Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
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dimanche 16 septembre 2018

Sur le toit de l'enfer



Auteur : Ilaria Tuti
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



" Les tueurs voient l'enfer que nous avons sous nos pieds, tandis que nous, nous ne voyons que les fleurs... "

Dans les montagnes sauvages du Frioul, en Italie, le commissaire Teresa Battaglia, la soixantaine, la langue acérée et le cœur tendre, est appelée sur les lieux d'un crime pour le moins singulier : un homme a été retrouvé mort, les yeux arrachés. À côté de lui, un épouvantail fabriqué avec du cuivre, de la corde, des branchages... et ses vêtements ensanglantés.
Pour Teresa, spécialiste du profilage, cela ne fait aucun doute : le tueur frappera à nouveau. Elle va devoir rassembler toute son énergie et s'en remettre à son expérience pour traquer cette bête humaine qui rôde dans les bois. Si tant est que sa mémoire ne commence pas à lui faire défaut...
Paru le 6 septembre 2018

Mon avis

Je l'attendais avec impatience ce livre et dès son arrivée, je me suis plongée dedans, curieuse de découvrir ce nouvel auteur. J'ai été immédiatement happée, dès les premières lignes, par le ton, la narration, la poésie ...... je l'ai dévoré quasi d'une traite, emportée par cette histoire singulière. Une fois ma lecture terminée, je n'avais qu'un mot... fabuleux ! 
Une vraie pépite à ne surtout pas manquer ! ♥♥♥

➤ Autriche 1978, Magdalena est engagée dans une école perdue au milieu de la forêt pour prendre soin de jeunes enfants, mais son travail est bien loin de ce à quoi elle s'attendait....
➤ Mathias, Diego, Oliver et Lucia, quatre jeunes gamins ont créé entre eux un lien d'amitié extrêmement fort et se retrouvent quasi quotidiennement dans une petite cachette difficile d'accès de la forêt du bourg de Traveni dans les Alpes. 
➤ Un crime sordide a été commis dans cette même forêt, un homme est retrouvé nu, énucléé, entouré d'un étrange ensemble de pièges et d'un singulier épouvantail.... Le commissaire Teresa Battaglia est chargée de l'enquête... un tueur en série vient de commettre son premier crime, elle en est persuadée, une course contre la montre est enclenchée pour empêcher d'autres violences, d'autres morts... 

Trois axes qui très vite vont s'imbriquer étroitement pour tricoter une histoire sombre, violente, magistralement orchestrée ...

J'ai absolument tout aimé dans ce roman , tout d'abord les personnages, à commencer par le commissaire Teresa Battaglia, une sexagénaire au caractère bien trempé. Redoutable d'intelligence et de perspicacité, elle cache des trésors de tendresse sous des dehors rugueux. Comment ne pas s'attacher à elle ? En surpoids, diabétique, elle maintient farouchement à distance ses démons du passé et se bat vaillamment contre les premiers troubles d'une maladie effrayante....tellement touchante dans sa profonde solitude, ses questionnements, ses peurs intimes, ses sursauts de courage... Et surtout, au delà de ses cotés âpres, agressifs, elle garde un regard d'une humanité incroyable sur les autres, son empathie lui permet d'être d'une telle justesse et d'une telle délicatesse aux moments opportuns.....

Et puis il y a Marisi, ce jeune inspecteur qui se fait rudoyer par ce commissaire bien peu accueillant. Il ne se lassera jamais de chercher son approbation, de la comprendre... Un chic type, loyal qu'on voit grandir, apprendre, évoluer à ses côtés. Malgré les nombreux accrochages, on sent le respect entre ces deux-là.

Il y a aussi les enfants, TOUS les enfants, désarmants d'innocence, de force et de courage...

Il y a la forêt, personnage central du récit, sauvage, belle, rude, pleine de légendes, parfois hostile, parfois hospitalière, c'est en son cœur que tout se noue et se dénoue. J'ai adoré tout le côté nature du roman, la connexion à la terre, aux animaux, ce retour aux instincts primitifs. 

Et pour finir il y a l'assassin, tellement inédit....., j'aurais tant de choses à dire sur lui mais je m'oblige à n'en rien faire pour ne pas gâcher la lecture de chacun... et je vous assure que c'est difficile de se taire ! 

En alternant dans des chapitres courts les trois axes de cette histoire dense, l'auteur nous offre un thriller au rythme soutenu, au suspens haletant, apportant peu à peu des éléments qui tendent à révéler une vérité effroyable, d'autant plus qu'elle tire sa source de faits réels ! J'ai beaucoup aimé que l'enquête laisse une grande part aux personnages parfaitement charpentés, à la psychologie fouillée. Aucun n'est monochrome, les victimes parfois deviennent bourreaux, les bourreaux parfois deviennent victimes... Et puis il y a ces chapitres du point de vue du coupable, déstabilisants, faisant voler en éclats toutes les certitudes...
Teresa Battaglia, profiler émérite, devra se battre, avec l'aide de l'infatigable Marisi, contre une population qui cache ses secrets, elle devra laisser de côté tous les schémas connus pour comprendre, improviser et réagir...  Elle fera appel à sa profonde empathie, un sens intuitif particulièrement développé pour parvenir à résoudre l'affaire.

Je voudrais aussi parler de la plume de l'auteur, une plume tellement sensible, belle, élégante, tantôt graphique pour des atmosphères, des paysages, tantôt profonde pour des sentiments, des âmes... j'ai eu souvent le réflexe de relire certains passages tant j'ai été touchée par les mots....  Il faut à ce propos saluer le remarquable travail du traducteur Johan-Frédérik Hel Guedj qui a su retranscrire avec beaucoup de talent la qualité du roman.

Je suis passée par foison d'émotions pendant ma lecture, la peur, le sourire, le rire même lors des affrontements Teresa-Marisi, l'attendrissement, j'ai eu le souffle coupé, j'ai été atterrée, révoltée,  j'ai été émue et passionnée jusqu'au dernier chapitre qui m'a littéralement déchiré, fracassé le cœur  ....avec bien peu de choses : une photo, une petite branche de pin, un lambeau d'étoffe ....

Un livre percutant où l'effroyable côtoie les moments de grâce, des personnages particulièrement attachants, un récit magistralement orchestré, captivant de bout en bout et je finirai ma chronique en empruntant le mot de Donato Carrisi, parce que je n'en ai pas trouvé de plus juste : INOUBLIABLE

Un grand merci à Robert Laffont et La collection La Bête noire pour cette fabuleuse lecture !

Mon appréciation 






vendredi 14 septembre 2018

Comme un seul homme




Auteur : Daniel Magariel
Editions : Fayard
Collection : Littérature étrangère





Le combat fut âpre. Mais, ensemble, le narrateur, un garçon de douze ans, son frère aîné et leur père ont gagné la guerre – c’est ainsi que le père désigne la procédure de divorce et la lutte féroce pour la garde de ses fils. Ensemble, ils prennent la route, quittant le Kansas pour Albuquerque, et un nouveau départ. Unis, libres, conquérants, filant vers le Nouveau-Mexique, terre promise, ils dessinent les contours de leur vie à trois.
Les garçons vont à l’école, jouent dans l’équipe de basket, se font des amis, tandis que leur père vaque à ses affaires dans leur appartement de la banlieue d’Albuquerque. Et fume, de plus en plus – des cigares bon marché, pour couvrir d’autres odeurs. Bientôt, ce sont les nuits sans sommeil, les apparitions spectrales d’un père brumeux, les visites nocturnes de types louches. Les garçons observent la métamorphose de leur père, au comportement chaque jour plus erratique et violent. Livrés à eux-mêmes, ils n’ont d’autre choix que d’endosser de lourdes responsabilités pour contrer la défection de leurs parents, et de faire front face à ce père autrefois adulé désormais méconnaissable, et terriblement dangereux.
Daniel Magariel livre un récit déchirant, éblouissant de justesse et de délicatesse sur deux frères unis dans la pire des adversités, brutalement arrachés à l’âge tendre. 
Paru le 22 août 2018

Mon avis

Tout d'abord un grand merci aux éditions Fayard et à Léa du très chouette groupe Picabo River Book Club  pour ce premier partenariat. 
Une lecture dure, parfois éprouvante, mais aussi une lecture prenante et poignante..

Le narrateur est un jeune garçon qui vit avec son père et son frère aîné, il raconte la séparation des parents, le nouveau quotidien.... Ce qui est frappant c'est qu'il n'y a pas de noms, il désigne toujours les autres par leur nature : mon père, mon frère, ma mère comme si les liens familiaux étaient plus importants que les individus propres
Le divorce est dur, violent même et le père vient d'obtenir la garde de ses deux garçons et c'est heureux tous les trois qu' ils partent vers le nouveau Mexique, vers une nouvelle vie...

Mais peu à peu l'atmosphère se charge de tension, le comportement du père commence à changer. De plus en plus souvent les fils doivent faire front pour gérer un quotidien de plus en plus difficile, avec un père absent, incohérent parfois, violent même....
J'ai été frappée par le regard du jeune garçon sur son père, il y a cet amour fou avec un besoin de reconnaissance terrible, il est prêt à tout pour l'obtenir  ... mais peu à peu on le voit prendre conscience des failles de cet homme qu'il portait aux nues.

Le huis clos est étouffant, il y a très peu d'interaction avec les autres, l'extérieur, et à chaque fois c'est dur et tendu, le père sabote chaque relation, chaque possible. Et le trio se referme une fois de plus sur lui dans une vraie solitude.
Peu à peu la manipulation du père transparaît , tellement bien rendue. Cet homme finalement très faible tient toute sa famille sous sa coupe et règne en véritable tyran, tout est ambivalent chez lui, il prône le droit à l'intimité en frappant à la porte de leur chambre avant d'entrer mais il leur refuse toute pensée ou décision propre. Il joue sur l'attachement de ses enfants, tente de les monter l'un contre l'autre, les deux contre la mère, leur retourne la tête dans des discours qui touchent à chaque fois une corde sensible. C'est extrêmement touchant de voir ses adolescents se rendre compte que leur père n'est pas le héros qu'ils croyaient mais continuer à s'accrocher malgré tout à cet homme qu'ils n'arrivent pas à "désaimer" dans un premier temps. La violence est toujours sous-tendue et lorsque le quotidien se dégrade fortement elle domine jusqu'à LA scène insupportable.... 

Dans toute cette noirceur, il y a la belle connivence entre les deux frères particulièrement attachants, cet amour qui se construit plus fort encore dans l'adversité malgré les manipulations odieuses du père... Entre eux, il y a cette entraide, cette confiance que rien ne pourra détruire, et puis l'espoir qu'à deux ils pourront s'en sortir. 

Quelques contacts subsistent avec la mère démissionnaire. Il y a des pages terribles sur leur passé commun, on mesure jusqu'où l'impact de la peur et le besoin de reconnaissance ont amené les enfants. J'ai été particulièrement touchée par le fait que le narrateur n'ose plus la contacter  parce qu'il sait que ce qu'il a fait est impardonnable. Comment se construire avec de tels sentiments ?

J'ai beaucoup aimé la toute fin, ce petit épilogue en flash-back sur un instantané, un moment de grâce où tous les possibles s'ouvraient... très émouvant quand on a lu tout le récit et que l'on sait comment les rêves se sont fracassés sur une dure réalité.

Une écriture très directe, des phrases courtes percutantes, un regard sans concession qui déroule un drame que l'on pressent de plus en plus arriver. 
Une très belle lecture, forte, violente mais d'une grande justesse sur les ressorts d'une relation père-fils où les enfants n'ont que le droit d'être les ombres du père, relation toxique et dominatrice particulièrement bien illustrée par la très belle couverture.

Je suis ressortie bouleversée de cette histoire, par la justesse du propos, par la violence faite aux enfants... et j'ai apprécié le dénouement ouvert qui laisse chacun s'emparer de l'histoire.

Mon appréciation📚📚📚📚





samedi 1 septembre 2018

Mes lectures du mois d'août







Destiny, tome 1 de Cecelia Ahern  
Destiny, tome 2 de Cecelia Ahern  
Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman 
Tu comprendras quand tu seras plus grande de Virginie Grimaldi 
Pardonne-lui de Jodi Picoult 
Petite maman de Halim 
Le meurtre de Roger Ackroyd de Agatha Christie  
Bohemian flats de Mary Relindes Ellis  ♫  ♥♥♥
Les détectives du Yorkshire, tome 2 : Rendez-vous avec le mal de Julia Chapman  ♫ ♥♥♥
Bride stories, tome 1 de Kaoru Mori 
Une histoire corse de Dodo et Glen Chapron 

Mes plus belles lectures :
Arrivent largement en tête deux gros coups de cœur :
Bohemian flats : captivant, émouvant.... beau
Rendez-vous avec le mal : délicieusement machiavélique avec en prime beaucoup d'humour... un régal !


 Pas pour moi 📚
 Déception 📚📚
 Bonne lecture 📚📚📚
 Très bonne lecture 📚📚📚📚

vendredi 24 août 2018

Les larmes des cigognes



Auteur : Lawren Schneider
Editions : Auto édité


TAMBOV, 1943
Louis n’arrivait pas à trouver le sommeil. Peut-être devenait-il fou. « Je crois que j’ai des visions, un peu comme Bernadette, à Lourdes. C’est comme si j’étais rentré dans le corps de ce type. » Il a cogné une femme. De toutes ses forces. 

GAMBSTETT, 1986
« Je m’appelle Christophe et j’aimerais vous confier mon secret : je suis capable de voir des choses que vous ne voyez pas... Tout a démarré il y a quelques mois. Ma mère m’a serré dans ses bras. Un câlin de maman. J’ai posé ma main sur sa nuque et… C’est comme si j’avais plongé dans son corps, comme si j’avais vu à travers ses yeux ».

Prisonnier dans le camp de Tambov, Louis Waechter est en proie à des visions terriblement réalistes. Quarante-trois ans plus tard, Christophe, son petit-fils, confie à ses amis qu’il a le même don. Ce jour-là il a ouvert une porte qui ne se refermera plus.
Paru le 19 novembre 2017

Mon avis

Voilà un livre que j'ai vu passer à de nombreuses reprises sur les divers groupes de lecture que je fréquente, et c'est le titre qui m'a tout d'abord attirée...un titre très accrocheur qui m'a donné une envie folle de m'y plonger.

L'histoire se décompose en deux parties distinctes mais avec un véritable lien entre elles, celui d'un homme Louis et de son petit fils Christophe, tous deux ayant le même don pour "voir" le passé immoral des gens lorsqu'ils posent la main sur eux, un don difficile à gérer au quotidien et qui sera source de bien des ennuis...
Lorsque la mère de Christophe est hospitalisée, il est confié à ce grand-père qu'il ne connait pas et qu'il ne souhaite pas côtoyer. Les premiers jours sont difficiles mais peu à peu la relation va s'installer, les liens vont se tisser tout naturellement entre ces deux-là qui ont plus en commun que l'adolescent ne le soupçonnait. La parole est libératrice, l'ancien raconte, transmet, explique, le jeune intègre, découvre, comprend :  de jolis moments vraiment.

Je ne sais pas si mon avis est très objectif parce que ce livre a éveillé en moi nombre de souvenirs de mon enfance alsacienne, j'y ai retrouvé, en suivant Christophe et sa bande de copains, une ambiance, des détails, des spécialités, des mots, des expressions... et puis des lieux parce moi aussi j'ai joué dans et autour des blockhaus de la ligne Maginot au cœur d'une magnifique forêt.... Alors forcément ce récit a fait vibrer une fibre affective très particulière...
Et puis il y a le thème, le sort des malgré-nous, dont j'ai découvert l'existence très tardivement et qui m'interpelle. Je reste terriblement troublée par l'histoire de ces hommes enrôlés contre leurs propres compatriotes d'hier.
Et c'est d'ailleurs l'histoire de Louis qui m'a le plus profondément touchée, ce destin difficile, ce camp de Tambov dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai été captivée par tout le récit très vivant de ses souvenirs.

Mais le livre ne se repose pas seulement sur la mémoire et la transmission. Il y a aussi toute une intrigue très prenante autour de Christophe et ses amis que je me garderais bien de dévoiler.  Son don va amener une cascade d'incidents dont certains seront dramatiques. Mon seul petit bémol sera pour leur réaction que j'ai trouvée parfois un peu trop désinvolte face à des erreurs extrêmement graves... mais ce n'est qu'un ressenti très personnel... qui ne m'a nullement empêchée d'aimer la fin très aboutie.

J'ai refermé mon livre avec le plaisir, outre une intrigue très bien ficelée, d'avoir plongé dans un coin de mon enfance, une sorte de petite madeleine à moi, le plaisir d'avoir découvert un peu plus sur l'Alsace et le sort des malgré-nous et je remercie mille fois Lawren Schneider de m'avoir si gentiment envoyé son roman.


Mon appréciation📚📚📚

mardi 21 août 2018

L'affaire Léon Sadorski



Auteur : Romain Slocombe
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs.
Avril 1942. Au sortir d'un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l'Occupation. Pétainiste et antisémite, l'inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d'un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d'intervenir contre les " terroristes ".
Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d'en faire leur informateur au sein de la préfecture de police... De retour à Paris, il reçoit l'ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d'appartenir à un réseau antinazi.
Paru le 25 août 2016


Mon avis :

Voilà un livre qui me tentait depuis très très longtemps.... et pour plusieurs raisons : la période sur laquelle se déroule le récit et la formidable gageure de prendre pour personnage principal un collabo....
J'aime beaucoup ce parti-pris de départ original et tellement déstabilisant, et je n'ai absolument pas été déçue ! 
Quel livre passionnant ! Un véritable coup de cœur et ce, non pas pour son personnage principal particulièrement odieux, mais pour la plume, l'intelligence du récit et pour la superbe reconstitution d'une période pas si lointaine....

En pleine occupation allemande, nous allons suivre Léon Sadorski, un inspecteur sans histoire qui se plie sans aucun problème de conscience aux diktats de l'occupant et qui même parfois fait du zèle en devançant les attentes. Par ailleurs, il n'hésite pas à profiter des plus faibles et de son autorité pour engranger de l'argent. 
Ce qui est extrêmement troublant, c'est que cet individu est un personnage tout à fait réaliste, un type lambda, il a une vie tout à fait normale, une femme qu'il aime véritablement, un boulot qu'il fait consciencieusement et même avec beaucoup d'intelligence, des sentiments, des émotions .... et il est profondément antisémite, il signe à tour de bras les ordres d'arrestation et de déportation, c'est extrêmement déstabilisant de voir ce qui se passe dans sa tête, de toucher du doigt sa profonde conviction... c'est terrifiant, parfois d'une violence incroyable et pourtant ça ne l'empêche nullement de fantasmer sur sa petite voisine juive à peine pubère... 
Lorsque la Gestapo l'arrête, l'emprisonne en Allemagne, il se révèle lâche et prêt à toutes les forfaitures, sa vie prend un tournant plus radical encore, il reviendra en France comme agent informateur des forces allemandes, plus zélé que jamais et se lance dans une enquête difficile... un meurtre d'une demoiselle Yolande Metzger, ses investigations le mènent dans les milieux mafieux, les boites de nuit où officiers allemands et vedettes connues se mêlent ... troublant !

Dans ce récit, Romain Slocombe nous invite à prendre la mesure de ce qu'est véritablement l'antisémitisme et jusqu'où il mène. Témoin de toutes les dérives, le lecteur assiste à l'avilissement d'une partie de la population, aux tortures, aux rafles...
Il faut rendre hommage au travail de recherche minutieux de l'auteur, tout est documenté, tout est tiré de faits réels, il y a foison de détails, des rapports de police circonstanciés, des personnages réels apparaissent aux détours des pages, ce qui rend le tableau de Paris sous le joug ennemi et des collaborateurs d'un réalisme saisissant... La peur et l'arbitraire règnent... 
C'est oppressant, dur, violent, on y côtoie lâcheté, corruption, trafics, dénonciations... mais aussi héroïsme. Il semble évident qu'il était impossible de ne pas prendre parti dans un tel contexte...

Un roman noir, âpre, dérangeant parfois, mais toujours passionnant,  parfaitement orchestré jusqu'à la dernière ligne qui laisse entrevoir le destin de la petite Julie.... Une immersion au cœur même de Paris sous l'Occupation, un tableau sans concession, criant de réalisme et dont on ne ressort certainement pas serein, une lecture indispensable pour prendre véritablement la mesure d'un passé qu'il serait trop facile d'oublier... 



Mon appréciation :  





mercredi 15 août 2018

Le mari de mon frère


Auteur : Gengoro Tagame
Editions : Akata


Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé... Perturbé par l'arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n'est autre que le mari de son frère jumeau... Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l'homme qu'il aimait. Yaichi n'a alors pas d'autre choix que d'accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses...
Parus : tome 1 le 8 septembre 2016

tome 2 le 10 novembre 2016 

tome 3 le 26 janvier 2017 
tome 4 le 26 octobre 2017 

Mon avis :

Lectrice de BD, j'ai toujours eu un peu de mal avec les mangas mais là, force est de reconnaître que je suis conquise. Une bien belle histoire, émouvante, pleine de profondeur et même les dessins (presque tous !) ont trouvé grâce à mes yeux .

Yachi élève seul sa fille lorsqu'un jour un homme frappe à sa porte, un homme qu'il n'attendait pas, le mari de son frère jumeau mort depuis peu.
Immédiatement, Yachi est tétanisé et ne sait comment réagir... c'est Kana avec son innocence et spontanéité qui va le bousculer et l'obliger à se remettre en question.
Peu à peu entre lui et Mike Flanagan va s'installer, passé le choc des cultures, une vraie complicité, une estime réciproque, c'est plein de pudeur, de délicatesse... Les personnages sont tous très touchants, avec une profondeur de sentiments que l'on perçoit à travers les dialogues, les dessins...

Ce sont les dessins qui généralement me gênent le plus dans les mangas, mais là j'ai trouvé que les deux hommes étaient vraiment bien esquissés, les regards, les expressions extrêmement bien rendus.
Mon bémol sera pour la petite Kana toujours représentée la bouche grande ouverte comme si elle "braillait" continuellement...

Dans ce manga, il est question d'homosexualité mais pas seulement, c'est aussi une réflexion sur le couple, sur le regard des autres, sur les réactions de chacun induites par la société, on y parle aussi de deuil, de gémellité, de regrets, de souvenirs... Yachi en côtoyant son beau-frère va s'ouvrir, comprendre sa propre histoire et se réconcilier avec lui-même.

J'ai beaucoup aimé trouver au cours de ma lecture ces petites pages en couleurs traitant de la culture gay, toujours intéressantes, un plus très apprécié !

Une belle histoire, toute simple, directe, réaliste, souvent émouvante, un véritable hymne à la tolérance !


Mon appréciation: 📚📚📚📚

lundi 13 août 2018

L'échange




Auteur : Rebecca Fleet
Editions : Robert Laffont
Collection : La bête noire

" Personne ne vit ainsi... à moins d'avoir quelque chose à cacher. "
Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l'occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d'imaginer que quelqu'un puisse y habiter.
Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu'elle aurait préféré garder enfouis.
Et à présent, cette personne se trouve chez elle...
Paru le 7 juin 2018

Mon avis :

Une très agréable lecture qui ménage de jolies surprises aux lecteurs... 

Caroline et Francis, parents du jeune Eddie, tentent de reconstruire leur couple après une période très difficile. C'est peu à peu que l'on va découvrir leur histoire douloureuse, leurs faux pas, leur intimité, par un jeu d'aller-retours dans le temps, par un jeu de points de vue aussi, une narration parcellaire qui donne un effet plus prononcé au secret, au non dit ...

Profitant d'une aubaine, ils échangent leur maison pour quelques jours, histoire de se retrouver, de passer un peu de temps à deux .

Mais dès l'arrivée dans cette nouvelle maison, une angoisse sourde s'installe , de plus en plus palpable au fur et à mesure des pages... La maison est quasi vide, sans âme et pourtant des objets sont parsemés ça et là, anodins sauf pour Caroline pour laquelle ils sont chargés de symboles forts. Manifestement, le maître des lieux  n'est pas un étranger et veut lui laisser un message...  Tout concourt à faire monter la tension, les soupçons arrivent très rapidement, les interrogations sur l'identité de l'individu qui agit dans l'ombre...
Le personnage d'Amber, voisine directe, inquiétant, insolite vient ajouter une touche supplémentaire à l'atmosphère lourde, étouffante...

Outre cette ambiance sombre, j'ai ressenti un vrai malaise parce Caroline tout en voulant rester avec Francis, s'adresse tout le long du livre à Carl, personnage particulièrement énigmatique pendant une grande partie du récit, même dans le présent, dans une confession très intime, une sorte de monologue qui ne s'adresse qu'à lui, on touche du doigt le mensonge et les sentiments qui affleurent... c'est toujours ambivalent et déstabilisant ! D'ailleurs si je l'ai comprise bien souvent, j'ai eu peu d'empathie pour elle....

La réussite du livre repose sur le fait d'amener le lecteur à croire qu'il a tout compris, que tout est cousu de fil blanc, que c'est un banal triangle amoureux, une histoire de couples avec des complications attendues, tout le début du roman y ressemble mais en fait, c'est beaucoup plus compliqué que ça ! 
Ce qui est fort également c'est d'arriver à nous faire changer d'avis constamment sur les personnages, denses et jamais manichéens, que l'on trouve tantôt inquiétants, tantôt terriblement émouvants, tantôt forts, tantôt faibles.... L'auteur se joue de nous et nous mène par le bout du nez ! 

Mon petit bémol sera pour la fin que j'ai trouvée très intéressante mais finalement trop douce... J'aurais aimé que l'auteur aille plus loin, au bout du possible, pour que ce livre se termine comme un coup de poing et prenne une vraie dimension tragique...

Un grand merci à Robert Laffont et La collection La Bête noire !


Ma notation : 📚📚📚