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vendredi 21 février 2025

Des loups ordinaires

 



Auteur : Seth Kantner
Editions : Buchet-Chastel
Traduction : Anne Pouzargues




Né et élevé en Arctique, Cutuk Hawcley a appris les règles de la chasse, de la pêche et du troc auprès du peuple inupiak. Seuls blancs à des kilomètres à la ronde, sa famille et lui vivent dans un igloo au beau milieu de la toundra, avec pour voisins les loups et les caribous. Après avoir été scolarisé en famille, il quitte le foyer pour étudier à l’université et découvre la vie urbaine, parfois plus hostile que la nature sauvage.

Roman d’apprentissage et de nature, largement inspiré par la vie de son auteur, Des loups ordinaires est une plongée unique dans un monde en voie de disparition. Avec puissance et poésie, Seth Kantner nous fait entendre les chants du loup, le hurlement meurtrier du blizzard et la rengaine entêtante de ceux qui veulent survivre à l’inhabitable.

Paru le 9 janvier 2025


Mon avis :

Cutuk a 5 ans, 10 ans, 12 ans, 16 ans , Cutuk est adulte, il raconte chapitre après chapitre le quotidien de sa famille, une famille de blancs perdue au fin fond du territoire inupiak et vivant dans des conditions plus drastiques encore que les autochtones. 

Il y a Abe le père, taiseux, hanté, énigmatique, peintre à ses heures perdues qui élève seul ses trois enfants. Il y a Jerry le grand frère solide sur lequel on peut compter, Iris le soleil de la maison et le petit Cutuk aux yeux grands ouverts sur le monde, friand d'histoires et de légendes. Etre chasseur, faire des prouesses, un rêve entretenu par les visites du singulier Enuk Wolfgrove.

Mais il est bien difficile de se sentir accepté lorsqu'on est blanc au sein d'une population inupiak. Toute sa vie, l'enfant, puis l'adulte sera en quête d'identité. Partir, voir le monde, revenir, s'ancrer dans un territoire, une culture... Se trouver, s'affirmer...

Quel beau roman, dépaysant, profond qui fait la part belle à la nature, à l'essentiel et qui raconte le progrès dévastateur parfois, souvent...toujours ! Certains passages sont magnifiques, le lecteur est emporté dans le froid, la neige, des courses poursuites haletantes. Les loups rodent, partageant le territoire, vivant en harmonie avec l'homme.
Mais les étrangers arrivent, les chiens de traineaux laissent place aux motoneiges et le quotidien en est bouleversé.

Des personnages singuliers, attachants qu'on aime suivre, des descriptions vivantes, poétiques, un propos intelligent et profond,

Merci Babelio et les Editions Buchet-Chastel pour cette belle découverte 

"La vraie chasse, c'est fini. [....] Quelque chose manque en moi - c'est comme être né loup et choisir la vie d'un chien " Cutuk p.430

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


mercredi 6 novembre 2024

Seule restait la forêt




Auteur : Daniel Mason
Editions : Buchet-Chastel
Traduction : Claire-Marie Clévy




C’est dans la forêt que tout commence. Pourchassés par les membres de leur colonie puritaine, deux amoureux en fuite se réfugient dans les bois du Nord et posent la première pierre de leur foyer. Au cours des quatre cents ans qui suivront, cette cabane deviendra une maison, abritera des vies entières, des solitudes et des familles, des gloires, des doutes, des échecs et parfois des fantômes.
Sous la plume de Daniel Mason, un soldat promis à tous les honneurs leur tourne le dos pour se consacrer à la culture des pommes, un chasseur d’esclave fait face à la justice des hommes, un peintre naturaliste vit une histoire d’amour interdite et un journaliste comprend que la terre garde jalousement ses secrets.
Alors que les propriétaires se succèdent, aucun ne possède vraiment la maison, qui leur survit entre ruine et réparations. Seul triomphe le récit, qui traverse le temps, la nature et la littérature pour narrer l’histoire de tout un pays par le biais d’un arpent de forêt.
Paru le 22 août 2024


Mon avis :

Je lis beaucoup moins depuis quelques mois à cause de problèmes de vue et je me dois de choisir mes lectures avec plus de soin qu'avant... Pari gagné cette fois-ci encore !

 Quel incroyable livre !

Nouvelle-Angleterre, un jeune couple fuit droit devant lui pour vivre ensemble loin d'un mariage arrangé, loin des carcans de la société. Ils sont libres, ils sont insouciants, ils sont heureux et se fondent dans une nature hospitalière.. Dans une clairière, au bord d'un ruisseau, ils déposent une pierre plate, fondation d'une cabane, élément central du roman, que l'on suit à travers les âges dans ses multiples mutations.

Unité de lieu mais variété de temps, de textes, de personnages pour ce petit coin de terre, raconter la vie de ses habitants successifs, et en filigrane derrière le récit, raconter l'Amérique, son Histoire.

J'aime d'habitude m'attacher à un ou plusieurs personnages, les suivre sur la longueur (je préfère souvent les gros romans) et je n'aurais jamais cru autant aimer une lecture si parcellaire. La plume de l'auteur (et du traducteur) y est certainement pour beaucoup, quelques passages sur la nature sont de toute beauté, et la diversités des types de récits (extrait de journaux, lettres...etc...) offre un plaisir renouvelé.  A  cela s'ajoute la dimension humaine dans ces brèves rencontres avec ces individus lambdas, parfois pittoresques, certains bien difficiles à oublier. Je pense entre autre aux deux sœurs propriétaires du verger ...

Roman pétri d'humanité, foisonnant de nature en évolution et d'animaux, proposant divertissement, émotion mais aussi réflexion sur la place de l'homme dans le monde, une fin  inattendue et l'on referme son livre avec le sentiment d'avoir lu un vrai beau roman.

Pour finir, les illustrations bienvenues qui jalonnent le texte ajoutent une plus-value à l'objet-livre.

Merci Babelio et les Editions Buchet-Chastel pour cette belle découverte 


Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 9 avril 2023

La Dernière Reine

 







Auteur : Jean-Marc Rochette
Editions : Casterman






Gueule cassée de 14, Édouard Roux trouve refuge dans l'atelier de la sculptrice animalière Jeanne Sauvage. Elle lui redonne un visage et l'introduit dans le milieu des artistes de Montmartre. En échange, Édouard lui fait découvrir la majesté du plateau du Vercors et l'histoire du dernier ours qu'il a vu tué quand il était enfant. Au cœur du Cirque d'Archiane, il lui dévoile la Dernière Reine et incite Jeanne a créer le chef d'œuvre qui la fera reconnaître.
Paru le 5 octobre 2022

Mon avis :

Deuxième album de Jean-Marc Rochette que je découvre et c'est un vrai coup de cœur ! 

Le Vercors est une terre somptueuse où les ours vivent depuis la nuit des temps.... Attention, le jour où la dernière Reine mourra, ce sera le temps des ténèbres !

Edouard Roux est d'une lignée qui connait la forêt et les animaux, il sait le prix de chaque vie et n'hésite pas s'élever contre la chasse à l'ours, ce qui lui vaut ressentiment et mauvaise réputation dans son village. 
La grande guerre arrive. Envoyé au front le jeune homme y perd son visage. Désormais gueule cassée, il n'ose pas revenir chez lui, miné par la honte. A Paris,  Jeanne Sauvage, une jeune artiste saura lui rendre figure humaine avec grand talent. Elle lui redonne vie et entre eux, la connexion est une évidence. Elle l'entraîne dans les milieux artistiques de la capitale, lui présente ses amis sculpteurs animaliers. 
Elle le suit à son tour dans ses montagne où Edouard lui montre la nature dans sa plus belle expression, elle tombe littéralement amoureuse de ce pays sauvage et grandiose et découvre tous les secrets de son compagnon.
De retour à Paris, Edouard l'encourage à puiser dans tout ce qu'il lui a dévoilé pour sculpter une œuvre majeure, la Dernière Reine. Mais Paris regorge de malfrats et rien ne se passera comme prévu.

Quel magnifique album !  Les dessins sont toujours aussi ciselés entre les tranchées de 14-18, le Paris de l'époque et les superbes panoramas de montagnes, des gros plans sur des détails essentiels, des couleurs judicieusement choisies.
Cette bande-dessinée est l'histoire d'un homme pas comme les autres, de ses terribles épreuves, de ses bonheurs, de ses choix mais c'est aussi un hymne à la nature, un cri d'alarme contre l'inconscience et la cruauté des hommes. On y parle de la communion avec l'environnement, de féminisme, de différence, d'injustice, c'est prenant, c'est beau, c'est d'une grande tendresse, c'est parfois douloureux et la fin résonne comme un glas....


Sur mon échelle : 

dimanche 12 mars 2023

Le loup



Auteur : Jean-Marc Rochette
Editions : Casterman




Après Ailefroide, Rochette questionne la place de l'homme face au règne animal. Comme dans son précédent album, l'action se déroule au coeur du Massif des Écrins, dans la vallée du Vénéon. Un grand loup blanc et un berger vont s'affronter passionnément, jusqu'à leurs dernières limites, avant de pactiser et de trouver le moyen de cohabiter. Rochette célèbre une nouvelle fois la haute montagne, sa beauté, sa violence; l'engagement et l'humilité qu'il faut pour y survivre. Il tente aussi, par la fiction, de trouver une porte de sortie au conflit irréductible de deux points de vues, justes l'un et l'autre : les bergers qui veulent protéger la vie de leurs bêtes, les parcs qui tentent de sauver des espèces en voie d extinction.
Paru le 15 mai 2019

Mon avis :

Une superbe bande dessinée qui nous entraîne dans le Massif des écrins aux côtés de Gaspard, un berger qui s'occupe de ses moutons dans les alpages à l'aide de son seul chien, compagnon de solitude. Lorsqu'une louve attaque un jour son troupeau, il va la tuer laissant un jeune louveteau. Celui-ci va grandir, survivre et roder autour de lui.... Il n'a rien oublié. 

La confrontation est inévitable entre l'homme et l'animal, une confrontation âpre, sans merci et pourtant pleine de respect. C'est superbement mis en scène, superbement dessiné, le tout avec finesse. Les deux adversaires font preuve de ruses, d'intelligence, d'opiniâtreté.
Dans cette immensité blanche, le huis-clos entre l'homme et la bête, rythmé par les saisons, est captivant, et prend peu à peu une dimension légendaire.
 
Le propos est toujours actuel sans jamais être moralisateur.. Entre l'homme et l'animal, (que ce soit le loup ou l'ours), la guerre pour dominer un territoire est-elle inéluctable ? Faut-il se défendre, se combattre ou bien peut-on cohabiter ? 

Un très bel album sensible, pertinent et une fin judicieuse.


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 27 février 2023

Thiziri - tome 1 : Le choix d'Astar

 







Auteur : Alexiane de Lys
Editions : Plume Blanche






Les Anciens racontent l’arrivée des ekomers sur Terre comme le plus grand cataclysme de l’Histoire. Terraformées, la faune et la flore changent alors à jamais.
Ainsi, chaque plante répond à l’appel de ces envahisseurs et se liguent contre les humains survivants qui, afin de continuer à exister, ont trouvé refuge dans un cratère au cœur du continent africain, sous un dôme protecteur.
Thiziri, appelée Blanche par les siens à cause de son albinisme, est la meilleure des Faucheuses. Son rôle : nourrir les siens grâce à la chasse. Seulement, les proies se raréfient.
Poussée toujours plus loin, elle ne peut que remettre en question le savoir des Anciens lorsqu’elle se retrouve face à cet océan qui, géographiquement, devrait pourtant se trouver à des centaines et des centaines de kilomètres de là.
Et que penser de cette lune rouge qui apparaît dans le ciel ? Qui, dans son monde, est finalement le prédateur ?
Paru le 1er novembre 2022

Mon avis :

Coup de cœur inattendu ! Un livre fascinant qui me rappelle qu'il y a de vraies pépites dans la littérature young adult.

Thiziri, à 17 ans, fait partie des faucheurs chargés de chasser pour nourrir les derniers humains réfugiés, après une invasion extra-terrestre, sous un dôme protecteur au fond d'un cratère volcanique en Afrique.
C'est la meilleure de tous mais son statut reste compliqué auprès des siens. Bien sûr elle est admirée pour la quantité de viande qu'elle ramène mais aussi rejetée pour son physique particulier. Tout le monde a oublié son prénom pour l'appeler Blanche car elle est albinos. Cette caractéristique lui vaut moqueries incessantes, rejet unanime, décisions iniques des Anciens en plus d'une fragilité face au soleil et d'une mauvaise vue. Mais elle en a tiré un avantage certain, un instinct surdimensionné, bienvenu lors de ses sorties dans les jungles environnantes. Tout autour du dôme, la nature est hostile et communique avec les Ekomers, ces envahisseurs violents, qui patrouillent dans l'espoir de les éradiquer de la surface de la terre. Dès que la jeune fille met un pied hors du secteur protégé, plantes et arbres se liguent contre elle, renseignent l'ennemi et fomentent des pièges mortels. Nombre de faucheurs, certains proches d'elle, ont déjà été décimés.

Quel superbe roman ! Tellement difficile à poser ! 
En premier lieu, le monde imaginé est extrêmement bien pensé, chaque détail est judicieux, l'ensemble captivant. C'est une ode à la nature omniprésente dont le rôle est essentiel et un pamphlet contre les procédés humains détruisant la planète. 
Et puis l'histoire est palpitante, tantôt récit d'aventure vivant, plein de péripéties, avec du fantastique parfaitement dosé, tantôt récit plus intimiste resserré sur les personnages, leurs relations complexes. La narration  alterne des moments de bravoure, des temps suspendus, des surprises, du suspense. 

Thiziri est particulièrement attachante, solitaire, loyale, le sens de la justice chevillé au corps. Elle se surpasse pour assurer la survie de son peuple sans aucune vraie reconnaissance. Seule lumière dans sa vie, son petit frère Idir qu'elle chérit plus que tout.  Si elle respecte les Anciens, ceux qui ont connu le monde d'avant, ceux qui savent et dirigent, elle n'hésite pas à enfreindre leurs règles pour s'enfoncer plus avant dans les jungles au delà des limites autorisées pour dénicher du gibier de plus en plus difficile à trouver. Ce faisant, elle ira de découvertes en découvertes...  Ses certitudes vont s'effondrer une à une et tout son univers va en être chamboulé.
On suit ses révoltes, ses chagrins, ses colères, ses déconvenues, ses doutes, ses attachements, son cheminement intérieur. Passionnant de bout en bout !

Mais cette fin ! J'aurais du attendre d'avoir le tome 2 entre les mains avant de me plonger dans cette lecture.... Septembre semble bien loin ! 

Sur mon échelle : 



mardi 17 janvier 2023

Le paradis blanc





Auteur : Kristin Hannah
Editions : Le Livre de poche
Traduction : Matthieu Farcot




« Quelqu’un m’a dit un jour que l’Alaska ne forgeait pas le caractère, elle le révélait. La triste vérité, c’est que l’obscurité qui peut régner en Alaska a révélé le côté obscur de mon père. Il était vétéran du Vietnam, ancien prisonnier de guerre. Nous ne savions pas alors tout ce que cela signifiait. Maintenant, nous le savons. »
Quand Ernt rentre du Vietnam, sa fille Leni, dix ans, ne le reconnaît pas. Poursuivi par de terribles cauchemars, il se montre violent envers sa femme Cora. Un jour, il reçoit une lettre du père d’un de ses amis, mort dans ses bras durant cet enfer, qui lui lègue un terrain avec un chalet en Alaska. Il se dit qu’il pourra peut-être s’y reconstruire. Avant la guerre, ils étaient si heureux... Au coeur de l’Alaska des années 1970, une poignante saga familiale qui prend racine dans la beauté d’une nature éblouissante et sauvage.
Paru le 17 juin 2020

Mon avis :
Une chouette lecture dépaysante et pleine de profondeur.

Lorsque Ernt rentre de la guerre du Vietnam, ce n'est plus le même homme, quelque chose s'est brisée en lui et la violence s'est tapie dans ses fêlures, une violence sourde latente, imprévisible. Léni raconte le retour de ce père qui a tant changé. Son regard de petite fille ne comprend pas les relations complexes entre ses parents.

Des parents qui s'aiment au delà des emportements, de la fureur, des coups.... Cora la mère est prête à tous les compromis pour retrouver son homme du temps du bonheur, son amour est inconditionnel.
Une opportunité s'offre à la famille, Ernt a hérité d'un terrain avec une maisonnette en Alaska. Pleins d'espoir, ils partent à l'aventure vers cette terre lointaine, avec la certitude de s'y reconstruire.
Mais l'Alaska est une terre sauvage, inhospitalière où la lumière se fait rare et l'hiver est une véritable épreuve. La noirceur du père s'intensifie.

Au delà de l'histoire familiale douloureuse, il y a cette nature rude, somptueuse où l'entraide entre voisins est primordiale. Toute une galerie de personnages hauts en couleur vont devenir proches de Léni, Cora et Ernt. Il faut apprendre à survivre, il faut préparer les mois de grand froid et le travail est constant et harassant. Malgré ces vicissitudes, le charme de ce pays opère, un charme obsédant. La petite fille y trouve ses marques, grandit, s'épanouit en dépit de l'insécurité constante du foyer et des violences domestiques une fois la porte fermée. Elle crée de belles amitiés, ressent ses premiers émois amoureux. 
Mais les drames surgissent quand on baisse la garde, personne n'est épargné...

Descriptions de paysages superbes et d'un quotidien hors norme, roman de femmes, d'aventure, d'amitié, d'amour, de haine, de tendresse, de violence, roman noir aussi,  c'est beau, dépaysant, prenant, touchant, révoltant....  Une très belle lecture !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚


samedi 5 novembre 2022

Chinook





Auteur : Pete Fromm
Editions : Gallmeister
Traduction : Marc Amfreville





Le Chinook est un vent qui balaye ce Montana rural de ranchs et de petites villes, toile de fond des nouvelles de Pete Fromm qui nous parlent de vies de famille comme de solitude, d'amour et de fidélité, d'engagement ou d'héroïsme. À travers les portraits de gens simples se dessine le tableau tout en finesse des existences fragiles qui peuplent cet Ouest américain. On y découvre ce fils obéissant qui n'ose pas avouer à ses parents que sa femme vient de le quitter, ou ce père désespéré au point de kidnapper son propre fils... 
Paru le 7 avril 2011



Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚📚


jeudi 13 octobre 2022

Le radeau des étoiles










Auteur
: Andrew J. Graff
Editions : Gallmeister
Traduction : Laure Manceau




"Merci de dire au shérif que Fish voulait pas tuer mon père. Mon père est chez nous dans la cuisine, par terre près de la table. Il est mort." Inséparables, Bread et Fish ont dix ans et passent leur été dans la poussière des champs du Wisconsin. Ils vivraient dans une parfaite insouciance, sans la figure violente du père de Bread qui terrorise le garçon. Un jour, au comble du désespoir, Fish décide de protéger son ami : un coup de revolver, et les gamins s'enfuient se croyant meurtriers. Ils se hâtent de rassembler du matériel, des provisions, et s'enfoncent dans l'immense forêt voisine. Construire un radeau, promesse de liberté, les expose immédiatement aux dangers réels de la traversée. Pendant ce temps, le grand-père de Fish et le shérif se lancent à leur recherche. Chacun devra faire son propre voyage en pleine nature pour affronter ses doutes et secourir les plus vulnérables.
Paru le 1er septembre 2022



Mon avis

Une fort jolie lecture avec une entrée en matière saisissante!

Deux gamins de dix ans, Bread et Fish, une amitié incroyable, un père violent, un geste irréparable sans aucune préméditation et les voilà perdus dans une forêt épaisse et inhospitalière en mode survie. C'est la fuite en avant vers un but qui n'existe pourtant pas...
Cal, shérif venu se mettre au vert à la campagne, en pleine interrogation sur sa vie, sur ses désirs,  part sur leurs traces accompagné du vieux grand-père de Fish, taiseux, ancien soldat aguerri.
Tiffany, à la recherche d'une amarre, d'un amour simple et solide, tellement peu sûre d'elle et la mère de Fish, farouche, profondément croyante, une femme solide que rien n'arrête s'allient aussi pour tenter de retrouver les deux garçons.

Ces trois duos, parfois improbables, vont être confrontés à la nature sauvage, au fleuve et aux rapides. C'est dans cet environnement âpre qu'ils vont se battre pour survivre, pour avancer... qui pour construire un radeau, trouver à manger, apprendre à monter à cheval, à pagayer dans un environnement grandiose et souvent hostile et menaçant. 
Fuite effrénée, poursuite acharnée, des moments suspendus, du danger, un ours noir, des confrontations parfois dures, des liens qui se renforcent et surtout chacun qui se réalise dans ces conditions extrêmes, face à la nature révélant la vérité de chacun. 

La plume est belle, les descriptions sensibles, la forêt et le fleuve deviennent personnages centraux de cette histoire, prenant l'ascendant sur l'Homme, le poussant dans ses retranchements.

Quelques surprises bienvenues (même si parfois invraisemblables) étoffent le récit et renforcent l'intérêt.
Mon bémol sera pour la fin un peu trop facile mais l'ensemble et surtout les personnages touchants et très attachants en font une belle lecture !

Merci à  Lecteur.com

Sur mon échelle : 📚📚📚

jeudi 7 juillet 2022

Grizzly


 


Auteur : James Oliver Curwood
Editions : Gallmeister
Traduction 




Thor, le grand grizzly, arpente les montagnes du Grand Nord, un vaste et magnifique territoire, son royaume. Un royaume que deux êtres mystérieux, des créatures agressives à l'odeur étrange et accompagnées de pisteurs enragés à quatre pattes, s'apprêtent à lui disputer. Blessé comme s'il avait été foudroyé par le ciel, Thor parvient à s'enfuir dans la forêt. Là, il rencontre Muskwa, un ourson orphelin incapable de survivre par lui-même, qu'il adopte et auquel il s'attache chaque jour davantage. Mais leurs deux ennemis n'ont pas dit leur dernier mot, et la confrontation est inévitable. D'autant plus inévitable qu'ils parviennent à capturer Muskwa. Un roman d'aventures où l'on plonge avec délices, un classique pour tous les âges qui a inspiré L'Ours, le film de Jean-Jacques Annaud.
Paru le 6 mai 2021

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚

dimanche 17 avril 2022

The End







Auteur : Zep
Editions : Rue de Sèvres








Je pensais que nous étions là pour observer la forêt.
Mais c'est elle qui nous observait
Paru le 25 avril 2018



Mon avis :

J'aime beaucoup les albums adultes en style réaliste de Zep et celui-ci en est une confirmation.

Dans différents points du monde, des hommes meurent brutalement de façon mystérieuse...
Pendant ce temps, réserve de Dokslä en Suède, Théodore Atem arrive pour effectuer un stage. Il fait connaissance avec tous ses nouveaux collègues parmi lesquels l'énigmatique professeur Frawley dont les recherches portent sur la communication des arbres entre eux et avec les hommes.

Des champignons insolites sont découverts, les animaux semblent ne plus avoir peur des hommes, des soupçons naissent. Pollution de l'usine voisine ? Effet naturel ? 
Le danger se précise... Théodore va prendre beaucoup de risques pour mettre à jour une vérité qui dépasse toutes ses hypothèses.

Les vignettes monochromes aux tons feutrés, sépias, leur organisation en page d'une couleur unique avec parfois quelques variations donnent une atmosphère particulière et accompagne parfaitement le propos.

Un très chouette album fantastique au message écologique intelligent. Une fin astucieuse avec un joli parti pris effrayant parce que plausible.

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

jeudi 14 avril 2022

Le silence des repentis

 


Auteur : Kimi Cunningham Grant
Editions : Buchet Chastel
Traduction : Alice Delarbre






Cooper et sa fille de 8 ans, Finch, vivent coupés du monde dans une cabane au nord des Appalaches. La petite fille a grandi au milieu des livres et de la forêt, respectant les dures règles de la vie sauvage. En grandissant, elle cherche à repousser les limites de leur isolement, à s'aventurer plus loin en forêt et commence à s'interroger sur le monde extérieur. Mais Cooper est hanté par les démons qui l'ont poussé à fuir, un passé qui le ronge et qu'il ne peut en aucun cas partager avec sa fille. Dans le silence de la forêt, leurs seuls compagnons sont un étrange "voisin" du nom de Scotland, dont l'omniprésence bienveillante ressemble curieusement à une menace, et Jake, un vieil ami de Cooper qui leur apporte des vivres à chaque hiver. Sauf que cette année, Jake ne vient pas. Ce refuge qui les abrite depuis des années sera-t-il leur sanctuaire ? 
Paru le 31 mars 2022

Mon avis :
Je savais d'avance que ce livre allait me plaire, le titre, le résumé, le thème, la couverture, tout m'attirait  et c'est au final un joli coup de cœur !

Cooper vit loin de tout au milieu d'une forêt dans la cabane en bois de son ami Jack qui le visite une fois l'an pour l'approvisionner. Il y élève seul sa fille Finch âgée de huit ans. Cette vie solitaire s'égrène au rythme de la nature sauvage, couper du bois, chasser, pêcher. Mais le père veille aussi à l'éducation culturelle de la fillette et l'entoure de livres qui lui ouvrent de nouveaux horizons. Le quotidien est organisé et l'extrême vigilance du père semble très vite suspecte...

Lorsque Jack ne vient pas à son rendez-vous annuel, tout est bousculé ! Et quand de surcroit, un individu s'aventure à plusieurs reprises autour de leur maisonnette, le danger devient tangible...

Quelle chouette lecture ! 
Tout d'abord pour les personnages terriblement attachants :
Cooper : il traîne une histoire douloureuse, a des choses à se reprocher et son introspection, ses cas de conscience sont passionnants.
Finch : adorable gamine qui a grandi loin de tout en véritable osmose avec la nature mais que la curiosité du monde extérieur titille de plus en plus. Quelle jolie relation entre le père et la fille ! 
Jack : l'ami envers et contre tout, le lien si particulier qui perdure d'une vie à l'autre.
Sans oublier les autres : l'énigmatique et inquiétant voisin Scotland, la touchante Marie.

Puis il y a l'histoire  racontée à la première personne, celle de Cooper. C'est captivant de bout en bout. Il y a le présent en huis clos plein d'émotions, de tendresse, de tensions, de suspense, de panique, de questions et puis il y a le passé qui revient par vague pour dévoiler à chaque fois un petit morceau d'une vie antérieure où se sont  nouées tant de choses. 

Une lecture impossible à lâcher une fois commencée, j'ai eu tant d'empathie pour Cooper et Finch et puis il y a le dénouement tellement inattendu où certains vont se révéler... Une belle réussite !
La toute fin et l'épilogue ne sont pas dépourvus de quelques flous et raccourcis mais le changement de point de vue est judicieux et bienvenu. 

Une lecture que je n'oublierai pas de sitôt !

Sur mon échelle

mardi 12 avril 2022

Dans les brumes de Capelans

 




Auteur : Olivier Norek
Editions : Michel Lafon






Une île de l'Atlantique battue par les vents, le brouillard et la neige.
Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense.
Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles.
Une jeune femme qu'il y garde enfermée. Et le monstre qui les traque.
Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l'aveugle.
Paru le 7 avril 2022

Mon avis :

Un coup de cœur pour un personnage, une atmosphère, un suspense.
Je savais pertinemment que malgré ma déception du roman précédent je retrouverai un vrai plaisir à lire du Olivier Norek dont j'aime infiniment la plume et la sensibilité.

Coste s'est retiré au bout du monde à Saint-Pierre, il est toujours flic mais ses missions sont classées secret défense. Il les accomplit avec efficacité sans aucun état d'âme.
Il a laissé toute sa vie derrière lui et se reconstruit doucement. Solitaire, il s'enferme volontiers dans son bastion surplombant l'océan et entretient peu d'interactions sociales en dehors d'un vieil homme, ancien policier, et de sa petite fille, eux seuls ont su percer sa carapace.
Une vie proche de la nature, au rythme des brumes et des pluies, une terre sauvage omniprésente, j'ai adoré le cadre du roman. 

Et puis en haut lieu on décide de lui confier Anna, victime du pire, qui doit raconter, que l'on doit faire parler mais aussi protéger. 
Très vite le danger menace, devient tangible...

Des morts, des points de vue alternés, des prologues qui mettent l'intrigue en perspective, un suspense croissant et un doute sans cesse renouvelé, le roman est captivant de bout en bout.
J'ai beaucoup aimé que les personnages (Victor en tête), leur psychologie et les relations qu'ils entretiennent, soient encore plus importants que l'intrigue en elle-même, intrigue pourtant bien ficelée. Ils prennent une vraie consistance.

Pour finir, une mention pour la superbe couverture et pour le titre particulièrement bien trouvé,  référence à la fois  aux éléments naturels et à l'enquête où le flou est subtilement entretenu jusqu'au bout.

Une vraie belle lecture !

Sur mon échelle

lundi 21 février 2022

Le feu sur la montagne


 




Auteur : Edward Abbey
Editions : Gallmeister
Traduction : Jacques Mailhos



John Vogelin a passé toute sa vie sur son ranch, une étendue de terre desséchée par le soleil éclatant du Nouveau-Mexique et miraculeusement épargnée par la civilisation. Un pays ingrat mais somptueux, qui pour lui signifie bien davantage qu'une exploitation agricole. Comme chaque été, son petit-fils Billy, douze ans, traverse les Etats-Unis pour venir le rejoindre. Cette année-là, Billy découvre le ranch au bord de l'insurrection : l'US Air Force s'apprête à réquisitionner la propriété afin d'installer un champ de tir de missiles. Mais le vieil homme ne l'entend pas ainsi. Et Billy compte bien se battre à ses côtés.
Paru le 28 mai 2020

Mon avis :

Lecture dans le cadre du Challenge Gallmeister : mois de février - Nature writing -

Une très belle histoire tragique, celle d'un petit-fils éperdu d'amour pour son grand-père mais aussi celle de la "civilisation" qui vient écraser tout sur son passage.

John Vogelin accueille chaque été son petit-fils Billy sur son ranch. C'est une terre sauvage et désertique
où il élève quelques bêtes difficilement à cause d'une sécheresse chronique. C'est aussi une terre majestueuse qui offre un spectacle de tous les instants. Et c'est chez lui, c'était la terre de son père et du père de son père avant lui. Ce sont ses racines et il souhaite les transmettre.  

Cette année Billy a 12 ans et il découvre à son arrivée que la situation est loin d'être aussi simple que d'habitude.
L'armée américaine a racheté toutes les terres avoisinantes pour des essais de tirs de missiles et lorgne sur la propriété de son grand-père. Celui-ci refuse coûte que coûte de céder à toutes les propositions et menaces.
Le gamin assiste à chaque étape d'un bras de fer de plus en plus tendu et il souhaite ardemment combattre au côté de ce formidable et opiniâtre  grand-père qui lui a offert une vie d'une authenticité et d'une richesse incroyables au plus près de la nature.
C'est un livre émouvant écrit du point de vue de l'adolescent qui découvre, qui comprend, qui se sent impuissant mais qui ne veut surtout pas abandonner son aïeul bien seul face à la puissance de l'armée.

C'est superbement écrit, poétique, violent, tendre, injuste et révoltant, c'est un véritable manifeste contre la toute puissance des états et une ode à la nature. Les paysages sont grandioses écrasés par une chaleur étouffante, la terre aride accroche la lumière. Nul autre que Edward Abbey sait mieux décrire, donner à voir et à sentir.

Une très belle lecture ! 

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 30 janvier 2022

Kraa - tome 3 : La colère blanche de l'orage






Scénario et dessins : Benoît Sokal
Editions : Casterman




Pour tous ceux qui habitent cette vallée, je suis la mort attendue. Je supprime les faibles... Je les retire du monde et le monde y trouve son compte... La conclusion magistrale d'un western sauvage et violent.

Paru le 22 janvier 2014


Mon avis :

Dernier tome de la série qui offre une superbe fin à cette histoire.

1963, Emily est maintenant âgée, en rangeant ses affaires, elle tombe sur son journal intime et se remémore son histoire et celle de Yuma et son frère-aigle depuis le moment où elle a choisi de rester avec eux dans les montagnes, des moments de bonheur trop fugaces... Les hommes de la vallée , les constructions nouvelles ne leur ont pas laissé beaucoup de répit.

Elle s'oppose en vain à l'aigle toujours aussi puissant et sauvage et a du choisir son camp non sans mal. A travers ses souvenirs s'écrivent les événements tragiques qui se sont succédés.

Avec des dessins toujours aussi somptueux et expressifs qui parlent autant que le texte, l'auteur nous offre des moments de grandes violences mais aussi des instants particulièrement émouvants. Nature et civilisation s'affrontent dans un combat sans merci. Et la voix de l'aigle impitoyable résonne à travers les planches.

Une magnifique trilogie ! 

A noter en fin d'album quelques précisions fort intéressantes sur le chamanisme de Corine Sombrun.

Sur mon échelle :







dimanche 23 janvier 2022

Kraa - tome 2 : L'ombre de l'aigle


 



Scénario et dessins : Benoît Sokal
Editions : Casterman




C'est une vallée très reculée, quelque part au fin fond d'un pays froid qui pourrait être l'Alaska ou la Sibérie. Presque personne n'y vit, hormis la faune sauvage et un peuple autochtone discret. Hélas, le sous-sol regorge de matières premières et bientôt les affairistes déferlent, pressés d'y construire une ville, des mines, un barrage... Les premières exactions surviennent ; personne ne doit faire obstacle au "progrès". Mais il y a pourtant un témoin silencieux à cet immense désordre : Kraa, un jeune aigle très puissant qui a appris la survie, maître secret de la vallée. Avec Yuma, un adolescent indien dont on vient de massacrer la famille, et avec lequel il a développé un lien d'essence chamanique, Kraa, dont la voix off sert de fil rouge au récit, entre en résistance...
Paru le 18 janvier 2012

Mon avis :

Un second tome qui tient toutes ses promesses.

Yuma s'est retiré dans la montagne avec son frère-aigle, ils y passent un hiver rude et survivent en chassant tout se qui passe à leur portée.
Pendant ce temps, la ville s'agrandit mais les inondations de l'hiver empêchent les ouvriers de travailler. La nécessité de construire un barrage devient concrète pour Klondike et il s'assure de convaincre tout le monde par tous les moyens...
Un tome axés sur les conditions de travail déplorables, sur la main d'œuvre à bas prix.
Le récit s'appuie sur différents personnages : Emily l'assistante du docteur Altman, Valski un ouvrier et O Bannon un journaliste, tous trois qui ne cautionnent pas les agissements des hommes de Klondike.

Le danger se précise dans la vallée perdue, mais l'aigle est là qui veille et Yuma le suit de près...

Des dessins toujours aussi somptueux, certaines planches sont vraiment magnifiques, la nature sauvage, belle mais violente est superbement représentée et le vol de l'aigle toujours en plongée ou contre-plongée est incroyable de beauté...

Un coup de cœur qui se confirme pour cette formidable BD !

Sur mon échelle

mercredi 19 janvier 2022

Le sillage de l'oubli






Auteur : Bruce Machart
Editions : Gallmeister
Traduction : Marc Amfreville





Texas, 1895. Un propriétaire terrien voit la seule femme qu'il a jamais aimée mourir en mettant au monde leur quatrième fils, Karel. Vaincu par la douleur, l'homme entraîne ses enfants dans une vie austère et brutale. Pour lui, seuls comptent désormais ses chevaux de course, montés par Karel, et les paris qu'il lance contre ses voisins pour gagner toujours plus de terres. Mais l'enjeu est tout autre lorsqu'un propriétaire espagnol lui propose un pari insolite qui engage l'avenir des quatre frères. Karel s'élance dans une course décisive, avec pour adversaire une jeune femme qui déjà l'obsède.
Paru le 5 janvier 2012

Mon avis :

Le challenge "Un an avec Gallmeister" m'a poussée à sortir ce livre qui m'attendait depuis bien trop longtemps sur mes étagères, et quel bon moment de lecture !

1895 au Texas, Vaclav Skala se retrouve seul pour élever ses 4 garçons, sa femme vient de mourir après avoir mis au monde le petit Karel. Avec la perte de cette femme qu'il a profondément aimée, l'homme se renferme et relègue au fin fond de lui-même toute bonté.
Les chevaux et l'obtention de nouvelles terres deviennent son seul but, les fils grandissent sans aucune affection en travaillant dur son le joug d'un père rude et inflexible.
Un pari de trop avec Guillermo Villaseñor, un riche mexicain, sa fille Graciela fascinante opposée à Karel lors d'une course à haut risque et la famille éclate...

Une saga familiale tragique raconté du point de vue de Karel écrasé par le poids du passé et de la culpabilité, où les figures féminines sont entêtantes et souvent inaccessibles, où les hommes se font face avec violence. Les rapports sont âpres, la fratrie est en compétition et tous les coups sont permis. Chacun cherche à échapper à une vie laborieuse qui les a marqués dans leur chair. C'est cru, c'est cruel, c'est profond. Les personnages sont complexes sans manichéisme aucun, ils se battent avec leur propre destin et contre les autres, mais lorsque les jumeaux engagés par Karel vont commettre l'irréparable, les liens du sang seront-ils les plus forts ?

La nature omniprésente décrite dans toute sa beauté est un contrepoint à la fureur des hommes.

Un roman puissant, une plume superbe pleine de contrastes, une histoire d'hommes brutale et d'un réalisme saisissant !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 16 janvier 2022

Kraa - tome 1 : La vallée perdue






Scénario et dessins : Benoît Sokal
Editions : Casterman





Aucun sentiment, aucune émotion... L'esprit de mon frère est froid comme la pierre... Surprendre et puis tuer très vite... Et ne jamais laisser de répit à une proie blessée...

C’est une vallée très reculée, quelque part au fin fond d’un pays froid qui pourrait être l’Alaska ou la Sibérie. Presque personne n’y vit, hormis la faune sauvage et un peuple autochtone discret. Hélas, le sous-sol regorge de matières premières et bientôt les affairistes déferlent, pressés d’y construire une ville, des mines, un barrage… Les premières exactions surviennent ; personne ne doit faire obstacle au « progrès ». Mais il y a pourtant un témoin silencieux à cet immense désordre : Kraa, un jeune aigle très puissant qui a appris la survie, maître secret de la vallée.
Paru le 22 septembre 2010

Mon avis :

Encore une découverte totalement fortuite et un vrai coup de cœur pour cette BD dont je n'avais jamais entendu parler.

La singularité de l'album est que le narrateur est un aiglon. A la première page, il vient de faire tomber de son nid son frère afin d'avoir toute la place pour lui, c'est la loi du plus fort !  Mais ses parents ne reviennent pas et il doit apprendre  à se débrouiller et à survivre dans ce territoire dont il est le maître dorénavant...

Dans cette vallée perdue au fin fond d'un pays entre Sibérie et Alaska, un peuple autochtone coule des jours paisibles. Le jeune Yuma  remarque ce jeune rapace  et décide de lui venir en aide en lui apportant du gibier. Entre ces deux-là un lien très fort va se tisser, au delà d'une simple amitié. C'est une véritable symbiose qui les unit, Yuma entend et ressent chaque pensée du rapace, même à distance.

Mais l'arrivée des hommes blancs en quête de toujours plus de territoires et vraiment prêts à tout pour s'imposer et dompter la nature va bouleverser la vie de Yuma... 
L'aigle Kraa et le jeune garçon vont s'allier dans une guerre sans merci. 

Les dessins sont absolument superbes, paysages naturels omniprésents, planches somptueuses en plongée et contre-plongée au gré du vol du rapace majestueux. Une illustration poétique en contraste avec l'histoire d'une violence inouïe portée par la voix cynique et sans émotion aucune de l'aigle royal.

J'ai adoré cet album, cette opposition constante entre froideur et émotion, entre beauté et violence et cette voix totalement détachée qui raconte ... Du grand art !
Superbe découverte  ! 

Sur mon échelle


mardi 19 octobre 2021

L'ours




 

Auteur : Andrew Krivak
Editions : Globe
Traduction : Héloïse Esquié




Ils ne sont que deux survivants humains, un père et sa petite fille, dans une maison au bord d'un lac. Leurs voisins ? Des arbres centenaires, des plantes millénaires, des oiseaux dont les appels trouent les ciels, des traces d'ours sur les troncs et une montagne qui n'a pas changé depuis qu'Emerson et Thoreau y puisaient leur force et leur sagesse. Au fur et à mesure que la fille grandit, son père lui apprend tout ce qu'il peut, pour la préparer à une vie en harmonie avec une nature majestueuse et tutélaire. Et quand la fille se retrouvera seule, c'est l'ours du titre qui lui servira de guide ultime pour s'orienter à travers un environnement aussi rude que prodigue, dans une communion élégiaque.
Paru le 1er septembre 2021


Mon avis :

Tout d'abord je tiens à remercier Léa et le Picabo River Book Club ainsi que les Editions Globe pour l'envoi de ce livre.

157 pages lues en une petite matinée, ce roman est une jolie fable philosophique, véritable ode à la nature.

La fillette, dont nous ne saurons jamais le nom, vit seule avec son père, aucun autre humain n'est présent comme s'ils étaient les derniers représentants de l'espèce sur terre. Ce père est attentif, bienveillant et il s'efforce avant tout d'enseigner tous les gestes du quotidien pour survivre dans la nature, pour la comprendre, la respecter. Entourés de montagne, de forêts, dans un huis clos à deux, il montre, il explique chaque geste, chaque endroit, il laisse l'enfant faire ses premières expériences, en tirer ses conclusions et grandir. Il transmet aussi son histoire en racontant la mère, le deuil, en décryptant quelques livres rescapés d'une autre vie.

Dans ce quotidien rythmé par les tâches nécessaires s'invitent parfois la solitude, la peur, l'appréhension, les dangers et lorsque la présence paternelle fera défaut ce sont les animaux qui tour à tour viendront en aide à la jeune fille, un ours, un aigle, un puma.... Entre eux, la communication est immédiate et naturelle, l'enseignement du père trouve sa finalité dans cette totale harmonie.

Une jolie histoire sur le sens de la vie, la transmission, sur l'interaction entre les hommes et la nature, portée par une belle plume très visuelle. Les descriptions sont nombreuses et les paysages se dessinent avec une grande précision. 

Un joli moment de lecture suspendu hors du temps.


Sur mon échelle : 📚📚📚



vendredi 20 août 2021

Au delà de la mer


 


Auteur : Paul Lynch
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique
Traduction : Marina Boraso





« Muets de saisissement, Hector et lui regardent le monde se recomposer dans une magnificence de couleurs. Comme s'ils étaient les premiers à contempler des ciels pareils. Chacun commence à entrevoir la vérité de l'autre, à deviner qu'ils sont tous les deux pareillement démunis au cœur de la vérité des choses. Et qu'au sein d'une telle immensité, ce qu'un homme porte en son cœur n'a plus guère de poids. »

Malgré l'annonce d'une tempête, Bolivar, un pêcheur sud-américain, convainc le jeune Hector de prendre la mer avec lui. Tous deux se retrouvent vite à la merci des éléments, prisonniers de l'immensité de l'océan Pacifique. Unis par cette terrifiante intimité forcée et sans issue, ils se heurtent aux limites de la foi et de l'espoir, à l'essence de la vie et de la mort, à leur propre conscience.
Paru le 18 août 2021

Mon avis :

Voilà bien longtemps que j'avais envie de découvrir Paul Lynch, collectionnant ses livres sans trouver le temps de les sortir et puis l'arrivée surprise de ce titre m'a donné l'occasion d'enfin le lire... 
Et quel livre ! 
Un roman très court, 230 pages, un résumé qui pourrait tenir en deux phrases et pourtant il contient une puissance émotionnelle ...

A quoi tient un destin ?  Une dette auprès de gens peu recommandables et Bolivar prend la mer malgré un avis de tempête. Il doit rentrer de l'argent absolument. Mais son acolyte habituel n'est pas là, il persuade donc Hector, un adolescent sans expérience de l'accompagner. Très vite il est dépassé par les éléments déchaînés et par la défaillance de son bateau. Désormais sans moteur, les deux hommes perdus dans l'immensité de l'océan vont devoir survivre.

Il faut s'organiser, utiliser la moindre des occasions pour se nourrir, boire, faire preuve d'à propos et d'intelligence pratique. Mais la promiscuité forcée entre ces deux hommes qui ne se connaissent pas provoque des sentiments contradictoires. Le huis-clos devient peu à peu étouffant entre espoir et désespoir, entraide et fourberie, entre amour et haine.  Cette dualité constante engendre une tension qui enfle au fil des pages jusqu'à devenir insupportable.

Face aux éléments, dans une solitude abyssale et un immobilisme éprouvant, les deux hommes se replient, se questionnent... une introspection douloureuse sur la vie, sur ses propres choix, sur la religion.  L'ombre de la mort plane et parfois la réalité s'estompe laissant place aux rêves et aux délires... passages déstabilisants.

C'est cruel, c'est tragique et c'est porté par une plume saisissante, à la fois précise et onirique. Il y a des scènes épiques de combats contre l'océan et ses murs de vagues infranchissables, des scènes de connivence et d'espoir d'un réalisme poignant, des scènes troublantes à la limite de l'hallucination et de la démence, des scènes dramatiques à vous serrer le cœur ...

Cette lecture m'a amenée bien loin de ma zone de confort, m'a bousculée, m'a captivée, parfois perdue mais en refermant la dernière page j'avais le sentiment d'avoir lu un grand livre.

Un grand merci à Albin Michel pour cette lecture inattendue. 


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 28 juin 2021

Le fleuve des rois





Auteur : Taylor Brown
Editions : Albin Michel
Traduction : Laurent Boscq



Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan. C’est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort.
Il faut dire que l’Altamaha River n’est pas un cours d’eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes. On raconte notamment que c’est sur ses berges qu’aurait été établi l’un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu’une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit.
Remontant le cours du temps et du fleuve, l’auteur retrace le périple des deux frères et le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prit part à l’expédition de 1564 au cœur de cette région mythique du Nouveau Monde. De cette passionnante épopée se dégagent une grâce et une intensité qui imposent Taylor Brown comme un digne héritier de Cormac McCarthy et de Ron Rash.
Paru le 12 mai 2021

Mon avis :

Une très belle lecture une fois encore grâce à la collection Terres d'Amérique, je découvre peu à peu cette littérature américaine  et j'aime infiniment...

Quel livre ambitieux et quelle jolie réussite ! Autour de l'Altamaha River en Georgie se déclinent deux histoires bien distinctes.
0n descend le courant avec deux frères unis dans le deuil et on remonte le temps jusqu'au XVIe siècle au moment des grandes explorations, un voyage autant géographique que temporel. Des destins qui se forgent, des histoires qui s'écrivent au bord de ce fleuve majestueux et  immuable  sur et autour duquel se concentrent des légendes et bien des passions humaines.

Hunter et Lawson en kayak portent les cendres du père, décédé un an plus tôt, pour les disperser dans l'océan mais aussi pour faire la lumière sur cette mort étrange. De deux tempéraments différents, l'aîné est nageur de combat et porte avec lui le spectre de la guerre et le second étudiant à l'université, ils entretiennent des relations fortes faites de connivence, de confiance, d'entraide et de sourde rivalité. Ce lien prend sa source dans le rapport au père, figure autoritaire dont la présence reste prégnante, un homme de silence, un homme de terrain mais aussi un homme de passions qui cache bien des secrets et dont la forte ascendance sur ses fils perdure au delà de la mort...  Les frères sont unis autour d'une éducation et de souvenirs communs qu'ils ne peuvent partager avec personne d'autre, une part d'enfance qui n'appartient qu'à eux.  J'ai été très  touchée par ces deux hommes qui, entre souvenirs et révélations, doivent faire le deuil du père, deuil physique mais aussi moral. Un voyage périlleux qui peut tout autant raffermir les liens que les défaire....  
 
Jacques Le Moyne de Morgues est dessinateur et cartographe du roi Charles IX, il accompagne l'expédition de 1564 qui vient implanter le Fort Caroline dans le nouveau monde. 
Il est le témoin privilégié de l'arrivée des colons et des difficiles relations avec les autochtones. Un moment d'Histoire passionnant ! Installation, enthousiasme, alliance, pacte, trahison, bataille, famine, rébellion, lâcheté mais aussi courage, il y a un véritable condensé d'humanité dans cette fantastique épopée. Ses dessins d'époque enrichissent le récit et lui donnent une dimension supplémentaire, une réalité plus tangible.

Le fleuve reste le point commun de ces deux histoires, cours d'eau majestueux, auréolé de mystères (ne dit-on pas qu'il abrite une bête monstrueuse aperçue plusieurs fois au fil des ans...), il s'étire le long des berges en réservant parfois des surprises, en occasionnant des rencontres insolites, souvent dangereuses... Tantôt rassurant, tantôt menaçant, il déploie ses multiples facettes au fil des pages, 

L'écriture somptueuse magnifie le récit (merci au traducteur pour la grande qualité de son travail), une plume absolument magnifique, sensible qui donne à voir, à sentir, à entendre, qui offre des moment suspendus, des moments de grâce et d'autres effroyables toujours avec justesse. Les descriptions pleines de poésie sont un véritable hymne à la nature trop souvent malmenée, qu'il faut préserver... 

Mais ne vous y fiez pas, rien d'idyllique dans tout cela, les hommes déchainent les passions, le danger omniprésent et la mort jamais bien loin  font glisser le récit doucement mais sûrement vers le roman noir ! Une réussite ! 

Un grand merci aux Editions Albin Michel  ! 

Sur mon échelle : 📚📚📚📚 ++