vendredi 3 février 2017

Prendre Gloria



Auteur : Marie Neuser
Editions : Fleuve Editions


" Vous regardez entrer une amie dans une église un dimanche à 11 h 30. " 

Dans la commune italienne de P., on sauve les apparences. Et surtout le dimanche. Le 12 septembre 1993 a dérogé à la règle. 
Ce jour-là, Gloria Prats quitte son amie Elena pour honorer un rendez-vous. Elle franchit le perron de l'église de la Miséricorde. Un rendez-vous furtif, pas plus de quelques minutes. 
Le 12 septembre 1993, les minutes deviennent des heures. Gloria ne ressort pas. 
Une fugue, à coup sûr. Ou un coup de ce petit Albanais trop discret pour être honnête. Tout, mais pas le principal suspect, protagoniste numéro 2 du rendez-vous : Damiano Solivo. 
Comment on construit un monstre, comment le pouvoir oblitère la vérité dans une ville de province pétrie de règles ancestrales. Prendre Gloria est un roman noir et une puissante critique sociale, genèse du diptyque tiré d'un fait divers qui tourmenta l'Italie et l'Angleterre de 1993 à 2011.
Paru le 14 janvier 2016

Mon avis :

J'avais un peu peur d'aborder ce livre après l'excellent "Prendre Lily", d'une part parce que je savais que Gordon allait me manquer (et il m'a cruellement manqué!) et d'autre part parce que le versant Gloria de l'enquête avait  été largement évoqué dans le tome 1.... j'avais un peu peur de m'ennuyer, de ne pas ressentir de curiosité, mais c'était sans compter le savoir faire de Nathalie Neuser...
L'auteur a su vraiment se renouveler et susciter un nouvel intérêt pour cette histoire. 

Lorsque "Prendre Lily" était une vraie traque policière, un jeu du chat et de la souris, avec parfois un doute insidieux sur l'identité du coupable, dans "Prendre Gloria", il ne s'agit plus de coincer le meurtrier puisque l'identité de celui-ci est parfaitement connue et qu'il est incarcéré en France, mais de défaire fil par fil la toile qui a recouvert la vérité si longtemps.... Personne n'est épargné, les politiques, l'Eglise.... 

Lorsque "Prendre Lily" était porté de bout en bout par la voix, l'âme et les émotions de Gordon, dans "Prendre Gloria" les narrateurs se multiplient.
Ces différents points de vue rapportent quasiment minute par minute les événements de 1993 et ce qui rend le récit encore plus vivant c'est qu'il n'y a pas de linéarité mais des aller-retours constants entre le passé à différents moments clés et le présent.
Bribe par bribe, chacun dévoile sa vérité : qui un petit ou un gros mensonge pour se venger , pour toucher un peu d'argent, pour cacher ses propres turpitudes, pour sauver sa famille.... 
J'ai été à nouveau happée dans cette histoire effroyable qui dissèque sans concession aucune la part de  responsabilité de chacun, qui explique comment les faits ont pu être dissimulés et Solivo hors d'atteinte si longtemps....

Il y a foison de personnages qui se succèdent pour raconter chacun son fragment de vérité : une meilleure amie fragile, un jeune Albanais  aux abois, un ouvrier qui ne veut pas d'histoire, une juge pieds et poings liés qui tente de se racheter une conscience, un prêtre dépravé, etc..... et surtout une famille puissante en lien étroit avec une mafia souveraine qui paye, menace et impose... et puis il y a la famille de Gloria, Aldo son frère si charismatique, Mamma Giuseppina, petite silhouette qui hante les commissariats et les plateaux télé, infatigable et tenace, quelle famille attachante ! 

Une lecture encore une fois passionnante, un roman à multiple voix qui dévoile peu à peu une vérité sordide et révoltante ...

Ma notation : 4,5/5

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