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mardi 24 octobre 2023

La poussière des souvenirs






Auteur : Susanne Abel
Editions : Charleston
Traduction : Corinna Gepner






Cologne, 2015.

À quatre-vingt-trois ans, Greta vit confortablement dans un très bel appartement sur les bords du Rhin et même si elle aimerait voir son fils, célèbre reporter pour une grande chaîne de télé, plus souvent, elle ne manque pas d’occupations. Seulement, depuis quelque temps, elle ne se sent plus tout à fait dans son assiette, les mots lui échappent, les objets aussi parfois… Mais tout cela est bien normal à son âge, n’est-ce pas ?

Ce qui la trouble, ce sont les images qui affluent et la taraudent. Des images du passé qui la ramènent dans l’Allemagne de l’après-guerre, celle des privations, celle de la faim et du froid, mais aussi celle des GI américains et des clubs de jazz, quand elle était encore une jeune fille gaie, débrouillarde… et follement amoureuse. Greta comprend alors que le secret qu’elle gardait soigneusement enfoui est en train de la rattraper et qu’elle ne peut plus lui échapper.
Paru le 16 août 2023

Mon avis :

2015, Tom Monderath est un journaliste, homme de télévision connu et reconnu. La quarantaine, il vit seul, s'offre des liaisons passagères sans aucune attache et s'occupe de loin en loin de sa mère vieillissante. Mais la mémoire de cette dernière commence à se déliter et Tom a beaucoup de mal à l'accepter, à mettre des mots sur la maladie qui s'installe et se sent submergé par la charge qui lui incombe.

"La poussière des souvenirs" - quel superbe titre tellement approprié - est un très beau roman sur la relation mère/fils, d'une grande justesse, mais aussi sur un pan de l'histoire de l'Allemagne pendant et après guerre.
Le récit est construit sur les deux époques et l'auteur parvient à les articuler avec beaucoup d'intelligence créant une continuité dans l'histoire qui s'écrit à travers le temps. Deux époques, deux histoires qui se télescopent, se fondent l'une dans l'autre, toutes deux aussi passionnantes l'une que l'autre. Les ellipses temporelles sont parfaitement dosées et rendent la narration vivante et dynamique.

On retrace la jeunesse de Greta, l'idéologie nazie montante et l'endoctrinement systématique de la jeunesse, la guerre, le père disparu, les grands-parents si attachants et lucides puis la défaite, l'armistice et l'arrivée des troupes occupantes US. 
Tout cette mémoire si longtemps enfouie parvient jusqu'à Tom, petit à petit dans les moments de confusion de sa mère. Sa propre jeunesse s'éclaire au vue des épreuves qu'elle a subies et des secrets qu'elle a si farouchement gardés.
Tom comprend, intègre, se questionne sur ses propres failles, sur les traumatismes transgénérationnels... Il sera là pour sa mère pour tenter de réparer ce qui est possible.

Une reconstitution documentée d'un passé dont on parle peu, le racisme américain et allemand, le sort des "bébés bruns" dont je n'avais jamais entendu parler et une telle justesse dans les sentiments sont les ingrédients qui font de ce roman une belle réussite.
J'ai été particulièrement touchée par le personnage de Tom, par ses relations tumultueuses avec cette mère au caractère bien trempé, par ses doutes, ses impatiences, sa culpabilité lancinante et son implication d'abord forcée puis totalement consentie. 

Merci Babelio et les Editions Charleston pour cette très belle lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚 




lundi 28 septembre 2020

Amitié, tout ce qui nous lie




Auteur : Heike Faller
Illustrateur : Valerio Vidali
Editions : Du seuil et du Sous-sol




Ce livre est dédié à toutes les amitiés : les éphémères, celles qui durent toute une vie, celles qui sont devenues des histoires d'amour et celles que nous n'avons pas osé sauver.
A paraître le 1er octobre 2020


Mon avis

Lorsque j'ai reçu le mail de Babelio me proposant cet album pour une masse critique privilégiée, je n'ai pas hésité une seconde. Le thème et la couverture m'ont de suite interpelée et je ne le regrette pas.

En 180 pages sont abordées toutes les facettes possibles des amitiés, celles qui viennent de l'enfance, les amitiés amoureuses, les amitiés conflictuelles.... Avec peu de mots, le texte est vraiment minimaliste, l'auteur parvient à créer une vraie connivence avec le lecteur, on se retrouve inévitablement à un moment dans ces petits bouts d'histoire, de vie.....ceci renforcé par le tutoiement utilisé et la narration à la première personne.

Les dessins très colorés servent à merveille le propos, j'ai beaucoup aimé le crayonné effet craie qui donne un grain particulier, quelque chose qui rappelle à la fois la douceur mais aussi les aspérités d'une vie. Les personnages un peu stylisés aux visages neutres sans expression (il n'y a aucun œil, aucune bouche de dessiner) laisse toute imagination et appropriation des situations au lecteur. 

Il y a les mots chargés d'émotion et de délicatesse et les dessins chargés de poésie (zoom sur des objets symboliques, utilisation de l'espace feuille tantôt réduite tantôt ample), le tout donne une album très réussi que l'on feuillette à l'envi. 

Quelques pages en toute fin raconte "L'idée de ce livre..." une jolie postface pour clôturer un bel album.


Mon appréciation : 📚📚📚📚


jeudi 20 février 2020

La septième croix





Auteur : Anna Seghers
Editions : Métailié





Sept Allemands opposants au nazisme se sont enfuis d'un camp. Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver. Un seul des sept, Georg Heisler, aidé par les efforts tâtonnants de ses amis de jeunesse, parvient à passer en Hollande grâce à l'organisation rudimentaire de la résistance et à la solidarité ouvrière mondiale. La septième croix qui l'attend au camp de concentration reste vide. Et c'est la brèche qui laisse un passage à d'immenses espoirs. Ce roman, dont l'action se déroule en Rhénanie, constitue une somme des expériences vécues par divers acteurs de toutes les classes de toute la société allemande des années 1930.
Paru le 23 janvier 2020

Mon avis :

Un livre fort qui reste vivant une fois refermé... un vrai témoignage de l'Allemagne des années 30 écrit en 1942 par un auteur allemand ayant du fuir le pays. Il y a une incontestable authenticité, une lucidité et une grande humanité dans ce récit.

Dans les années 30, l'Allemagne nazie a commencé à purger ses citoyens des adversaires du régime en place. Des camps sont mis en place, prémices des camps de concentration, tortures, morts y sont légions. Sept prisonniers du camp de Westhofen parviennent à s'échapper et une véritable chasse à l'homme commence. Sept croix sont élevées en attente dans le camp, terribles promesses pour chacun d'eux qui sera repris...

Ce sont des hommes aux abois que l'on suit, des hommes qui n'ont plus rien à perdre et qui s'accrochent à chaque moment pour survivre dans un monde hostile où ils ne peuvent pas savoir sur qui  compter. Et s'il est bien question de chacun de ces évadés, c'est Georg que l'on accompagne plus particulièrement et Anna Seghers nous raconte sa fuite éperdue dans une solitude abyssale, en proie à la fatigue, la faim, la peur au milieu d'une population qui continue à vivre tranquillement son quotidien, population dont peu à peu se détachent des individualités. C'est avec beaucoup de finesse que l'auteur dessine ces différents personnages dont les actes auront des répercussions sur les fugitifs.  Dans un pays où les libertés sont bafouées et où la dictature règne, les hommes et les femmes rencontrés réagissent de diverses façons entre peur, instinct de survie, lâcheté, traîtrise, courage, prise de conscience, résistance...
La mort est omniprésente et le récit s'étire dans un suspense croissant au fur et à mesure de la reprise des évadés. Un véritable thriller poignant oscillant entre espoir et désespoir.

L'écriture de ce roman est dense avec très peu de dialogues directs, avec de nombreuses  introspections, des descriptions, des souvenirs. C'est une plume sensible et pleine de finesse qui donne à ressentir et qui crée des atmosphères. Il y a la menace de la mort qui plane et il y a les petits riens quotidiens comme le souffle du vent, le son d'une cloche, la vue d'un ciel que les fugitifs perçoivent avec une perception accrue  Quelques moments sont particulièrement marquants comme l'interrogatoire de Wallau ( quel passage incroyable !.... inoubliable ! ) ou encore le jeune homme ayant perdu sa veste qui prend peu à peu conscience de ce qu'implique son témoignage et qui prend des décisions sans jamais se l'avouer directement ... il y a une vraie puissance d'évocation de l'âme humaine.

Je remercie Babelio et les éditions Métailié pour cette belle lecture ! 

Mon appréciation📚📚📚📚,