Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....

dimanche 12 février 2017

L'ange gardien


Auteur : Mary Calmes
Editions : Dreamspinner Press



La vie de Jude Shea se retrouve complètement bouleversée lorsqu’il vient au secours d’un chien qu’il nomme Joe. Même si Jude a déjà pas mal de problèmes pour s’occuper de lui-même – il n’a plus de travail – il ne peut pas résister à l’animal qui a besoin de lui. Surtout lorsqu’une nuit, un homme se présente à sa porte pour réclamer son nouveau compagnon. Alors qu’ils échappent de justesse à une attaque surprise, Jude va comprendre que « Joe » n’est pas tout à fait ce qu’il semble être. 

Dans une dimension alternative, Eoin Thral est un Gardien et une fois qu’il laisse Jude traverser le voile qui sépare leurs deux mondes, il se transforme en un homme magnifique connu pour ses compétences au combat mais pas pour sa capacité à aimer. Immergé dans le monde d’Eoin, Jude devra faire face au combat le plus difficile de toute sa vie pour leur garantir une fin heureuse à tous les deux.
Paru le 20 septembre 2016

Mon avis :

Une petite lecture sympathique et dépaysante mais qui manque un peu de développements à mon goût....

Jude vit des moments difficiles, trompé par son petit ami avec son patron, il a claqué la porte du boulot et se retrouve dorénavant seul et sans travail, en plein doute....
Lorsqu'il se retrouve en garde de ce chien hors norme qu'il a sauvé, des liens se tissent entre eux et il est loin de se douter de ce qui l'attend...
Il y a de très jolis passages entre lui et cet étonnant animal qui semble doté d'une intelligence remarquable et de véritables sentiments...

Si l'histoire du départ est assez classique, j'ai aimé le côté fantastique qui se développe petit à petit, surtout lorsque Jude se retrouve dans le monde parallèle de Eoin, un monde très singulier avec ses codes. Les gardiens y sont des personnages à part , leur statut est très particulier.
C'est certainement ce passage là que j'ai préféré, cet univers plein de fantaisie où Jude doit composer non seulement avec cette étrange société, mais aussi avec le caractère entier et autoritaire de Eoin... Ce dernier est d'une possessivité folle, mais il est aussi plein de tendresse et son amour est absolu..

Mais le chemin pour vivre ensemble sera long et semé d'embûches, il faudra accepter de faire de lourds sacrifices ...

Une petite histoire sous forme de conte fantastique, très rapide et très agréable à lire, il m'a cependant manqué un peu plus de précisions, de détails, j'aurais aimé en savoir encore plus sur cette société, le récit reste souvent très superficiel surtout sur la dernière partie du roman lorsque c'est Eoin qui doit s'adapter et c'est dommage parce qu'il y avait vraiment matière à faire quelque chose de bien plus abouti.

Ceci dit, j'ai passé un moment de lecture fort agréable et je tenterai très certainement d'autres titres de l'auteur !

Pour finir, une mention spéciale à cette couverture magnifique.... ♥♥♥

Ma notation : 3,5/5

samedi 11 février 2017

La balafre




Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Editions : Pocket Jeunesse



Olivier, 13 ans, et ses parents se sont installés pour un an à la Goupil, un hameau perdu de la Marne. Un soir, l'adolescent est terrorisé par le chien de la maison voisine qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est donc le seul à croire à l'existence de l'animal. Comme il est le seul à voir Emmi, une petite fille de quatre ans, jouer avec son chien Boule. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier mène l'enquête et met à jour un épisode tragique qui a eu lieu à la Goupil en 1941...
Paru le 23 février 2010

Mon avis :

Un récit court, lu très rapidement, mais une histoire forte et éprouvante....

Olivier nous raconte cette histoire extraordinaire qu'il a vécue l'année de ses 13 ans.
Toute la famille déménage pour suivre le père muté pour une année, ils s'installent dans un petit hameau La Goupil où les habitants ne sont que des silhouettes à peine esquissées, fuyantes. Seule la voisine en face Madame Goret prend une réelle consistance.
Le jeune garçon doit s'habituer à cette nouvelle vie, à cette solitude, ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il a laissé derrière lui son collège et sa bande de copains.... Très vite il commence à voir ce que personne d'autre ne peut voir, il aperçoit un berger allemand terrifiant d'abord seul, puis ensuite avec une petite fille de 4 ans à plusieurs reprises  ... Ses visions le troublent profondément, elles le hantent même et il va vouloir absolument comprendre de qui il s'agit et pourquoi il est le seul à les voir .... Il enquête auprès de sa voisine qui demeure muette et semble même effrayée, dans les archives....Et ce qu'il va découvrir est particulièrement dur et cruel...
Une plongée dans le passé, dans une période trouble où les hommes ont su faire montre d'autant d'héroïsme que de bassesse... le racisme, la délation, la violence, le courage, le dévouement.... Olivier va revivre des instants éprouvants et dénouer tous les fils de cette effroyable histoire...

Un petit bémol pour la toute fin et les circonstances de la balafre, c'est le seul passage un poil excessif pour moi, j'ai eu un peu de mal avec ce mélange vision/réalité aux frontières mal définies...

Un récit captivant et émouvant....Un récit où le fantastique subtilement dosé va être le révélateur d'une réalité crue et sans concession où des destins se sont joués parfois dans l'indifférence...
Un style sobre et direct, un récit fort et marquant !

Ma notation : 4,2/5

Je tue les enfants français dans les jardins



Auteur : Marie Neuser
Editions : Pocket



Lisa, jeune professeur d'italien, se rend chaque jour au collège comme on va à la guerre, avec, en guise d'armée ennemie, les élèves. Au fond de la classe, les garçons se disputent le rôle de commandant en chef en rivalisant d'insultes et de menaces. Du côté des filles, ce n'est guère plus apaisé : comment faire comprendre à une gamine de douze ans qu'elle ne doit pas se prostituer, même pour se payer des vêtements de marque? 
Seule solution pour survivre sur ce champ de bataille où règne la loi du plus fort, se forger une carapace, en attendant son heure... l'heure de la contre-attaque.
Paru le 11 septembre 2014


Mon avis :

Une vraie surprise que ce petit roman ! Une écriture directe, un propos réaliste au point d'en devenir même dérangeant.... il y a des voiles qu'on n'aime pas toujours soulever...

Lisa est cette jeune professeur qui se trouve noyée dans un collège où la violence ordinaire est reine, une violence verbale, physique, une violence latente qui s'insinue dans chacun ... Pleine des jolies illusions qu'un père professeur inspiré et enthousiaste lui avait léguées, la jeune femme va sombrer petit à petit dans la peur et la dépression.... sa vie privée même va en être bouleversée.

Le constat est sans concession, la hiérarchie est aux abonnés absents. La solitude du professeur face à des collégiens ingérables, des collégiens dont les actes se transforment en harcèlement, dont la violence enfle toujours plus est particulièrement bien racontée et on voit monter petit à petit une haine sourde, profondément enracinée qui prend sa source dans la solitude, la terreur et l'impuissance.... On voit vaciller cette jeune femme désabusée, désarmée devant les incivilités qui dérapent de plus en plus gravement, puis on la voit basculer vers l'indicible : un mépris profond pour ces élèves qu'elle n'arrive même plus à considérer comme des êtres humains :
"sois toujours fidèle au poste pour tenter de créer de jolies sculptures avec de la merde servie par pelletées à chaque jour de rentrée, toute cette merde à bien garder loin des rues tant qu'elle n'a pas atteint les seize ans d'âge."
C'est virulent c'est dérangeant, c'est cru.... Le collège devient une véritable zone de guerre où les ennemis se toisent et se rendent coups pour coups, seule la violence règne et ce jusqu'au point de non retour...

Ayant enseigné un an durant dans un EREA, j'ai trouvé le propos parfois extrêmement juste, j'y ai retrouvé ces moments d'intense solitude, et cette difficulté à vivre son métier, à l'exercer... la description des incivilités, des attitudes est particulièrement fidèle et le basculement de cette jeune professeur ne m'a pas semblé être quelque chose de si irréaliste que ça...
Si le trait est poussé dans les réactions de l'enseignante, c'est pour servir un état des lieux particulièrement alarmant....

Un texte violent, un texte brutal, un texte perturbant qui pose de vraies questions sur les collèges des zones sensibles.

Ma notation : 3,8/5

Des petits biscuits pour la timidité


Auteur : Errol Sabatini
Editions : Errol Sabatini


Naëlle possède un étrange don de voyance. Le hasard la jette seule en pleine campagne, dans un vieux moulin qu'elle pense pouvoir restaurer. Julien est un gamin de dix ans, solitaire et peu bavard. Une exquise amitié - qui n'aurait pas dû naître - se noue entre eux. Mais pour la jeune femme, cette complicité semble compromise d'avance. Elle est sûre d'une chose : Julien ne pourra pas recevoir longtemps l'amour dont il a besoin. Ses visions lui font savoir que le destin de l'enfant est déjà tracé, et qu'elle n'y est pas étrangère... Une escapade pleine de vie, entre tendresse et suspense, où l'étrange s'invite sur la pointe des pieds... Pour ce premier roman, j'avais envie de quelque chose qui soit à la fois facile à lire, drôle et étonnant. À la fin du livre, je voulais qu'on se dise : « Non... Il n'a pas fait ça !» Fait quoi ? Vous verrez bien...
Paru le 28 octobre 2016

Mon avis

Si j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début du livre, je me suis laissée gagner peu à peu par le charme de la narration toute simple, ces deux voix qui se croisent et qui racontent les écorchures de la vie.
Un enfant blessé qui reconstruit sa vie auprès de sa grand-mère, il raconte dans son journal avec ses mots sa vérité, ses chagrins, sa mère enfermée dans un asile, cette mère qui lui manque tant ...
Une jeune femme dotée d'un don de voyance qui s'installe dans un vieux moulin perdu dans la campagne sans aucune commodité... 
Tous deux se rencontrent, deux solitudes murées dans le silence ...se toisent, s'apprivoisent, s'apprécient....

Toute une foison de personnages secondaires se pressent autour d'eux, des personnages durs, violents, lâches, tendres, tout le quotidien d'un petit village...
C'est un livre à la fois léger, facile et rapide à lire, mais on est aussi un peu ému, il y a comme une mélancolie qui colle au récit ...c'est à la fois triste et touchant, mais pas seulement, on se prend à sourire aussi parfois. 

Une tension doucement s'installe, s'étire au fil des pages, un danger guette le petit Julien et Naëlle se sent impuissante à le sauver ... jusqu'au dénouement violent et si surprenant ... Une fin extrêmement bien pensée, judicieuse qui donne un éclairage nouveau sur tout le livre, une vraie densité au récit et une épaisseur à certains des protagonistes...
N'est pas le personnage principal celui qu'on croit, la surprise est totale et l'on se prend une envie folle de relire le livre depuis le début afin de débusquer tous les indices qui sont forcément là et qu'on a loupés...

Je suis vraiment ravie d'avoir poursuivi ma lecture jusqu'au bout, une lecture agréable et qui ménage son lot de vraies surprises...

Ma notation : 3,8/5


lundi 6 février 2017

La Parisienne et le Highlander: Tome 2: Le Stùr Rionnag


Auteur : Jeanne Malysa
Editions : Dreamcatcher




L’amour fou entre Anaïs et Iain est-il devenu de l’histoire ancienne ?
Leur quête laissée en héritage par leurs grands-pères restera-t-elle inachevée ?
Leurs ennemis ont-ils gagné ?
Le ZBB frappe de plus en plus fort, pour le stopper, un seul espoir, trouver le Stùr Rionnag.
Anaïs et Iain parviendront-ils à affronter les épreuves que chacun trouvera sur sa route.
Entre mensonges, trahisons et faux semblants, ce dernier tome ne vous laissera aucun répit.
Paru le 30 janvier 2017




Mon avis :

Quel plaisir de reprendre ma lecture avec ce tome 2....
On se retrouve exactement  à la fin du tome 1... cette fin cruelle qui a tellement maltraité la pauvre Anaïs...
Elle est partie se réfugier auprès de sa "tribu", tous se resserrent autour d'elle... 
Lorsque Iain comprend sa terrible "bévue" (et le mot est faible....), il est effondré et ne sait comment reconquérir celle qu'il aime, il est conscient que son comportement est impardonnable.
Sa famille et l'entourage d'Anaïs vont s'ingénier à les réunir...mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu...

Encore une fois, le roman nous entraîne dans une foule d'aventures plus palpitantes les unes que les autres, enlèvement, voyage, danger, épidémie, c'est alerte c'est enlevé, on y retrouve tous les ingrédients qui ont fait la réussite du tome 1.
C'est un formidable roman qui mêle aventure et fantastique, le tout parfaitement dosé !
A cela s'ajoute des personnages qui s'étoffent et prennent une dimension nouvelle : l'inspecteur et son béguin touchant pour Nathalie, Alessandro qui se révèle attachant, perspicace et qui jouera un rôle important dans le récit, Marcel et Benjamin toujours présents, piliers infaillibles de la vie d'Anaïs, la famille Mac Kelloch toujours aussi unie et délicieuse (j'adore cette fratrie !)...  

Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce second tome, c'est de sentir que les épreuves ont fait évoluer la relation entre Iain et Anaïs, elle est plus profonde , moins basée sur le désir pur, il y a une vraie connivence entre eux... Anaïs va souffrir beaucoup, et physiquement, et moralement ... L'auteur ne la ménage pas et elle aura besoin de tous et de Iain en particulier pour surmonter tout cela.
Et si Iain est très souvent insupportable, autoritaire, possessif à outrance, j'aime beaucoup le joli tempérament d'Anaïs qui jamais ne se laisse ni faire, ni imposer rien qu'elle ne veuille et qui temporise ce machisme parfois un peu trop envahissant ... Un très joli couple toujours aussi attachant !

On suit également les malversations de Larsac, Carlotta, Marianne, les fils se dénouent, les masques tombent un à un .....
Mais les Aspardiens pressent de plus en plus les recherches, un sentiment d'urgence émerge , et la tension grandit page après page, il faut se retrouver sans plus tarder et partir en quête de Stür Rionnag au plus vite ... Le danger est réel et palpable. Il y a des passages très réussis qui rendent parfaitement cette atmosphère inquiétante et je crois bien que toute la fin du roman est la partie que j'ai le plus aimée, elle est pleine de rebondissements, de péripéties, de surprises, c'est une chasse au trésor terriblement addictive écrite d'une plume toujours aussi riche et précise, c'est réellement captivant et j'ai eu un mal fou à reposer mon livre à chaque fois.

Jeanne Malysa est une véritable conteuse, elle sait construire des histoires palpitantes, tisser des scénarios denses et tenir en haleine ses lecteurs jusqu'à la dernière ligne.

Vivement le tome 3 (sur le petit frère), le 4 (sur Clyde mon préféré ♥) , le 5 (sur n'importe qui ça m'est égal).....!



Bonus : L'anarchiste et l'Etudiant 


Quelle jolie surprise que de trouver cette nouvelle glissée en fin du tome 2 !
Déjà, il faut dire que Marcel est un de mes personnages préférés du roman, ce côté anarchiste, rebelle et irrévérencieux m'a séduite dès les premières lignes. J'ai tellement aimé ses joutes avec Iain l'aristocrate, des passages drôles, enlevés, plein de fougue... J'ai toujours aimé aussi son affection inconditionnelle à Anaïs et le couple si attachant qu'il forme avec un Benjamin tellement humain et séduisant ...
C'est donc avec un plaisir certain que je me suis plongée dans cette lecture supplémentaire et j'ai beaucoup aimé la construction qui alterne entre le passé et le présent, rendant le récit encore plus vivant, j'ai adoré découvrir tous les détails de sa rencontre avec Benjamin, et ses doutes, ses questionnements qui lui donnent une densité et une profondeur nouvelle...
Cette petite nouvelle permet de découvrir ces deux hommes de façon plus intime, leur histoire et la jolie évolution de leur couple...
Merci vraiment pour ce petit cadeau supplémentaire qui n'a fait que renforcer mon affection pour ces deux formidables personnages ♥♥♥

ma notation : 4,5/5

vendredi 3 février 2017

Prendre Gloria




Auteur : Marie Neuser
Editions : Fleuve Editions


" Vous regardez entrer une amie dans une église un dimanche à 11 h 30. " 

Dans la commune italienne de P., on sauve les apparences. Et surtout le dimanche. Le 12 septembre 1993 a dérogé à la règle. 
Ce jour-là, Gloria Prats quitte son amie Elena pour honorer un rendez-vous. Elle franchit le perron de l'église de la Miséricorde. Un rendez-vous furtif, pas plus de quelques minutes. 
Le 12 septembre 1993, les minutes deviennent des heures. Gloria ne ressort pas. 
Une fugue, à coup sûr. Ou un coup de ce petit Albanais trop discret pour être honnête. Tout, mais pas le principal suspect, protagoniste numéro 2 du rendez-vous : Damiano Solivo. 
Comment on construit un monstre, comment le pouvoir oblitère la vérité dans une ville de province pétrie de règles ancestrales. Prendre Gloria est un roman noir et une puissante critique sociale, genèse du diptyque tiré d'un fait divers qui tourmenta l'Italie et l'Angleterre de 1993 à 2011.
Paru le 14 janvier 2016

Mon avis :

J'avais un peu peur d'aborder ce livre après l'excellent "Prendre Lily", d'une part parce que je savais que Gordon allait me manquer (et il m'a cruellement manqué!) et d'autre part parce que le versant Gloria de l'enquête avait  été largement évoqué dans le tome 1.... j'avais un peu peur de m'ennuyer, de ne pas ressentir de curiosité, mais c'était sans compter le savoir faire de Nathalie Neuser...
L'auteur a su vraiment se renouveler et susciter un nouvel intérêt pour cette histoire. 

Lorsque "Prendre Lily" était une vraie traque policière, un jeu du chat et de la souris, avec parfois un doute insidieux sur l'identité du coupable, dans "Prendre Gloria", il ne s'agit plus de coincer le meurtrier puisque l'identité de celui-ci est parfaitement connue et qu'il est incarcéré en France, mais de défaire fil par fil la toile qui a recouvert la vérité si longtemps.... Personne n'est épargné, les politiques, l'Eglise.... 

Lorsque "Prendre Lily" était porté de bout en bout par la voix, l'âme et les émotions de Gordon, dans "Prendre Gloria" les narrateurs se multiplient.
Ces différents points de vue rapportent quasiment minute par minute les événements de 1993 et ce qui rend le récit encore plus vivant c'est qu'il n'y a pas de linéarité mais des aller-retours constants entre le passé à différents moments clés et le présent.
Bribe par bribe, chacun dévoile sa vérité : qui un petit ou un gros mensonge pour se venger , pour toucher un peu d'argent, pour cacher ses propres turpitudes, pour sauver sa famille.... 
J'ai été à nouveau happée dans cette histoire effroyable qui dissèque sans concession aucune la part de  responsabilité de chacun, qui explique comment les faits ont pu être dissimulés et Solivo hors d'atteinte si longtemps....

Il y a foison de personnages qui se succèdent pour raconter chacun son fragment de vérité : une meilleure amie fragile, un jeune Albanais  aux abois, un ouvrier qui ne veut pas d'histoire, une juge pieds et poings liés qui tente de se racheter une conscience, un prêtre dépravé, etc..... et surtout une famille puissante en lien étroit avec une mafia souveraine qui paye, menace et impose... et puis il y a la famille de Gloria, Aldo son frère si charismatique, Mamma Giuseppina, petite silhouette qui hante les commissariats et les plateaux télé, infatigable et tenace, quelle famille attachante ! 

Une lecture encore une fois passionnante, un roman à multiple voix qui dévoile peu à peu une vérité sordide et révoltante ...

Ma notation : 4,5/5

jeudi 2 février 2017

Prendre Lily


Auteur : Marie Neuser
Editions : Fleuve Editions et Pocket


Une mère de famille retrouvée assassinée dans sa baignoire, les doigts comme un écrin renfermant deux mèches de cheveux. Le corps d'une étudiante coréenne abandonné la nuit dans un quartier désert. Et des jeunes femmes qui témoignent : leurs cheveux coupés net, tandis qu'elles vivent, marchent, respirent dans une petite ville balnéaire d'Angleterre qui ne connaît pas les débordements. 
Non loin de la salle de bains de Lily Hewitt vit Damiano Solivo. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si ce n'étaient ces déviances auxquelles il s'adonne en secret. Mais son épouse peut le jurer : Damiano est innocent. Damiano est même victime. Victime, oui : de la complexité d'une machinerie sociale et judiciaire qui sait comment on façonne les monstres.
Paru le 14 mai 2015



Mon avis
Il y a des livres que vous prenez comme ça, un peu par hasard, plus parce qu'une couverture ou une quatrième vous a fait de l’œil que parce que vous en avez réellement entendu parler et qui soudain vous emporte dans un plaisir de lecture incroyable.... il y a des livres que vous avez du mal à quitter, des livres que vous tardez à finir parce que vous ne voulez pas le refermer, parce que vous voulez continuer de vivre à côté des personnages, avec les personnages....
Prendre Lily est un de ces livres, j'ai adoré chaque page, chaque ligne de ma lecture ! C'est un livre passionnant de bout en bout !

Si le début du roman se présente comme un polar classique, très vite il s'en détache... pour prendre une dimension toute particulière.

Un crime particulièrement sordide confié à un trio d'enquêteurs : Daphné, Jim et Gordon
La victime : une jeune femme Lily, tout à fait insignifiante sans signe particulier qui ne sortait quasiment pas de chez elle et un constat effrayant, tout le monde peut être la cible à n’importe quel moment
Un narrateur : Gordon McLiam, l'un des trois enquêteurs, il raconte dans un langage très familier tous les aspects de l'investigation .... c'est le flic qui raconte avec son franc parler, qui pose ses mots sur des  événements, des sentiments, des émotions....

Dès les premières pages on perçoit que cette affaire est une véritable plongée dans l'enfer...sentiment de quelque chose de plus dans cette histoire, des flics aguerris sont ébranlés
C’est l’atmosphère, Jim. Et tu sais, j’en ai dans ma besace, des affaires sordides. Mais là, tu vois, chez la couturière, il y avait une atmosphère… ce froid dans le dos, je n’ai pas été le seul à le sentir, n’est-ce pas, Gordon ? Je vais vous dire un truc. J’ai supporté beaucoup de scènes de crime. J’ai vu des enfants qu’on avait égorgés dans leur sommeil. J’ai vu des femmes tellement tabassées par leur mari qu’elles avaient les os du nez qui sortaient par les orbites. J’ai reconstitué des puzzles d’adolescentes, disséminés un bras là, un bras là-bas, dans des décharges publiques. Ici, bordel, dans le Dorset. Mais dans cette salle de bains, les gars… J’ai eu les poils de l’échine qui se sont mis au garde-à-vous et c’est de l’azote liquide qui a coulé dans mes veines. Vous avez mis un pied dans le chaudron du Diable. Vous allez vous y cramer le cul et je vous souhaite bien du courage.
Et la vision de Lily dans sa baignoire colle aux pensées de Gordon et de tous ceux qui l'ont vue , une vision comme gravée derrière les rétines et qui ne les quitte plus.... 
Mon premier… Voilà que je me sens comme une vierge qui vient de voir le loup. Comme un puceau entrant au bordel. Mon premier meurtre, non. La mort qu’on donne, je l’ai déjà vue, et reniflée, et manipulée. Ce n’est pas mon premier, en fait, mais ma première. Ma première femme équarrie, ma première plongée dans le crime sans queue ni tête, celui qui ne sert à rien sauf pour la jouissance, car de la jouissance il a dû y en avoir là-dedans, dans cette salle de bains qui ne me quitte plus, dans ces chairs arrachées qui se collent toujours à moi, plus d’une semaine après, c’est bien ce que disait le vieux le jour même, c’est ma première apnée dans le chaudron du Diable.
Il en perd même le sommeil ....
Ce n’est que la centième fois que je me repasse cette chronologie dans la tête, et ce n’est pas encore le matin. Je n’ai pas fermé l’œil. Je me sens proche du point de rupture de l’élastique qui maintient le cerveau en place.Il paraît qu’il suffit de trois nuits sans dormir, je veux dire de trois jours et trois nuits, pour sombrer dans la folie.Je n’en suis pas loin.J’ai tout essayé pourtant. Faire des pompes jusqu’à épuisement ; boire à m’en abrutir ; m’enrouler dans des couvertures devant des émissions sur la chasse, la pêche et la dentelle de Cornouailles. Que dalle. Mes yeux comme des billes.Encore une nuit comme ça et je bascule.
Mené par un nouveau chef Bradfort, étonnamment jeune mais solide, l'enquête avait débuté de façon tout à fait classique  avec les sempiternelles questions aux voisins, les recherches de baskets pouvant correspondre aux empreintes etc... l'ex-mari est immédiatement dans le collimateur, mais d'une chose l'autre, ils ont fini  par se focaliser sur un suspect : Damiano Solivo, personnage particulièrement répugnant et insaisissable qui s'adonne à d'étranges et sordides pratiques ...

Très vite, sa culpabilité devient une certitude pour la police mais les enquêteurs n'ont aucune preuve tangible juste une intime conviction et sont terriblement frustrés....s'en suit un interminable jeu du chat et de la souris, interminable dans le temps mais tout bonnement passionnant.
Interrogatoires, contre-interrogatoires, le bras de fer est incroyable et toujours Solivo s'en sort... Baveux, adipeux, repoussant..... il déploie une inertie étonnante et sous ses dehors de pauvre type se devine une intelligence redoutable...

Des mois passent : vidéos, enregistrements, planque, poursuites, tous les moyens sont mis en branle.
On nous décrit par le menu les affres de l'enquêteur, ses espoirs, ses frustrations, ses angoisses, tout cela par la voix de Gordon . Ce dernier, hanté par l'image de Lily et la pensée de la vie fracassée de ses deux filles, prend tellement à cœur cette affaire qu'elle en devient une affaire personnelle...
Eh bien non, en quinze ans de service, non. Je les ai tous eus. Tous. Les assommeurs de petites vieilles. Les liquidateurs de concurrents, en amour comme en affaires. Les étrangleurs de belles-mères. Les dealers offensés. Tous ceux qui avaient usé de leur pouvoir à donner la mort. Quelques jours, quelques semaines, et je les avais eus. C’est Lily… C’est le chaudron du Diable… C’est la jouissance… C’est ça, qui ne passe pas, qui me donne l’impression d’avoir un cactus au fond de la gorge et de ne pouvoir survivre que grâce à une goutte d’eau qui ne vient toujours pas.

 J'ai tellement aimé cette plongée intime au cœur de l'enquête, tout est vécu de l'intérieur, rendu de façon brute, directe avec les mots familiers de Gordon, chacune de ses émotions nous atteint. Le style vif, alerte, la familiarité du ton, le langage imagé, je me suis sentie tellement proche de lui ...
Sa vie privée est totalement vampirisée par ce meurtre, cette obsession va le rendre parfois incontrôlable, et c'est avec une réelle lucidité qu'il évoque des tentations auxquelles il résiste difficilement....
Cette histoire va finalement le chambouler en profondeur, le questionner  et  les constats sont parfois cruels...

Je n'ai absolument pas vu passer les 500 et quelques pages, c'est un récit prenant qui nous emmène loin dans le temps, dans l'espace (jusqu'en Italie où un gros dossier est ouvert). La narration est particulièrement efficace, elle nous tient en haleine, dissèque avec soin chaque pan de l'histoire et j'ai été plus d'une fois surprise, doutant même parfois de la culpabilité de Solivo 
Les inspecteurs (et surtout Gordon....) font preuve d'une prodigieuse inventivité et d'un acharnement infini...les erreurs, les oublis, les manques, ils ratissent inlassablement le dossier, ressassant chaque infime piste avec en fond le fantôme de Lily qui attend d'être soulagé... et pas une fois, même devant la lenteur des progrès, je ne me suis ennuyée, le pan psychologique des personnages m'a passionnée et tout particulièrement le personnage de Gordon que j'ai trouvé si attachant.. 
Il va loin, très loin, trop loin ....il y perd un peu de son âme mais aussi loin qu'il aille, il est lucide et tous ses excès ne m'ont fait que l'aimer encore plus je crois bien, c'est un homme tellement humain, fait d'ombres et de lumière, un inspecteur impuissant et frustré mais qui jamais n'a renoncé et qui nous livre cruement ses errements...et il ne sort certainement pas indemne de cette éprouvante et interminable enquête.
Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point j’étais triste.
Est-ce que je l’étais déjà avant le meurtre de Lily ? J’essaie de fouiller dans cet avant, mais il y a une vitre dépolie qui m’en sépare. Une vitre de salle de bains.

Quand le 12 novembre est revenu j’ai chanté de nouveau la petite chanson entêtante.
As time…
Sept ans.
Était-il possible que je me sois mis tout ce temps entre parenthèses ?

Une fin judicieuse, une fin qui ne pouvait être autre chose... et j'ai refermé mon livre avec l'envie de poursuivre immédiatement avec le second volet tout en sachant déjà qu'il n'y aurait pas Gordon. ....
Il reste l'ossature principale de ce premier récit, l'atout indiscutable (pour moi) qui a rendu ma lecture aussi captivante et il va cruellement me manquer....
Une formidable lecture !

Ma notation : 4,8/5