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vendredi 19 août 2022

Tiphaine où es-tu ?


 



Auteurs : Damien et Sibylle Véron
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire
Label : Les Ondes




Ce récit en immersion dévoile les rouages angoissants des disparitions inexpliquées.
Un périple kafkaïen entre la France et le Japon.

Japon. Le 29 juillet 2018, en fin de matinée, Tiphaine Véron s'apprête à partir visiter les temples de Nikko, une cité touristique située au nord-est du pays. Ce voyage elle l'a préparé dans les moindres détails. Le lendemain matin, elle ne rentre pas à l'hôtel où elle séjourne. Commence alors une véritable enquête menée par sa famille pour la retrouver. Une course contre la montre racontée à travers les yeux de son frère Damien.
Paru le 2 juin 2022

Mon avis :

Ce nouveau label chez  La Bête Noire m'amène bien loin de ma zone de confort et j'aime ça ! Merci pour cette nouvelle lecture ! 

Très touchée par cette terrible histoire, par les diverses apparitions TV, par cette ténacité et cette loyauté inébranlable d'un frère et d'une sœur malgré l'accumulation insensée des épreuves....

Lorsque Thifaine disparait lors d'un voyage d'agrément au Japon, c'est pleine d'appréhension mais aussi pleine d'espoir que sa famille se rend sur place pour la rechercher. Mais très vite des difficultés insurmontables se dressent devant elle. 
Choc des cultures, incompréhension mutuelle, le chemin se révèle particulièrement épineux.

Dans un pays où les disparitions bien souvent volontaires sont monnaie courante, les forces de l'ordre ne prennent que peu de temps pour de véritables recherches. Manque d'implication, manque d'expérience, la famille se heurte à une société où l'honneur prime sur tout, où ne pas perdre la face est essentiel quitte à falsifier, louvoyer.

Incroyable de lire cette quête si longue, si difficile ! Chaque espoir, chaque déception sont relatés dans leurs dimensions intimes et officielles avec une telle authenticité ! 
Comment dans un pays civilisé comme le Japon, le simple fait de géolocaliser le téléphone de Thiphaine peut s'avérer être une mission impossible ! 

Le plus difficile sont ces élans d'espoir qui retombent à chaque fois comme l'aide de la police française qui ne sera finalement qu'un coup d'épée dans l'eau. La collaboration entre les deux pays se termine par un jeu diplomatique plus que par une véritable enquête.

Un périple détaillé, sincère et révoltant qui ne peut laisser indifférent. 
C'est très difficile de refermer ce livre sans espérer de vraies avancées et souhaiter tout le courage possible à Damien et Sybille.



Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 31 janvier 2022

En votre intime conviction






Auteur : Clémentine Thiebault
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire
Label : Les ondes



« Je ne sais pas s’il existe des procès exemplaires, si celui-ci en est un, mais pour tous, c’est l’instant du verdict. Pour les trois accusés, pour les avocats, les parties civiles, les juges et les jurés, le moment qui va clôturer sept jours d’un procès en appel pour meurtre en bande organisée et complicité de meurtre en bande organisée. La fin d’une tragique histoire de petits bandits, entre règlement de comptes, bêtise sordide et violence sans frein.
Trois types dans un garage, qui ont piégé leur victime avant de la tuer à mains nues. »
Paru le 6 janvier 2022

Mon avis :

J'étais très impatiente de découvrir le premier livre de ce nouveau label de La Bête Noire, d'autant plus que le sujet m'interpelle depuis fort longtemps, après une expérience personnelle en tant que témoin dans une sordide histoire... Je me suis souvent demandée depuis comment j'aurais vécu l'histoire en tant que juré...

Un livre court, très vite lu mais percutant, il va à l'essentiel et il couvre tous les aspects de cette expérience pour le moins déstabilisante.
L'auteur raconte minutieusement chaque étape depuis la réception du courrier officiel jusqu'au verdict et le retour solitaire chez soi, face à soi-même.

Le tirage au sort, le choix des jurés, l'affaire glauque, les différents acteurs du procès : témoins, experts, procureur, avocats... etc, leurs rôles respectifs, leurs interventions, tout est décrit scrupuleusement d'après un ressenti intime et personnel mais aussi avec quelques parenthèses théoriques pour aller plus loin sur certaines notions, parenthèses étayées par des approches historiques, juridiques, journalistiques, par des exemples d'affaires retentissantes.
Un mélange passionnant et particulièrement instructif !

7 jours pour se forger une intime conviction dans une cour où tout est codifié, à travers des témoignages plus ou moins fiables, des impressions, des plaidoiries pleines d'effets de manchettes... une responsabilité écrasante dont on ne peut s'affranchir... 
Je croise les doigts de ne jamais être tirée au sort !

Merci  Robert Laffont et La collection La Bête Noire  ! 

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

samedi 31 juillet 2021

L'adversaire


 

Auteur : Emmanuel Carrère
Editions : Folio






Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L'enquête a révélé qu'il n'était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu'il n'était rien d'autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d'être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Je suis entré en relation avec lui, j'ai assisté à son procès. J'ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d'imposture et d'absence. D'imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu'il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d'autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m'a touché de si près et touche, je crois, chacun d'entre nous.
Paru le 29 août 2002

Mon avis :

Qui n'a pas entendu parler de ce fait-divers à la fois terrible et fascinant, cet homme qui a trompé tous ses proches pendant 18 ans au point d'en arriver à assassiner toute sa famille lorsqu'il s'est senti acculé ? Comment peut-on entretenir l'imposture aussi longtemps ? C'est très intriguée que j'ai commencé cette lecture mais j'en suis ressortie mitigée...

Le récit d'Emmanuel Carrère est détaillé, circonstancié, il a correspondu et rencontré Jean-Claude Romand, il a assisté à son procès, a reconstitué minutieusement tout son parcours. La démarche est sincère, on sent une vraie volonté de comprendre mais pourtant au final le personnage reste flou et beaucoup de questions subsistent. 
L'auteur a opté pour une narration qui se veut objective et donc plutôt froide et détachée qui ne m'a pas apporté ce que j'attendais. C'est Jean-Claude Romand, fidèle à lui-même, qui semble-t-il a mené la danse, ne lâchant que ce qu'il a bien voulu sans garantie de vérité. Le mystère intime reste entier.. 

Un travail journalistique de qualité, une écriture agréable mais pour moi, la dimension psychologique n'est qu'effleurée et c'est ce que j'attendais le plus... 


Sur mon échelle : 📚📚📚

lundi 21 juin 2021

Kamik : Chasseur au harpon







Auteur : Markoosie Patsauq
Editions : dépaysage
Traduction : Valérie Henitiuk et Marc-Antoine Mahieu




Quelque part au nord du monde. Le froid, la faim. Un campement attaqué, des chiens éventrés. Un ours devenu fou. L'expédition punitive tourne mal, le sang rougit la banquise. Un jeune chasseur armé d'un simple harpon se retrouve seul à suivre les traces du redoutable carnassier. Mais en vérité, qui traque qui ?
Rédigé dans une langue sobre et efficace, Kamik est l'histoire cruelle de cette chasse au long cours, à la fois haletant récit d'aventures et quête initiatique. C'est aussi le tout premier roman écrit par un Inuit du Canada, un geste d'une portée historique et sociale considérable. Traduit fidèlement depuis l'inuktitut, Kamik est un classique de la littérature autochtone nord-américaine.
Paru le 15 janvier 2021


Mon avis :

Lorsqu'un ours blanc furieux attaque le campement où vivent Kamik et sa famille, il est décidé de le poursuivre pour l'abattre sans quoi son retour serait inévitable. Les hommes s'équipent et se lancent sur sa piste. Pour Kamik c'est le baptême du feu, il est avide d'exploit et compte prouver sa valeur de chasseur. Mais l'ours ne sera pas si facile à abattre, chiens et hommes meurent les uns après les autres...  et  Kamik vit une aventure dramatique, éprouvante dans sa chair et dans son âme.

Ecrit au présent, dans un style direct, sans fioritures, ce roman est un joli récit-hommage efficace et saisissant sur la vie rude dans les contrées du grand froid. Y sont décrites les traditions de la pêche, de la chasse à l'ours blanc avec de simples harpons, de la construction des iglous, mais aussi la cohésion d'un peuple qui sait s'entraider pour survivre. 

Des annexes précieuse, préface, quelques pages à propos de la traduction (quel travail de précision !) et mot de l'auteur recontextualisent le récit et lui donne une dimension particulière. L'auteur a compilé des histoires racontées par les parents et les aïeux, de celles qu'on se transmet à la veillée le soir, pour en faire un roman. Premier écrit inuit, c'est une sauvegarde précieuse que d'avoir couché par écrit ces récits de la tradition orale appelés à disparaitre, témoignage d'un mode de vie d'un autre temps... il en ressort  quelque chose d'émouvant et d'un peu sacré...
C'est un plaisir d'avoir entre les mains un ouvrage des Editions dépaysage, j'aime beaucoup les couvertures avec une vraie identité et surtout le confort de lecture qu'offrent la qualité du papier et la mise en page. Le prochain est déjà commandé !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 30 mai 2021

Les naufragés de la Méduse


 


Scénario : Jean-Christophe Deveney et Jean-Sébastien Bordas
Illustrations : Jean-Sébastien Bordas
Editions : Casterman



Juillet 1816, la frégate La Méduse s'échoue sur un banc de sable au large du Sénégal, précipitant l'évacuation de cent soixante-dix personnes sur un radeau de fortune. Novembre 1817, à Paris, Théodore Géricault s'empare du témoignage de deux rescapés. Le récit de leur terrifiante expérience trouve un écho intense chez l'artiste, qui y voit l'occasion de coucher sur la toile ses angoisses et ses ambitions. Au fil des recherches du peintre, la tragédie se révèle dans toute sa démesure...
Paru le 3 juin 2020

Mon avis :

Pourquoi ai-je attendu si longtemps pour lire cet album ? 
Quelle formidable reconstitution historique à la fois de la tragédie du naufrage de la Méduse mais aussi de la genèse du tableau de Géricault !

1817, Théo Géricault est de retour à Paris après un séjour en Italie. Entouré de ses amis Horace Vernet et Eugène Delacroix, il veut désormais s'émanciper des thèmes bibliques classiques et s'intéresse à une tragédie dont les suites ont eu un échos retentissant. Un an auparavant, la frégate La Méduse appareille vers le Sénégal pour y assoir la colonie de Saint-Louis. A son bord s'installent équipage, soldats et colons  et quelques personnages emblématiques que l'on va suivre plus précisément : le cartographe Corréard, le médecin Savigny, Léon le mousse, l'officier Coudein, le commandant Chaumareys. 

Dans une construction alternant les deux époques, les auteurs déroulent les deux histoires si étroitement imbriquées. D'une part, le jeune peintre entreprend des recherches malgré de nombreux obstacles, pour mieux appréhender ce qui s'est vraiment passé. En rencontrant des survivants, il cherche avant tout à comprendre leurs ressentis, leurs émotions, tout ce qui a pu entraîner l'indicible... D'autre part, l'histoire tragique est racontée avec précision, on suit l'enchainement dramatique des événements pas à pas.

C'est vraiment passionnant de découvrir les faits et de suivre les investigations de Géricault ainsi que la conception de ce tableau emblématique.
Peu à peu, Théo va mesurer ce qui s'est réellement joué sur cette embarcation et il se lance à corps perdu dans ce projet titanesque (la toile mesurera la taille exacte du radeau !) au détriment de sa vie privée compliquée. Les auteurs dresse un joli portrait d'un jeune peintre passionné qui va se battre contre les divers écueils sur son chemin et les nombreux préjugés de l'époque.

Des dessins à l'aquarelle aux couleurs sépia s'attachent avant tout aux personnages avec de nombreux gros plans sur les visages, les expressions pour faire écho au titre parce que dans cet album s'il est question du naufrage de la Méduse c'est avant tout aux naufragés que l'on s'intéresse leurs réactions, leurs émotions face au drame vécu.

Une excellente lecture prolongée par le petit carnet d'explications qui apporte de précieuses informations et atteste du travail de recherche des auteurs.

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 22 février 2021

Kukum

 






Auteur : Michel Jean
Editions : Dépaysage






Au soir de sa vie, grand-mère (kukum, en langue innue) depuis longtemps déjà, Almanda Siméon se retourne sur son passé et nous livre son histoire, celle d'une orpheline québécoise qui tombe amoureuse d'un jeune Amérindien puis partage la vie des Innus de Pekuakami (l'immense lac Saint-Jean), apprenant l'existence nomade et brisant les barrières imposées aux femmes autochtones. Centré sur le destin singulier d'une femme éprise de liberté, ce roman relate, sur un ton intimiste, la fin du mode de vie traditionnel des peuples nomades du nord-est de l'Amérique et les conséquences, encore actuelles, de la sédentarisation forcée. Son auteur Michel Jean, descendant direct d'Almanda Siméon, est un journaliste reconnu au Québec.
Paru le 30 janvier 2020

Mon avis :

Un bien joli roman plein de charme et de nostalgie qui est un bel hommage de l'auteur à sa kukum (arrière-grand-mère) et à travers elle à tout son peuple innu.

Almanda est une jeune fille orpheline élevée par un oncle et une tante dans "un monde immobile". Assoiffée d'aventures et d'espace, elle remarque 'un jeune indien qui arpente sur son canot la rivière devant chez elle. Peu à peu, une connivence s'instaure entre eux faite de regards échangés, de signes de la main ou de la tête puis de rencontres et rendez-vous tacites. La réserve, la gentillesse et la force qui émanent du jeune Thomas ont vite fait d'emporter son cœur. Il y a une vraie évidence entre eux. Très vite, ils se marient et le couple remonte la rivière vers Pekuakami (le lac Saint-Jean) pour rejoindre leur clan.

 La famille de Thomas, son père, son frère et ses deux sœurs accueillent la jeune femme à bras ouverts. Tous vont l'aider  à comprendre et assimiler leurs coutumes ancestrales, vont lui apprendre tous les savoirs nécessaires à la survie en forêt, chasse, pelleterie, artisanat..... 
A travers les yeux d'Almanda, l'auteur fait découvrir au lecteur tout un mode de vie respectueuse de la nature environnante. C'est raconté en toute simplicité mais avec la force de l'authenticité.

Peu à peu cette existence rude mais tellement exaltante va être entravée par la civilisation blanche qui s'implante tout au long des rivières et autour du lac. Des titres de propriété et l'exploitation de la forêt vont empêcher les Innus de se déplacer au rythme des saisons, les obligeant à une sédentarité qu'ils ont du mal à vivre... Michel Jean nous bouleverse en déroulant son récit de la tragédie en marche avec une économie de mots et d'effets qui frappe par sa justesse et son humanité. 

Une très belle histoire d'amour, de vie, de traditions, de liberté, de drames dont j'ai aimé la sobriété, la profondeur et la poésie de chaque ligne.

Une mention particulière pour le superbe travail éditorial qui fait de ce livre un objet de qualité au grand confort de lecture.


Mon appréciation : 📚📚📚📚