Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....
Affichage des articles dont le libellé est identité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est identité. Afficher tous les articles

mardi 3 octobre 2023

La sentence




Auteur : Louise Erdrich
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique
Traduction : Sarah Gurcel




« Quand j'étais en prison, j'ai reçu un dictionnaire. Accompagné d'un petit mot : Voici le livre que j'emporterais sur une île déserte. Des livres, mon ancienne professeure m'en ferait parvenir d'autres, mais elle savait que celui-là s'avérerait d'un recours inépuisable. C'est le terme "sentence" que j'y ai cherché en premier. J'avais reçu la mienne, une impossible condamnation à soixante ans d'emprisonnement, de la bouche d'un juge qui croyait en l'au-delà. »

Après avoir bénéficié d'une libération conditionnelle, Tookie, une quadragénaire d'origine amérindienne, est embauchée par une petite librairie de Minneapolis. Lectrice passionnée, elle s'épanouit dans ce travail. Jusqu'à ce que l'esprit de Flora, une fidèle cliente récemment décédée, ne vienne hanter les rayonnages, mettant Tookie face à ses propres démons, dans une ville bientôt à feu et à sang après la mort de George Floyd, alors qu'une pandémie a mis le monde à l'arrêt...
Paru le 6 septembre 2023

Mon avis : 

Tookie, jeune amérindienne à la dérive est entraînée par son amie dans une histoire tellement improbable de vol de cadavre. Elle n'en ressortira pas indemne, la sentence tombe : 60 ans de prison ferme. 
Pendant son incarcération, elle se plonge dans les livres, dévore des ouvrages de tout genre et développe un amour profond pour la lecture.
Au bout de 10 ans, elle bénéficie d'une libération conditionnelle et trouve un emploi dans une librairie spécialisée en littérature autochtone.
Tout va très bien pour elle jusqu'à ce qu'une de ses clientes décède et vienne ensuite hanter les rayons de la librairie....

Quel superbe roman ! La plume a un charme indéfinissable qui m'a littéralement emportée.

C'est l'histoire de Tookie dans toutes ses dimensions, sociales, intimes, familiales et les relations entre les personnages sont d'une telle justesse, relations amicales, relations entre collègues, relations mère-fille évolutives avec l'arrivée d'un bébé, l'histoire complexe et intense de Pollux et Tookie (♥). C'est passionnant, plein de sensibilité et d'émotions, de rires et de drames, d'authenticité.

En filigrane se déploient des thèmes profonds, identité autochtone, croyances, traditions, mort, qui s'appuient sur un contexte social authentique et apportent une dimension supplémentaire au récit. Le covid suspend le monde entre peur et confinement,  puis la mort de Georges Floyd ravive le sentiment de racisme et d'identité et provoque des émeutes sanglantes. 

On suit Tookie dans ses introspections, ses sentiments, ses frayeurs, ses enthousiasmes, son cheminement intérieur pour revenir à l'essentiel, se retrouver. Quel joli personnage et son couple avec Pollux est beau et émouvant ! Rien n'est simple ou manichéen, ce qui donne toute sa richesse au roman.

Un roman généreux, profond, sensible, dramatique mais aussi plein d'humour, un roman qui s'ancre dans notre époque, un roman où l'amour des livres transpire à chaque page, un Louise Erdrich très réussi, un coup de cœur ! 


Sur mon échelle : 



mercredi 5 janvier 2022

Celui qui veille


 



Auteur : Louise Erdrich
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique







Dakota du Nord, 1953. Thomas Wazhashk, veilleur de nuit dans l'usine de pierres d'horlogerie proche de la réserve de Turtle Mountain, n'est pas près de fermer l'œil. Il est déterminé à lutter contre le projet du gouvernement fédéral censé « émanciper » les Indiens, car il sait bien que ce texte est en réalité une menace pour les siens.
Contrairement aux autres jeunes employées chippewas de l'usine, Pixie, la nièce de Thomas, ne veut pour le moment ni mari ni enfants. Pressée de fuir un père alcoolique, insensible aux sentiments du seul professeur blanc de la réserve comme à ceux d'un jeune boxeur indien, elle brûle de partir à Minneapolis retrouver sa sœur aînée, dont elle est sans nouvelles.
Pour « celui qui veille », n'ayant de cesse d'écrire aux sénateurs dans le but d'empêcher l'adoption de la loi, quitte à se rendre lui-même à Washington, comme pour Pixie, qui entreprend le premier voyage de sa jeune existence, un long combat commence. Il va leur révéler le pire, mais aussi le meilleur de la nature humaine.
Paru le 5 janvier 2022

Mon avis :

Passer le cap de l'année avec Louise Erdrich, voilà une bien belle façon de commencer mon année de lecture. Cela faisait bien longtemps que je voulais découvrir sa plume et la réception de "Celui qui veille" m'en a donné l'occasion.
Une bien belle découverte !

Nous sommes en 1953 en Dakota du Nord dans la réserve de Turtle Mountain. La vie y est rude et bien souvent misérable. Les hommes sont rongés par l'alcool. Plusieurs générations cohabitent, les anciens aux traditions encore bien chevillées au corps, ce sont eux qui transmettent  cérémonies et récits ainsi que la langue chippewa et les jeunes baignés dans une double culture qui se cherchent et sont attirés par la ville et ses promesses.

Thomas est le président du conseil tribal de Turtle Mountain mais aussi veilleur de nuit dans l'usine de pierres d'horlogerie, principale source d'emplois de la réserve. Pour rester éveiller, il lit des revues et tombe sur un article sur une proposition de loi du sénateur Arthur V. Watkins. Il y est question de "termination", "d'émancipation" des Indiens Chippewas.  Ce texte le plonge dans une intense réflexion et il comprend très vite le danger qui se cache derrière les mots. Un tel texte signe la fin des accords signés et l'extinction de son peuple. Il va alerter, rassembler, écrire, se déplacer jusqu'à Washington pour combattre et se faire entendre.
Quel beau personnage ! Sensible, réfléchi, attentif, il est profondément humain. Bien nommé Wazhashk (rat musqué qui consolide le terrier), il est celui qui veille et rassemble. Les esprits des disparus dont son ami Roderick l'entourent, l'inspirent et c'est auprès de son vieux père sage qu'il vient se ressourcer.

Pixie Paranteau, (Patrice) est la nièce de Thomas. Ouvrière dans la même usine, elle est la principale source de revenus de sa famille mais rêve d'ailleurs, d'une vie de liberté loin de celle qui se dessine devant elle. Deux hommes Loyd Barnes un professeur blanc et Wood Mountain un boxeur indien tournent autour d'elle sans succès. 
C'est une jeune fille au caractère bien trempé qui sait exactement ce qu'elle ne veut pas...
Sans nouvelles depuis trop longtemps de sa sœur Véra, partie à la ville après son mariage, Pixie va entreprendre un voyage à Minneapolis pour la retrouver, un voyage plein d'embûches qui lui ouvriront les yeux sur la cruauté du monde mais aussi sur son identité propre et sur ses choix. 

Autour de ces deux personnages phares gravite toute une galerie de personnages marquants, charismatiques et la force du romans ce sont toutes les histoires intimes de chacun qui mises bout à bout dessinent une Histoire collective passionnante, celle d'un peuple qui se bat pour survivre,  pour son identité. 

Un très beau roman, superbement écrit, profond, dur, touchant, plein d'espoir et un hommage émouvant de Louise Edrich à son grand-père.

Un grand merci à Albin Michel pour cette lecture inattendue. 


Sur mon échelle : 📚📚📚📚



jeudi 17 septembre 2020

Là où se trouve le cœur





Auteur : Sara Lövestam
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire





Une chambre en colocation, un permis de résidence et un job dans une bibliothèque : les années de galère de Kouplan sont définitivement derrière lui ! Toutefois, il y a une chose qu'il ne parvient pas à se sortir de la tête : qu'est-il arrivé à son frère, arrêté en Iran il y a huit ans ? En se lançant à sa recherche, il croise la route de neuf immigrés illégaux qui, comme lui auparavant, font la plonge ou le ménage pour quelques couronnes de l'heure. L'un des leurs est mort, mais personne ne peut dénoncer les coupables à la police, de peur d'être expulsé...
Kouplan va alors devoir faire face à ses anciens démons pour aider ceux qui n'ont personne vers qui se tourner.
Paru le 2 juillet 2020

Mon avis :

Superbe lecture encore une fois ! J'aime beaucoup cette série pleine d'humanité... Ce tome 4 a été impossible à lâcher, émotions, suspense et moments d'extrême tension...

Kouplan est enfin en possession de son précieux permis de séjour. En colocation avec Lennon et Ulrik, il s'est trouvé un stage en bibliothèque.  Il peut désormais reconstruire sa vie en toute tranquillité. Mais pourtant il reste un vide qui l'empêche de profiter pleinement de sa nouvelle condition. Sa famille lui manque et il ne peut cesser de rechercher son frère Nimia dont il n'a aucune nouvelle depuis sa disparition en Iran. 
Ses investigations l'amènent vers son ancien logis où cohabitent 9 réfugiés sans papiers qui subissent les mauvais traitements de ses anciens employeurs. Il est question de meurtre et pour Kouplan, lui qui s'en est sorti, il est impossible de ne pas se sentir concerné. Toujours aussi empathique, il ne peut s'empêcher de s'impliquer pour tenter de les aider. 

S'en suit une enquête assez incroyable où chacun est mis à contribution pour tenter de démasquer les criminels tout en essayant d'éviter d'en subir les conséquences. Mais le danger est grand .... et chacun va risquer sa vie en suivant les plans de Kouplan. 

Outre cette enquête très particulière et passionnante, c'est le destin tragique des sans-papiers qui encore une fois est évoqué entre désespoir et résignation. Le trafic très lucratif dont ils font l'objet est largement dénoncé. 

En parallèle, Kouplan continue ses recherches personnelles et va croiser Victor qui tremble tous les jours pour sa sécurité et celle de sa famille. Il est pourchassé par un homme qui semble tout connaître de son passé et menace son équilibre encore précaire. Cette rencontre est particulièrement touchante. Certainement, le point d'orgue du roman.

L'auteur brosse une galerie de personnages avec beaucoup d'humanité, des marginaux, des laissés pour compte, des adeptes du parkour. 
Il aborde aussi très largement avec justesse et émotion la question de l'identité sexuelle, un sujet essentiel pour notre héros, de son impact sur les familles. 

Une belle réussite, un roman captivant qui alterne entre enquête, témoignage social et introspection personnelle.  La fin offre une jolie touche d'optimisme ! 

Un grand merci à Robert Laffont et La collection  La Bête Noire 

Mon appréciation📚📚📚📚

jeudi 27 décembre 2018

Mauvais genre




Auteur : Isabelle Villain
Editions : Taurnada





Hugo Nicollini est un garçon différent des autres gamins de son âge. Un père brutal. Une maman protectrice. Un soir, il est témoin d'une dispute entre ses parents. Une de plus. Une de trop. Cette fois-ci, sa mère succombera sous la violence des coups.
Vingt-trois ans plus tard, l'équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur la mort d'une jeune femme, sauvagement poignardée dans son appartement. Pas d'effraction. Pas de vol. Pas de traces de défense. L'entourage de la victime est passé au crible, et l'histoire du petit Hugo va refaire surface bien malgré lui.
Paru le 15 novembre 2018

Mon avis :

Un début de roman percutant, Hugo est un petit garçon assiste à un drame violent....
23 ans plus tard, Rebecca de Lost mène son équipe d'enquêteurs avec fermeté. Veuve quinquagénaire, c'est une femme au fort caractère dont la vie personnelle vacille entre hésitation et vulnérabilité. Son couple avec son collègue Tom n'est pas des plus facile, lui étant marié de son côté avec deux enfants, elle peine à lui faire une vraie place dans sa vie. 
Le mythique quai des orfèvres a déménagé dans les nouveaux locaux, et c'est là que plusieurs affaires aboutissent sur le bureau du commandant :
- une jeune kiné, Angélique, est assassinée dans son appartement
- des crimes odieux sont commis portant la signature d'un tueur en série censé être sous les verrous... "le tueur au marteau"

Entourée d'une équipe bien rodée qui fonctionne parfaitement avec ses caractères particuliers, ses forces et ses faiblesses, Rebecca se lance à corps perdu .dans des investigations complexes sans prêter attention aux lettres de menace qu'elle reçoit et l'on est vite embarqué dans cette histoire à la trame parfaitement échafaudée qui ménage suspense, fausses pistes et rebondissements. Il est question de violence, d'identité, de famille, de couple..... des thèmes forts et sensibles.

Un polar mené tambour battant, sans temps mort, avec de nombreuses surprises. L'écriture est minimaliste, sans fioriture. Les phrases sont courtes, concises et vont à l'essentiel. C'est direct, quasi sans description, rien n'est suggéré, tout est posé, énoncé. Cela donne un polar nerveux au rythme soutenu, d'un réalisme cru.

J'ai beaucoup aimé l'équilibre entre les enquêtes et la vie personnelle des personnages qui ont une vraie épaisseur et qu'on ne ménage pas, mais j'ai vraiment regretté, à ce propos, de ne pas avoir lu les deux précédents ouvrages de l'auteur. De nombreuses références y renvoient et j'ai eu l'impression, sans pour autant être gênée sur la trame même de l'intrigue, de louper une dimension plus intime avec chaque protagoniste...

La fin s'ouvre vers une suite directe, il reste des questions non résolues, impossible de ne pas avoir envie de plonger dans le prochain de la série !

Un grand merci aux Editions Taurnada et à Joël Maïssa 
pour cette jolie découverte : une lecture prenante sur des thèmes forts. .

Mon appréciation : 📚📚📚