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dimanche 16 août 2026

Chronique : La petite bonne - Bérénice Pichat

 Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur le roman La petite bonne, écrit par Bérénice Pichat et publié aux éditions Le livre de poche.

livre La petite bonne - Bérénice Pichat


Fiche technique du livre :
Titre : La petite bonne
Auteur : Bérénice Pichat
Éditeur : Le livre de poche
Genre : Littérature française  

Date de parution : 02 janvier 2026



Le résumé de l'éditeur :
Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

Mon avis :

J'ai mis longtemps à me décider à lire ce livre... La forme en vers ne m'encourageait pas et pourtant.. je l'ai commencé le matin, juste comme ça pour voir et je ne l'ai plus lâché jusqu'à l'avoir terminé... Un coup de cœur 

Quel livre !

La petite bonne dont nous ne saurons jamais le nom, trime toute la journée à nettoyer chez la bourgeoisie. Elle navigue entre plusieurs familles, du matin jusqu'au soir, armée de son seau lourd de brosses et produits.

Parmi ses maîtres il y a les Daniels chez qui tout le roman se focalise. Blaise, une gueule cassée, invalide, n'est plus que l'ombre d'un homme et Alexandrine sa femme se dévoue corps et âme à son chevet.

Mais Blaise ne supporte plus son sacrifice continuel, il l'incite à sortir, à vivre... Si elle résiste au départ, finalement "soit il en sera ainsi" et il est convenu que c'est la petite bonne qui restera à son chevet pour l'aider, parce que Blaise n'est plus autonome, il faut l'aide pour manger, se laver, s'habiller. 


Les débuts sont tendus, lui la trouve stupide, elle est surtout gênée de son état et ne sait pas vraiment ce qu'elle doit faire. Ils vont rapidement s'apprivoiser, se comprendre, s'apprécier. C'est la rencontre de deux âmes brisées, de deux solitudes.

C'est par petites touches que l'on voit cette si belle relation se construire.

Chaque petit rien, un regard, un geste, il y a tant de pudeur, d'authenticité entre eux.

Mais que c'est beau, que c'est poignant !

La scène du bain est incroyable d'intensité... Je n'ai pas les mots pour retranscrire les émotions.


Comment ne pas compatir sur l'état de Blaise, sa terrible histoire qui se dévoile, sa souffrance quotidienne à la fois physique et morale et puis il y a aussi le secret de la petite bonne qu'elle porte comme une croix. Et quand Monsieur lui dévoile ce qu'il attend d'elle, c'est un dilemme insoluble... 

Et Alexandrine de son côté est aussi un personnage marquant plein de nuances, terriblement humain. Elle est pétrie de certitudes et a le sens du devoir chevillé au corps. Il y a un mélange d'excitation mais aussi de vague culpabilité à s'échapper ainsi. Son week-end promis est une vraie déception, la froide réalité est loin d'être à la hauteur de ses rêves. Elle ne souhaite plus que retourner auprès de Blaise, retourner dans la quiétude se son quotidien rassurant.

Mais Bérénice Pichat nous rappelle que le destin est particulièrement cruel et qu'il peut se jouer des hommes...

La musique tient aussi une grande place dans le récit, la petite bonne découvre sa magie. Il y a des lignes tellement belles sur les émotions qu'elle procure, sur son pouvoir de communication. J'ai tellement aimé tous ces passages-là.

Et j'en reviens à cette forme qui me faisait reculer et qui en fait devient une des forces du roman... Les petits vers sont finalement plutôt une prose mise en forme minimaliste pour les pensées, le point de vue de cette petite bonne invisible, qui sait si bien se faire oublier.
La prose classique plus pleine et déliée est réservée aux maîtres qui savent les mots, qui ont l'habitude de s'exprimer. Et puis, entre les deux, il y a ses petits extraits en italique qui parsèment le roman et dont je n'ai compris la signification qu'à la fin.

J'ai adoré ce livre, la plume sensible, d'une humanité folle et puis l'histoire de ces deux êtres qui n'étaient pas destinés à se rencontrer, qui se trouvent, s'apprivoisent, se dévoilent, se libèrent....C'est beau, c'est émouvant, c'est déchirant !

Mon seul bémol sera pour les deux dernières pages pour cette conclusion trop rapide, mais c'est un minuscule bémol sur cette formidable lecture.

Sur mon échelle : 



mardi 4 avril 2023

Black Mesa




Auteur : Ophélie Roque
Editions : Robert Laffont





Black Mesa, Arizona, 1887-1889.
Il était une fois dans l'Ouest : un fils et son père, une terre aride, un soleil de feu.
Un formidable western littéraire !
À peine le père enjambait-il le seuil que le fils, fébrilement, annonçait qu'il avait acheté une terre – à Black Mesa, Arizona – qu'il comptait fichtrement la rejoindre au plus tôt, et que si le vieux voulait pas crever, il avait tout intérêt à le suivre.
" C'est comme si c'te chienne de vie avait décidé à ma place. "
Il fallut un certain temps avant que le père ne réagisse. Titubant légèrement à travers la pièce, il s'approcha de son fils et – pour la toute dernière fois – lui mit une raclée. Les coups s'arrêtèrent aussi soudainement qu'ils avaient commencé. Le souffle court, le vieux s'adossa au chambranle incertain de la cheminée, avant d'annoncer – l'air las – qu'il partirait aussi.
" D'toute façon, y a plus rien pour nous, ici ! "
Mais la terre – là-bas, à l'Ouest – voudrait-elle bien d'eux ?
Paru le 23 mars 2023

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 


mardi 23 août 2022

Le pouvoir du chien


 



Auteur : Thomas Savage
Editions : Gallmeister
Traduction :  Laura Derajinski





Montana, années 1920. Phil et George, deux frères que tout oppose, vivent et travaillent ensemble dans l'un des plus grands ranchs de l'État. Cow-boy charismatique et flamboyant, Phil est aussi brillant et dominateur. Ses manières rudes et brutales donnent le ton à la vie sur le domaine tandis que George, taiseux et maladroit, reste dans son ombre. Lorsque George épouse Rose, la veuve d'un docteur local, Phil est persuadé qu'elle manipule son frère pour son argent. Quand Rose vient s'installer au ranch avec son fils, un garçon sensible et sujet de railleries, Phil décide de rendre leur vie insoutenable et multiplie humiliations et affronts insidieux. Mais les plus faibles ne sont pas toujours ceux qu'on croit.
Paru le 7 février 2019 

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚📚

jeudi 28 juillet 2022

Les survivants


 

Auteur : Alex Schulman
Editions : Albin Michel
Traduction : 




« Benjamin presse le téléphone contre son oreille. Pourquoi ne peut-il intervenir ? Il regarde à travers la vitre. Il voit tous les coins où il jouait, enfant. C'est là qu'un jour tout a commencé, et c'est là que tout a fini. Il ne peut pas intervenir parce qu'il est resté figé ici et n'a jamais pu en bouger depuis ce jour. Il n'a pas dépassé neuf ans et là-bas des adultes sont en train de se battre, ses frères qui, eux, ont continué à vivre. »
Benjamin, Pierre et Nils sont venus accomplir les dernières volontés de leur mère : répandre ses cendres dans le lac qui borde leur maison d'enfance, non loin d'une épaisse forêt de sapins comme on en trouve en Suède. Là où, vingt ans auparavant, un drame a changé le cours de leur existence.
Paru le 5 janvier 2022

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚

samedi 28 mai 2022

Le tireur







Auteur : Glendon Swarthout
Editions : Gallmeister
Traduction : Laura Derajinski





Au tournant du XXe siècle, John Bernard Books est l'un des derniers survivants de la conquête de l'Ouest. Après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far West, il apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable : il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Les vautours se rassemblent pour assister au spectacle de sa mort, parmi lesquels un joueur, un voleur de bétail, un pasteur, un croque-mort, une de ses anciennes maîtresses, et même un jeune admirateur. Mais Books refuse de disparaître sans un dernier coup d'éclat et décide d'écrire lui-même l'ultime chapitre de sa propre légende.
Paru le 4 octobre 2018

Mon avis :
 John Bernard Books est une véritable légende de l'Ouest, on lui prête un tableau de chasse impressionnant et sa réputation de tireur le plus rapide le précède partout.

C'est à El Paso dans la pension de la très respectable veuve Bond Rogers qu'il s'installe sous un faux nom. Il veut consulter le docteur Hostleter qui l'a sauvé autrefois, le seul en qui il ait confiance. Le diagnostic est sans appel, cancer de la prostate, il lui reste bien peu de temps et sa mort s'annonce très douloureuse.

Son identité est cependant très vite découverte et l'annonce de sa vulnérabilité se répand à grande vitesse. Entre les réactions de rejet, d' admiration béate ou de défi, le vieux dur à cuir reste droit dans ses bottes. Dans sa petite chambre, il tente de faire le point sur sa vie et de contenir au mieux la douleur à l'aide de laudanum et d'alcool. Mais les charognards ne le laissent pas en paix et viennent frapper à sa porte tour à tour avec des offres plus intéressées les unes que les autres : journaliste, photographe, croque-mort, ex petite amie... tous veulent tirer profit de sa mort prochaine.

On assiste aux derniers jours de Books, ses doutes, sa carapace qui se fissure, ses émotions mais l'homme veut rester digne et surtout choisir le moment et la manière pour tirer sa révérence. 
La fin est saisissante ! 

Un beau roman dur, sans concession sur la fin du far West, de ses codes et ses légendes, mais aussi sur la fin de vie d'un homme, ses choix, ses décisions pour partir dignement en restant fidèle à lui-même. 

Un superbe roman humain et profond au final explosif !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

samedi 21 mai 2022

Les femmes du North End

 




Auteur : Katherena Vermette
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique
Traduction : Hélène Fournier







Réveillée en pleine nuit par son nouveau-né, Stella assiste depuis sa fenêtre à une violente agression. Elle appelle la police, mais les assaillants et leur victime s'enfuient avant l'arrivée des agents. Ce drame et l'énigme qu'il fait planer vont ébranler toute la communauté amérindienne du North End, un quartier défavorisé de Winnipeg.
Donnant voix à neuf femmes et un homme, ce roman retrace les événements qui ont conduit à cette nuit tragique. De Cheryl, qui pleure la mort de sa soeur à Paulina, mère célibataire; de Phoenix, adolescente sans repères, à la vieille et malicieuse Kookom, sans oublier Tommy, le jeune policier métis qui ne trouve pas sa place parmi les Blancs : tous racontent leurs espoirs et leurs échecs, jusqu'au dénouement, déchirant et lumineux.
Paru le 30 mars 2022


Mon avis : A venir 





Sur mon échelle : 

lundi 25 avril 2022

Une histoire des loups

 






Auteur : Emily Fridlund
Editions : Gallmeister
Traduction : Juliane Nivelt





Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s'occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L'adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu'à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Paru le 3 janvier 2019


Mon avis :

Lecture dans le cadre du Challenge Gallmeister : mois d'avril - Girl power -

Madeline est une adolescente singulière, plutôt solitaire qui accepte un poste de baby-sitter auprès de ses fascinants voisins Patra et Léo Gardner qu'elle observe depuis leur emménagement. Elle va s'occuper du petit Paul, 4 ans.
Très vite on comprend qu'un drame est arrivé et qu'un procès a eu lieu. Madeline raconte tous les événements, leur déroulé.

Autant dire tout de suite que je n'ai pas été conquise par ce roman. Si l'intérêt initial pour les circonstances du drame, pour ce couple étrange et pour le malaise palpable tout du long est bien présent, l'écriture à la première personne un peu désincarnée m'a tenue à distance, il m'a manqué des sentiments, des émotions spontanées. C'est un texte froid et circonstancié, un peu brut et parfois confus qui plaira certainement à d'autres mais n'a pas réussi à me séduire.

Et puis il y a les épisodes récurrents comme un leitmotiv de la fascination malsaine de Madeline pour une de ses camarades de classe et pour le professeur Grierson  ainsi que les fantasmes qui en découlent. Ces passages ont achevé de me perdre...

Je n'ai pas compris non plus cette histoire des loups et son intérêt dans la trame des événements...

Bref je suis passée totalement à côté de ce livre qui, je n'en doute pas, a trouvé ses lecteurs.


Sur mon échelle : 📚📚

vendredi 11 février 2022

Le goût du temps dans la bouche






Auteur : Séverine Vidal
Editions : Robert Laffont






Nico s'est exilé en Suède et a coupé les ponts avec sa famille. Sa grand-tante Suzanne est la seule à qui il a laissé une place dans sa vie. Et elle compte bien l'avoir auprès d'elle pour fêter ses cent ans. Entre eux s'est tissé un lien puissant, dont ni l'un ni l'autre ne soupçonne l'origine.
Depuis un siècle, une voix traverse les époques, désespérant de se faire entendre. Celle d'un fantôme qui hante chacun des membres de cette famille. Une voix qu'il faudra écouter pour rassembler les pièces du puzzle et se tourner, enfin, vers la lumière.
Paru le 6 janvier 2022


Mon avis :

Une très belle lecture que cette histoire de famille ! 
Trois générations d'hommes et de femmes qui s'aiment et pourtant qui ont laissé secret et drame les déchirer profondément... 

Il y a Nico, exilé en Suède loin de tous ! Quel personnage humain et profond  ! Il traîne sa vie solitaire  s'efforçant de tenir à distance souvenirs et culpabilité.
Il y a aussi la formidable tante Suzanne, libre, généreuse, le ciment de la famille, gardienne du passé, celle qui préserve le lien et dont les lettres arrivent jusqu'en Suède. 
Il y a aussi  Prudence, Luc, André et les autres...

Séverine Vidal nous raconte plusieurs histoires en une, alternant les époques, les points de vue de divers membres de la famille à travers les années et celui un peu insaisissable d'un inconnu en fil rouge qui ménage un vrai suspense. 

Un roman parfaitement construit, aux thèmes forts, à la fois prenant et touchant, plein de pudeur, de sensibilité, de suggestions. On se laisse porter par ces histoires d'amour familiales profondes, ces déchirures, ces incompréhensions, ces silences ... 

J'ai été particulièrement touchée par Nico qui porte tant sur ses épaules et par sa si jolie relation avec Suzanne. 

Un dernier mot pour le très beau titre que je trouve d'une élégance folle !

Merci Babelio et Les Editions Robert Laffont pour cette belle découverte

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


lundi 21 juin 2021

Kamik : Chasseur au harpon







Auteur : Markoosie Patsauq
Editions : dépaysage
Traduction : Valérie Henitiuk et Marc-Antoine Mahieu




Quelque part au nord du monde. Le froid, la faim. Un campement attaqué, des chiens éventrés. Un ours devenu fou. L'expédition punitive tourne mal, le sang rougit la banquise. Un jeune chasseur armé d'un simple harpon se retrouve seul à suivre les traces du redoutable carnassier. Mais en vérité, qui traque qui ?
Rédigé dans une langue sobre et efficace, Kamik est l'histoire cruelle de cette chasse au long cours, à la fois haletant récit d'aventures et quête initiatique. C'est aussi le tout premier roman écrit par un Inuit du Canada, un geste d'une portée historique et sociale considérable. Traduit fidèlement depuis l'inuktitut, Kamik est un classique de la littérature autochtone nord-américaine.
Paru le 15 janvier 2021


Mon avis :

Lorsqu'un ours blanc furieux attaque le campement où vivent Kamik et sa famille, il est décidé de le poursuivre pour l'abattre sans quoi son retour serait inévitable. Les hommes s'équipent et se lancent sur sa piste. Pour Kamik c'est le baptême du feu, il est avide d'exploit et compte prouver sa valeur de chasseur. Mais l'ours ne sera pas si facile à abattre, chiens et hommes meurent les uns après les autres...  et  Kamik vit une aventure dramatique, éprouvante dans sa chair et dans son âme.

Ecrit au présent, dans un style direct, sans fioritures, ce roman est un joli récit-hommage efficace et saisissant sur la vie rude dans les contrées du grand froid. Y sont décrites les traditions de la pêche, de la chasse à l'ours blanc avec de simples harpons, de la construction des iglous, mais aussi la cohésion d'un peuple qui sait s'entraider pour survivre. 

Des annexes précieuse, préface, quelques pages à propos de la traduction (quel travail de précision !) et mot de l'auteur recontextualisent le récit et lui donne une dimension particulière. L'auteur a compilé des histoires racontées par les parents et les aïeux, de celles qu'on se transmet à la veillée le soir, pour en faire un roman. Premier écrit inuit, c'est une sauvegarde précieuse que d'avoir couché par écrit ces récits de la tradition orale appelés à disparaitre, témoignage d'un mode de vie d'un autre temps... il en ressort  quelque chose d'émouvant et d'un peu sacré...
C'est un plaisir d'avoir entre les mains un ouvrage des Editions dépaysage, j'aime beaucoup les couvertures avec une vraie identité et surtout le confort de lecture qu'offrent la qualité du papier et la mise en page. Le prochain est déjà commandé !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 11 avril 2021

Vies Volées - Buenos Aires Place de Mai


 

Scénario : Matz
Illustrations : Mayalen Goust
Editions : Rue de Sèvres




- Les parents, ce sont ceux qui mettent à manger sur la table, qui te racontent une histoire le soir avant de dormir ou te filent une baffe quand tu franchis les limites. Pas ceux qui te mettent au monde et t'abandonnent. 
- Je suis d'accord avec toi mais là, on parle d'enfants volés, de parents assassinés. Ce n'est quand même pas tout à fait la même chose qu' une adoption, non ?" 

De 1976 à 1983, la dictature militaire qui régit l'Argentine fait disparaître près de 30 000 opposants politiques, pour la plupart assassinés. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes auxquelles leurs enfants seront arrachés à la naissance. Depuis 1977, leurs grands-mères recherchent ces 500 bébés volés...
Paru le 10 janvier 2018

Mon avis : 

J'ai adoré cet album... profond, intelligent, émouvant...
Qui n'a pas entendu parler des grands-mères et mères de la place de mai à Buenos Aires ? 40 ans de combats toujours d'actualité, un pan d'Histoire des dictatures vraiment terrible que l'auteur a choisi de raconter d'un point de vue inversé, ce ne sont pas ces femmes que l'ont va suivre, mais des enfants disparus.

 Mario et Santiago sont deux amis colocataires, deux tempéraments totalement différents, l'un sombre et réservé, l'autre solaire et désinvolte. L'actualité de la place de mai travaille l'un d'eux, lui donne des soupçons sur sa filiation,  et c'est en recherchant sa vérité que tout leur petit monde va voler en éclat.
Il est question du douloureux cheminement personnel, des hésitations, de la violence des révélations, de culpabilité, de paroles libérées, de désespoir mais aussi de reconstruction et d'espoir. C'est un album qui s'ancre dans une réalité dramatique parfois d'une grande cruauté mais qui ménage aussi de jolis  moments d'amour et d'amitié. 

Le dessin est superbe et il sert à merveille le propos. Avec très peu de décors, l'illustrateur a mis en avant les personnages très expressifs, leurs émotions... il y a des planches magnifiques.

Un bel album pour mesurer l'impact que ces histoires lointaines outre atlantique ont eu non seulement sur ces femmes éplorées et combatives mais aussi sur ces centaines d'enfants dont les vies ont été volées.

A lire absolument ! 

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

samedi 6 mars 2021

Les femmes n'ont pas d'histoire


 






Auteur : Amy Jo Burns
Editions : Sonatine



Dans cette région désolée des Appalaches que l'on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C'est un pays d'hommes déchus où l'alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n'ont pas d'histoire. Élevée dans l'ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé. Jusqu'au jour où un accident lui donne l'occasion de reprendre sa vie en main.
Paru le 18 février 2021

Mon avis :

Quelle chouette lecture !...

Deux parties dans ce livre, la première raconte l'histoire de Wren qui vit, dans une région isolée des Appalaches, loin de tout entre une mère désabusée et un père prêcheur, manipulateur de serpents, véritable légende locale qui suscite crainte et attraction.
La vie est âpre dans ce coin reculé, rythmée par les saisons et les hommes y sont les maîtres. Moonshine et religion et superstition règnent.
Wren est spectatrice du couple dysfonctionnel  que forment ses parents, elle raconte le mélange d'amour, de passion, de désillusions, entre compromis et colère.
Sa mère Ruby partage tout avec Ivy, sa meilleure amie de toujours. Elles ne se sont jamais quittées et ont choisi de vivre dans un périmètre proche afin de continuer à se voir quotidiennement. Son père Briar a beaucoup de mal à partager sa femme, à accepter cette amitié fusionnelle.
Ces deux femmes  tentent de survivre dans ce monde d'hommes qui leur laisse bien peu de place. 
Un grave incident et tout le fragile équilibre s'écroule...

La deuxième partie est absolument passionnante,  elle va  remonter le temps et expliquer les relations si particulières entre les personnages.

Secrets, mensonges, choix personnels, tout le parcours intime de chacun s'enchaîne inéluctablement, une jeunesse prise au piège de la terre, des illusions, du moonshine et de la religion.. Wren doit parvenir à s'émanciper de ce monde destructeur.

Une histoire terriblement bien construite autour de personnages singuliers, denses, pétris de contradictions et d'humanité et un superbe roman noir où la tension enfle, s'étire au fil des pages et que l'on a bien du mal à lâcher.


Mon appréciation : 📚📚📚📚

mardi 12 janvier 2021

On achève bien les chevaux






Auteur : Horace McCoy
Editions : Folio





"Gloria et moi avions été prévenus par des vieux routiers que la seule façon de tenir le coup jusqu'au bout dans un marathon de danse, c'était d'utiliser au mieux ces pauses de dix minutes grâce à une méthode précise : apprendre à manger son sandwich tout en se rasant et en se faisant soigner les pieds, apprendre à lire les journaux en dansant, apprendre à dormir sur l'épaule de son ou de sa partenaire ; mais tout cela, c'étaient des trucs de métier qui demandaient de l'entraînement."
Paru le 19 octobre 1999

Mon avis :

Cela fait bien longtemps que je voulais lire ce court roman dont j'ai tant entendu parler et je l'ai dévoré en une petite matinée.... impossible de le lâcher !

Ce qui frappe en premier lieu c'est sa construction très atypique : la narration s'articule entre la lecture d'un verdict au assises en incipit de chaque chapitre, et l'histoire qui se réécrit au fil des pages. 
Robert est à la fois l'accusé qui reçoit sa sentence mais aussi le narrateur de sa propre histoire. Cette double perspective donne une tension et un relief tout particuliers à l'œuvre.

Son errance , sa rencontre avec Gloria et leur inscription dans cet incroyable marathon de danse racontent deux histoires imbriquées qui viennent s'échouer sur un rêve américain défaillant.
Dans ces années 30, en pleine crise, une offre de 1000 $ ça ne se refuse pas. Des conditions inhumaines où l'on va au bout de soi-même, des organisateurs prêts à tout pour assurer le spectacle, des sponsors sans état d'âme, le public assoiffé de sensationnel.... c'est d'une remarquable lucidité, d'un réalisme et d'une effrayante actualité !

Un roman court, incisif, d'une humanité folle et dont la dernière phrase résonne longtemps après avoir fermé le livre ! 

Mon appréciation : 📚📚📚📚

samedi 9 novembre 2019

Des hommes dans la forêt




Auteur : André Valery
Editions : Cairn



Qui, en dehors d un petit monde clos, connaît, en France, nos forestiers ? André Valéry, qui fut l un d eux pendant une quarantaine d années, raconte, dans un roman passionnant qu il a situé dans les Pyrénées où il s est retiré, ce qu était la vie de ces hommes rudes dans les années 50. Au coeur de la grande hêtraie, coiffée au ras des pâturages par la futaie de sapin, travaillaient alors ceux qui ont donné à la forêt montagnarde son aspect actuel. Ingénieurs et gardes des Eaux et Forêts, exploitants forestiers, bûcherons et câblistes, parfois français, souvent immigrés, muletiers, scieurs, tous l ont modelée, avec leurs cerveaux, leurs bras et leurs coeurs. S ils ont peiné en forêt, s ils y ont parfois laissé leur vie ou leur santé, ils y ont aussi vécu pleinement leur existence d hommes, avec des joies, des plaisirs, des amitiés, des jalousies et aussi des haines exacerbées par le danger permanent qui pèse sur ces professions à haut risque. Les tensions qui régnaient au sein de ces groupes d hommes débouchaient parfois sur des drames, comme celui qui scella le destin de Mayalène, la trop jolie petite Basquaise.
Paru le 3 juin 2019

Mon avis :

En tout premier lieu, je tiens à remercier Babelio et les Editions Cairn pour l'envoi de ce livre. Je n'en avais jamais entendu parler mais le titre et le sujet m'ont immédiatement tentée.... Et je ne regrette pas du tout de l'avoir coché dans mes choix.

Ce livre est un bien joli mélange entre témoignage sur la vie de toute une filière forestière dans les années 50 au cœur du massif pyrénéen et roman rural, policier. 
On y suit Lagarrigue, directeur des exploitations forestières de la Sopabor qui souhaite acquérir une coupe de bois de la forêt de Bagoyar en plein pays basque. Ce qui pourrait n'être qu'une simple tractation commerciale s'avère terriblement complexe.
Cette coupe devient un véritable enjeu entre deux camps et ravive vieilles querelles et rancœurs. Lagarrigue aura fort à faire pour déjouer ses adversaires qui ne reculent devant rien : tractations, malversations et même meurtres....

Le récit est très classique,  mais vraiment envoûtant. 
Il s'en dégage un souffle romanesque amené par des personnages particulièrement attachants, Lagarrigue en tête, à la moralité chevillée au corps, une belle âme qui aime son travail et qui par son intelligence et sa perspicacité va comprendre et déjouer nombres de pièges, la belle Mayalène ensorcelante, un brin ingénue qui ne mesure pas son pouvoir, et toute une galerie de personnages pittoresques que l'on admire ou l'on déteste tour à tour... 
Et c'est aussi un vrai témoignage sur la vie quotidienne des forestiers et d'un petit village basque. L'auteur nous raconte les traditions d'un terroir avec des expressions du cru, des instants de vie au cœur de la montagne et il rend un véritable hommage au métier du bois. Toutes les étapes depuis le choix de la coupe, la vente aux enchères à l'envers (une vraie découverte pour moi !), le travail des câblistes.... etc....sont décrites avec minutie et racontent l'atmosphère bon enfant sur le terrain, les amitiés viriles, la confiance que l'on s'accorde lors des moments périlleux, le mélange des nationalités, la reconnaissance du savoir faire..etc....  Je ne me suis ennuyée à aucun moment et j'ai appris une foule de choses que je ne soupçonnais pas, une lecture prenante et même passionnante à certains moments... J'ai beaucoup aimé la plume académique, travaillée, parfois poétique qui servait parfaitement le récit.

Un gros bémol cependant, le titre des chapitres ! Personnellement, j'étais tout autant emportée par le côté documenté du récit que par le côté romanesque et j'avoue que d'arriver sur un nouveau chapitre qui annonce la mort d'un personnage dans son titre m'a quelque peu coupé mon plaisir de lecture à plusieurs reprises, je déteste tellement savoir à l'avance ce qui va arriver....J'ai pesté à chaque fois ! 

Malgré ce bémol, ce roman reste un joli moment de lecture.

Mon appréciation : 📚📚📚,



mardi 30 juillet 2019

Dry



Auteurs : Neal et Jarrod Shusterman 
Editions : Robert Laffont




Avez-vous déjà eu vraiment soif ?
La sécheresse s'éternise en Californie et le quotidien de chacun s'est transformé en une longue liste d'interdictions : ne pas arroser la pelouse, ne pas remplir sa piscine, limiter les douches...
Jusqu'à ce que les robinets se tarissent pour de bon. La paisible banlieue où vivent Alyssa et sa famille vire alors à la zone de guerre.
Soif et désespoir font se dresser les voisins les uns contre les autres. Le jour où ses parents ne donnent plus signe de vie et où son existence et celle de son petit frère sont menacées, Alyssa va devoir faire de terribles choix pour survivre au moins un jour de plus.
Paru le 1 novembre 2018

Mon avis :

J'avais tellement aimé La faucheuse !
Il me fallait absolument lire ce nouveau livre de l'auteur ..... et j'en sors très mitigée et finalement assez déçue.

L'idée de départ est absolument géniale et pas si improbable que ça ! Avec les canicules qui se succèdent,  cette sécheresse qui finit par un manque d'eau total est plutôt réaliste et c'est avec facilité qu'on entre dans cette histoire. Il y a une vraie réflexion sur les conséquences d'une telle catastrophe sur le comportement humain. Les situations au début sont bien pensées, intelligentes et c'est avec effroi que l'on voit à travers les yeux d'Alyssa le monde s'effondrer, se transformer.

Mais très vite, le côté adolescent prend le dessus. On se retrouve face à une groupe de jeunes dont tous les protagonistes ne sont pas forcément très sympathiques. Ils tentent de survivre dans un monde dévasté où tous les repaires ont disparu. Ils vont prendre la route et aller de péripéties en rencontres plus ou moins heureuses. Le schéma en est ultra classique et la réflexion sur l'eau et l'écologie est étouffée par la succession d'aventures et les relations tumultueuses entre les membres du groupe.

La fin est particulièrement expéditive, quelques pages seulement, et sans saveur. Si la lecture en reste agréable, on perd en route l'intérêt initial et on est bien loin d'atteindre le niveau de La Faucheuse...

Mon avis : (j'ai hésité avec la catégorie en dessous mais le début est vraiment bien... alors ce sera)    📚📚📚,

dimanche 3 septembre 2017

Sukkwan Island




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister


PRIX MÉDICIS ÉTRANGER
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.
Paru le 5 janvier 2010

Mon avis :

Quel livre marquant ! Je l'ai lu il y a quelques temps déjà et il me semble que c'était hier tant les souvenirs en sont vivaces ...
Pas de chapitres dans ce livre là mais deux parties qu'on lit d'une traite sans respirer presque...

C'est un huis clos entre un père et un fils sur une île loin de tout et de tous avec quelques matériels pour survivre et une simple radio au cas où.... Un avion pour trait d'union avec la civilisation qui viendra les voir de loin en loin.
Une fois seuls, il faut s'organiser pour survivre, prévoir le froid, s'adapter à la nature parfois bien plus hostile qu'ils ne l'attendaient et puis il y a la promiscuité entre eux ... ils ne se connaissent pas vraiment et l'attitude équivoque du père amène très rapidement une tension palpable.

Pendant toute la première partie, on suit Roy, on perçoit chacun de ses sentiments, sa difficulté à vivre le rêve du père, à le comprendre... Il s'est laissé embarqué sans enthousiasme dans cette aventure extra-ordinaire et se sent un peu piégé.
C'est extrêmement bien pensé, raconté, les descriptions de la solitude, l'âpreté de l'endroit, l'atmosphère trouble qui peu à peu se charge en tension jusqu'au point de rupture où survient l'inattendu, l'incompréhensible, l'inadmissible .... 

Et on bascule dans la seconde partie où c'est le père qui devient personnage central. J'ai eu moins d'empathie pour lui, même si son parcours est terrible aussi. Je n'ai pas toujours compris toutes ses réactions, ses décisions, mais j'ai été touchée par son incapacité à surmonter le drame, par sa détresse profonde et je n'ai pu poser mon livre avant d'avoir tourné la dernière page .

Une nature préservée, sauvage qui sert de révélateur pour la part la plus sombre de chacun, un drame familial, une exploration des rapports père/fils, des attentes de chacun, de leurs incompréhensions, c'est d'une noirceur totale, c'est dur, c'est violent et c'est magistralement écrit !

Ma notation : 4/5