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dimanche 16 août 2026

Chronique : La petite bonne - Bérénice Pichat

 Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur le roman La petite bonne, écrit par Bérénice Pichat et publié aux éditions Le livre de poche.

livre La petite bonne - Bérénice Pichat


Fiche technique du livre :
Titre : La petite bonne
Auteur : Bérénice Pichat
Éditeur : Le livre de poche
Genre : Littérature française  

Date de parution : 02 janvier 2026



Le résumé de l'éditeur :
Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

Mon avis :

J'ai mis longtemps à me décider à lire ce livre... La forme en vers ne m'encourageait pas et pourtant.. je l'ai commencé le matin, juste comme ça pour voir et je ne l'ai plus lâché jusqu'à l'avoir terminé... Un coup de cœur 

Quel livre !

La petite bonne dont nous ne saurons jamais le nom, trime toute la journée à nettoyer chez la bourgeoisie. Elle navigue entre plusieurs familles, du matin jusqu'au soir, armée de son seau lourd de brosses et produits.

Parmi ses maîtres il y a les Daniels chez qui tout le roman se focalise. Blaise, une gueule cassée, invalide, n'est plus que l'ombre d'un homme et Alexandrine sa femme se dévoue corps et âme à son chevet.

Mais Blaise ne supporte plus son sacrifice continuel, il l'incite à sortir, à vivre... Si elle résiste au départ, finalement "soit il en sera ainsi" et il est convenu que c'est la petite bonne qui restera à son chevet pour l'aider, parce que Blaise n'est plus autonome, il faut l'aide pour manger, se laver, s'habiller. 


Les débuts sont tendus, lui la trouve stupide, elle est surtout gênée de son état et ne sait pas vraiment ce qu'elle doit faire. Ils vont rapidement s'apprivoiser, se comprendre, s'apprécier. C'est la rencontre de deux âmes brisées, de deux solitudes.

C'est par petites touches que l'on voit cette si belle relation se construire.

Chaque petit rien, un regard, un geste, il y a tant de pudeur, d'authenticité entre eux.

Mais que c'est beau, que c'est poignant !

La scène du bain est incroyable d'intensité... Je n'ai pas les mots pour retranscrire les émotions.


Comment ne pas compatir sur l'état de Blaise, sa terrible histoire qui se dévoile, sa souffrance quotidienne à la fois physique et morale et puis il y a aussi le secret de la petite bonne qu'elle porte comme une croix. Et quand Monsieur lui dévoile ce qu'il attend d'elle, c'est un dilemme insoluble... 

Et Alexandrine de son côté est aussi un personnage marquant plein de nuances, terriblement humain. Elle est pétrie de certitudes et a le sens du devoir chevillé au corps. Il y a un mélange d'excitation mais aussi de vague culpabilité à s'échapper ainsi. Son week-end promis est une vraie déception, la froide réalité est loin d'être à la hauteur de ses rêves. Elle ne souhaite plus que retourner auprès de Blaise, retourner dans la quiétude se son quotidien rassurant.

Mais Bérénice Pichat nous rappelle que le destin est particulièrement cruel et qu'il peut se jouer des hommes...

La musique tient aussi une grande place dans le récit, la petite bonne découvre sa magie. Il y a des lignes tellement belles sur les émotions qu'elle procure, sur son pouvoir de communication. J'ai tellement aimé tous ces passages-là.

Et j'en reviens à cette forme qui me faisait reculer et qui en fait devient une des forces du roman... Les petits vers sont finalement plutôt une prose mise en forme minimaliste pour les pensées, le point de vue de cette petite bonne invisible, qui sait si bien se faire oublier.
La prose classique plus pleine et déliée est réservée aux maîtres qui savent les mots, qui ont l'habitude de s'exprimer. Et puis, entre les deux, il y a ses petits extraits en italique qui parsèment le roman et dont je n'ai compris la signification qu'à la fin.

J'ai adoré ce livre, la plume sensible, d'une humanité folle et puis l'histoire de ces deux êtres qui n'étaient pas destinés à se rencontrer, qui se trouvent, s'apprivoisent, se dévoilent, se libèrent....C'est beau, c'est émouvant, c'est déchirant !

Mon seul bémol sera pour les deux dernières pages pour cette conclusion trop rapide, mais c'est un minuscule bémol sur cette formidable lecture.

Sur mon échelle



dimanche 9 août 2026

Chronique : Tant de neige et si peu de pain – Béatrice Wilmos

Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur le roman Tant de neige et si peu de pain, écrit par Béatrice Wilmos et publié aux éditions Actes Sud dans la collection Babel.


 
couverture du livre Tant de neige et si peu de pain par Béatrice Wilmos

Fiche technique du livre :
Titre : Tant de neige et si peu de pain
Auteur : Béatrice Wilmos
Éditeur : Actes Sud (Collection Babel)
Genre : Littérature française / Roman historique / Poésie russe
Date de parution : 3 septembre 2025





Le résumé de l'éditeur :

Moscou, 1919. Marina Tsvetaeva a vingt-sept ans. Son mari s’est engagé dans les armées blanches et elle ignore s’il est toujours en vie. Seule, en pleine guerre civile, elle est contrainte de faire des choix....
Dans ce roman bouleversant, Béatrice Wilmos nous amène auprès de l’une des plus grandes poètes de la langue russe, à une époque peu connue de son existence. Et son portrait en écrivaine, mère et femme amoureuse, nous bouleverse.



Mon avis :

Moscou 1919, Marina se confie à ses carnets, elle est seule avec ses deux filles dans une ville sinistrée où se procurer bois, nourriture est un véritable parcours du combattant. Elle décrit la Russie de la disette, de la maladie, des files d'attente interminable, de la faim, du froid ...
Elle est sans nouvelles de son mari sur le front depuis de longs mois.

Instants fugaces, patchwork de sons, de couleurs, de souvenirs heureux, par petites touches se dessine la vie de Marina. De l'enfance dans la maison familiale, de la rencontre avec l'amour de sa vie, la naissance de ses filles tellement différentes jusqu'à l'arrivée de la guerre qui fait passer d'une vie confortable à la misère. S'en suit une vie difficile, il faut abandonner la maison, se réfugier dans le grenier qui devient le "palais-grenier" dans une vaine tentative de maquiller la dure réalité. Il y a aussi les carnets qui permettent d'esquiver, de survivre..."La poésie du quotidien est sa seule consolation"..

On découvre, à travers la reconstitution romancée de Béatrice Wilmos agrémentée de très nombreux extraits de poèmes de Marina et de sa fille, la très belle histoire avec Serjoi, l'amour incommensurable pour la petite Alia, la première née surdouée avec qui elle partage tant, mais aussi l'indifférence voire le rejet pour Irina, la seconde, possiblement affectée d'un déficit intellectuel. 

Parfois, des décisions inconcevables s'imposent, laisser ses enfants à l'orphelinat pour qu'elles soient correctement nourries. Mais rien n'est simple dans la vie de Marina.... Et le drame survient, non sans que sa responsabilité soit largement engagée.

S'en suit une introspection sans concession où se déroulent tous les manquements, la culpabilité qui submerge mais ne peut ni effacer, ni absoudre. 
Mon cœur s'est fracassé sur plusieurs scène d'une cruauté folle. 

Un roman très court, le destin tragique d'une famille ballotée dans les violences de l'Histoire, raconté par une femme amoureuse en souffrance, une mère démunie qui ne sait pas aimer ses deux enfants de la même façon. 

Un texte d'une grande poésie et terriblement poignant.

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 2 août 2026

Chronique : Souvenirs introuvables de Laura Wilhelm - Auto édition

 Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire ( mon avis de lecture) sur le roman Souvenirs introuvables, écrit par Laura Wilhelm et publié en Auto-édition.


Couverture du livre Souvenirs introuvables par Laura Wilhelm



Fiche technique du livre :
Titre : Souvenirs introuvables
Auteur : Laura Wilhelm
Éditeur : Auto-édition
Genre : Littérature française / Romance/ 
Date de parution : le 02 août 2020
Format : ebook



Le résumé de l'éditeur :

Jade est une brillante étudiante en journalisme, elle a 25 ans et ne veut aucun homme dans sa vie. Sauf que … elle ne se souvient de rien ! Totalement amnésique suite à un accident de parapente qui aurait pu la tuer, elle décide de réintégrer son ancienne vie. Elle va découvrir des facettes d’elle-même qu’elle va détester et fera tout pour retrouver ses souvenirs.

À ses risques et périls…"

Vous n'en sortirez pas indemne !



Mon avis :

J'ai lu beaucoup de retours enthousiastes et du coup j'ai remis en route mon compte simplement pro parce que je voulais absolument le lire et je suis consternée parce que je n'ai pas du tout aimé. 

Il y avait pourtant tout pour me plaire, le sujet de l'amnésie, le découpage en plusieurs points de vue, le polar qui s'invite avec cette tentative de meurtre , des personnages plutôt sympathiques (surtout Antoine et Julien) mais voilà, je n'ai pas réussi à rentrer dans l'histoire ou plutôt dans les histoires... C'est d'ailleurs un peu ça qui m'a perdue. Trop de récits entrecroisés pour moi, la tentative de meurtre (mais il n'y a pas d'enquête, le coupable est trouvé tellement vite et ça m'a cruellement manqué), les secrets de famille sans lien avec, le drame de Vanessa, la gémellité toxique, les problèmes psychologiques (la partie de Jennifer m'a profondément ennuyée), un attentat. Il y a une sorte de surenchère qui m'a souvent fait lâcher ma liseuse.

Laura Wilhem parvient à emboiter le tout pour expliquer les interactions entre ses personnages mais chaque intrigue aurait mérité à mon sens un roman propre. Là tout est survolé avec quelques incohérences parfois, Jade a perdu la mémoire mais elle se souvient d'un Alan dont on nous glisse le nom sans qu'ensuite on n'en sache plus rien par exemple. J'ai eu aussi du mal avec un tel changement de personnalité entre l'avant et l'après accident.

Après je souligne que l'écriture est agréable, elle m'a fait apprécier le début du roman.

Bref, ce n'est pas souvent que je me trompe autant dans mon choix de lecture, mais là je n'étais clairement pas le public cible. 
Je le répète les retours sont dithyrambiques , je suis la mauvaise note au milieu d'une symphonie. 
Faites vous votre propre opinion ! 


Sur mon échelle : 📚

dimanche 21 juin 2026

Chronique : Les 4 As anthologie - 1er volume - Georges Chaulet - François Craenhals

 Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur la BD Les 4 As anthologie - 1er volume, écrit par Georges Chaulet et François Craenhals et publié aux éditions Casterman.


couverture de la BD Les 4 As anthologie - 1er volume - Georges Chaulet - François Craenhals

Fiche technique de l'album :
Titre :  Les 4 As anthologie - 1er volume
Scénario: Georges Chaulet
Dessins : François Craenhals
Éditeur : Casterman
Genre : BD
Date de parution : 7 mai 2026


Le résumé de l'éditeur :
En 1957, Georges Chaulet publie son tout premier roman des 4 As, Le Fantôme de Campaville, aux éditions Casterman. Un livre drôle, plein de fantaisie, dans lequel Dina, Lastic, Bouffi et Doct, une fille et trois garçons, et leur chien Oscar, enquêtent sur un curieux revenant. " Je crois, décidément, qu'il est sans aucun doute possible de tirer quelque chose de cette équipe-là. ", assure bientôt son éditeur. Le but recherché est clair : proposer une série qui ne soit pas un obstacle éducatif, avec des personnages à la psychologie assez poussée pour souligner les qualités de chacun. Leurs travers sont amusants et contribuent à la réussite de l'entreprise. L'écriture extrêmement visuelle de Chaulet et le trait élégant de Craenhals - qui s'inscrit parfaitement dans la continuité d'Hergé concourent à faire la différence. Les 4 As se déclinent en bande dessinée à partir de 1964.


Mon avis :
Les 4 as est une série de BD parues dans les années 60, cet album est le premier volume d'une anthologie publiée depuis 2024. C'est un très bel objet, relié, toilé, agrémenté de documents et d'analyses qui donnent un éclairage fort intéressant sur l'origine de l'œuvre, sur l'époque, sur les auteurs.

Nous y découvrons 4 personnages très sympathiques bien que terriblement conventionnels. Les auteurs s'amusent à pousser les stéréotypes (jusque dans leurs noms) pour en faire ressortir des effets comiques bienvenus.  

Lastic : le garçon entreprenant, progressiste, touche à tout, toujours à  inventer, fabriquer. C'est un peu le meneur de la bande.

Dina : la seule fille, superficielle et frivole, obsédée par les coiffures, vêtements, décorations mais qui peut surprendre les lecteurs. Pas folle la guêpe !.

Ces deux-là passent leur temps à se chamailler plus ou moins violemment.

Doct : avec ses petites lunettes, c'est l'intello de la bande, toujours le nez dans un bouquin, passionné d'Histoire, il est une mine d'informations et de références.

Bouffi : en surpoids, la nourriture est son principal centre d'intérêt, il est le rigolo du clan.

Sans oublier Oscar, le chien qui ressemble étrangement à Milou !

Dans cette première anthologie, nous les suivons dans 4 de leurs aventures :

- Les 4 As et le serpent de mer
Nos 4 héros sont à la recherche d'un trésor englouti et se frottent au mythe du serpent de mer (une sorte de Lochness) dont tout le monde parle.. Mais ce trésor est convoité par des individus malhonnêtes. Actions et révélations sont au menu.

- Les 4 As et l'aéroglisseur
Cette fois-ci, Lastic entraîne ses compagnons dans la construction d'un avion pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions. Mais leurs efforts ont convaincu un ingénieur de l'école centrale de l'aéronautique de leur proposer de construire ensemble une machine bien plus moderne : un aéroglisseur. Bien entendu, tout ne va pas aller de soi, il y aura de nombreux obstacles à cause d'un Napoléon délirant !

- Les 4 As et la vache sacrée
Mon préféré des 4 titres! Notre petite bande est en vacances à la ferme, vacances sur le papier seulement parce que les tâches y (trop!) sont nombreuses. Parmi le bétail, Pâquerette dotée d'une étoile noire sur le front attire de nombreuses convoitises, ses cornes auraient le pouvoir de guérir le Rajah de Mandragore. Défenseurs et opposants indiens s'affrontent pour ramener ou faire disparaitre la vache sacrée. Péripéties diverses et pérégrinations assurées. 

- Les 4 As et le visiteur de la nuit
Pour cette dernière aventure, les 4 amis viennent en aide à deux sœurs dont les nuits sont agitées. Chaque minuit, un fantôme vient hanter leur maison. Nos héros viennent à la rescousse pour déméler le vrai du faux.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette anthologie, ce groupe de jeunes détectives en herbe s'inscrit dans la veine du "club des cinq", du clan des six ou même de "l'autobus à impérial". On y retrouve ces personnages dont les traits de caractères sont accentués pour les rendre à la fois drôles et attachants. Leurs aventures sont improbables mais se suivent avec bonheur.
On est vraiment dans la BD issue de l'école belge que j'affectionne tout particulièrement, les dessins peuvent rappeler ceux de Hergé et d'ailleurs de nombreuses références amusantes à Tintin s'immiscent entre les pages (le château de Moulinsart, Oscar et Milou, une rencontre imprévue ....) . 

Il y a quelque chose à la fois de délicieusement suranné (on est clairement dans une autre époque) et étonnamment indémodable dans cette série que je poursuivrai très certainement.

Merci Babelio et Casterman ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

samedi 23 mai 2026

Chronique BD : L'écoute - Aleksi Cavaillez

 Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur la BD L'écoute, écrit par Aleksi Cavaillez et publié aux éditions Dargaud.


couverture de la BD L'écoute par Aleksi Cavaillez


Fiche technique de l'album :
Titre : L'écoute
Scénario: Aleksi Cavaillez
Dessins : Aleksi Cavaillez
Éditeur : Dargaud
Genre : BD
Date de parution : 7 mai 2026


Le résumé de l'éditeur :
Une étudiante revient à Paris à la fin des années 80. Elle trouve un travail contre un logement chez une famille : s’occuper d’un jeune garçon sourd, qui refuse de communiquer. Petit à petit une relation va se nouer entre l’enfant et la jeune femme, Maïté, jusqu’à ce qu’elle retrouve par hasard une amie perdue de vue.



Mon avis :
Quel joli album tout en sensibilité !
Victor est devenu sourd très jeune et il a beaucoup de mal depuis à s'intégrer dans son école, à trouver sa place oscillant entre deux mondes, à rompre sa solitude. Il ne sait plus ou ne veut plus communiquer, ayant perdu ses repères en même temps que son audition. Sa mère, rongée de culpabilité, fait appel pour s'en occuper à Maïté, étudiante en langues à la Sorbonne contre un logement. 
Cette dernière va également retrouver et aider une amie chère qui a perdu sa voix après un terrible choc affectif.

On sent le vécu intime de l'auteur dans les pages de cet album, il y a tant de justesse dans les émotions de l'enfant, dans sa perte de repères, dans le refuge que lui offre son imaginaire. C'est beau, pudique et touchant.

Les dessins en noir et blanc, parfois crayonnés accompagnent parfaitement le propos, on navigue dans un monde ayant perdu une de ses dimensions. La mise en page tantôt classique, tantôt plus savamment désordonnée retranscrit subtilement le chaos personnel de Victor, le silence et ses cris intérieurs. 

Le propos est avant tout sur la communication orale, la voix, l'audition, la musique mais la vue est tout aussi importante. Paris devient un des personnages principaux, donnant à voir à travers de superbes planches qui offrent un panorama de ses rues, ses monuments. 

Des personnages attachants tout en nuances, un thème abordé avec beaucoup de délicatesse, une balade dans les rues de Paris, autant d'éléments pour une fort jolie lecture. 

Merci Babelio et Dargaud ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 19 avril 2026

Sœurs des vagues





Scénario :  Tristan Roulot
Dessins : Mikaël
Editions : Le Lombard





1914, en Nouvelle-Écosse, loin des tranchées dans lesquelles les nations d'Europe vont bientôt s'enliser, le petit port côtier de Peggy’s Cove attend le retour des hommes, qui tardent à rentrer de leur dernière campagne de pêche au large de Terre-Neuve. Ne restent que les femmes, les enfants et quelques vieillards. Une nuit sans lune, un mystérieux naufragé s’échoue sur le rivage. Couvert de tatouages de marin, il semble avoir perdu la mémoire... 
Paru le 30 janvier 2026

Mon avis :
Une petite île de Nouvelle Ecosse, un phare que l'on néglige, une nuit de grain et c'est le naufrage... Dans ce petit village déserté par les hommes partis pêcher en mer et dont le retour se fait désespérément attendre, ce sont les femmes qui recueillent un marin à la mémoire défaillante dont la foison de tatouages raconte une vie singulière...
Mais l'arrivée de deux individus louches complexifie rapidement les choses.
Ce naufrage ne semble pas être le seul dans la région et les deux hommes semblent chercher quelque chose de bien particulier.

Une histoire sombre bien menée qui installe très vite une atmosphère d'angoisse. Angoisse de ces femmes seules hantées par la peur de la disparition de leurs hommes en mer, angoisse de voir mis à jour des secrets bien gardés jusque là. Le mystère se révèle peu à peu.

Le dessin à la fois classique et  réaliste est très beau, il met en valeur un scénario bien pensé et surtout des portraits de personnages marquants : le marin amnésique, le gardien du phare solitaire et désabusé, la petite indienne rebelle, l'institutrice qui n'accepte pas son deuil, et toutes ces femmes qui se battent pour survivre à tout prix.... 
Les terres sauvages, la nature indomptée que l'on retrouve sur de très belles planches, tiennent une place de choix dans le récit. Une mention spéciale pour la couverture que je trouve particulièrement réussie et pour le dossier graphique en fin d'album, j'aime toujours autant ce petit plus.

Un bon polar, une très bonne lecture

Merci Babelio et Le Lombard ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


jeudi 8 janvier 2026

Mur-Murs

 






Auteur : Florie Maurin
Editions : Sarbacane
Illustrations: Manon Diemer




La fin de leur scolarité et la Croisée des chemins approchent ! Astrid et Céleste sont à deux doigts de savoir si elles pourront étudier à la Verrerie. Elles rêvent depuis toujours d'apprendre à extraire et distiller les émotions dont chaque lieu regorge pour fabriquer objets et élixirs. Ce savoir-faire n'est réservé qu'à quelques élus dans la cité de Rémanence où chacun est assigné à la place qu'il mérite. Après avoir travaillé si dur, les deux amies vont intégrer la Verrerie ensemble, c'est certain ! Mais les règles immuables qui régissent Rémanence sont-elles aussi justes qu'il y paraît ?

Paru le 27 août 2025

Mon avis :

La cité de la Rémanence est une ville aux profondes inégalités. Selon son habitation la vie est plus ou moins belle, chaque lieu étant chargé d'émotions plus ou moins présentes et les familles ne peuvent que subir l'atmosphère qu'elles créent. Toute la vie de la cité tourne autour de ces émotions qu'il faut absolument savoir maitriser mais aussi qu'il faut extraire régulièrement. Pour cela, il faut faire des études à la Verrerie qui représente le Graal pour toute la jeunesse de Rémanence.

Astrid et Céleste sont amies depuis l'enfance mais elles sont aussi issues de milieux sociaux bien différents et au moment de la croisée des chemins, ce fameux temps fort où les jeunes gens font des vœux quant à leur avenir, Astrid qui est d'une caste supérieure est acceptée à la Verrerie alors que Céleste est envoyée vers le tri des déchets.... C'est la douche froide pour toutes les deux qui rêvaient de poursuivre des études ensemble. Quid de l'égalité dont se vante la cité ? La population est-elle aveugle et va t-elle se laisser ainsi berner encore longtemps ?

Un roman jeunesse très agréable qui se lit facilement. L'univers créé est astucieux, et ce que j'ai préféré avant tout c'est cette idée que chaque lieu possède une âme propre que l'auteur a personnifié sous différents traits. 

Ecole et apprentissage, secrets, épreuves, rencontres et amitiés, découvertes fortuites, danger, on ne s'ennuie guère à cette lecture qui reste dans la sphère jeunesse. Mais l'intérêt du thème m'a donné envie d'un peu plus de profondeur, j'ai été un peu frustrée de rester en surface à plusieurs reprises. La transposition du roman dans une version plus adulte et plus étoffée serait certainement passionnante. 

Un dernier mot pour le travail éditorial de qualité, la couverture est très belle avec ses dorures et les illustrations qui jalonnent le texte sont un plus. C'est un bel objet qu'on a plaisir à voir sur ses étagères.

Merci Babelio et les Editions Sarbacane pour cette agréable lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚

dimanche 16 novembre 2025

Le Grizzli - Tome 2 : Une haleine de cadavre

 





Scénario :  Matz
Dessins : Simon Fred
Editions : Dargaud





Un copain turfiste (patron d'une grosse écurie qui a le vent en poupe) de Toine et ancien truand comme Toine et le Grizzli, se rapproche d'eux au nom d'une longue amitié... et d'un petit service qu'il leur explique. Sa fille a disparu, sans explication, il a donc besoin d'aide pour la retrouver. Enlèvement contre rançon ? Tentative de pression en rapport avec les courses ? Escapade amoureuse ? En fait, un peu des trois.... 
Paru le 5 septembre 2025

Mon avis :
Le Grizzli et Toine sont à nouveau appelés à la rescousse par un pote, cette fois-ci par Bubu qui est à la tête d'une écurie de chevaux de course. Sa fille Virginie a disparu, peut-être a t-elle suivi son petit ami du moment, un petit ami un peu trop propre sur lui selon son père, pourtant on lui demande rançon et chevaux pour la retrouver.
Mais attention ! Même si les trois copains sont rangés depuis bien longtemps, il ne faut pas les prendre pour des enfants de chœur. Ils n'ont rien perdu de leur mordant et savent encore régler une affaire sans trembler, surtout si l'on touche à la famille ! Pour eux, rien n'est tabou, ils envisagent même une alliance avec l'inspecteur La Ventouse, fraîchement nommé aux mœurs.

Un scénario bien ficelé promène nos héros dans les rues de Paris et même au Havre. C'est vivant, c'est parfois surprenant (le passé revient parfois d'une drôle de façon), c'est plein de verve (je suis définitivement fan des dialogues tellement savoureux !). Actions et même romances sont au rendez-vous et cette fin ...! Mieux vaut les compter parmi ses amis, croyez-moi ! 

Les dessins toujours aussi précis gagnent à être scrutés, il s'y cache une foule de détails rappelant les années 60 : affiches publicitaires, voitures d'époque...etc... C'est un vrai plaisir pour les yeux.

Une série que j'ai découverte avec bonheur. Je compte bien continuer avec le tome 3 qui s'annonce pour bientôt.

Merci Dargaud ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 9 novembre 2025

Le Grizzli - tome 1 : Un drôle de Chabanais

 




Scénario :  Matz
Dessins : Simon Fred
Editions : Dargaud





Ancien boxeur, le Grizzli doit son surnom autant à sa carrure qu'à sa pilosité ! Avec ses copains Toine et Jo, c’est à la vie et à la mort, leur passé tumultueux n’y est pas pour rien. Désormais rangés, ils semblent mener leur petite vie, peinards. Alors, quand un affreux surnommé Bébert-la-Gambille, fraichement sorti de prison, veut régler ses comptes avec Jo pour une sombre histoire d’argent, les trois amis s’entraident.
Paru le 31 mars 2023

Mon avis :
J'ai beaucoup aimé cette BD. Moi qui ai été biberonnée aux polars français des années 60, j'en ai retrouvé toutes les références avec un plaisir fou.

Ancien boxeur, le Grizzli (surnom du ring) mène une vie rangée dans sa concession d'autos Citroën. Toutes ses frasques du passé sont remisées mais sa tranquillité vole en éclats lorsqu'un jour, son ami Jo l'appelle à la rescousse. Jo c'est le pote de cette autre vie, mais c'est aussi celui à qui il doit une dette alors sans se poser de questions, il répond présent...
Bébert est sorti de prison bien plus tôt que prévu et accuse Jo de l'avoir balancé et de surcroit  lui réclame son magot disparu. Et Bébert ce n'est pas un tendre, il faut s'en méfier et assurer ses arrières...

Le Grizzli et Toine, l'ami de toujours, décident de l'aider et ce ne sera pas de tout repos d'autant plus que rode La Ventouse, un inspecteur de police dont la seule préoccupation est de remettre Bébert à l'ombre... Poursuites, planques, bagarres, coups de feu, l'action est constante, le scénario est astucieux et on ne s'ennuie pas un instant,  quelques surprises sont même au programme.

Les auteurs nous plongent dans ce milieu de truands des années 60, on y trouve les codes spécifiques, le vocabulaire plein de gouaille (qui n'est pas sans rappeler celui des dialogues d'Audiard) dont je connaissais déjà la plupart des mots. A noter un lexique fort à propos en fin d'album.

Les dessins sont superbes, soignés, pleins de détails sur l'environnement urbain ou campagnard et offrent une reconstitution minutieuse des vêtements, coiffures, voitures d'époque... 

Un dernier mot pour les couverture que je trouve particulièrement réussies, tout en sobriété avec ce cadre noir qui ancre la série dans le genre polar. La silhouette du héros me rappelle quelques acteurs qui auraient tellement pu jouer le rôle !

Une réussite ♥

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


vendredi 31 octobre 2025

Les revenants de l'inspecteur Sadorski






                     Auteur Romain Slocombe
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire





Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs.

France, mai 1945 : la paix en Europe est sur le point d'être signée. Libérés en même temps que nos prisonniers de 40, les déportés survivants reviennent des camps d'extermination. N'étant pas des porteurs de bonnes nouvelles, ils sont accueillis en conséquence, c'est-à-dire mal.
L'ex-inspecteur Sadorski, révoqué de la police nationale et recherché, se cache avec sa femme Yvette sous un faux nom. Un revenant totalement inattendu débarque chez eux. Sa visite annonce le début de nouveaux ennuis ; et menace la carrière d'un Sadorski devenu " détective d'art ", au service d'un Polonais exilé aux États-Unis dont la mission à Paris est de traquer les chefs-d'œuvre spoliés des collections juives.
Les cadavres ne vont pas tarder à s'accumuler, dans cette peinture au vitriol de l'immédiat après-guerre et des profiteurs les plus éhontés de la collaboration.
Paru le 4 septembre 2025

Mon avis :

C'est toujours avec autant de plaisir que je replonge dans cette série. J'aime infiniment la plume de l'auteur, sa faculté à rendre vivante une période de l'Histoire dans tous ses aspects quotidiens, culturels, politiques. Et surtout je reste admirative de sa faculté à dénoncer toutes les turpitudes d'une époque à travers le prisme de son odieux héros. 

La France est libérée, la paix en passe d'être signée, les règlements de compte se poursuivent et les premiers déportés encore vivants commencent à arriver avec des récits monstrueux dépassant l'entendement... Le pays découvre l'innommable... Les témoignages sont crus, parfois insoutenables. 

Le collabo Léon Sadorski est désormais en cavale  mais il a réussi une fois encore à tirer son épingle du jeu. Sous le faux nom de Jules Réquillard, il occupe le logement d'une famille juive déportée et parvient à se faire engager en tant que détective par Jaakov Avivsohn, un juif polonais venu tout droit d'Amérique afin de retrouver des tableaux et œuvres volés pendant l'occupation. 

Mais le retour de certaines de ses victimes survivantes vont lui causer bien des tracas, il va devoir louvoyer une fois de plus. Toujours aussi immoral, il ne recule devant rien pour éliminer ce qui pourrait être une menace. Exécutions, tortures, vols,  il est capable de tout pour préserver ses intérêts personnels, et ce parfois même aux dépends de sa femme Yvette...

Toujours avec une multitude de détails, l'auteur nous raconte la spoliation organisée de l'Art sous le joug allemand. Certains ont bâti de véritables fortunes dans de sordides tractations. Lors de ses investigations, Sadorski rencontre Picasso, apprend la différence entre tableau abstrait et cubisme, découvre nombres de grands noms de la peinture. Avec sa mémoire infaillible et son flair aiguisé, il redevient le redoutable enquêteur qu'il était et poursuit sans relâche les marchands d'art malhonnêtes sans oublier au passage de se servir dès qu'il le peut. Un salaud reste un salaud !

Romain Slocombe nous offre une nouvelle fois, tel un historien, un tableau extrêmement documenté de l'après-guerre. La période reste trouble, pleine de dangers. Il décrit sans concession les filières organisées des profiteurs de guerre. 
Son personnage principal s'étoffe. Toujours aussi odieux et détestable, coureur de jupons, infidèle, violent,  menteur, voleur, criminel, il a cependant des émotions qui le submergent parfois comme son affection pour son fils Bernard. Il est à la recherche de Julie disparue en Allemagne pour qui il garde une tendresse particulière. Et contre toute attente, un ersatz de culpabilité semble le hanter par moment.

Une excellente lecture passionnante de bout en bout qui nous rappelle qu'il ne faut rien oublier car "le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde".

Un grand merci à Babelio  et La collection  La Bête Noire 

Mon appréciation : 📚📚📚📚