexualité en plus de son origine maghrébine dans un milieu où ni l'une ni l'autre ne sont facilement acceptées. Son manque de confiance est abyssale et il a un besoin désespéré d'être accepté dans son boulot, la peur d'être rejeté une fois de plus s'il laisse échapper la moindre information intime sur lui est infinie... Martin comprend, accepte, accompagne et protège.... 

Dans ce tome, l'enquête si elle n'est pas inintéressante (loin de là) n'est pas le propos principal, elle est prétexte au rapprochement des deux hommes à la construction d'une relation où il faut savoir jongler entre vie privée et professionnelle , difficile lorsque les deux sont autant entrelacées...

Une plume toujours aussi belle qui nous plante chaque émotion en plein cœur sans coup férir... Une sensibilité et une humanité des personnages qui me bouleversent...L'enquête est bouclée et je me jette immédiatement sur le tome 2 pour poursuivre l'aventure de ce couple terriblement attachant et surtout pour le formidable personnage qu'est Martin Nolan dont je suis tombée follement, éperdument amoureuse ! 



ma notation : 4,7/5





samedi 9 avril 2016

Nouveau départ



Auteur : Tere Michaels
Editions : Milady Romance

Deux solitudes, un amour inattendu
Dévasté après la mort de sa femme, le policier Evan Cerelli doit assumer une vie de père célibataire. Entre le deuil qui le déchire et les responsabilités qui l’écrasent, il n’y a pas de place pour les sentiments. Lorsque Matt Haight, ancien policier devenu consultant en sécurité, reconnaît en Evan une autre âme en peine, il découvre une part de lui-même qu’il croyait perdue à jamais. Leur amitié se transforme en un sentiment plus profond... Mais entre les enfants d’Evan, son chagrin, et les regrets de Matt, l’amour est bien la dernière chose à laquelle ces deux hommes s’attendent.
Paru le 27 novembre 2015





Mon avis :

Une histoire particulièrement émouvante qui traite du deuil et de la solitude...

Evan est en deuil, il vient de perdre sa femme pour qui il ressentait un véritable amour, un amour fait de complicité, de compréhension, une évidence....c'est une véritable dévastation.... Il reste seul avec quatre enfants, deux ados et deux plus petits. Il faut gérer leur chagrin et leur quotidien, mais il est dépassé par ses propres émotions, écrasé de douleur et de solitude et doit s'appuyer sur ses beaux-parents. Ses collègues tentent de l'aider, mais rien n'arrive à l'extirper de sa peine....

Matt est un ancien policier lui aussi dans une solitude accablante, sa vie privée et sa vie professionnelle sont toutes les deux des échecs. Il subit sa vie, papillonne de femme en femme et reste seul et insatisfait.

A l'occasion d'un pot de départ à la retraite, ces deux-là se rencontrent et chacun trouve chez l'autre un certain réconfort.  S'en suit quelques rendez-vous amicaux pour boire un verre, parler un peu, rompre sa solitude.... Puis petit à petit les sentiments évoluent vers quelque chose de plus profond... Mais comment accepter d'être attiré par un homme lorsque l'on a fréquenté jusque là que le lit des femmes ?

Le point fort de cette histoire est qu'elle n'appuie pas sur un clivage homo/hétéro, Evan a véritablement aimé sa femme affectivement et physiquement, le propos n'est pas d'être classé dans une catégorie, le propos est de montrer qu'on peut tomber amoureux d'une personne avant tout, quelque soit son sexe. J'ai beaucoup aimé cette façon d'aborder les choses. 

Une véritable complicité s'installe, Evan laisse Matt entrer dans sa vie petit à petit, celui-ci va même l'aider à retrouver des moments privilégiés avec ses enfants, à se retrouver lui-même. Matt se révèle un personnage très attachant, plein d'attentions envers tout le monde. Il redonne un peu de vie à ce foyer dévasté... et semble trouver un port d'attache qui le comble.

Mais entre eux, rien ne peut être simple, il y a le poids de la société, le regards des gens autour d'eux et surtout pour Evan, ses enfants à préserver et une immense culpabilité vis à vis de sa femme qu'il a le sentiment de trahir.... De vraies questions réalistes, des questions essentielles que j'ai trouvées particulièrement bien traitées.
Alors oui Evan va faire souffrir Matt, oui il peut être cruel, mais sa situation est difficile, il doit prendre en compte bien plus que lui-même. Il est pris en tenaille entre ses désirs et ses peurs. Toutes ses hésitations sont compréhensibles, normales et témoignent de son infinie sensibilité ..

Des personnages secondaires intéressants, touchants, intrigants : les collègues compréhensifs, les enfants plein d'amour, Jim... Tout un univers décrit d'une belle plume qui fait la part belle aux sentiments en tout genre...

Une très belle histoire entre deux belles âmes pour lesquelles j'ai ressenti une profonde empathie, une histoire pleine d'humanité... quelques longueurs cependant dans le récit qui ont parfois terni mon plaisir de lecture et une fin qui aurait mérité selon moi un peu plus de développements. Je poursuivrai cette série sans l'ombre d'une hésitation !

ma notation : 4/5