Alma Mitchell est brutalement rappelée à son enfance par un article de journal : un agent fédéral a été assassiné et le suspect est un ami d’enfance de la jeune femme, Harry Muskrat. Harry – ou Asku, ainsi qu’Alma l’a toujours appelé – était l’élève le plus prometteur de l’école dirigée par le père d’Alma, la Stover School, créée à la suite des guerres indiennes, et qui avait pour vocation d’aider à l’assimilation des enfants indiens des réserves voisins (« d’apprivoiser les sauvages », en somme). Alma y était la seule élève blanche.
1906, Alma est mariée à Stewart, un avocat. Tout va très bien dans sa vie jusqu'à ce qu'elle tombe sur un article de journal. Tout son passé qu'elle maintenait fermement à distance, lui revient brutalement. On comprend qu'elle a vécu un drame et qu'elle a coupé tous les ponts avec sa famille, son enfance ...
1886, le père d'Alma prend la direction d'une école pour les enfants des réserves indiennes. Sa fonction qu'il prend très à cœur sera de les "civiliser", de leur enlever leur identité de "sauvages". Seule blanche parmi eux, elle va partager leur quotidien, être témoin des traitements infligés, nouer des liens solides......
Le récit va alterner entre ces deux époques pour dévoiler peu à peu tous les secrets, les violences et l'immense traumatisme refoulé. C'est passionnant !
Il y a le passé avec la violence de l'arrivée des enfants, les cheveux coupés, les vêtements et objets personnels jetés au feu, il y a les coups, les brimades journalières. Alma est solidaire, empathique et peu à peu gagne des amitiés.
Deux jeunes garçons se distinguent :
Asku, élève brillant, doux, discipliné, c'est aussi son meilleur ami. Il représente la réussite de l'école, et intègre l'université.
Tshikwä'set, entier, lucide, révolté qui jamais ne plie, il intègre un apprentissage.
Ces deux-là semblent avoir un avenir totalement opposé.... et pourtant !
Le plus de ce roman c'est indéniablement que l'histoire se raconte par les yeux d'une petite fille blanche qui évidemment ne peut que croire ce qu'on lui raconte, ce qu'on lui explique. Tout cela, c'est pour leur bien... Malgré l'amour et la confiance qu'elle ressent pour son père, elle ne peut s'empêcher parfois de s'interposer, de désobéir mais elle ne remet jamais en question le bien fondé de l'école. Et puis, bien des années plus tard, on suit la jeune femme qui ouvre les yeux sur la réalité révoltante des conditions de vie offertes dans les réserves, qui perd peu à peu ses illusions et constate la cruauté de son monde. Elle mesure ce qu'on a réellement fait à ses amis, ce que son père et elle même ont fait.
Tant de culpabilités, de violence, tant de vies brisées !
J'ai adoré voir la conscience d'Alma se réveiller peu à peu, sa volonté farouche d'aller au bout des choses.
La violence du livre est insidieuse, elle commence dès l'arrivée des enfants, puis pendant leur séjour, violence physique, violence psychologique quotidienne jusqu'à l'acte injustifiable, insoutenable...... je n'étais pas prête et pourtant j'aurais dû, peut-il y avoir une fin heureuse lorsqu'on connait l'Histoire ?
Le pire dans tout ça c'est que le père avec son école est persuadé de faire le bien, il est plein de bonnes intentions, avec une bonne conscience évidente mais il est dépassé par ses préjugés, ses certitudes et enfin par les évènements.
Au delà de toute la tragédie, il y a de jolis moments, cette connivence qui peu à peu s'installe entre les enfants, leur innocence et leur faculté de résilience, leurs jeux, leurs escapades dans les bois.
Il y a aussi le mari d'Alma, un homme droit qui réussit à dépasser ses idées reçues inculquées par la société par amour pour elle.
Tshikwä'set et Asku resteront longtemps dans ma mémoire, deux petits garçons puis deux hommes dépouillés de leur identité, tentant chacun à leur façon de s'adapter sans y parvenir : un destin subi, un destin revendiqué....
Une lecture coup de cœur.

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