Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....
Affichage des articles dont le libellé est Thriller. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Thriller. Afficher tous les articles

jeudi 11 avril 2024

La première sœur




Auteur : Will Dean
Editions : Belfond
Traduction : Laurent Bury



La première-née meurt en premier.
Les sœurs Raven sont les deux faces d'une même pièce. L'aînée de quelques minutes, Katie est la face lumineuse, drôle, extravertie. Sa jumelle Molly, physiquement identique, est tout le contraire : agoraphobe, elle vit recluse dans un studio londonien dont elle ne sort qu'après avoir pris mille précautions. De son côté, Katie, aventurière, a rejoint New York pour y finir ses études. Mais le jour où son corps est retrouvé près de Central Park, la vie de Molly se brise net.

Qui pour assassiner sa sœur si charmante et parfaite ? Comment accepter d'être celle qui reste ? Comment tenir sans sa moitié, sa complice, son indéfectible alliée ?
Afin de comprendre ce qui est arrivé à Katie, Molly se lance dans un véritable combat contre elle-même pour rejoindre la cité tentaculaire... et découvrir les nombreux visages que lui cachait celle qu'elle pensait connaître mieux qu'elle-même.

Paru le 22 février 2024


Mon avis :

D'un tempérament particulièrement anxieux, Molly vit à Londres dans un studio qu'elle a bien du mal à quitter... Mais lorsque qu'elle apprend que sa sœur jumelle Katie est morte, certainement assassinée, elle doit se faire violence, surmonter toutes ses phobies pour prendre l'avion et rejoindre sa famille à New-York.
Comment cela a t-il pu arriver à cette sœur si sociable, si lumineuse ?
Molly va faire alors un gros travail d'introspection pour démêler ses relations si fusionnelle avec sa moitié tellement différente de caractère et enquêter pour tenter de comprendre ce qui s'est réellement passé.

Le thème de la gémellité est exploré de l'intérieur, c'est très intéressant de voir s'articuler ces relations si complexes et leur évolution dans le temps. Le récit est très vivant, les chapitres courts s'enchainent et nous amènent un lot de surprises et de rebondissements inattendus. 

Molly est un personnage attachant et parfois surprenant. Entre angoisse et dépassement de soi, elle entraîne le lecteur à sa suite dans un périple intime et douloureux. L'ombre de Kate est prégnante, son charisme transparait à chaque page et les antagonismes profonds entre les deux jeunes femmes d'apparence si semblables se dévoilent peu à peu... Retracer le parcours de Kate, comprendre, tenter de faire la lumière sur les événements deviennent la priorité de Molly.

Un récit très efficace, rythmé, entre suspense, psychologie, enquête, une fin imprévisible, un très bon thriller qu'on a du mal à lâcher.

Merci Babelio et les éditions Belfond


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

mercredi 8 février 2023

La femme de ménage




Auteur : Freida McFadden
Editions : City Editions
Traduction : Karine Forestier




Chaque jour, Millie fait le ménage dans la belle maison des Winchester, une riche famille new-yorkaise. Elle récupère aussi leur fille à l'école et prépare les repas avant d'aller se coucher dans sa chambre, au grenier. Pour la jeune femme, ce nouveau travail est une chance inespérée. L'occasion de repartir de zéro. Mais, sous des dehors respectables, sa patronne se montre de plus en plus instable et toxique. Et puis il y a aussi cette rumeur dérangeante qui court dans le quartier : madame Winchester aurait tenté de noyer sa fille il y a quelques années. Heureusement, le gentil et séduisant monsieur Winchester est là pour rendre la situation supportable. Mais le danger se tapit parfois sous des apparences trompeuses. Et lorsque Millie découvre que la porte de sa chambre mansardée ne ferme que de l'extérieur, il est peut-être déjà trop tard...
Paru le 4 janvier 2023


Mon avis :

Attention, roman captivant ! Une fois ouvert, il est impossible de le refermer... Je l'ai dévoré sans voir le temps passer.

Après un court prologue intrigant qui suggère un drame, le lecteur est ramené trois mois plus tôt.
Millie sort de prison, elle est désormais en liberté conditionnelle mais vient de perdre son travail puis son logement. Elle vit désormais dans sa voiture et doit retrouver impérativement un emploi sous peine de retourner derrière les barreaux.
Lorsqu'elle décroche un entretien pour un emploi de femme de ménage dans une belle demeure d'un quartier huppé, c'est sans grande illusion qu'elle rencontre la maîtresse de maison, Nina Winchester. Et contre toute attente, elle est embauchée. 
Sa chance semble avoir tourné : un job de rêve dans une maison prestigieuse, des patrons sympathiques, un jardinier italien sexy, logée et nourrie en plus d'un salaire inespéré... Que demander de plus !

Mais bien vite, la belle vitrine se fissure, Nina se révèle être une patronne capricieuse, son comportement instable et parfois agressif, sa jalousie imprévisible mettent Millie dans une réelle insécurité. L'enfant du couple, la petite Ceceelia est une véritable peste et ne lui facilite pas la tâche. Et pourquoi est-elle logée sous les toits, dans une chambre placard qui ne ferme que de l'extérieur ? Pourquoi le bel Enzo semble vouloir la prévenir d'un danger ?  Heureusement, Monsieur Winchester est là pour la soutenir. Cet homme est une perle, beau comme un dieu, gentil, patient, empathique, c'est un précieux allier mais il ne sait tenir tête à sa femme..

Mais quel bouquin ! Un quasi huis-clos, des personnages complexes, un suspense crescendo et parfaitement dosé, une atmosphère angoissante, une construction machiavélique avec un basculement de point de vue particulièrement réussi. C'est absolument captivant, intelligent, tout est millimétré, chaque détail prend sens, chaque révélation arrive à point nommé, le passé de Millie, les problèmes de Nina... Le lecteur est baladé de bout en bout, du grand art ! 

Une excellente lecture, passionnante jusqu'à la dernière page.


Sur mon échelle : 📚📚📚📚 ++

jeudi 14 avril 2022

Le silence des repentis

 


Auteur : Kimi Cunningham Grant
Editions : Buchet Chastel
Traduction : Alice Delarbre






Cooper et sa fille de 8 ans, Finch, vivent coupés du monde dans une cabane au nord des Appalaches. La petite fille a grandi au milieu des livres et de la forêt, respectant les dures règles de la vie sauvage. En grandissant, elle cherche à repousser les limites de leur isolement, à s'aventurer plus loin en forêt et commence à s'interroger sur le monde extérieur. Mais Cooper est hanté par les démons qui l'ont poussé à fuir, un passé qui le ronge et qu'il ne peut en aucun cas partager avec sa fille. Dans le silence de la forêt, leurs seuls compagnons sont un étrange "voisin" du nom de Scotland, dont l'omniprésence bienveillante ressemble curieusement à une menace, et Jake, un vieil ami de Cooper qui leur apporte des vivres à chaque hiver. Sauf que cette année, Jake ne vient pas. Ce refuge qui les abrite depuis des années sera-t-il leur sanctuaire ? 
Paru le 31 mars 2022

Mon avis :
Je savais d'avance que ce livre allait me plaire, le titre, le résumé, le thème, la couverture, tout m'attirait  et c'est au final un joli coup de cœur !

Cooper vit loin de tout au milieu d'une forêt dans la cabane en bois de son ami Jack qui le visite une fois l'an pour l'approvisionner. Il y élève seul sa fille Finch âgée de huit ans. Cette vie solitaire s'égrène au rythme de la nature sauvage, couper du bois, chasser, pêcher. Mais le père veille aussi à l'éducation culturelle de la fillette et l'entoure de livres qui lui ouvrent de nouveaux horizons. Le quotidien est organisé et l'extrême vigilance du père semble très vite suspecte...

Lorsque Jack ne vient pas à son rendez-vous annuel, tout est bousculé ! Et quand de surcroit, un individu s'aventure à plusieurs reprises autour de leur maisonnette, le danger devient tangible...

Quelle chouette lecture ! 
Tout d'abord pour les personnages terriblement attachants :
Cooper : il traîne une histoire douloureuse, a des choses à se reprocher et son introspection, ses cas de conscience sont passionnants.
Finch : adorable gamine qui a grandi loin de tout en véritable osmose avec la nature mais que la curiosité du monde extérieur titille de plus en plus. Quelle jolie relation entre le père et la fille ! 
Jack : l'ami envers et contre tout, le lien si particulier qui perdure d'une vie à l'autre.
Sans oublier les autres : l'énigmatique et inquiétant voisin Scotland, la touchante Marie.

Puis il y a l'histoire  racontée à la première personne, celle de Cooper. C'est captivant de bout en bout. Il y a le présent en huis clos plein d'émotions, de tendresse, de tensions, de suspense, de panique, de questions et puis il y a le passé qui revient par vague pour dévoiler à chaque fois un petit morceau d'une vie antérieure où se sont  nouées tant de choses. 

Une lecture impossible à lâcher une fois commencée, j'ai eu tant d'empathie pour Cooper et Finch et puis il y a le dénouement tellement inattendu où certains vont se révéler... Une belle réussite !
La toute fin et l'épilogue ne sont pas dépourvus de quelques flous et raccourcis mais le changement de point de vue est judicieux et bienvenu. 

Une lecture que je n'oublierai pas de sitôt !

Sur mon échelle

mardi 8 février 2022

Le carnet des rancunes






Auteur : Jacques Expert
Editions : Calman-Lévy





Depuis vingt ans, Sébastien Desmichelles note soigneusement dans un petit carnet rouge chaque offense, chaque affront, chaque blessure qu’on lui inflige. Il l’appelle son « Carnet des rancunes ».
Collègues, voisins, amis, famille, personne ne le sait, mais personne n’échappe à sa liste. Un jour, chacun sera puni selon ce qu’il mérite.

Aujourd’hui est l’anniversaire des 50 ans de Sébastien. L’heure de la vengeance a sonné. Pour l’homme qui lui a fait le plus de mal, il a prévu un châtiment exemplaire : la mort.
Ce soir, il ouvrira son Carnet des rancunes…
Paru le 2 février 2022

Mon avis :

Sébastien a 50 ans, depuis des années il note sur son petit carnet bordeaux toutes ses rancunes tenaces dont il ne peut se défaire avec à chaque fois une petite fiche sur ceux qui l'ont blessé.
C'est pour lui le moment de leur rendre la monnaie de leurs pièces, un à un jusqu'au dernier, celui qui a commis l'impardonnable, celui qui doit mourir... 

Des chapitres courts, une narration à la première personne, des vengeances élaborées, savourées au départ seul puis avec sa compagne Dominique dont il est follement amoureux, qui le comprend, le soutient, l'accompagne... le rythme est soutenu.

Des petites histoires sordides se succèdent, certaines anecdotiques, d'autres plus mémorables  : blessures d'amour-propre, trahison, arnaques... que Sébastien reprend et répare avec un machiavélisme fou. 
C'est difficile de reposer ce roman, c'est un vrai page-turner, chaque plan est minutieusement préparé et en fil rouge faisant monter la tension, Sébastien tourmente crescendo celui qui doit clore sa liste. C'est d'ailleurs le seul autre protagoniste dont on aura le point de vue. Entre eux, le combat sera acharné et l'auteur ménage un vrai suspense supplémentaire en ne révélant pas ce qui lui est reproché, difficile de résister à l'envie de savoir...

Au fil des pages, on sent confusément que quelque chose va se gripper, les dialogues semblent parfois (souvent) surjoués, la sincérité parait douteuse, et pourtant la fin est totalement inattendue, on pense à beaucoup de choses mais certainement pas à ça ! Chapeau pour la surprise ! 

Mon petit bémol : l'écriture un peu trop simple et directe, j'aime les plumes plus denses, mais ceci dit, ce fut une bonne lecture ! 
C'était ma première lecture de Jacques Expert, j'y reviendrai très certainement.


Sur mon échelle : 📚📚📚

vendredi 2 juillet 2021

Patiente

 




Auteur : Vincent Ortis
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire





La vérité se trouvait dans mon cerveau, mais je n'y avais pas accès.
Toute la période qui précédait et suivait le suicide de ma fille avait disparu de ma mémoire. La cause en était le choc émotionnel. Or depuis peu, le coffre-fort dans mon cerveau se déverrouillait lentement. J'avais des flashs. Et avec eux surgissaient des questions qui m'épouvantaient. Ces visions, contradictoires comme de faux souvenirs, étaient-elles la conséquence de mon nouveau traitement, mêlant hypnose et médicaments ? Ou est-ce que je cachais au plus profond de moi des secrets intolérables ?
Paru le 3 juin 2021

Mon avis :

J'avais beaucoup aimé le livre précédant de l'auteur, grand prix des enquêteurs 2019 et c'est avec impatience que j'attendais ce nouveau polar. Sitôt reçu sitôt commencé, je l'ai avalé dans la journée, un roman captivant de bout en bout.

Lucas Saunier est médecin, propriétaire d'une clinique à Nice. Sa vie est dévastée depuis que sa fille unique Chloé s'est suicidée à 14 ans, il y a déjà 6 ans de ça. Après toutes ces années, il a bien du mal à faire son deuil, rongé par une sourde culpabilité et frappé d'une amnésie partielle concentrée sur les semaines avant et après le drame.
Comment avancer en étant incapable de se souvenir des derniers moments avec sa fille et ce manque l'obsède et l'empêche de reconstruire sa vie et de bâtir une vraie relation avec Emma sa compagne du moment.
Il est suivi par son ami et psychologue Max qui tente hypnose et traitements pour l'aider à retrouver ses souvenirs et les dépasser.

Dans sa clinique, une jeune fille de 16 ans, Mia, accapare toute son attention. Violée par plusieurs hommes, elle refuse toute visite, tout contact, toute communication. Elle s'est murée dans le silence.
Lucas, après ce qu'il vit comme un échec avec sa fille, se donne quasiment pour mission de l'aider, une façon de se pardonner et d'avancer. Lorsqu'elle accepte enfin de parler, de se confier à lui, les noms qu'elle lui donne, les démarches qu'il entreprend déclenchent de vagues réminiscences aussi inattendues que terrifiantes ! Il se retrouve plongé dans une sordide histoire inimaginable où les morts se succèdent.

Un vrai suspense s'installe entre l'histoire de Mia et celle de Chloé qui étonnamment se croisent, entre ce qui s'est réellement passé et ses flashs de souvenirs parfois incompréhensibles, ses soupçons, ses réminiscences contradictoires.... Le lecteur est perdu tout autant que Lucas, narrateur à la première personne, et suit avec un intérêt constamment renouvelé, ce père en proie aux doutes et à l'angoisse. 

Le récit est extrêmement bien construit, rien n'est linéaire. L'auteur explore les méandres de l'esprit dans un jeu subtil entre mémoire, flashs visuels, médicaments, hypnose, subconscient, réalité ou manipulation mentale.. une enquête à rebondissements, pleine de surprises et où chaque détail qui pouvait paraître insensé trouve sens au final.

Une mention spéciale pour Olga, secrétaire dévouée touchante d'abnégation et de solitude, un personnage secondaire pétri d'humanité.

Un grand merci à Robert Laffont et La collection La Bête Noire 


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

jeudi 21 novembre 2019

Pour seul refuge






Auteur : Vincent Ortis
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire





La plus terrible des prisons est celle qui n'a pas de murs.

De la neige à perte de vue, une ourse affamée, pas une habitation à des kilomètres à la ronde.
Seuls, perdus dans les immensités sauvages du Montana, à plus de deux mille mètres d'altitude, deux hommes se font face : un jeune Indien accusé de viol avec tortures et le juge qui l'a condamné.
Chacun possède la moitié des informations qui pourraient les sauver, or :
Ensemble, ils s'entretueront. Séparés, ils mourront.
Paru le 12 septembre 2019

Mon avis :

Un roman qui a reçu le grand prix des enquêteurs, un jury prestigieux dont les membres venus des différents corps de métiers de la police et de la justice sans oublier le versant littéraire composent une jolie carte de visite.... j'attendais cette sortie avec impatience et je n'ai vraiment pas été déçue.

Ted, par une froide journée s'arrête sur le bord de la route pour venir en aide à un automobiliste en panne. Le juge Edouard Mac Carthy était en route pour venir au secours de son fils arrêté pour détention de drogue.
Le grand policier taiseux conduit le juge pressé mais vers une destination à laquelle ce dernier est loin de s'attendre et que Ted a préparée longuement....
On est dans le Montana, au cœur de l'hiver, la neige recouvre tout, les deux hommes sont bloqués dans un chalet perdu, la partie commence entre eux....un huis clos étouffant !
Ted poursuit un but qui se dessine petit à petit et l'on ressent une vraie empathie à son égard, cet homme droit, dont les convictions ont été bafouées par la justice ce qui a entraîné des conséquences terribles...

Et puis c'est la seconde partie, Ted a avancé ses pions , trois hommes dorénavant sont sur le tapis de jeu, chacun doit la jouer serrer pour arriver en tête, pour survivre....
Une course contre la montre, un véritable suspense constamment entretenu, et surtout des révélations inattendues qui bousculent tout le temps les certitudes, le regard du lecteur sur les personnages change, le doute s'installe, on ne sait plus ou sont les gentils et les méchants, jusqu'à un final terriblement intelligent !
Un thriller délicieusement déstabilisant et impossible à lâcher ! J'ai tout bonnement adoré... On y soulève le clivage justice/police dans un récit maîtrisé de bout en bout, dépaysant, haletant et particulièrement efficace.

Un grand merci à Robert Laffont et La collection  La Bête Noire pour cette excellente lecture !

Mon appréciation : 📚📚📚📚


mardi 23 juillet 2019

Dans son silence




Auteur : Alex Michaelides
Editions : Calmann-Levy




Alice, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari, assassiné, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alice ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychothérapeute, n’a qu’une obsession : parvenir à faire reparler Alice. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alice s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…
Paru le 6 février 2019

Mon avis :

Quel excellent roman ! Un polar à la croisée de deux univers : la psychologie dont la maîtrise de l'auteur est indiscutable et la culture à travers la peinture et le mythe littéraire d'Alceste.

Théo Faber, psychologue en est le narrateur, il est obnubilé par le cas d'Alice, jeune peintre brillante qui depuis le meurtre de son mari est restée totalement mutique. Après avoir peint un auto-portrait qu'elle nomme Alceste, elle est jugée irresponsable et enfermée dans une clinique psychiatrique en proie à des difficultés financières et menacée de fermeture.
Contre toute logique, Théo va "oublier" son ambition de carrière pour se faire embaucher dans cette clinique sur le déclin et va tout faire pour s'occuper du cas Alice...

S'en suit une longue thérapie où les contacts avec sa patiente sous camisole chimique sont difficiles. Dans ce milieu où il n'a pas que des amis, il va se battre  pour diminuer les doses médicamenteuses, pour communiquer avec elle, pour tenter de la faire sortir de son silence.  L'atmosphère est lourde et suffocante parfois, il se passe finalement très peu de choses mais on ne s'ennuie jamais. Le lecteur, en total empathie avec Théo, est tenu en haleine par le moindre petit progrès, veut comprendre, veut savoir comment, pourquoi.... Les extraits du journal d'Alice viennent étayer toute cette tension. Et c'est avec art et maîtrise que l'auteur nous balade entre soupçons, surprises et découvertes jusqu'à un final totalement inattendu qui nous laisse sans voix...

Une vraie réussite !

Mon avis📚📚📚📚

jeudi 14 mars 2019

Haut le choeur





Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Editions : Taurnada




"Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver". Depuis qu'Eloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l'angoisse que la criminelle sanguinaire s'évade de prison... Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d'Eloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse... Une promesse de sang.
Paru le 14 mars 2019

Mon avis :

Alix est une jeune journaliste lorsqu'elle écrit un ouvrage sur Eloane Frezet, redoutable tueuse en série, qu'elle interviewe longuement. Lorsque cette dernière demandera une liberté conditionnelle, c'est ce livre qui pèsera à charge dans la balance et qui poussera le juge à refuser. Dès lors, Eloane n'a qu'une envie, se venger d'Alix... La menace est réelle, et ébranlée, la journaliste ira jusqu'à changer de spécialité...

Depuis, malgré cette épée de Damoclès, elle mène une vie plutôt tranquille auprès de son époux, médecin légiste. Le couple est  heureux, soudé, très complice.
Mais un simple coup de téléphone va balayer le fragile équilibre qu'elle s'est reconstruit. Eloane s'est échappée de prison et s'est empressée de le lui faire savoir...

S'en suit un véritable jeu du chat et la souris, parsemé de violence, de peur, de cadavres...et de musique.

Un roman difficile à poser tant la tension enfle page après page... les morts s'accumulent, la police se démène, mais la tueuse est une redoutable adversaire qui ne laisse rien au hasard et les impasses s'accumulent. Aucun indice sur ses motivations, il faudra reprendre les enquêtes passées, chercher des liens, s'attendre à tout  et pourtant rien ne pouvait présager le pire....

Je ne vais pas m'étendre plus longuement, le roman est court et ce serait dommage de trop en dévoiler. J'ajouterai juste que la fin est incroyable, violente, inédite....le titre et la couverture prennent alors tout leur sens, c'est terriblement bien pensé !

Un excellent thriller au suspense soutenu, d'une redoutable efficacité , impossible à lâcher....

Un grand merci aux Editions Taurnada et à Joël Maïssa 
pour cette nouvelle découverte.
J'aime décidément beaucoup la ligne éditoriale de cette petite maison d'éditions.


Mon appréciation : 📚📚📚📚



jeudi 17 janvier 2019

Mon ombre assassine





Auteur : Estelle Tharreau
Editions : Taurnada





En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession. Celle d'une enfant ignorée, seule avec ses peurs. Celle d'une femme manipulatrice et cynique. Celle d'une tueuse en série froide et méthodique. Un être polymorphe. Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir. Une ombre. Une ombre assassine.
Paru le 17 janvier 2019

Mon avis :

Quel roman ! Tellement original et captivant !

Nadège en attente de son procès fait une confession crue, sans détours, sans aucune concession. Emprisonnée pour meurtres, elle nous déroule toute son histoire depuis l'enfance et si c'est parfois extrêmement dur et violent c'est absolument passionnant de suivre son récit.

Entre une mère maltraitante, à la psychologie chancelante et un père absent et démissionnaire, la petite fille, intelligente tente de se construire dans la solitude. Un frère préféré et préservé, une sœur lourdement handicapée, c'est très tôt que Nadège apprend à survivre....

Et très vite, cette survie consistera à éliminer ceux qui vont menacer tout d'abord son intégrité, puis son confort et son parcours sera jonché de cadavres, de plus en plus jeunes, sans aucun remord... C'est dans le meurtre qu'elle se réalise pleinement et devient très rapidement une tueuse en série implacable...

Le récit de sa vie est terriblement frappant parce que débité d'un ton froid, direct, caustique parfois. Cette jeune femme ne ressent aucun sentiment, n'a aucune attache affective mais elle réussit à construire une image quasiment angélique, une armure sans émotions en dehors d'une colère sourde et parfois explosive. Et si les faits sont violents, je n'ai trouvé aucune surenchère dérangeante, il s'agit des actions et des pensées d'une personnes détachée, d'une intelligence méthodique, d'une perspicacité remarquable qui lui permet de décrypter les gens et leurs émotions et de s'en servir pour éliminer tous les nuisibles autour d'elle .

J'ai adoré que le récit soit entrecoupé d'articles de journaux, de compte-rendus d'audience, d'interrogatoires qui donnent toute la mesure à la distorsion entre la réalité effroyable et comment elle est perçue par les autres, le personnage lisse, dévoué qu'elle a construit avec patience et intelligence.

J'ai été à la fois atterrée par toute cette noirceur mais incapable de fermer le livre tant le récit est captivant et judicieusement échafaudé, avec un vrai suspense quant aux événements mais également au procès en cours. Le personnage qui prend corps page après page fait froid dans le dos, sa malfaisance est invisible, et elle est impliquée et  totalement acceptée dans la société... Et si ...

Un roman incisif, très particulier, donnant le point de vue d'une redoutable tueuse en série, une autopsie minutieuse de ses pensées, de ses actes, de sa duplicité, un livre impossible à poser ... un excellent moment de lecture !



Un grand merci aux Editions Taurnada et à Joël Maïssa 
pour cette nouvelle découverte.
A coup sûr, ce livre rejoindra mes étagères en version papier ! 

Mon appréciation : 📚📚📚📚


samedi 29 décembre 2018

Candyland




Auteur : Jax Miller
Editions : Flammarion et J'ai Lu



Candyland. Sadie Gingerich, une ancienne amish, est seule dans sa confiserie d'une ville minière de Pennsylvanie. Sa vie est bouleversée lorsque son fils est assassiné par sa petite amie, Allison. Cruauté du destin, Sadie rencontre Danny, le père d'Allison, en proie à ses propres démons. Leurs lourds passés et le choc du meurtre s'entremêlent pendant l'enquête de police, révélant une vérité indicible. Entre les doux pâturages de la communauté amish, les montagnes isolées du Nord et les villes minières abandonnées de la Rust Belt, la vie et l'amour sont broyés, laminés par la drogue et la pauvreté de l'Amérique rurale. Un lieu où les rêves ne se réalisent jamais et où les fins heureuses n'existent pas.

Paru en broché le 30 août 2017
en poche le 14 mars 2018


Mon avis :

Chaque mois, je me prends au jeu du poche du mois proposé par le Picabo River Book Club, je n'ai eu que de belles lectures jusqu'à présent mais celle-ci....
Quel livre ! Wouah ! Un vrai coup de cœur pour cette fin d'année ! Percutant, violent, émouvant.... toujours beau et passionnant ! 
Une plongée vertigineuse dans un monde plein de désespoir et de noirceur...des personnages englués dans une ville moribonde, abandonnée, sans espoir...

Dans un coin rural des Etats-Unis, au pied des Appalaches, Cane ancienne ville minière désaffectée est aux mains de trois familles qui trafiquent alcool, drogue, meth... . Les mines sont maintenant abandonnées, mais le noir du charbon subsiste et la misère est omniprésente... Candyland, ancien parc d'attraction "cœur sucré de l'Amérique" témoigne d'une douceur de vivre passée
Sadie, ancienne amish, perpétue la tradition avec sa confiserie qu'elle tient avec passion et savoir-faire. 

Thomas son fils, un célibataire convoité est assassiné par Allison, une droguée dont le père David a fait de la prison, l'affaire pourrait être vite pliée mais il n'en sera rien... Braxton, flic alcoolique sur le point de prendre sa retraite va s'occuper de l'affaire malgré son implication personnelle. Parallèlement, trois jeunes garçons du clan Heinz, les redoutables montagnards, ont disparu et c'est vers lui que la chef de clan se tourne, il est le seul en qui elle a confiance.

Avec ces faits divers de départ, Jax Miller construit un récit incroyable dont la tension progresse constamment, avec une maîtrise impeccable. Les personnages, au centre du récit, s'affrontent, s'aiment, se haïssent, se cherchent.... Des aller-retours entre le passé et le présent distillent peu à peu des secrets enfouis, des surprises renversantes et décryptent les relations intenses et tellement complexes entre les protagonistes. Aucun manichéisme, chacun est un être profond, ambivalent, capable du pire comme du meilleur et l'on ne peut que s'attacher à chacun d'eux, tellement humains, décrits avec tant de justesse, dont les souffrances morales et/ou physique ont façonné le caractère... C'est en apnée que l'on tourne les pages de ce récit trouble, perturbant par ses multiples retournements, ses changements de perspectives... Un récit foisonnant qui tel des boites gigognes, recèle révélation après révélation, laissant le lecteur à bout de souffle au milieu des emballages déchirés jusqu'au cœur même du drame, jusqu'à la vérité nue, cruelle...

J'ai tellement aimé l'écriture sensible, vivante, forte, imagée et l'ambiance, ce fort contraste entre la noirceur, le crime, la violence et la "pureté" des amish qui sont au cœur de l'intrigue, la naïveté et l'insouciance de la jeunesse,  les sucreries raffinées  et j'ai terminé le livre, le ventre vrillé : tant de passions, tant d'amour, tant de haine aussi...et une jeunesse sacrifiée ...  si émue par tous ces personnages humains, inoubliables : Sadie, Braxton, David, Allison, tellement amochée, désabusé, résigné...  

Un grand merci à Léa au Picabo River Book Club et aux éditions J'ai Lu
pour cette formidable découverte...

Je vais de ce pas commander l'autre livre de l'auteur, il me le faut absolument ! 

Mon appréciation






mercredi 10 octobre 2018

Inexorable





Auteur : Claire Favan
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

Inexorables, les conséquences des mauvais choix d'un père.
Inexorable, le combat d'une mère pour protéger son fils.
Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l'éternel coupable.
Inexorable, la volonté de briser enfin l'engrenage...
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.
A paraître le 11 octobre 2018

Mon avis :

J'avais vraiment hâte de recevoir ce livre après l'immense choc de lecture que j'avais eu avec Serre moi fort. Dès son arrivée, je me suis jetée dessus et je l'ai dévoré quasi dans la journée...
Nous sommes très loin de l'univers de Serre moi fort, très loin de cette ambiance particulièrement anxiogène et frappante et pourtant je me suis laissée embarquer complètement, totalement....

Ce livre s'articule en deux parties
une première partie entre 2004 et 2018 où l'on suit l'évolution de Milo du petit garçon jusqu'à l'adolescent. Milo grandit heureux entre Alexandra, une mère dévouée, et Victor, un père souvent absent mais qu'il idolâtre... un drame survient qui bouleverse sa vie, son affect en profondeur. A partir de ce moment là, tout change : les difficultés s'accumulent, difficultés scolaires, comportement instable... On suit la lente mais irrémédiable descente en enfer de Milo et sa mère pris dans la tourmente d'un quotidien de plus en plus dur ! Il est très difficile de ne pas éprouver d'empathie pour ces deux-là, de ne pas se révolter contre l'injustice qui s'acharne sur ce petit garçon attendrissant, tellement courageux finalement, de ne pas ressentir l'angoisse sourde qui tenaille profondément cette femme désarmée, impuissante, qui se bat coûte que coûte pour aider son enfant... Il y a des pages dures, violentes... et la fatalité semble s'acharner sans répit quasiment... Et puis il y a Victor, ce père fautif que le destin inéluctable poursuivra sans lui laisser aucune chance. J'ai été très touchée par sa si grande solitude et sa sincère rédemption passée inaperçue.

Deuxième partie, des meurtres sordides sont commis sur des jeunes filles, toutes proches de Milo qui très vite est soupçonné. Lui, le mauvais garçon violent, asocial ne peut pas ne pas être désigné, c'est un coupable idéal, facile, évident... Et tout l'art de Claire Favan est de distiller un doute insupportable sur sa culpabilité. Le lecteur doute, Alexandra doute, Milo lui-même doute... mais certains enquêteurs eux ne doutent pas, ils sont formels ! Les rouages de la justice se mettent en branle, implacables. Comment être sûr de ce qui s'est réellement passé ? Comment sauver Milo, coupable ou non ? Jusqu'où peut-on aller pour son enfant ?

Un livre,  roman social puis thriller qui m'a fait passer par tout un tas d'émotions, que j'ai lu, la boule au ventre, le souffle court parfois, indignée souvent et que je n'ai pu lâcher jusqu'à la fin qui m'a laissé un vague malaise... Inexorable, le titre est particulièrement bien choisi et rien, si ce n'est l'extrême, ne pourra enrayer la marche du destin ! 

Un dernier mot pour la préface touchante, elle donne un éclairage tout particulier sur le roman, ajoute une dimension réaliste sur tout un pan de l'histoire.

Un grand merci à Robert Laffont et La collection La Bête noire pour cette très bonne lecture !

Mon appréciation :  
  

lundi 24 septembre 2018

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski



Auteur : Romain Slocombe
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux.
Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ?
Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés ̶ d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél d'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère.
Paru le 24 août 2017

Mon avis :
Quel plaisir de retrouver la plume de Romain Slocombe et de suivre à nouveau les enquêtes de l'odieux Sadorski...

Paris 1942, l'étoile jaune est devenue obligatoire et le sort des juifs est de plus en plus difficile, leur quotidien une fois encore est décrit avec réalisme : le regard des autres lorsqu'on est stigmatisé, la peur viscérale qui ne vous quitte plus.... Je n'avais jamais entendu parler des gestes de solidarité qui apparaissent alors, ces autres insignes fantaisistes exhibées pour marquer son désaccord, ces tentatives de protestations : passionnant ! 

Toujours aussi détestable, l'inspecteur continue ses petites bassesses quotidiennes, affiche ouvertement un antisémitisme crasse tout en fantasmant sur les belles juives qu'il côtoie - la petite Julie en tête,  fait du zèle pour coincer les défauts de port d'étoile, s'arrange avec les lois et la morale pour son propre intérêt et se voit confier deux enquêtes : découvrir les auteurs d'un attentat dans un café et l'assassinat d'une jeune femme dont il découvre lui-même le corps au cours d'une sortie avec sa femme. 
Ses investigations l'amènent vers les milieux résistants communistes. Tenace et perspicace, il tisse sa toile autour des suspects et ne laissera rien au hasard. Tous les coups sont permis : il bluffe, ment, menace et entraîne le lecteur dans une filature haletante... Du grand art ! 

Mais le point d'orgue du roman est assurément tout le passage  sur la rafle du Vél d'Hiv... On a tous entendu parler de cette sombre page d'Histoire, mais Romain Slocombe nous offre une plongée vertigineuse dans l'horreur.... En suivant Léon Sadorski on assiste aux heures précédentes où Paris bruisse sous les préparatifs, une ambiance sourde, tendue, angoissante. Les ordres arrivent avec la feuilles de route, on arrête hommes, femmes et ... enfants... tout le monde tique.... puis on laisse faire... après tout les ordres sont les ordres, on ne fait qu'obéir. Des problèmes sont soulevés -les conditions, les équipements-  et aussitôt balayés en un geste de la main...  
Puis c'est l'heure des arrestations terriblement éprouvantes.... la bonne conscience de certains, les zélés, et il y a les victimes, impuissantes, lucides pour certaines, celles qui ne plient pas et préfèrent sacrifier tout.. 
L'auteur a su magistralement dépeindre la façon dont la conscience titille Sadorski et comment la barbarie prend le dessus brutalement et si facilement... 

S'en suit la visite au Vél d'Hiv, l'atmosphère étouffante, les descriptions sordides, les odeurs pestilentielles.... Effroyable ! 
Le réalisme est saisissant et les images frappantes, c'est à la fois tellement révoltant et tellement poignant de revoir vivre ces hommes, ces femmes et ces enfants, les conditions de détention, comprendre le déroulé de ces heures, la responsabilité écrasante du gouvernement français de l'époque, ...
Je garde en tête  les larmes de Vilfeu qui ne s'en remettra certainement jamais.... les destins tragiques de Fejga Brukarz et ses enfants, de Chana Rosenwajn et son petit Paul, de tous ces anonymes victimes de la barbarie...

Un livre à lire, indispensable, pour prendre la réelle mesure de l'horreur, pour ne jamais oublier...
Merci Monsieur Slocombe ! 


Mon appréciation





Annexes : 
Le journal du matin du 1er juin 1942

quelques insignes fantaisistes en signe de protestation


dimanche 16 septembre 2018

Sur le toit de l'enfer



Auteur : Ilaria Tuti
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



" Les tueurs voient l'enfer que nous avons sous nos pieds, tandis que nous, nous ne voyons que les fleurs... "

Dans les montagnes sauvages du Frioul, en Italie, le commissaire Teresa Battaglia, la soixantaine, la langue acérée et le cœur tendre, est appelée sur les lieux d'un crime pour le moins singulier : un homme a été retrouvé mort, les yeux arrachés. À côté de lui, un épouvantail fabriqué avec du cuivre, de la corde, des branchages... et ses vêtements ensanglantés.
Pour Teresa, spécialiste du profilage, cela ne fait aucun doute : le tueur frappera à nouveau. Elle va devoir rassembler toute son énergie et s'en remettre à son expérience pour traquer cette bête humaine qui rôde dans les bois. Si tant est que sa mémoire ne commence pas à lui faire défaut...
Paru le 6 septembre 2018

Mon avis

Je l'attendais avec impatience ce livre et dès son arrivée, je me suis plongée dedans, curieuse de découvrir ce nouvel auteur. J'ai été immédiatement happée, dès les premières lignes, par le ton, la narration, la poésie ...... je l'ai dévoré quasi d'une traite, emportée par cette histoire singulière. Une fois ma lecture terminée, je n'avais qu'un mot... fabuleux ! 
Une vraie pépite à ne surtout pas manquer ! ♥♥♥

➤ Autriche 1978, Magdalena est engagée dans une école perdue au milieu de la forêt pour prendre soin de jeunes enfants, mais son travail est bien loin de ce à quoi elle s'attendait....
➤ Mathias, Diego, Oliver et Lucia, quatre jeunes gamins ont créé entre eux un lien d'amitié extrêmement fort et se retrouvent quasi quotidiennement dans une petite cachette difficile d'accès de la forêt du bourg de Traveni dans les Alpes. 
➤ Un crime sordide a été commis dans cette même forêt, un homme est retrouvé nu, énucléé, entouré d'un étrange ensemble de pièges et d'un singulier épouvantail.... Le commissaire Teresa Battaglia est chargée de l'enquête... un tueur en série vient de commettre son premier crime, elle en est persuadée, une course contre la montre est enclenchée pour empêcher d'autres violences, d'autres morts... 

Trois axes qui très vite vont s'imbriquer étroitement pour tricoter une histoire sombre, violente, magistralement orchestrée ...

J'ai absolument tout aimé dans ce roman , tout d'abord les personnages, à commencer par le commissaire Teresa Battaglia, une sexagénaire au caractère bien trempé. Redoutable d'intelligence et de perspicacité, elle cache des trésors de tendresse sous des dehors rugueux. Comment ne pas s'attacher à elle ? En surpoids, diabétique, elle maintient farouchement à distance ses démons du passé et se bat vaillamment contre les premiers troubles d'une maladie effrayante....tellement touchante dans sa profonde solitude, ses questionnements, ses peurs intimes, ses sursauts de courage... Et surtout, au delà de ses cotés âpres, agressifs, elle garde un regard d'une humanité incroyable sur les autres, son empathie lui permet d'être d'une telle justesse et d'une telle délicatesse aux moments opportuns.....

Et puis il y a Marisi, ce jeune inspecteur qui se fait rudoyer par ce commissaire bien peu accueillant. Il ne se lassera jamais de chercher son approbation, de la comprendre... Un chic type, loyal qu'on voit grandir, apprendre, évoluer à ses côtés. Malgré les nombreux accrochages, on sent le respect entre ces deux-là.

Il y a aussi les enfants, TOUS les enfants, désarmants d'innocence, de force et de courage...

Il y a la forêt, personnage central du récit, sauvage, belle, rude, pleine de légendes, parfois hostile, parfois hospitalière, c'est en son cœur que tout se noue et se dénoue. J'ai adoré tout le côté nature du roman, la connexion à la terre, aux animaux, ce retour aux instincts primitifs. 

Et pour finir il y a l'assassin, tellement inédit....., j'aurais tant de choses à dire sur lui mais je m'oblige à n'en rien faire pour ne pas gâcher la lecture de chacun... et je vous assure que c'est difficile de se taire ! 

En alternant dans des chapitres courts les trois axes de cette histoire dense, l'auteur nous offre un thriller au rythme soutenu, au suspens haletant, apportant peu à peu des éléments qui tendent à révéler une vérité effroyable, d'autant plus qu'elle tire sa source de faits réels ! J'ai beaucoup aimé que l'enquête laisse une grande part aux personnages parfaitement charpentés, à la psychologie fouillée. Aucun n'est monochrome, les victimes parfois deviennent bourreaux, les bourreaux parfois deviennent victimes... Et puis il y a ces chapitres du point de vue du coupable, déstabilisants, faisant voler en éclats toutes les certitudes...
Teresa Battaglia, profiler émérite, devra se battre, avec l'aide de l'infatigable Marisi, contre une population qui cache ses secrets, elle devra laisser de côté tous les schémas connus pour comprendre, improviser et réagir...  Elle fera appel à sa profonde empathie, un sens intuitif particulièrement développé pour parvenir à résoudre l'affaire.

Je voudrais aussi parler de la plume de l'auteur, une plume tellement sensible, belle, élégante, tantôt graphique pour des atmosphères, des paysages, tantôt profonde pour des sentiments, des âmes... j'ai eu souvent le réflexe de relire certains passages tant j'ai été touchée par les mots....  Il faut à ce propos saluer le remarquable travail du traducteur Johan-Frédérik Hel Guedj qui a su retranscrire avec beaucoup de talent la qualité du roman.

Je suis passée par foison d'émotions pendant ma lecture, la peur, le sourire, le rire même lors des affrontements Teresa-Marisi, l'attendrissement, j'ai eu le souffle coupé, j'ai été atterrée, révoltée,  j'ai été émue et passionnée jusqu'au dernier chapitre qui m'a littéralement déchiré, fracassé le cœur  ....avec bien peu de choses : une photo, une petite branche de pin, un lambeau d'étoffe ....

Un livre percutant où l'effroyable côtoie les moments de grâce, des personnages particulièrement attachants, un récit magistralement orchestré, captivant de bout en bout et je finirai ma chronique en empruntant le mot de Donato Carrisi, parce que je n'en ai pas trouvé de plus juste : INOUBLIABLE

Un grand merci à Robert Laffont et La collection La Bête noire pour cette fabuleuse lecture !

Mon appréciation 






vendredi 24 août 2018

Les larmes des cigognes



Auteur : Lawren Schneider
Editions : Auto édité


TAMBOV, 1943
Louis n’arrivait pas à trouver le sommeil. Peut-être devenait-il fou. « Je crois que j’ai des visions, un peu comme Bernadette, à Lourdes. C’est comme si j’étais rentré dans le corps de ce type. » Il a cogné une femme. De toutes ses forces. 

GAMBSTETT, 1986
« Je m’appelle Christophe et j’aimerais vous confier mon secret : je suis capable de voir des choses que vous ne voyez pas... Tout a démarré il y a quelques mois. Ma mère m’a serré dans ses bras. Un câlin de maman. J’ai posé ma main sur sa nuque et… C’est comme si j’avais plongé dans son corps, comme si j’avais vu à travers ses yeux ».

Prisonnier dans le camp de Tambov, Louis Waechter est en proie à des visions terriblement réalistes. Quarante-trois ans plus tard, Christophe, son petit-fils, confie à ses amis qu’il a le même don. Ce jour-là il a ouvert une porte qui ne se refermera plus.
Paru le 19 novembre 2017

Mon avis

Voilà un livre que j'ai vu passer à de nombreuses reprises sur les divers groupes de lecture que je fréquente, et c'est le titre qui m'a tout d'abord attirée...un titre très accrocheur qui m'a donné une envie folle de m'y plonger.

L'histoire se décompose en deux parties distinctes mais avec un véritable lien entre elles, celui d'un homme Louis et de son petit fils Christophe, tous deux ayant le même don pour "voir" le passé immoral des gens lorsqu'ils posent la main sur eux, un don difficile à gérer au quotidien et qui sera source de bien des ennuis...
Lorsque la mère de Christophe est hospitalisée, il est confié à ce grand-père qu'il ne connait pas et qu'il ne souhaite pas côtoyer. Les premiers jours sont difficiles mais peu à peu la relation va s'installer, les liens vont se tisser tout naturellement entre ces deux-là qui ont plus en commun que l'adolescent ne le soupçonnait. La parole est libératrice, l'ancien raconte, transmet, explique, le jeune intègre, découvre, comprend :  de jolis moments vraiment.

Je ne sais pas si mon avis est très objectif parce que ce livre a éveillé en moi nombre de souvenirs de mon enfance alsacienne, j'y ai retrouvé, en suivant Christophe et sa bande de copains, une ambiance, des détails, des spécialités, des mots, des expressions... et puis des lieux parce moi aussi j'ai joué dans et autour des blockhaus de la ligne Maginot au cœur d'une magnifique forêt.... Alors forcément ce récit a fait vibrer une fibre affective très particulière...
Et puis il y a le thème, le sort des malgré-nous, dont j'ai découvert l'existence très tardivement et qui m'interpelle. Je reste terriblement troublée par l'histoire de ces hommes enrôlés contre leurs propres compatriotes d'hier.
Et c'est d'ailleurs l'histoire de Louis qui m'a le plus profondément touchée, ce destin difficile, ce camp de Tambov dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai été captivée par tout le récit très vivant de ses souvenirs.

Mais le livre ne se repose pas seulement sur la mémoire et la transmission. Il y a aussi toute une intrigue très prenante autour de Christophe et ses amis que je me garderais bien de dévoiler.  Son don va amener une cascade d'incidents dont certains seront dramatiques. Mon seul petit bémol sera pour leur réaction que j'ai trouvée parfois un peu trop désinvolte face à des erreurs extrêmement graves... mais ce n'est qu'un ressenti très personnel... qui ne m'a nullement empêchée d'aimer la fin très aboutie.

J'ai refermé mon livre avec le plaisir, outre une intrigue très bien ficelée, d'avoir plongé dans un coin de mon enfance, une sorte de petite madeleine à moi, le plaisir d'avoir découvert un peu plus sur l'Alsace et le sort des malgré-nous et je remercie mille fois Lawren Schneider de m'avoir si gentiment envoyé son roman.


Mon appréciation📚📚📚

lundi 13 août 2018

L'échange




Auteur : Rebecca Fleet
Editions : Robert Laffont
Collection : La bête noire

" Personne ne vit ainsi... à moins d'avoir quelque chose à cacher. "
Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l'occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d'imaginer que quelqu'un puisse y habiter.
Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu'elle aurait préféré garder enfouis.
Et à présent, cette personne se trouve chez elle...
Paru le 7 juin 2018

Mon avis :

Une très agréable lecture qui ménage de jolies surprises aux lecteurs... 

Caroline et Francis, parents du jeune Eddie, tentent de reconstruire leur couple après une période très difficile. C'est peu à peu que l'on va découvrir leur histoire douloureuse, leurs faux pas, leur intimité, par un jeu d'aller-retours dans le temps, par un jeu de points de vue aussi, une narration parcellaire qui donne un effet plus prononcé au secret, au non dit ...

Profitant d'une aubaine, ils échangent leur maison pour quelques jours, histoire de se retrouver, de passer un peu de temps à deux .

Mais dès l'arrivée dans cette nouvelle maison, une angoisse sourde s'installe , de plus en plus palpable au fur et à mesure des pages... La maison est quasi vide, sans âme et pourtant des objets sont parsemés ça et là, anodins sauf pour Caroline pour laquelle ils sont chargés de symboles forts. Manifestement, le maître des lieux  n'est pas un étranger et veut lui laisser un message...  Tout concourt à faire monter la tension, les soupçons arrivent très rapidement, les interrogations sur l'identité de l'individu qui agit dans l'ombre...
Le personnage d'Amber, voisine directe, inquiétant, insolite vient ajouter une touche supplémentaire à l'atmosphère lourde, étouffante...

Outre cette ambiance sombre, j'ai ressenti un vrai malaise parce Caroline tout en voulant rester avec Francis, s'adresse tout le long du livre à Carl, personnage particulièrement énigmatique pendant une grande partie du récit, même dans le présent, dans une confession très intime, une sorte de monologue qui ne s'adresse qu'à lui, on touche du doigt le mensonge et les sentiments qui affleurent... c'est toujours ambivalent et déstabilisant ! D'ailleurs si je l'ai comprise bien souvent, j'ai eu peu d'empathie pour elle....

La réussite du livre repose sur le fait d'amener le lecteur à croire qu'il a tout compris, que tout est cousu de fil blanc, que c'est un banal triangle amoureux, une histoire de couples avec des complications attendues, tout le début du roman y ressemble mais en fait, c'est beaucoup plus compliqué que ça ! 
Ce qui est fort également c'est d'arriver à nous faire changer d'avis constamment sur les personnages, denses et jamais manichéens, que l'on trouve tantôt inquiétants, tantôt terriblement émouvants, tantôt forts, tantôt faibles.... L'auteur se joue de nous et nous mène par le bout du nez ! 

Mon petit bémol sera pour la fin que j'ai trouvée très intéressante mais finalement trop douce... J'aurais aimé que l'auteur aille plus loin, au bout du possible, pour que ce livre se termine comme un coup de poing et prenne une vraie dimension tragique...

Un grand merci à Robert Laffont et La collection La Bête noire !


Ma notation : 📚📚📚



mercredi 11 juillet 2018

Maestra





Auteur : L.S. Hilton
Editions : Robert Laffont
Collection : La bête noire



Le jour, Judith Rashleigh est assistante dans un hôtel de ventes aux enchères londonien qui l'exploite malgré ses diplômes et son talent. La nuit, elle officie dans un bar à hôtesses où elle séduit sans effort.
Judith sait qu'elle doit jouer le jeu. Pour faire carrière et pour charmer les hommes, elle a appris à être une gentille fille... Jusqu'à ce qu'elle découvre une gigantesque escroquerie autour d'une fausse toile de maître. Licenciée avant d'avoir pu faire éclater le scandale, Judith décide de fuir avec un riche client sur la Côte d'Azur. Là-bas, un monde décadent et corrompu les attend. Là-bas, elle goûtera à la vengeance. La gentille fille deviendra femme fatale.
Paru le 10 mars 2016



Mon avis :

Quel livre surprenant ....... j'ai été bousculée, déroutée, étonnée, intriguée, puis finalement embarquée avec l'envie de savoir comment tout cela allait bien pouvoir se terminer...

Tout est ambivalent dans ce roman, tout d'abord l'héroïne : Judith mène une double vie, jeune femme brillante, irréprochable dans son travail, évoluant dans un milieu chic, capable d'accepter les brimades quotidiennes, qui se transforme du tout au tout le soir venu, devenant une professionnel du charme. La journée, elle subit mais le soir c'est elle qui mène la danse, elle maîtrise l'art de la séduction à la perfection et se sent toute puissante. Elle est sans inhibition, vit son corps comme un atout et aussi une façon de prendre le contrôle de sa vie, une revanche sur les frustrations.
C'est elle la narratrice qui raconte son histoire à la première personne dans une sorte de confession et il y a une telle froideur et un tel détachement dans sa façon de raconter les événements ....  J'ai eu beaucoup de mal avec ce personnage central sur lequel repose absolument tout le livre, et je n'ai d'ailleurs quasi jamais réussi à ressentir une quelconque empathie pour elle à quelques exceptions près. Totalement déshumanisée, elle suit son chemin sans s'attacher presque (seul Dave trouve grâce à ses yeux), quasi sans sentiment, avec cynisme. Mais si j'ai ressenti de l'antipathie pour elle à maintes reprises, je n'ai pas pu échapper à une sorte de fascination à suivre son parcours et sa surprenante évolution. 

Ambivalence encore dans son environnement et ses centres d'intérêt : elle navigue entre les hôtels de ventes, les galeries d'Art, un milieu culturel chic, et des soirées de fête avec drogue, sexe à profusion. On passe de la description vraiment très intéressante des tableaux avec une vraie profondeur à une frénésie de shopping totalement superficielle et des scènes de partouzes sordides. Le mélange est déroutant. 

Lorsque Judith se rend compte que son patron s'est servi d'elle pour organiser une véritable arnaque, elle ne peut s'empêcher de fouiner pour comprendre l'ampleur de l'escroquerie et perd son travail. S'en suit une féroce volonté de revanche mais pas que.... une escapade dans le sud en compagnie d'un de ses richissimes clients du soir, et rien ne se passe tout à fait comme prévu...On est très loin du thriller classique,  il y a certes meurtres, mais pas d'enquête que l'on suit pas à pas... et pourtant le suspens est là, s'installe peu à peu...  je ne m'attendais absolument pas à la tournure que prennent les événements, j'ai tourné les pages en me demandant jusqu'où l'auteur allait nous amener....

Si je ressors avec quelques réserves de ma lecture, je salue le tour de force d'avoir su me tenir en haleine jusqu'au bout du livre malgré une héroïne antipathique, des milieux qui à priori ne m'intéressent pas....et une fin un peu légère.  Je garde en mémoire de jolis moments autour de tableaux et de peintres, la surprenante évolution du personnage et l'intérêt qui peu à peu s'est installé... jusqu'à me donner envie de lire la suite ! 

Un grand merci à Robert Laffont et La collection  La Bête noire  !

Ma notation : 4/5 




mardi 1 mai 2018

Ce qui se dit la nuit



Auteur : Elsa Roch
Editions : Le livre de poche


À peine quadragénaire, le commissaire Amaury Marsac a l'impression de porter mille ans de noirceur sur ses épaules. Vingt ans qu’il côtoie le mal dans ses manifestations les plus sombres. Il n'en peut plus. Il fuit Paris et part se ressourcer dans le village de ses origines. Mais alors qu'il renoue avec Elsa, son amour de jeunesse, une vieille dame est retrouvée morte chez elle, égorgée et tondue. La victime, c'est Marianne, une figure bienveillante de son passé. Horrifié, Marsac s'impose dans l'enquête. De nouveau happé par les coulisses obscures de l'âme humaine, il va devoir démêler passions amoureuses et superstitions, blessures de l'enfance et cicatrices de l'Histoire jamais refermées.
Un premier roman à la voix originale et finement maîtrisée.
Paru le 7 février 2017

Mon avis :

Une de mes plus belles dernières découvertes , un nouvel auteur qui va intégrer mon top tant j'ai aimé et la forme, et le propos de son roman.... une superbe lecture qui m'a procuré foison d'émotions !

Un prologue saisissant.... une plongée dans l'horreur du passé !

Ellipse de temps
Marsac Amaury, flic du 36 est de retour dans le village de son enfance, le Berry, une terre rurale encore bercée de superstitions.
C'est pendant son séjour que Madeleine est retrouvée morte, tondue, torturée.... Madeleine c'est une personne chère de son enfance, impossible donc de rester à l'écart de cette enquête au grand dam de Bathe, son ami de toujours qui compte bien mener l'enquête seul.
Une enquête passionnante mais compliquée par les croyances du cru, par des superstitions, des lièvres et des colombes.... l'évocation d'une malédiction... compliquée aussi par la rivalité des deux policiers.

Et puis il y a Elsa, l'amour de jeunesse de Amaury, celle autour de qui se cristallisent tous les enjeux, celle que les deux hommes convoitent ... et qui reste près de son musicien de passage. Il y a aussi Manon, sa jeune sœur, solaire, belle, mais pleine d'ombres, difficile à canaliser, à comprendre...
A ces beaux portraits s'ajoutent quelques figures emblématiques dans cette France profonde : le Maître, Henri, les fils sauvages, farouches et ivrognes...

Mais ce livre, pour moi c'est avant tout un personnage : Amaury et ses absences, Amaury et ses silences, Amaury et ses fulgurances, son empathie, sa délicatesse et sa sensibilité... son humanité.
Bon sang que j'ai aimé ce personnage, le suivre, toucher du doigt sa solitude et son drame intérieur, son traumatisme passé toujours tangible, ses incertitudes et ses convictions, .

Et puis il y a les blessures de chacun, celles du quotidien, celles de l'Histoire qui ne s'effacent pas, blessures qui se mêlent et s'emmêlent ....

D'une très belle écriture, Elsa Roch a su créer avec ses mots, ses phrases des atmosphères, des sensations, des silences étourdissants, des émotions....
Il y a l'enquête minutieuse rationnelle et il y a des drames qui se jouent dans les profondeurs, en catimini.... secrets enfouis qui s’égrènent ....

J'ai refermé mon livre envahie par l'émotion, bouleversée par la dernière lettre qui fait écho au prologue... avec une envie folle de continuer un bout de chemin au côté de Marsac... Si l'enquête est bouclée, tant de questions plus personnelles restent en suspens : Solène, Max que j'espère vraiment rencontrer, la décision d'Elsa et enfin le traumatisme de Manon....

Par chance, un nouveau roman est tout juste sorti, je n'ai pas pu attendre le format papier, trop long pour me le procurer, ce sera le numérique, miracle de l'instantané .... mais la version papier ne devrait pas tarder !

Une magnifique découverte ! ♥♥♥

Ma notation : 4,8/5