Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....
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dimanche 7 mai 2023

Hoka Hey !






Auteur et Illustrateur: Neyef
Editions : Rue de Sèvres






Georges est un jeune Lakota élevé par le pasteur qui administre sa réserve. Acculturé, le jeune garçon oublie peu à peu ses racines et rêve d'un futur inspiré du modèle américain, en pleine expansion. Il va croiser la route de Little Knife, amérindien froid et violent à la recherche du meurtrier de sa mère. Accompagné de ses deux comparses, celui-ci arrache Georges à sa vie et l'embarque dans son périple.
Paru le 26 octobre 2022

Mon avis :

Georges est un jeune amérindien vivant dans une réserve, petit protégé d'un pasteur qui lui apprend à oublier sa culture et à connaître la bible sur le bout des doigts. Il rêve d'étudier à l'université et de devenir médecin.
Lors d'un pique-nique avec son mentor, trois cavaliers les surprennent, Sully un irlandais, No Moon une indienne masquée et  Little Knife à la recherche de son père. La rencontre est sanglante, le groupe est impitoyable, et pourtant ils décident de laisser la vie à l'enfant. Ils l'emmènent avec eux dans une expédition à haute tension, pleine de dangers : rencontres périlleuses, poursuites, bagarres, désillusions.... L'ouest est un pays sans concession où la mort attend tout un chacun au détour d'une piste...

Quelle excellente BD ! 
Un récit d'aventures palpitant et tellement plus encore. Il y a une alternance entre scènes violentes et moment plus intimes, sensibles. Chaque personnage est défini par une histoire douloureuse, et Georges vient réveiller leur humanité profondément enfouie. A leur contact, l'enfant va redécouvrir ses racines, en apprendre les traditions, comprendre ce que veut dire aimer et perdre quelqu'un, il va grandir, évoluer, se définir et comprendre les enjeux pour son peuple. 

Il y a une vraie réflexion sur l'identité, sur la profondeur des origines, sur le pouvoir de la transmission, sur le rapport de l'homme à la nature, sur la loyauté. C'est passionnant de bout en bout.
Les dessins sont superbes, entre paysages et expressions des visages, couleurs. précision des détails.

Un magnifique album profond, cruel, émouvant, d'un réalisme saisissant. Un petit chef d'œuvre ! 

Sur mon échelle : 

dimanche 16 avril 2023

La baguette et le miel





Auteur : Laura Abbou
Editions : Kaplume






2012. Alice, célibataire entêtée de 35 ans qui vit en France, découvre une mystérieuse enveloppe qui la pousse à aller voir de ses yeux l'endroit où son père Simon a passé plus d'un quart de sa vie : Oran. 1961. Après 25 ans passés aux portes du Sahara, Simon rejoint la belle Oran à la veille de l'indépendance de l'Algérie. Il y rencontre Aïcha, une femme prise entre un mariage arrangé dont elle ne veut pas, et son désir de liberté vers ce pays inconnu : la France.
Alors qu'Alice est à la recherche de son passé et qu'elle mène une véritable enquête, Aïcha poursuit ses rêves d'avenir... Chacune trouvera l'amour en chemin, mais à quel prix ? C'est l'histoire de deux femmes assoiffées de liberté que l'amour va réunir, à travers les époques et les pays.
Paru le 23 mars 2023

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚



mardi 21 mars 2023

Nous aurions pu être des princes


 

 Auteur : Anthony Veasna So
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique
Traduction :  Héloïse Esquié






À Stockton, Californie, les temples bouddhistes et les épiceries cambodgiennes ont fleuri depuis l'arrivée massive de familles ayant fui leur pays et le régime génocidaire des Khmers rouges. Dans cette ville entre Asie et Amérique, on croise ainsi des bonzes, de vieilles tantes intrusives et des adolescents mortifiés par l'ennui, tout un monde d'histoires passées sous silence, de désirs naissants, de tiraillements identitaires et sexuels, où l'avenir tente de se construire sur les fondations d'un traumatisme profond et en dépit du poids des traditions.
Paru le 8 février 2023

Mon avis : 
Je continue à découvrir peu à peu et à apprécier de plus en plus le genre de la nouvelle grâce avant tout à la collection Terres d'Amérique.

"Nous aurions pu être des princes" est un recueil de neuf nouvelles écrites par Anthony Veasna So, disparu bien trop tôt. Neuf nouvelles originales, d'une écriture résolument moderne et qui parfois se font échos par le biais de personnages récurrents.

Stockton est une petite ville des Etats-Unis où nombre de Khmers se sont réfugiés pendant le génocide à la fin des années 70. A travers les différents récits, l'auteur raconte une communauté solidaire et surtout la difficulté pour les jeunes générations, hétéros ou gays, à s'affranchir du douloureux passé de leurs parents, à exister par et pour eux-mêmes sans pour autant renier leurs origines. 
Qu'est-ce que veut dire être un jeune Khmer au XXIe siècle au cœur de l'Amérique ? Entre désir de liberté, carcan des traditions, poids de l'Histoire, il faut parvenir à trouver sa propre identité tout en ménageant les anciens, un chemin d'équilibriste souvent douloureux...

Neuf nouvelles marquantes, émouvantes, neuf petits morceaux de vie, "Le garage" étant ma préférée pour la prise de conscience finale du personnage central particulièrement réussie.
Un beau recueil sensible, intelligent, très réaliste et la seule trace laissée par un jeune auteur très prometteur dont ce sera l'unique œuvre.


Sur mon échelle : 📚📚📚📚 

samedi 6 août 2022

Les disparus de Pukatapu










Auteur : Patrice Guirao
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Pukatapu, c'est un paradis de sable blanc, de corail et de cocotiers perdu dans le Pacifique, à des milliers de kilomètres de Tahiti. Le long de ses eaux turquoise, une poignée de maisons colorées abritent quinze hommes, neuf femmes et, étrangement, pas un seul enfant.
Lilith, photographe, et Maema, journaliste à La Dépêche de Papeete, y effectuent un reportage sur les conséquences du réchauffement climatique. Elles croient avoir trouvé l'éden, jusqu'au jour où, sur la plage, Lilith découvre une petite main coupée.
Mais sur l'îlot, nulle trace d'un cadavre et personne ne manque à l'appel...
Paru le 13 février 2020


Mon avis : A venir





Sur mon échelle




dimanche 12 septembre 2021

Celui qui est né deux fois - intégrale







Auteur : Derib
Editions : Le Lombard




Redécouvrez la grande saga indienne de Derib, qui retrace le funeste destin de la nation Sioux à travers celui de Pluie d’Orage. Devenu homme-médecine à la suite de sa rencontre avec les esprits, le jeune Lakota guide les siens sur le chemin de la spiritualité. Mais toute sa sagesse ne pourra rien contre la fatalité de leur rencontre avec l’homme blanc. Heureusement, si la chair est éphémère, l’esprit peut, lui, connaître une seconde naissance vers l’éternité. Et ce livre en est une preuve.
Paru le 11 juin 2021

Mon avis :

Quel bonheur de trouver cette magnifique intégrale pour remplacer de vieilles éditions prêtées et jamais rendues ! Un indispensable pour moi dans ma Bédéthèque. 

C'est dans cette trilogie ( 1 - Pluie d'orage - 2 - La danse du soleil - 3 - L'arbre de vie ) que Derib raconte la vie de Pluie d'orage depuis sa naissance jusqu'à sa mort et à travers lui, l'histoire du peuple Sioux.
Le récit passionnant raconte une vie mais aussi le quotidien d'un peuple, ses traditions, ses croyances, sa connexion à la nature et l'importance de la transmission entre générations. Il y a la petite enfance, les guerres entre tribus, les deuils, l'initiation auprès de l'extraordinaire Ours qui court vite (quel personnage marquant !) et l'arrivée de l'Homme blanc. 
 
Les dessins sont superbes : visages burinés, regards expressifs, mouvements, précision des détails  et paysages où les animaux s'ébattent et les saisons se déclinent... dans une mise en page extrêmement dynamique grâce à l'organisation très libre des vignettes et les pleines pages magnifiques. 
C'est plein de poésie et de cruauté, c'est dur et c'est beau... 

Un plus de cette intégrale, un cahier graphique de planches crayonnées ou en couleur en fin d'album et la très touchante préface du fils de l'auteur.

Un album coup de cœur que je ne me lasse pas de relire ♥

Sur mon échelle

lundi 21 juin 2021

Kamik : Chasseur au harpon







Auteur : Markoosie Patsauq
Editions : dépaysage
Traduction : Valérie Henitiuk et Marc-Antoine Mahieu




Quelque part au nord du monde. Le froid, la faim. Un campement attaqué, des chiens éventrés. Un ours devenu fou. L'expédition punitive tourne mal, le sang rougit la banquise. Un jeune chasseur armé d'un simple harpon se retrouve seul à suivre les traces du redoutable carnassier. Mais en vérité, qui traque qui ?
Rédigé dans une langue sobre et efficace, Kamik est l'histoire cruelle de cette chasse au long cours, à la fois haletant récit d'aventures et quête initiatique. C'est aussi le tout premier roman écrit par un Inuit du Canada, un geste d'une portée historique et sociale considérable. Traduit fidèlement depuis l'inuktitut, Kamik est un classique de la littérature autochtone nord-américaine.
Paru le 15 janvier 2021


Mon avis :

Lorsqu'un ours blanc furieux attaque le campement où vivent Kamik et sa famille, il est décidé de le poursuivre pour l'abattre sans quoi son retour serait inévitable. Les hommes s'équipent et se lancent sur sa piste. Pour Kamik c'est le baptême du feu, il est avide d'exploit et compte prouver sa valeur de chasseur. Mais l'ours ne sera pas si facile à abattre, chiens et hommes meurent les uns après les autres...  et  Kamik vit une aventure dramatique, éprouvante dans sa chair et dans son âme.

Ecrit au présent, dans un style direct, sans fioritures, ce roman est un joli récit-hommage efficace et saisissant sur la vie rude dans les contrées du grand froid. Y sont décrites les traditions de la pêche, de la chasse à l'ours blanc avec de simples harpons, de la construction des iglous, mais aussi la cohésion d'un peuple qui sait s'entraider pour survivre. 

Des annexes précieuse, préface, quelques pages à propos de la traduction (quel travail de précision !) et mot de l'auteur recontextualisent le récit et lui donne une dimension particulière. L'auteur a compilé des histoires racontées par les parents et les aïeux, de celles qu'on se transmet à la veillée le soir, pour en faire un roman. Premier écrit inuit, c'est une sauvegarde précieuse que d'avoir couché par écrit ces récits de la tradition orale appelés à disparaitre, témoignage d'un mode de vie d'un autre temps... il en ressort  quelque chose d'émouvant et d'un peu sacré...
C'est un plaisir d'avoir entre les mains un ouvrage des Editions dépaysage, j'aime beaucoup les couvertures avec une vraie identité et surtout le confort de lecture qu'offrent la qualité du papier et la mise en page. Le prochain est déjà commandé !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 10 janvier 2021

Ama Le souffle des femmes

 







Scénario : Franck Manguin
Dessin : Cécile Becq
Editions : Sarbacane






Japon, fin des années 1960. Nagisa, jeune citadine tokyoïte aux manières policées et pudiques, débarque avec son paquetage sur Hegura, petite île de pêcheurs reculée. Là, elle est adoptée par Isoé, la cheffe de la communauté des « Ama » qui gouverne l'île. Les Ama, ces « femmes de la mer » brutes, fortes et sauvages qui plongent en apnée, nues, pour pêcher des coquillages...
Paru le 27 mai 2020



Mon avis :

Une superbe BD qui s'articule en 4 temps pour raconter l'histoire de Nagisa et à travers elle, celle des "Ama", ces femmes japonaises au métier si particulier.

Eté 1962, Nagisa arrive chez sa tante Isoé et son mari Goro. Sa venue n'est pas simple, il faut digérer un événement personnel douloureux et passer outre des rancœurs entre sœurs....
La jeune femme timide et pudique découvre la vie intrépide de ces femmes plongeuses en apnée, pêcheuses d'ormeaux qui vivent nues. Emancipées, aventureuses, fortes, admirées, elles sont bien loin de tout ce que Nagisa avait connu jusqu'alors. Elle intègre très vite leur rang, surmonte ses appréhensions, ses réserves et apprend les différentes techniques du métier.

Automne 1966, hiver 1968, printemps 2003, le vie de Nagisa s'égrène en parallèle de celle des "Ama",  son regard, son histoire intime devient le témoignage d'une tradition ancestrale qui semble vouée irrémédiablement à disparaître peu à peu avec l'arrivée du "progrès". 
Quelle jolie façon de raconter de l'intérieur ces femmes libres et farouches, entre découverte, apprentissage et obligations  ! 
Farouchement attachée à son statut de célibataire, Nagisa devra faire ses propres choix...

Les très beaux dessins tout en nuances de bleu, gris, blanc, beige, noir servent admirablement cette superbe histoire.  C'est à la fois rude mais plein de poésie, drôle, émouvant, on y découvre tout un monde insoupçonné, ses codes et sa difficulté à perdurer. Les personnages sont vivants et expressifs et les couleurs donnent un ton un brin nostalgique, comme un film sépia teinté océan.

Une très jolie découverte et je remercie vivement Babelio et les éditions Sarbacane 
pour l'envoi de cet album très réussi tant dans la forme que le fond.

Mon appréciation : 📚📚📚📚

samedi 9 novembre 2019

Des hommes dans la forêt




Auteur : André Valery
Editions : Cairn



Qui, en dehors d un petit monde clos, connaît, en France, nos forestiers ? André Valéry, qui fut l un d eux pendant une quarantaine d années, raconte, dans un roman passionnant qu il a situé dans les Pyrénées où il s est retiré, ce qu était la vie de ces hommes rudes dans les années 50. Au coeur de la grande hêtraie, coiffée au ras des pâturages par la futaie de sapin, travaillaient alors ceux qui ont donné à la forêt montagnarde son aspect actuel. Ingénieurs et gardes des Eaux et Forêts, exploitants forestiers, bûcherons et câblistes, parfois français, souvent immigrés, muletiers, scieurs, tous l ont modelée, avec leurs cerveaux, leurs bras et leurs coeurs. S ils ont peiné en forêt, s ils y ont parfois laissé leur vie ou leur santé, ils y ont aussi vécu pleinement leur existence d hommes, avec des joies, des plaisirs, des amitiés, des jalousies et aussi des haines exacerbées par le danger permanent qui pèse sur ces professions à haut risque. Les tensions qui régnaient au sein de ces groupes d hommes débouchaient parfois sur des drames, comme celui qui scella le destin de Mayalène, la trop jolie petite Basquaise.
Paru le 3 juin 2019

Mon avis :

En tout premier lieu, je tiens à remercier Babelio et les Editions Cairn pour l'envoi de ce livre. Je n'en avais jamais entendu parler mais le titre et le sujet m'ont immédiatement tentée.... Et je ne regrette pas du tout de l'avoir coché dans mes choix.

Ce livre est un bien joli mélange entre témoignage sur la vie de toute une filière forestière dans les années 50 au cœur du massif pyrénéen et roman rural, policier. 
On y suit Lagarrigue, directeur des exploitations forestières de la Sopabor qui souhaite acquérir une coupe de bois de la forêt de Bagoyar en plein pays basque. Ce qui pourrait n'être qu'une simple tractation commerciale s'avère terriblement complexe.
Cette coupe devient un véritable enjeu entre deux camps et ravive vieilles querelles et rancœurs. Lagarrigue aura fort à faire pour déjouer ses adversaires qui ne reculent devant rien : tractations, malversations et même meurtres....

Le récit est très classique,  mais vraiment envoûtant. 
Il s'en dégage un souffle romanesque amené par des personnages particulièrement attachants, Lagarrigue en tête, à la moralité chevillée au corps, une belle âme qui aime son travail et qui par son intelligence et sa perspicacité va comprendre et déjouer nombres de pièges, la belle Mayalène ensorcelante, un brin ingénue qui ne mesure pas son pouvoir, et toute une galerie de personnages pittoresques que l'on admire ou l'on déteste tour à tour... 
Et c'est aussi un vrai témoignage sur la vie quotidienne des forestiers et d'un petit village basque. L'auteur nous raconte les traditions d'un terroir avec des expressions du cru, des instants de vie au cœur de la montagne et il rend un véritable hommage au métier du bois. Toutes les étapes depuis le choix de la coupe, la vente aux enchères à l'envers (une vraie découverte pour moi !), le travail des câblistes.... etc....sont décrites avec minutie et racontent l'atmosphère bon enfant sur le terrain, les amitiés viriles, la confiance que l'on s'accorde lors des moments périlleux, le mélange des nationalités, la reconnaissance du savoir faire..etc....  Je ne me suis ennuyée à aucun moment et j'ai appris une foule de choses que je ne soupçonnais pas, une lecture prenante et même passionnante à certains moments... J'ai beaucoup aimé la plume académique, travaillée, parfois poétique qui servait parfaitement le récit.

Un gros bémol cependant, le titre des chapitres ! Personnellement, j'étais tout autant emportée par le côté documenté du récit que par le côté romanesque et j'avoue que d'arriver sur un nouveau chapitre qui annonce la mort d'un personnage dans son titre m'a quelque peu coupé mon plaisir de lecture à plusieurs reprises, je déteste tellement savoir à l'avance ce qui va arriver....J'ai pesté à chaque fois ! 

Malgré ce bémol, ce roman reste un joli moment de lecture.

Mon appréciation : 📚📚📚,



vendredi 30 août 2019

Taqawan





Auteur : Eric Plamondon
Editions : le livre de poche




« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. » 11 juin 1981. Trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source… Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.
Paru le 27 février 2019

Mon avis :

Si vous me suivez un peu, vous n'êtes pas sans savoir à quel point j'aime le concept le poche du mois du Picabo River Book Club.  Une fois encore, j'ai fait une superbe découverte avec cette nouvelle lecture, sombre violente et passionnante !

Le 11 juin 1981, les policiers québécois investissent la réserve de Restigouche des Indiens mi'gmaq avec force et brutalité. L'enjeu : confisquer les filets de pêche dont ils se servent pour survivre. C'est un véritable choc culturel entre des traditions ancestrales et des réglementations politiques avant tout... Se joue ce jour-là un bras de fer pour asseoir la souveraineté du Québec et ses velléités d'indépendance...mais la révolte gronde et la crise prend de l'ampleur .
 Quatre  personnages totalement disparates, pas toujours d'accord, vont être emportés dans le tourbillon de cette "guerre du saumon" : Yves Leclerc, garde-chasse démissionnaire devant la violence des forces gouvernementales, Caroline jeune enseignante française et William un vieil indien solitaire se rassemblent autour d'Océane, jeune mi'gmaq violentée par des policiers. Ils vont se trouver en butte avec ses agresseurs qui se sentent intouchables de par leur fonction.

Tout comme les saumons Taqawan qui remontent à la source, l'auteur remonte le temps et nous "raconte" l'Histoire à travers des chapitres très courts sur les légendes, sur la colonisation, sur la politique, sur la société qui s'insèrent dans le récit et lui donne une dimension supplémentaire. La construction éclatée du roman est à la fois très originale et extrêmement maîtrisée. Le livre sort des sentiers battus, tantôt polar avec une poursuite effrénée et des morts, tantôt récit naturaliste, tantôt pamphlet politique, tantôt traité anthropologique, il est inclassable mais rassemble toutes ces dimensions pour offrir aux lecteurs un roman passionnant  qui dévoile les contradictions du Québec.

Mon avis📚📚📚📚




mercredi 21 août 2019

Ici n'est plus ici




Auteur : Tommy Orange
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique



À Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d'une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d'une culture que l'Amérique a bien failli engloutir. À l'occasion d'un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l'expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.
Débordant de rage et de poésie, ce premier roman, en cours de traduction dans plus d'une vingtaine de langues, impose une nouvelle voix saisissante, véritable révélation littéraire aux États-Unis. Macadam Indian a été consacré « Meilleur roman de l'année » par l'ensemble de la presse américaine. Finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award, il a reçu plusieurs récompenses prestigieuses dont le PEN/Hemingway Award.
Paru le 21 août 2019

Mon avis

Tout d'abord je tiens à remercier vivement le #PicaboRiverBookClub et plus particulièrement Léa ainsi que les Editions Albin Michel  et leur superbe collection Terres d'Amérique pour cette belle découverte...
Si dans un premier temps j'ai été un peu déstabilisée par la construction du roman, j'ai été très vite emportée par cette-ces histoire(s) aux multiples ramifications... Une superbe lecture !

Le roman s'ouvre sur un prologue à la première personne du pluriel, voix porte-parole dont le chapitre Entracte en milieu d'ouvrage sera le miroir, retraçant le destin des autochtones d'Amérique dans le temps et dans l'espace, prologue essentiel qui pose le socle de toute la narration. Les Indiens ne sont plus seulement ceux de l'imaginaire populaire, cantonnés dans des réserves, ils ont investi les villes, se sont adaptés à ces nouveaux milieux de vie mais cependant leur histoire passée leur colle à la peau...

 "Nous sommes l'ensemble des souvenirs que nous avons oubliés qui vivent en nous, que nous sentons, qui nous font chanter et danser et prier comme nous le faisons, des sentiments tirés de souvenirs qui se réveillent ou éclosent sans crier gare dans nos vie [....]" p.17

12 voix prennent ensuite le relais tour à tour,  12 personnages singuliers : Tony Loneman, Dene Oxendene, Opale Viola Victoria Bear Shield, Edwin Black, Bill Davis, Calvin Johnson, Jacquie Red Feather, Orvil Red Feather, Octavio Gomez, Daniel Gonzales, Blue, Thomas Frank qui n'ont à première vue rien à voir ensemble si ce n'est leur appartenance au peuple indien des villes. Les chapitres sont dédiés à chacun d'eux, s'entrecroisent et quel plaisir de voir se tendre peu à peu les fils qui rattachent tous ces protagonistes, comprendre ce qui les relie, et les suivre vers le grand jour du pow-wow à Oakland où ils ont tous rendez-vous avec leur destin ! 

Aucun d'entre eux n'est heureux, tous sont englués qui dans la misère, qui dans la solitude, qui dans une quête fondamentale.... on y trouve la colère, le désespoir, l'espoir aussi.. et  le poids de l'héritage, l'appartenance, les traditions, il y est question de racisme, de se fondre dans la société, dans sa propre famille, il y a le métissage et le mélange des cultures, il y a l'Histoire.... il y est aussi question des racines profondément ancrées en chacun dont on ne peut se défaire,  d'une jeunesse paumée qui cherche à se définir ...

Chaque personnage est extrêmement dense, réaliste, saisissant..  certains inoubliables...

Et quelle belle plume ! Le récit est vivant, les dialogues authentiques et j'ai relevé nombre de passages superbement écrits avec sensibilité, émotion et une telle justesse, sur la filiation, sur les origines, sur le mal de vivre, sur les dérives de l'assimilation.
Je pense en particulier au premier chapitre sur Thomas Frank qui sonne comme une incantation ... tout simplement magnifique ! Et que dire de l'incroyable scène finale..... à couper le souffle !

12 vies, 12 personnages qui vont se croiser dans ce grand pow-wow de l’Oakland où le destin va une fois de plus rejouer une partition connue sur fond de battements de tambours...

Un drame passionnant, violent, émouvant, poétique, sombre, un patchwork fascinant de vies d'indiens des villes, et dont ces quelques mots prolongent le si beau titre :

" Etre Indien en Amérique n'a jamais consisté à retrouver notre terre. Notre terre est partout ou nulle part. " (p.19)


Mon appréciation📚📚📚📚,


dimanche 14 avril 2019

Jeu blanc





Auteur : Richard Wagamese
Editions : Zoé et 10/18




Le poignant récit initiatique d'un garçon amérindien dans un Canada discriminatoire.

Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, rythmée par les légendes ojibwées, la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d'effacer en lui toute trace d'indianité. C'est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970, même au sein du sport national.
Paru en broché le 7 septembre 2017
en poche le 3 janvier 2019

Mon avis

Un livre envoûtant, émouvant... Quelle superbe plume !
J'aime déjà tout particulièrement l'univers des indiens, cette osmose avec la nature, cette philosophie de vie. C'est donc avec un grand bonheur que je me suis plongée dans cette lecture.

Un récit, celui de Horse Indien, en centre de désintoxication, celui de sa vie morcelée...
Tout d'abord son enfance dans une famille déchirée entre la culture traditionnelle portée par une grand-mère incroyable (quel personnage !) et l'emprise des blancs que les parents ont plus ou moins acceptée. Il y a des passages magnifiques et douloureux sur le déchirement des familles, sur la disparition des enfants, sur les désaccords autour d'un corps lorsque les croyances et la culture se délitent... Dans ses souvenirs on sent déjà la perversion qui gangrène son peuple autour des parents, de la boisson...

Et puis c'est le temps de l'école.... effroyable, hors du temps, qui lave les cerveaux et les âmes...  Tant de moments d'une violence inouïe qui frappent d'autant plus qu'ils sont racontés dépouillés de toute emphase, de tout pathos, en toute simplicité... Je reste hantée par ces petites silhouettes juste esquissées qui ont disparues, victimes des pires sévices...

Dans toute cette noirceur, Saul se réfugie dans le sport, rédempteur, qui l'aide à oublier l'horreur et à s'oublier, à se surpasser, à donner sens à sa vie....
Quel tour de force magistral d'avoir su m'emporter sur un tel sujet qui se situe bien loin de mes intérêts personnels...je ne suis adepte d'aucun sport d'équipe, je ne regarde aucun match de quelque sport que ce soit et là....
J'ai aimé chaque ligne sur le hockey, cette façon de raconter la découverte, les sensations, les odeurs, l'adrénaline et cette faculté incroyable, l'intelligence du temps et de l'espace qui porte le sport au rang d'Art...Magnifiques lignes sur l'instinct, sur le dépassement de soi, sur l'accomplissement.... 
Mais très vite, Saul, malgré son indéniable talent, est confronté au racisme primaire, odieux.... inacceptable...

Coupé dans son élan, Saul va se perdre et chercher à se retrouver. Quelques belles rencontres l'aideront mais son cheminement intime sera long et douloureux, jusqu'à l'acceptation des non-dits ...  Quel personnage émouvant, terriblement émouvant et attachant !

J'ai adoré cette lecture dans toutes ses dimensions, le fonds, le deuil, l'appartenance, le racisme, les blessures d'enfance comme la forme, d'une poésie envoûtante, d'une élégance dans le propos, d'une justesse dans les sentiments qui offre des lignes d'une profonde beauté.


Merci au #PicaboRiverBookClub pour cette belle découverte, 
je me répète mais j'adore ce principe du poche du mois ♥

Mon appréciation📚📚📚📚

mardi 6 mars 2018

Chaman



Auteur : Maxence Fermine
Editions : Michel Lafon





" Le jour où Richard Adam comprit qu'il n'avait qu'une vie, il n'avait jamais été si proche du ciel. " 
Charpentier sur les immenses tours d'acier de Duluth, dans le nord des États-Unis, Richard Adam n'a jamais oublié le sang indien qui coule dans ses veines. Mais le retour sur sa terre natale pour enterrer sa mère va le plonger dans un monde dont il n'aurait jamais soupçonné l'existence.
Paru le 12 octobre 2017


Mon avis :

Richard est un personnage bourru, abrupt, taiseux, totalement asocial, qui ne trouve la paix que seul au milieu de la nature  et dont les seules attaches affectives se résument à sa mère. A la mort de celle-ci, il se sent une obligation, un devoir filial de satisfaire ses dernières volontés , à savoir répandre ses cendres dans son village d'origine.
Il va prendre un congé et partir dans la réserve Sioux qu'elle avait du quitter lorsqu'elle avait choisi de suivre un homme blanc. Il va y rencontrer une famille qu'il ne soupçonnait pas, la lumineuse Olowan et sa grande tribu dans laquelle il va étonnamment se sentir vivant, intégré.... Il va également découvrir des traditions qui vont trouver une vraie résonance en lui et profondément l'ébranler ... Et puis il y a Winona, libre, troublante...

C'est une histoire courte mais puissante, pleine d'une belle humanité, avec de très belles pages sur la nature, la communion avec la terre, avec les éléments...
Il y est aussi question de la culture indienne qui tente de perdurer malgré tous les maux qui la gangrène : l'alcool, les drogues.... le tableau dressé reste sombre, peu de choix s'offrent aux amérindiens et les destins sont tragiques...

Ce voyage va bouleverser totalement Richard qui va puiser en fond de ses racines ancestrales la force de choisir son chemin , une fin superbe qui laisse planer un doute que chacun pourra interpréter à son gré et où destin et légende se rejoignent....

Ma notation : 4,25/5