Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....

dimanche 12 mai 2019

A juste titre






Auteur : Céline David
Editions : Auto-édité




Lise n’a rien des personnages des romans qu’elle lit avec passion. Le monde réel ? Elle l'observe et le dissèque avec minutie, peinant à y trouver sa place.À chacun de ses trajets dans le métro parisien, elle imagine la vie des habitués. Lorsqu'apparaît cette fascinante voyageuse, penchée chaque soir sur des livres aux couvertures de papier kraft, Lise veut en savoir davantage. Ses recherches vont la conduire au-delà de sa timidité, jusqu’à elle-même.
Paru le 8 mai 2019

Mon avis :

Si vous êtes amoureux des livres, si vous aimez la porte qu'ils ouvrent sur le monde, si vous aimez l'objet, ce qu'il représente,  alors ce roman est fait pour vous ! Vous allez retrouver tout un florilège de petites choses dans lesquelles vous allez vous reconnaître, c'est superbement évoqué... 

Lise est une jeune femme réservée avec peu de vie sociale et qui passe la plus grande part de son temps libre à lire, elle vit une multitude de vies à travers ses lectures...elle a également une imagination débordante qui l'amène à imaginer une foule de choses au quotidien. Quel joli personnage, vive d'esprit, amusante et terriblement attachante.
Elle trouve des plaisirs multiples et des joies toutes simples dans sa petite routine , mais un jour, c'est LA rencontre qui va chambouler son univers ! Une rencontre insolite dans le métro, une femme en train de lire un livre recouvert de papier kraft et ce livre dont la couverture est cachée va la fasciner... Quel en est le titre ? Pourquoi est-il recouvert ? A partir de là, la jeune va être obnubiler par toutes les questions qu'elles se posent, elle va guetter cette mystérieuse passagère jour après jour et l'auteur parvient totalement à nous entraîner à sa suite, à nous intriguer à notre tour.
Lise en observant et même poursuivant cette femme mystérieuse va se retrouver dans une singulière librairie, une librairie comme nulle autre pareille dont le principe même soulève foison des questions pertinentes sur le livre en tant qu'objet commercial, sur les habitudes de lecture, sur la façon de choisir un ouvrage, c'est une belle réflexion sur la littérature et ce qu'elle représente.

Mais ce roman n'est pas seulement axé sur la lecture, c'est aussi en parallèle l'histoire particulièrement touchante d'Arthur, personnage énigmatique aux nombreuses facettes qui hante les pages du livre, une histoire qui croise celle de Lise et de la librairie.... une belle histoire de lecture, d'écriture, d'épanouissement, d'ouverture aux autres et de transmission... 

J'ajouterai un petit mot pour la jolie plume de l'auteur, tout en délicatesse, qui raconte l'amour des livres, l'amour des mots...

Avec tout cela, ce devrait être un coup de cœur, et pourtant....
lorsque j'ai vu la chronique de ma copine du blog "Les sortilèges des mots", j'ai eu une folle envie de le lire : le thème, l'enthousiasme de Zaphrinia...et je n'ai pas hésité à le demander à l'auteur. Celle-ci a mis à ma disposition une version en epub et je l'en remercie vivement mais toutefois, je pense vraiment que c'est une hérésie de lire ce roman en numérique quand on nous vante le plaisir de feuilleter, le plaisir de découvrir l'objet.... je crois que j'ai perdu en route un petit morceau de l'âme du livre....
Bref, vous l'aurez compris, je conseille vivement cette lecture mais en format papier !


Mon appréciation : 📚📚📚


jeudi 9 mai 2019

Le manoir d'Alderney





Auteur : Anne Perry
Editions : 10-18




Londres, 1910. Tout accable Philippe Sidney, diplomate britannique à l'ambassade de Washington, accusé officiellement de détournements de fonds, officieusement d'avoir agressé la fille d'une famille américaine respectée et dérobé un bijou. Chargé de sa défense, Daniel Pitt doute de son client, du dossier, tressé d'étranges coïncidences, et tout autant de lui-même : sa propre sœur est proche de la victime. L'affaire en cache bien une autre et lorsqu'un cadavre vient entraver le procès, le jeune avocat se lance dans une enquête dangereuse, aux rouages labyrinthiques. Une histoire de passions, de vengeance et d'idéaux pervertis, qui, dans l'ombre de la Grande Guerre à venir, le mènera jusque dans la Manche, sur la mystérieuse île d'Alderney...
Paru le 16 mai 2019

Mon avis :

Voilà bien longtemps que j'avais envie de découvrir les écrits de Anne Perry, j'ai vu nombres de livres passer avec des retours parfois très contrastés et j'avoue avoir souvent été intriguée mais rebutée par la quantité impressionnante de ses ouvrages. J'aime commencer les séries par leur début, mais une fois n'est pas coutume, lorsque Babelio m'a proposé une masse critique privilégiée, j'ai accepté sans hésiter l'occasion qui m'était donnée. Me voilà donc plonger dans le dernier tome d'une très longue série avec la vague appréhension de certainement rater quelques allusions ou autres...

Daniel Pitt est un jeune avocat brillant à la carrière prometteuse. Lorsque sa sœur Jemima et son beau-frère Richard jusqu'alors inconnu arrivent de New York, ils ramènent avec eux une sordide histoire qui met en cause Philippe Sidney, un diplomate accusé d'avoir agressé et volé une jeune amie de Jemima et d'avoir fui sous couvert d'immunité diplomatique.
Daniel est chargé de le défendre pour une autre accusation qui semble montée de toute pièce  et les demandes de sa propre famille sont troubles. L'affaire est bien plus complexe qu'il n'y parait dans un contexte international difficile à la veille de la première guerre mondiale. Peu à peu, Daniel, tiraillé entre ses loyautés, à sa famille et à son éthique professionnelle, va démêler avec patience et pertinence tous les nœuds qui encerclent et étouffent son client.

Ceux qui aiment l'action frénétique, les meurtres sanglants, les coups de théâtre à toutes les pages n'y trouveront pas leur compte. Si l'intrigue est dense et tentaculaire, ce roman s'inscrit dans une tradition anglaise de romans policiers d'atmosphère où les personnages, leurs doutes, leur psychologie et l'enquête minutieuse prennent une place prépondérante.  
L'action se situe dans une société anglaise polissée qui répond à des codes bien précis. On ne s'affronte pas directement, on déjoue les pièges, on intrigue et l'on reste toujours dans la bienséance. J'ai beaucoup aimé cette ambiance bien particulière qui nous plonge avec réalisme au début du siècle précédent.

En outre, la famille Pitt est une famille attachante, vivante avec de beaux portraits de femmes qui vivent dans une époque peu propice à l'émancipation féminine. La place des femmes dans cette famille est très intéressante et j'ai beaucoup aimé la belle amitié entre Daniel et la charismatique Miriam.

Une jolie découverte et je lirai très certainement le tome précédent, les nombreuses allusions à cette affaire de procès de Graves  m'ont donné envie d'en découvrir toutes les facettes !

Un grand merci à Babelio  et aux Editions 10-18


Mon appréciation📚📚📚


lundi 29 avril 2019

Requiem pour une République



Auteur : Thomas Cantaloube
Editions : Gallimard
Collection : Série Noire



"Je connais bien la question algérienne. Je connais bien la police. Je ne veux pas être désobligeant avec vous, mais il y a des choses qui vous dépassent. L'intérêt supérieur du pays nécessite souvent que l'on passe certains événements, certaines personnes, par pertes et profits." Automne 1959. L'élimination d'un avocat algérien lié au FLN tourne au carnage. Toute sa famille est décimée. Antoine Carrega, ancien résistant corse qui a ses entrées dans le Milieu, Sirius Volkstrom, ancien collabo devenu exécuteur des basses oeuvres du Préfet Papon, et Luc Blanchard, jeune flic naïf, sont à la recherche de l'assassin. Une chasse à l'homme qui va mener ces trois individus aux convictions et aux intérêts radicalement opposés à se croiser et, bien malgré eux, à joindre leurs forces dans cette traque dont les enjeux profonds les dépassent.
Paru le 10 janvier 2019

Mon avis :

Lorsque je me suis inscrite aux explorateurs des polars sur lecteurs.com, j'ai fait ma petite sélection de 4 livres, des auteurs que je connaissais, des valeurs sûres pour moi. Requiem pour une République n'en faisait pas partie.... honnêtement c'est un livre vers lequel je ne me serais pas tournée ...
Quelle n'a pas été ma surprise de le recevoir ! Après un premier temps de déception, j'ai décidé de m'y plonger et bien m'en a pris parce que ce livre est fabuleux ! Un véritable coup de cœur !

Dès les premières lignes on est embarqué dans une histoire sordide mais haletante, ancrée dans une réalité de l'époque, les débuts de la Ve République dont l'auteur sonne déjà le glas avec un titre très orienté.

Paris, 1959, la France est en pleine guerre avec l'Algérie, De Gaulle est à la tête de l'Etat et Maurice Papon est le préfet de police de Paris. Ce dernier commandite l'assassinat d'un avocat algérien que l'on soupçonne d'être proche de FLN. Mais cette exécution ne passe pas comme prévue... le crime  est odieux et on tente de l'étouffer.

S'en suit une enquête absolument passionnante que l'on suit à travers trois personnages totalement disparates, chacun poursuit ses propres intérêts à savoir ce qui s'est réellement passé, à retrouver l’exécuteur qui s'est envolé...
Sirius Volkstrom, ancien collabo, l'homme de main de Maurice Papon,  manchot mais redoutable, dont la mission n'a pu aboutir, est maintenant considéré comme suspect.
Antoine Carrega, ancien résistant corse devenu truand, les mains pas tout à fait propres mais avec un code d'honneur chevillé au corps, se retrouve mêlé à l'histoire par amitié.
Quant au jeune flic bourré d'illusions  en charge de l'affaire, il va se révéler d'une grande ténacité.

Trois forts personnages dont la qualité première est d'être troubles, à la fois admirables par certains côtés mais aussi capables du pire. Aucun manichéisme chez eux, ils s'adaptent aux circonstances et tentent de s'en sortir.

Un réalisme, une maîtrise du propos et de l'intrigue, une histoire ancrée dans la réalité d'une époque, le racisme, la violence, les manigances politiques, la corruption, des dialogues criants de vérité... l'enquête est passionnante jusqu'à la toute fin.

Et puis il y a la découverte d'un épisode épouvantable de notre passé : La Nuit Oubliée - 17 octobre 1961, une répression policière d'une violence insoupçonnée sous la houlette d'hommes dont le nom résonne encore de nos jours... c'est profondément troublant...
J'avais découvert le métro Charonne à 15 ans avec les chansons de Renaud, Thierry Cantaloube m'aura ouvert les yeux sur un autre épisode peu glorieux dont on ne parle jamais.... mais sur lequel on peut entendre le témoignage du photographe Georges Azenstarck...

Je remercie Lecteurs.com et Les Editions Gallimard pour cette formidable lecture,
un livre que je relirai assurément !


Mon appréciation

dimanche 28 avril 2019

Cotton County




Auteur : Eleanor Henderson
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique



Cotton County, Géorgie, 1930. Elma Jesup, une jeune femme blanche, fille du métayer du domaine, met au monde deux jumeaux. L'un est blanc, l'autre mulâtre. Accusé de l'avoir violée, Genus Jackson, un ouvrier agricole noir, est aussitôt lynché par une foule haineuse avant que son corps ne soit traîné le long de la route qui mène au village le plus proche.

Malgré la suspicion de la communauté, Elma élève ses enfants de son mieux sous le toit de son père avec l'aide de Nan, une jeune domestique noire qu'elle considère comme sa soeur. Mais le récent drame a mis à mal des liens fragiles qui cachent bien des secrets. Jusqu'à faire éclater une vérité douloureuse qui va confronter chaque membre de la communauté à sa responsabilité dans la mort d'un homme et dans la division irrévocable d'une famille.

Alternant flashbacks et points de vue avec brio, Eleanor Henderson signe une grande épopée américaine qui conjugue l'intimité d'un drame et le foisonnement d'une fresque historique sur fond de Grande Dépression. Dans la grande tradition des romans du Sud, un récit puissant, servi par des personnages de chair et de sang et par une langue d'une infinie beauté.
Paru le 20 mars 2019

Mon avis :

Etat de Georgie 1930, Elma 17 ans, fille du métayer Juke Jesup donne naissance à deux jumeaux, l'un blanc l'autre noir. Dans cette contrée rude et sauvage, les hommes sont enclins à croire facilement tout et n'importe quoi et ces jumeaux-gémeaux vont déclencher une poussée de rage et de violence dont Genus Jackson, ouvrier agricole noir, coupable tout désigné, sera la victime.  Lynché, traîné sur des kilomètres en voiture, cible de balle, il devient le réceptacle de la haine des hommes.

Ce drame épouvantable va se ramifier tout au long du roman, hanter chaque personnage de culpabilité, de honte, de désespoir... Derrière se cachent des secrets de famille, des non-dits et des bassesses ...

Dans cette Amérique profonde, noirs et blancs vivent côte à côte et n'ont pas les mêmes droits, la ségrégation bat son plein, discrimination dans les soins, les lieux...  on sent dans ce livre cette espèce d'osmose à la fois troublante et hypocrite  où l'on a besoin les uns des autres, où l'on peut se désirer, s'aimer même mais  où les blancs restent toujours les maîtres ...

C'est dans ce contexte que grandissent  Elma et la jeune Nan, 14 ans, sa domestique noire.  Ketty la mère de Nan s'est chargée d'élever les deux fillettes. Ketty, figure féminine essentielle, qui même après sa mort pèse sur les vivants. N'est ce pas elle qui s'est occupée de Elma lorsque sa mère est morte en couches, n'est ce pas elle qui a mutilé sa propre fille dans un dérisoire effort de protection, la condamnant à un destin de douloureux silence....
Toutes deux ont grandi ensemble,  se liant par des liens bien plus fort qu'une amitié, elles se comprennent, se soutiennent envers et contre tous dans ce monde d'hommes qui ne les ménagent pas...

Mais ce n'est pas seulement l'histoire de ces deux jeunes femmes pourtant au centre du récit, c'est aussi celle de leurs pères, mères, amants, maris... et c'est celle de la Georgie des années 30, en pleine dépression où l'on constate un fort racisme et un regain de ku klux klan . L'histoire intime se mêle à l'Histoire du pays, on y croise Roosevelt, on y parle de la guerre, du trafic d'alcool, de l'industrie, de la médecine, ses recherches et ses découvertes....

La narration est superbe, j'ai adoré cette densité avec peu de dialogue, cette façon de raconter une histoire violente et douloureuse en s'arrêtant tour à tour sur chaque personnage, détaillant son enfance, ses pensées, son parcours, les rendant terriblement humains avec leur vécu, leur vilenie, leurs blessures,  et leurs forces.... il y a ceux à qui on s'attache, ceux qui nous heurtent, ceux qui nous dégoûtent et ceux qui nous émeuvent (dont le si délicat Olivier) .... . tant de destins brisés...
Personne ne sortira indemne de cette histoire...


Un petit mot pour la couverture parfaitement choisie, 
deux femmes, deux couleurs, deux destins liés envers et contre tous  et qui toutes deux tiennent cette calebasse dont l'arbre est si important dans le récit !



Un grand merci à Léa au Picabo River Book Club et aux Editions Albin Michel
pour cette superbe lecture...



Mon appréciation : 📚📚📚📚



vendredi 26 avril 2019

Série Kouplan - tome 2 : ça ne coûte rien de demander



Auteur : Sara Lövestam
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



" Si la police ne peut rien pour vous, n'hésitez pas à faire appel à moi. " Kouplan, détective sans-papiers.
Ça y est, l'autoproclamé " détective " Kouplan, immigré iranien à Stockholm, n'a plus un rond. Il en est réduit à collecter des canettes vides pour les revendre contre quelques pièces.
En fouillant dans les poubelles du quartier huppé de Lidingö, il croise le chemin de Jenny Svärd, conseillère municipale aux dents longues, dont il surprend la conversation : Jenny vient de se faire escroquer par son amante, qui a disparu dans la nature avec deux cent mille couronnes. Puisque ça ne coûte rien de demander, Kouplan saute sur l'occasion pour lui proposer ses services d'enquêteur...
Paru le 11 janvier 2018

Mon avis :

Un tome encore meilleur que le premier, un roman plus intime, plus abouti aussi. Une vraie réussite ! 

J'avais vraiment hâte de retrouver Kouplan après la révélation détonante de la fin du tome 1. Sa situation ne s'est pas améliorée, c'est en faisant les poubelles pour collecter des canettes à revendre pour survivre qu'il va rencontrer Jenny, une redoutable femme politique. Lorsqu'il comprend qu'elle a besoin d'aide, il va lui proposer ses services parce que ça ne coûte rien de demander... et contre toute attente, Jenny accepte. 

Elle le charge de retrouver Amanda, sa petite amie arnaqueuse qui s'est envolée avec une grosse somme lui appartenant. L'objectif est avant tout la vengeance, qu'importe l'argent. Comment supporter de s'être fait flouée de cette manière quand on est une femme de pouvoir, habituée à gérer et maîtriser toute situation...?

Tout comme dans le tome 1, l'enquête se fait avec les moyens du bord, c'est à dire le vieil ordinateur poussif, les réseaux sociaux, le porte à porte, la cahier d'écolier, des filatures et des coups de téléphone et toujours la crainte de se faire contrôler, de se faire expulser.... 

Lorsqu'il parvient, à force de patience et d'ingéniosité, à retrouver Amanda, rien ne va se passer comme prévu. C'est absolument génial parce que ni Kouplan, ni le lecteur ne savent plus sur quel pied danser, qui ment, qui a raison, qui a tord, qui est à blâmer....?
Le triangle Kouplan, Amanda, Jenny devient passionnant. Il y a tout un jeu particulièrement réussi sur les faux-semblants, sur la confiance, sur le mensonge mais aussi sur la liberté...
On découvre un Kouplan parfois naïf mais intelligent et toujours délicat et empathique. Il y a quelque chose de terriblement touchant chez lui, il n'ose pas vraiment s'imposer aux autres et il reste toujours d'une politesse extrême ce qui ne l'empêche nullement de porter un regard incisif voire sarcastique sur ce qui l'entoure.  Ses souvenirs s'invitent au fil des pages et peu à peu, sa jeunesse en Iran dans une famille aimante, son passé, ses décisions, ses choix intimes sont dévoilés et sa douloureuse situation ainsi que sa quête d'identité restent au premier plan. Quel personnage attachant qui tour à tour nous émeut ou nous fait sourire !

J'ai adoré cette histoire, sa profondeur, les thèmes abordés avec justesse, le regard humain de Kouplan, le récit enraciné dans la réalité crue de la Suède, son quotidien..

La fin est abrupte et dure, elle laisse présager une suite difficile pour notre héros !
Le tome 3 m'attend et je vais m'y plonger très vite !

Mon appréciation📚📚📚📚,

mercredi 24 avril 2019

Série Kouplan - tome 1 : Chacun sa vérité



Auteur : Sara Lövestam
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire




" Si la police ne peut rien pour vous, n'hésitez pas à faire appel à moi. " Kouplan, détective sans-papiers. 
Depuis trois ans, Kouplan est en " situation irrégulière ". Sa demande d'asile a été rejetée par la Suède mais il ne peut rentrer dans son pays, l'Iran, sans risquer sa vie. Dans l'attente d'un avenir meilleur, il lui faut échapper à la vigilance quotidienne des autorités, tout en gagnant assez d'argent pour subvenir à ses besoins : ex-journaliste, il songe à poursuivre dans l'investigation. Un jour, il propose ses services sur Internet et une femme lui répond : sa fille de six ans a été enlevée. Cette enquête va le précipiter dans le Stockholm underground, ces recoins de la ville où les clandestins sont des proies faciles pour les criminels...
Premier volet de la tétralogie Kouplan, Chacun sa vérité a reçu le prix de l'Académie suédoise des auteurs de polars 2015.
Paru le 3 novembre 2016

Mon avis :

Une très bonne lecture dont le personnage principal est totalement atypique : un sans-papiers venu d'Iran en situation irrégulière  à Stockholm. Pour survivre, ce dernier vit de petits boulots et laisse des annonces comme détective privé sur internet.

Lorsque une femme fait appel à lui pour retrouver sa fille de six ans, il s'investit totalement dans cette première enquête mais très vite il comprend que quelque chose ne tourne pas rond. La mère refuse de signaler cette disparition à la police, elle cache des choses et sa fille n'a aucune existence officielle.
L'atmosphère devient très particulière, Kouplan doit démêler le vrai du faux, pointer les indices troubles, les incohérences. Il va devoir naviguer dans les quartiers mal famés de la ville et enquêter sans aucun moyen matériel ni aucune aide, avec la peur au ventre d'être contrôlé par la police. Il ne dispose que d'un vieil ordinateur récupéré dans les poubelles et en exerçant une filature à l'ancienne, de son sens de l'observation et de déduction.
Quelques chapitres sont consacrés à la fillette, ses sentiments, ses peurs devant tout ce qui lui arrive, c'est glauque et terrible...

La fin se dessine petit à petit par une foule d'indices qui entretiennent les soupçons, mais reconstruisent peu à peu la réalité brute, une fin très bien amenée grâce une enquête aboutie, utile... 

Outre l'enquête très intéressante, le roman est porté par le personnage singulier de Kouplan tellement dense, par sa situation particulière, par son histoire, ses expériences mais aussi par son intimité propre qu'il dévoile peu à peu...On perçoit au fil des pages, ses failles et ses mystères : mystère autour de son passé,  mystère autour de sa personne... un homme de 25 ans qu'on prend pour un gamin. Son frère aîné hante ses pensées. Celui-ci a disparu sans qu'il sache s'il est encore vivant et toutes les circonstances de cette disparition restent énigmatiques.
Un focus est dirigé sur la situation difficile des sans-papiers à travers le jeune homme, sur la débrouille pour trouver à se loger, à se nourrir, se fondre dans le paysage, sur l'espoir de pouvoir avoir ces fameux papiers, de reprendre une vie normale, vie pleine de possibles, de promesses ...

Puis les révélations finales totalement inattendue donnent une nouvelle profondeur au personnage .. c'est passionnant de repenser ensuite à toute l'histoire avec ce nouveau point de vue.

Une très bonne lecture originale et prenante, encore une belle découverte chez La Bête noire ! 


Mon appréciation📚📚📚📚


dimanche 14 avril 2019

Jeu blanc





Auteur : Richard Wagamese
Editions : Zoé et 10/18




Le poignant récit initiatique d'un garçon amérindien dans un Canada discriminatoire.

Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, rythmée par les légendes ojibwées, la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d'effacer en lui toute trace d'indianité. C'est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970, même au sein du sport national.
Paru en broché le 7 septembre 2017
en poche le 3 janvier 2019

Mon avis

Un livre envoûtant, émouvant... Quelle superbe plume !
J'aime déjà tout particulièrement l'univers des indiens, cette osmose avec la nature, cette philosophie de vie. C'est donc avec un grand bonheur que je me suis plongée dans cette lecture.

Un récit, celui de Horse Indien, en centre de désintoxication, celui de sa vie morcelée...
Tout d'abord son enfance dans une famille déchirée entre la culture traditionnelle portée par une grand-mère incroyable (quel personnage !) et l'emprise des blancs que les parents ont plus ou moins acceptée. Il y a des passages magnifiques et douloureux sur le déchirement des familles, sur la disparition des enfants, sur les désaccords autour d'un corps lorsque les croyances et la culture se délitent... Dans ses souvenirs on sent déjà la perversion qui gangrène son peuple autour des parents, de la boisson...

Et puis c'est le temps de l'école.... effroyable, hors du temps, qui lave les cerveaux et les âmes...  Tant de moments d'une violence inouïe qui frappent d'autant plus qu'ils sont racontés dépouillés de toute emphase, de tout pathos, en toute simplicité... Je reste hantée par ces petites silhouettes juste esquissées qui ont disparues, victimes des pires sévices...

Dans toute cette noirceur, Saul se réfugie dans le sport, rédempteur, qui l'aide à oublier l'horreur et à s'oublier, à se surpasser, à donner sens à sa vie....
Quel tour de force magistral d'avoir su m'emporter sur un tel sujet qui se situe bien loin de mes intérêts personnels...je ne suis adepte d'aucun sport d'équipe, je ne regarde aucun match de quelque sport que ce soit et là....
J'ai aimé chaque ligne sur le hockey, cette façon de raconter la découverte, les sensations, les odeurs, l'adrénaline et cette faculté incroyable, l'intelligence du temps et de l'espace qui porte le sport au rang d'Art...Magnifiques lignes sur l'instinct, sur le dépassement de soi, sur l'accomplissement.... 
Mais très vite, Saul, malgré son indéniable talent, est confronté au racisme primaire, odieux.... inacceptable...

Coupé dans son élan, Saul va se perdre et chercher à se retrouver. Quelques belles rencontres l'aideront mais son cheminement intime sera long et douloureux, jusqu'à l'acceptation des non-dits ...  Quel personnage émouvant, terriblement émouvant et attachant !

J'ai adoré cette lecture dans toutes ses dimensions, le fonds, le deuil, l'appartenance, le racisme, les blessures d'enfance comme la forme, d'une poésie envoûtante, d'une élégance dans le propos, d'une justesse dans les sentiments qui offre des lignes d'une profonde beauté.


Merci au #PicaboRiverBookClub pour cette belle découverte, 
je me répète mais j'adore ce principe du poche du mois ♥

Mon appréciation📚📚📚📚