mercredi 24 janvier 2018

L'Hôtel



Auteur : Yana Vagner
Editions : Mirobole Editions


Dans la neige, une femme tente de regagner le chalet où elle voit ses amis boire et discuter tranquillement. A deux doigts de la porte salvatrice, elle trébuche et se fait poignarder. Ce n'est que le début d'un huis-clos angoissant dans un "Hôtel" situé en altitude et accessible en seul téléphérique. Neuf Russes - quatre hommes, cinq femmes - membres d'une équipe de tournage s'y sont retrouvés pour un séjour d'une semaine. L'endroit est pourvu de nourriture et de bois de chauffage en quantité. Mais les portables n'y captent pas de réseau. Et bientôt une tempête de glace coupe l'électricité. La découverte du cadavre provoque un choc parmi les personnages, surtout quand ils comprennent que le meurtrier se trouve parmi eux.
Paru le 5 octobre 2017

Mon avis :

Un synopsis intriguant, une maison d"édition dont j'aime beaucoup la ligne éditoriale et l'originalité, un prologue vraiment efficace et pourtant, dans un premier temps, la narration éclatée qui change de point de vue d'un paragraphe à l'autre, qui s'adresse au lecteur est très déstabilisante. Il faut un peu de temps pour s'habituer et finalement vraiment apprécier ce rythme très particulier.

9 russes, amis de longue date, se retrouvent dans un hôtel pour un petit séjour vacances avant le tournage d'un film dans lequel ils sont tous engagés à divers niveaux.
9 personnages très différents, aux caractères parfois bien trempés, particulièrement antipathiques, tapageurs, irrespectueux, portés sur la boisson. Ils se connaissent depuis plus de 20 ans, une amitié indéfectible semble les lier.
Oscar a la lourde mission de gérer le bien être de tout ce petit monde et la tâche n'est pas de tout repos surtout avec la charge d'antipathie qu'il porte contre le peuple russe qui puise sa source dans l'histoire entre les deux pays et la chute du communisme.

Le séjour ne va pas se dérouler comme prévu, un meurtre est commis, le grésil survient, routes bloquées, coupure de courant, ils se retrouvent  totalement isolés autour de ce cadavre.

L'atmosphère devient vite pesante, l’hôtel semble se resserrer autour d'eux et favoriser les tensions. Il prend vie, devient personnage central avec ses portes qui s'ouvrent sur des vérité dérangeantes et la chaudière devient cœur de l'édifice, ronronne....
Peu à peu, ces personnages superficiels, dans le paraître et habitués au monde clinquant du cinéma prennent de la densité, relèvent les masques et la belle amitié, les faux-semblants, les connivences, les couples, tout se délite.... l'assassin est parmi eux, on s'observe, les rancœurs jaillissent....

Quelle justesse dans la précision quasi chirurgicale avec laquelle l'auteur décortique les sentiments humains ! Les tensions, la violence, les lâchetés, la peur et les éraflures de l'amitié.
Les couples se déchirent, on plonge dans le passé de chacun, un à un, et peu à peu ces personnages quasi sans consistance prennent corps, les âmes de dessinent dans toutes leur complexité.

La tension est exacerbée par une sorte de contre la montre, comprendre et gérer avant l'arrivée des secours, des forces de l'ordre... il y a une sorte de besoin vital à démêler cette histoire en vase clos,  c'est leur propre histoire commune qui se noue, se rejoue et se dénoue.... Tout le monde avait quelque chose à reprocher à Sonia, tous sont potentiellement coupables.

L'atmosphère est vite saturée de violence verbale ou physique... le drame se déroule en plusieurs actes, dans un huis clos étouffant parce que Oscar, l'intrus, est là au milieu d'eux et empêche toute facilité, toute compromission, ils ne peuvent s'arranger des faits et sentiments comme ils le font depuis 20 ans. Oscar est véritablement un personnage pivot du récit, sa seule présence silencieuse pèse sur tous et oblige chacun à regarder la réalité crue,  chaque vérité à se révéler....

Minutie des comportements, des pensées, des émotions, justesse du propos, c'est criant de vérité, effroyable de cruauté et d'indécence parfois. Le lecteur devient témoin de l'intime de chacun, de ses lâchetés, de ses peurs....une plongée directe sans filtre dans l'âme humaine...

La fin est passionnante, tout s'emballe et tient le lecteur en haleine jusqu'au bout....
Un véritable thriller d'atmosphère glaçant, captivant et une fin très réussie, surprenante, et terriblement réaliste.


Vivement le prochain Yana Vagner !

Un grand merci  à Mirobole Editions pour la version numérique de ce roman, j'ai depuis la version papier sur mes étagères !


Ma notation : 4,5/5

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