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mardi 23 juillet 2019

Dans son silence




Auteur : Alex Michaelides
Editions : Calmann-Levy




Alice, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari, assassiné, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alice ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychothérapeute, n’a qu’une obsession : parvenir à faire reparler Alice. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alice s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…
Paru le 6 février 2019

Mon avis :

Quel excellent roman ! Un polar à la croisée de deux univers : la psychologie dont la maîtrise de l'auteur est indiscutable et la culture à travers la peinture et le mythe littéraire d'Alceste.

Théo Faber, psychologue en est le narrateur, il est obnubilé par le cas d'Alice, jeune peintre brillante qui depuis le meurtre de son mari est restée totalement mutique. Après avoir peint un auto-portrait qu'elle nomme Alceste, elle est jugée irresponsable et enfermée dans une clinique psychiatrique en proie à des difficultés financières et menacée de fermeture.
Contre toute logique, Théo va "oublier" son ambition de carrière pour se faire embaucher dans cette clinique sur le déclin et va tout faire pour s'occuper du cas Alice...

S'en suit une longue thérapie où les contacts avec sa patiente sous camisole chimique sont difficiles. Dans ce milieu où il n'a pas que des amis, il va se battre  pour diminuer les doses médicamenteuses, pour communiquer avec elle, pour tenter de la faire sortir de son silence.  L'atmosphère est lourde et suffocante parfois, il se passe finalement très peu de choses mais on ne s'ennuie jamais. Le lecteur, en total empathie avec Théo, est tenu en haleine par le moindre petit progrès, veut comprendre, veut savoir comment, pourquoi.... Les extraits du journal d'Alice viennent étayer toute cette tension. Et c'est avec art et maîtrise que l'auteur nous balade entre soupçons, surprises et découvertes jusqu'à un final totalement inattendu qui nous laisse sans voix...

Une vraie réussite !

Mon avis📚📚📚📚

dimanche 25 février 2018

En attendant Bojangles




Auteur : Olivier Bourdeaut
Editions : Finitude

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n'y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui mène le bal, c'est la mère, imprévisible et extravagante. Elle n'a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l'inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L'amour fou n'a jamais si bien porté son nom.
Paru le 7 janvier 2016

Mon avis :

Un petit bijou ! Il y a tant à dire sur ce livre et pourtant il ne faut surtout pas trop en raconter au risque de trop en dévoiler....

Olivier raconte sa famille tellement fantaisiste où, il en a bien conscience, rien ne se passe comme chez les autres. Il regarde ses parents s'aimer d'un amour incommensurable avec ses yeux d'enfant. Tout est démesuré chez eux, la mère fantasque rend la vie totalement folle, on vit avec désinvolture au gré de ses humeurs sans aucune contrainte, sans horaires et avec une élégante irrévérence .
Les surprises sont quotidiennes, c'est une fête perpétuelle qui se réinvente chaque jour et rien ne semble pouvoir enrayer cette vie trépidante , cette rage de vivre intensément tous les instants que père et fils acceptent sans réserves.
Il y a des passages absolument savoureux comme la rencontre du couple, totalement loufoque, la présence de Mademoiselle Superfétatoire ou encore les visites de l'Ordure...  Sourires, rires, attendrissements ponctuent notre lecture, comment ne pas saluer et se réjouir de partager un temps cette vie d'une impertinence vertigineuse...

Pourtant, derrière cette façade drolatique, une vérité plus dure émerge peu à peu, une réalité qu'Olivier perçoit et qu'il tente d'ignorer.....Ils sont en rupture sociale, inadaptés pour l'école, le travail, les impôts etc.... et ils ont beau fermé les yeux tous, parfois la réalité gagne et emporte tout sur son passage...
Le journal du père lucide apporte une tonalité plus grave... Mais personne n'est prêt à renoncer, chacun va tout faire pour protéger les autres... Et il y a des promesses qu'on ne peut reprendre, celles qu'on tiendra vaille que vaille...

Un superbe style narratif plein de poésie au service d'une histoire folle, magnifique, un  roman tendre, doux, caustique, drôle, grave, émouvant, poignant, bouleversant.... il y a tant d'amour dans ce roman, tant d'abnégation...
Le roman refermé, il reste cette impression d'avoir lu une petite merveille et l'envie d'écouter en boucle Nina Simone et son "Mr Bojangles"


Ma notation : 4,8/5

dimanche 21 août 2016

Nous avons toujours vécu au château


Auteur ; Shirley Jackson
Editions : Rivages



« Je m'appelle Mary Katherine Blackwood. J'ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J'ai souvent pensé qu'avec un peu de chance, j'aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l'index est aussi long que le majeur, mais j'ai dû me contenter de ce que j'avais. Je n'aime pas me laver, je n'aime pas les chiens, et je n'aime pas le bruit. J'aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l'amanite phalloïde, le champignon qu'on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »
Paru le 19 septembre 2012




mon avis :

Quel livre étrange, tout à la fois captivant et mystérieux mais qui me laisse au final très perplexe...

Mary, surnommée Merrycat, a 18 ans et nous raconte une histoire bien insolite, celle de sa famille qu'un drame a décimée quelques années auparavant...
Elle vit dorénavant avec sa sœur Constance qui ne sort jamais de la maison et qui passe son temps entre son jardin et sa cuisine et son oncle Julian, vieil homme impotent qui semble radoter et perdre un peu la tête dans une grande demeure à l'écart de tous, trois personnes barricadées loin d'un village que l'on découvre véritablement hostile et malveillant... 

Peu à peu Mary se révèle à nous, énigmatique jeune fille habitée par des croyances très fantasques. Si elle est la seule à sortir pour faire quelques courses, elle dresse une sorte de rempart ésotérique entre sa famille et les autres : mots magiques, objets enterrés, plusieurs rituels étranges qu'elle est la seule à comprendre.... Mary vit dans un monde bien à elle et semble avoir tout juste un comportement d'une gamine de 12 ans que toutes les habitudes de la famille confortent...

L'atmosphère du livre est particulière, étouffante... on sent le drame présent autour d'eux, il semble que la vie se soit figée à ce jour fatidique d'il y a six ans : chaque objet est resté à sa place et l'oncle Julian rabâche constamment les événements survenus, distillant avec parcimonie des indices qui peu à peu comblent la curiosité du lecteur... Chaque jour une tâche bien définie, chaque jour un geste et toujours cette étrange relation d'amour entre les deux sœurs qui se protègent l'une l'autre...


Lorsqu'un cousin arrive et s'installe dans cette famille dévastée, il chamboule tous les remparts sécuritaires élevés autour d'elle et c'est une véritable guerre qui est déclarée entre lui et Mary...
La haine s'insinue, rampante, explosive et peu à peu les événements se précipitent vers un drame prévisible et inévitable...


Un livre puissant qui nous amène aux limites de la folie, une atmosphère pesante rythmée par la comptine qui revient lancinante page après page 

"Merrycat, dit Connie, veux-tu une tasse de thé ?
Oh, non, fit Merricat, tu vas m'empoisonner.
Merrycat, dit Connie, voudrais-tu fermer l'oeil ?
Dans un trou au cimetière, au fond d'un vieux cercueil!"

Le lecteur  pense au départ que Mary est la plus saine de la famille, mais peu à peu il découvre son imagination débridée, ses failles, sa paranoïa et ses pulsions de mort qui reviennent sans cesse ! C'est à la fois captivant et effarant et il devient difficile de démêler la part de réalité, de folie dans le récit ! 
Qui est véritablement mort ? Tout n'est-il qu'un rêve ? Que s'est-il réellement passé ? L'histoire est-elle un prolongement au delà de la mort ? La maison est-elle hantée ?

Si l'on a de vraies réponses, il n'en reste pas moins que la fin du livre peut être interprétée de diverses façons et je reste perplexe sans savoir vraiment quel sens je préfère lui donner... j'aurais véritablement aimé une lecture commune pour pouvoir en débattre avec d'autres lecteurs...

Un livre sombre, complexe, d'une grande subtilité, extrêmement bien écrit, des personnages troubles à la psychologie dense, un voyage morbide qui nous mène au bord de la folie, un belle histoire d'amour absolu entre deux sœurs, ce livre est tout cela et plus encore....

ma notation : 4,5/5