Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
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dimanche 21 juin 2026

Les 4 As anthologie - 1er volume

 





Scénario :  Georges Chaulet
Dessins : François Craenhals
Editions : Casterman





En 1957, Georges Chaulet publie son tout premier roman des 4 As, Le Fantôme de Campaville, aux éditions Casterman. Un livre drôle, plein de fantaisie, dans lequel Dina, Lastic, Bouffi et Doct, une fille et trois garçons, et leur chien Oscar, enquêtent sur un curieux revenant. " Je crois, décidément, qu'il est sans aucun doute possible de tirer quelque chose de cette équipe-là. ", assure bientôt son éditeur. Le but recherché est clair : proposer une série qui ne soit pas un obstacle éducatif, avec des personnages à la psychologie assez poussée pour souligner les qualités de chacun. Leurs travers sont amusants et contribuent à la réussite de l'entreprise. L'écriture extrêmement visuelle de Chaulet et le trait élégant de Craenhals - qui s'inscrit parfaitement dans la continuité d'Hergé concourent à faire la différence. Les 4 As se déclinent en bande dessinée à partir de 1964.
Paru le 23 octobre 2024

Mon avis :
Les 4 as est une série de BD parues dans les années 60, cet album est le premier volume d'une anthologie publiée depuis 2024. C'est un très bel objet, relié, toilé, agrémenté de documents et d'analyses qui donnent un éclairage fort intéressant sur l'origine de l'œuvre, sur l'époque, sur les auteurs.

Nous y découvrons 4 personnages très sympathiques bien que terriblement conventionnels. Les auteurs s'amusent à pousser les stéréotypes (jusque dans leurs noms) pour en faire ressortir des effets comiques bienvenus.  

Lastic : le garçon entreprenant, progressiste, touche à tout, toujours à  inventer, fabriquer. C'est un peu le meneur de la bande.

Dina : la seule fille, superficielle et frivole, obsédée par les coiffures, vêtements, décorations mais qui peut surprendre les lecteurs. Pas folle la guêpe !.

Ces deux-là passent leur temps à se chamailler plus ou moins violemment.

Doct : avec ses petites lunettes, c'est l'intello de la bande, toujours le nez dans un bouquin, passionné d'Histoire, il est une mine d'informations et de références.

Bouffi : en surpoids, la nourriture est son principal centre d'intérêt, il est le rigolo du clan.

Sans oublier Oscar, le chien qui ressemble étrangement à Milou !

Dans cette première anthologie, nous les suivons dans 4 de leurs aventures :

- Les 4 As et le serpent de mer
Nos 4 héros sont à la recherche d'un trésor englouti et se frottent au mythe du serpent de mer (une sorte de Lochness) dont tout le monde parle.. Mais ce trésor est convoité par des individus malhonnêtes. Actions et révélations sont au menu.

- Les 4 As et l'aéroglisseur
Cette fois-ci, Lastic entraîne ses compagnons dans la construction d'un avion pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions. Mais leurs efforts ont convaincu un ingénieur de l'école centrale de l'aéronautique de leur proposer de construire ensemble une machine bien plus moderne : un aéroglisseur. Bien entendu, tout ne va pas aller de soi, il y aura de nombreux obstacles à cause d'un Napoléon délirant !

- Les 4 As et la vache sacrée
Mon préféré des 4 titres! Notre petite bande est en vacances à la ferme, vacances sur le papier seulement parce que les tâches y (trop!) sont nombreuses. Parmi le bétail, Pâquerette dotée d'une étoile noire sur le front attire de nombreuses convoitises, ses cornes auraient le pouvoir de guérir le Rajah de Mandragore. Défenseurs et opposants indiens s'affrontent pour ramener ou faire disparaitre la vache sacrée. Péripéties diverses et pérégrinations assurées. 

- Les 4 As et le visiteur de la nuit
Pour cette dernière aventure, les 4 amis viennent en aide à deux sœurs dont les nuits sont agitées. Chaque minuit, un fantôme vient hanter leur maison. Nos héros viennent à la rescousse pour déméler le vrai du faux.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette anthologie, ce groupe de jeunes détectives en herbe s'inscrit dans la veine du "club des cinq", du clan des six ou même de "l'autobus à impérial". On y retrouve ces personnages dont les traits de caractères sont accentués pour les rendre à la fois drôles et attachants. Leurs aventures sont improbables mais se suivent avec bonheur.
On est vraiment dans la BD issue de l'école belge que j'affectionne tout particulièrement, les dessins peuvent rappeler ceux de Hergé et d'ailleurs de nombreuses références amusantes à Tintin s'immiscent entre les pages (le château de Moulinsart, Oscar et Milou, une rencontre imprévue ....) . 

Il y a quelque chose à la fois de délicieusement suranné (on est clairement dans une autre époque) et étonnamment indémodable dans cette série que je poursuivrai très certainement.

Merci Babelio et Casterman ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

samedi 23 mai 2026

L'écoute

 





Scénario :  Aleksi Cavaillez
Dessins : Aleksi Cavaillez
Editions : Dargaud




Une étudiante revient à Paris à la fin des années 80. Elle trouve un travail contre un logement chez une famille : s’occuper d’un jeune garçon sourd, qui refuse de communiquer. Petit à petit une relation va se nouer entre l’enfant et la jeune femme, Maïté, jusqu’à ce qu’elle retrouve par hasard une amie perdue de vue.
Paru le 7 mai 2026

Mon avis :
Quel joli album tout en sensibilité !
Victor est devenu sourd très jeune et il a beaucoup de mal depuis à s'intégrer dans son école, à trouver sa place oscillant entre deux mondes, à rompre sa solitude. Il ne sait plus ou ne veut plus communiquer, ayant perdu ses repères en même temps que son audition. Sa mère, rongée de culpabilité, fait appel pour s'en occuper à Maïté, étudiante en langues à la Sorbonne contre un logement. 
Cette dernière va également retrouver et aider une amie chère qui a perdu sa voix après un terrible choc affectif.

On sent le vécu intime de l'auteur dans les pages de cet album, il y a tant de justesse dans les émotions de l'enfant, dans sa perte de repères, dans le refuge que lui offre son imaginaire. C'est beau, pudique et touchant.

Les dessins en noir et blanc, parfois crayonnés accompagnent parfaitement le propos, on navigue dans un monde ayant perdu une de ses dimensions. La mise en page tantôt classique, tantôt plus savamment désordonnée retranscrit subtilement le chaos personnel de Victor, le silence et ses cris intérieurs. 

Le propos est avant tout sur la communication orale, la voix, l'audition, la musique mais la vue est tout aussi importante. Paris devient un des personnages principaux, donnant à voir à travers de superbes planches qui offrent un panorama de ses rues, ses monuments. 

Des personnages attachants tout en nuances, un thème abordé avec beaucoup de délicatesse, une balade dans les rues de Paris, autant d'éléments pour une fort jolie lecture. 

Merci Babelio et Dargaud ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 19 avril 2026

Sœurs des vagues





Scénario :  Tristan Roulot
Dessins : Mikaël
Editions : Le Lombard





1914, en Nouvelle-Écosse, loin des tranchées dans lesquelles les nations d'Europe vont bientôt s'enliser, le petit port côtier de Peggy’s Cove attend le retour des hommes, qui tardent à rentrer de leur dernière campagne de pêche au large de Terre-Neuve. Ne restent que les femmes, les enfants et quelques vieillards. Une nuit sans lune, un mystérieux naufragé s’échoue sur le rivage. Couvert de tatouages de marin, il semble avoir perdu la mémoire... 
Paru le 30 janvier 2026

Mon avis :
Une petite île de Nouvelle Ecosse, un phare que l'on néglige, une nuit de grain et c'est le naufrage... Dans ce petit village déserté par les hommes partis pêcher en mer et dont le retour se fait désespérément attendre, ce sont les femmes qui recueillent un marin à la mémoire défaillante dont la foison de tatouages raconte une vie singulière...
Mais l'arrivée de deux individus louches complexifie rapidement les choses.
Ce naufrage ne semble pas être le seul dans la région et les deux hommes semblent chercher quelque chose de bien particulier.

Une histoire sombre bien menée qui installe très vite une atmosphère d'angoisse. Angoisse de ces femmes seules hantées par la peur de la disparition de leurs hommes en mer, angoisse de voir mis à jour des secrets bien gardés jusque là. Le mystère se révèle peu à peu.

Le dessin à la fois classique et  réaliste est très beau, il met en valeur un scénario bien pensé et surtout des portraits de personnages marquants : le marin amnésique, le gardien du phare solitaire et désabusé, la petite indienne rebelle, l'institutrice qui n'accepte pas son deuil, et toutes ces femmes qui se battent pour survivre à tout prix.... 
Les terres sauvages, la nature indomptée que l'on retrouve sur de très belles planches, tiennent une place de choix dans le récit. Une mention spéciale pour la couverture que je trouve particulièrement réussie et pour le dossier graphique en fin d'album, j'aime toujours autant ce petit plus.

Un bon polar, une très bonne lecture

Merci Babelio et Le Lombard ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


jeudi 8 janvier 2026

Mur-Murs

 






Auteur : Florie Maurin
Editions : Sarbacane
Illustrations: Manon Diemer




La fin de leur scolarité et la Croisée des chemins approchent ! Astrid et Céleste sont à deux doigts de savoir si elles pourront étudier à la Verrerie. Elles rêvent depuis toujours d'apprendre à extraire et distiller les émotions dont chaque lieu regorge pour fabriquer objets et élixirs. Ce savoir-faire n'est réservé qu'à quelques élus dans la cité de Rémanence où chacun est assigné à la place qu'il mérite. Après avoir travaillé si dur, les deux amies vont intégrer la Verrerie ensemble, c'est certain ! Mais les règles immuables qui régissent Rémanence sont-elles aussi justes qu'il y paraît ?

Paru le 27 août 2025

Mon avis :

La cité de la Rémanence est une ville aux profondes inégalités. Selon son habitation la vie est plus ou moins belle, chaque lieu étant chargé d'émotions plus ou moins présentes et les familles ne peuvent que subir l'atmosphère qu'elles créent. Toute la vie de la cité tourne autour de ces émotions qu'il faut absolument savoir maitriser mais aussi qu'il faut extraire régulièrement. Pour cela, il faut faire des études à la Verrerie qui représente le Graal pour toute la jeunesse de Rémanence.

Astrid et Céleste sont amies depuis l'enfance mais elles sont aussi issues de milieux sociaux bien différents et au moment de la croisée des chemins, ce fameux temps fort où les jeunes gens font des vœux quant à leur avenir, Astrid qui est d'une caste supérieure est acceptée à la Verrerie alors que Céleste est envoyée vers le tri des déchets.... C'est la douche froide pour toutes les deux qui rêvaient de poursuivre des études ensemble. Quid de l'égalité dont se vante la cité ? La population est-elle aveugle et va t-elle se laisser ainsi berner encore longtemps ?

Un roman jeunesse très agréable qui se lit facilement. L'univers créé est astucieux, et ce que j'ai préféré avant tout c'est cette idée que chaque lieu possède une âme propre que l'auteur a personnifié sous différents traits. 

Ecole et apprentissage, secrets, épreuves, rencontres et amitiés, découvertes fortuites, danger, on ne s'ennuie guère à cette lecture qui reste dans la sphère jeunesse. Mais l'intérêt du thème m'a donné envie d'un peu plus de profondeur, j'ai été un peu frustrée de rester en surface à plusieurs reprises. La transposition du roman dans une version plus adulte et plus étoffée serait certainement passionnante. 

Un dernier mot pour le travail éditorial de qualité, la couverture est très belle avec ses dorures et les illustrations qui jalonnent le texte sont un plus. C'est un bel objet qu'on a plaisir à voir sur ses étagères.

Merci Babelio et les Editions Sarbacane pour cette agréable lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚