samedi 11 février 2017

Je tue les enfants français dans les jardins



Auteur : Marie Neuser
Editions : Pocket



Lisa, jeune professeur d'italien, se rend chaque jour au collège comme on va à la guerre, avec, en guise d'armée ennemie, les élèves. Au fond de la classe, les garçons se disputent le rôle de commandant en chef en rivalisant d'insultes et de menaces. Du côté des filles, ce n'est guère plus apaisé : comment faire comprendre à une gamine de douze ans qu'elle ne doit pas se prostituer, même pour se payer des vêtements de marque? 
Seule solution pour survivre sur ce champ de bataille où règne la loi du plus fort, se forger une carapace, en attendant son heure... l'heure de la contre-attaque.
Paru le 11 septembre 2014


Mon avis :

Une vraie surprise que ce petit roman ! Une écriture directe, un propos réaliste au point d'en devenir même dérangeant.... il y a des voiles qu'on n'aime pas toujours soulever...

Lisa est cette jeune professeur qui se trouve noyée dans un collège où la violence ordinaire est reine, une violence verbale, physique, une violence latente qui s'insinue dans chacun ... Pleine des jolies illusions qu'un père professeur inspiré et enthousiaste lui avait léguées, la jeune femme va sombrer petit à petit dans la peur et la dépression.... sa vie privée même va en être bouleversée.

Le constat est sans concession, la hiérarchie est aux abonnés absents. La solitude du professeur face à des collégiens ingérables, des collégiens dont les actes se transforment en harcèlement, dont la violence enfle toujours plus est particulièrement bien racontée et on voit monter petit à petit une haine sourde, profondément enracinée qui prend sa source dans la solitude, la terreur et l'impuissance.... On voit vaciller cette jeune femme désabusée, désarmée devant les incivilités qui dérapent de plus en plus gravement, puis on la voit basculer vers l'indicible : un mépris profond pour ces élèves qu'elle n'arrive même plus à considérer comme des êtres humains :
"sois toujours fidèle au poste pour tenter de créer de jolies sculptures avec de la merde servie par pelletées à chaque jour de rentrée, toute cette merde à bien garder loin des rues tant qu'elle n'a pas atteint les seize ans d'âge."
C'est virulent c'est dérangeant, c'est cru.... Le collège devient une véritable zone de guerre où les ennemis se toisent et se rendent coups pour coups, seule la violence règne et ce jusqu'au point de non retour...

Ayant enseigné un an durant dans un EREA, j'ai trouvé le propos parfois extrêmement juste, j'y ai retrouvé ces moments d'intense solitude, et cette difficulté à vivre son métier, à l'exercer... la description des incivilités, des attitudes est particulièrement fidèle et le basculement de cette jeune professeur ne m'a pas semblé être quelque chose de si irréaliste que ça...
Si le trait est poussé dans les réactions de l'enseignante, c'est pour servir un état des lieux particulièrement alarmant....

Un texte violent, un texte brutal, un texte perturbant qui pose de vraies questions sur les collèges des zones sensibles.

Ma notation : 3,8/5

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