Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
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lundi 23 août 2021

Des milliers de lunes








Auteur
: Sebastian Barry
Editions : Joelle Losfeld
Traduction : Laetitia Devaux




Bien qu'il s'agisse d'une histoire à part entière, nous retrouvons Winona Cole, la jeune orpheline indienne lakota du roman Des jours sans fin, et sa vie dans la petite ville de Paris, Tennessee, quelques années après la guerre de Sécession. Winona grandit au sein d'un foyer peu ordinaire, dans une ferme à l'ouest du Tennessee, élevée par John Cole, son père adoptif, et son compagnon d'armes, Thomas McNulty. Cette drôle de petite famille tente de joindre les deux bouts dans la ferme de Lige Magan avec l'aide de deux esclaves affranchis, Tennyson Bouguereau et sa sœur Rosalee. Ils s'efforcent de garder à distance la brutalité du monde et leurs souvenirs du passé. Mais l'Etat du Tennessee est toujours déchiré par le cruel héritage de la guerre civile, et quand Winona puis Tennyson sont violemment attaqués par des inconnus, le colonel Purton décide de rassembler la population pour les disperser. Magnifiquement écrit, vibrant de l'esprit impérieux d'une jeune fille au seuil de l'âge adulte, Des milliers de lunes est un roman sur l'identité et la mémoire, une sublime histoire d'amour et de rédemption.
Paru le 19 aout 2021

Mon avis :

Lorsque Babelio m'a proposé de lire ce roman, je n'ai pas hésité une seconde, j'aime beaucoup les récits sur les indiens et celui-ci n'a pas dérogé. Une chouette lecture !

Une narration à la première personne nous met en lien immédiat avec l'intimité de la jeune Winona. Le style direct, parfois plein de poésie, parfois très familier m'a au premier abord déstabilisée mais très rapidement séduite. L'histoire est racontée de l'intérieur avec toute la complexité du personnage, cette jeune indienne dont les rêves vont être anéantis dans une époque trouble et cruelle.

Cette drôle de famille que forment Winona, Thomas, John mais aussi  Rosalie, Tennyson et Lige doivent faire front aux violence, au racisme et se soutenir.
La guerre de sécession est encore dans tous les esprits, certains blancs ne peuvent accepter les noirs émancipés mais les indiens comptent encore moins, les lois ne leurs sont même pas appliquées. 
C'est dans ce climat tendu que la jeune Winona qui a réussi à avoir un poste à responsabilité chez l'avocat Briscoe rêve de mariage avec Jas Jonski qui la courtise. Comment résister à 17 ans à cet homme bien au dessus de sa propre condition qui lui fait entrevoir un avenir inespéré.
Mais tout s'effondre un soir, dans une étable sordide.... et il n'est même pas question de pouvoir demander officiellement réparation. Winona ne sera plus jamais la même.

Chevauchée, vengeance, bataille, fusillade, vie de famille, quotidien, l'auteur nous dresse un tableau de l'époque saisissant racontée par cette voix singulière à la fois naïve et d'une grande lucidité, celle d'une jeune fille dont les premières illusions vont être emportées mais qui se relève grâce à ceux qui l'entourent et aux souvenirs de son peuple disparu. Il y a beaucoup de fierté et d'intelligence chez Winona, une héroïne très attachante..
Ce récit est vivant, plein d'aventures mais c'est aussi et surtout une belle histoire de tolérance et d'amour.

Un bémol cependant, il y a de nombreuses allusions au tome précédant et j'ai été très frustrée de ne pas l'avoir lu, je pense que j'aurais beaucoup plus apprécié les personnages en ayant suivi leurs premières aventures...

Merci à Babelio et aux Editions Joelle Losfeld

Sur mon échelle : 📚📚📚

vendredi 20 août 2021

Au delà de la mer


 


Auteur : Paul Lynch
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique
Traduction : Marina Boraso





« Muets de saisissement, Hector et lui regardent le monde se recomposer dans une magnificence de couleurs. Comme s'ils étaient les premiers à contempler des ciels pareils. Chacun commence à entrevoir la vérité de l'autre, à deviner qu'ils sont tous les deux pareillement démunis au cœur de la vérité des choses. Et qu'au sein d'une telle immensité, ce qu'un homme porte en son cœur n'a plus guère de poids. »

Malgré l'annonce d'une tempête, Bolivar, un pêcheur sud-américain, convainc le jeune Hector de prendre la mer avec lui. Tous deux se retrouvent vite à la merci des éléments, prisonniers de l'immensité de l'océan Pacifique. Unis par cette terrifiante intimité forcée et sans issue, ils se heurtent aux limites de la foi et de l'espoir, à l'essence de la vie et de la mort, à leur propre conscience.
Paru le 18 août 2021

Mon avis :

Voilà bien longtemps que j'avais envie de découvrir Paul Lynch, collectionnant ses livres sans trouver le temps de les sortir et puis l'arrivée surprise de ce titre m'a donné l'occasion d'enfin le lire... 
Et quel livre ! 
Un roman très court, 230 pages, un résumé qui pourrait tenir en deux phrases et pourtant il contient une puissance émotionnelle ...

A quoi tient un destin ?  Une dette auprès de gens peu recommandables et Bolivar prend la mer malgré un avis de tempête. Il doit rentrer de l'argent absolument. Mais son acolyte habituel n'est pas là, il persuade donc Hector, un adolescent sans expérience de l'accompagner. Très vite il est dépassé par les éléments déchaînés et par la défaillance de son bateau. Désormais sans moteur, les deux hommes perdus dans l'immensité de l'océan vont devoir survivre.

Il faut s'organiser, utiliser la moindre des occasions pour se nourrir, boire, faire preuve d'à propos et d'intelligence pratique. Mais la promiscuité forcée entre ces deux hommes qui ne se connaissent pas provoque des sentiments contradictoires. Le huis-clos devient peu à peu étouffant entre espoir et désespoir, entraide et fourberie, entre amour et haine.  Cette dualité constante engendre une tension qui enfle au fil des pages jusqu'à devenir insupportable.

Face aux éléments, dans une solitude abyssale et un immobilisme éprouvant, les deux hommes se replient, se questionnent... une introspection douloureuse sur la vie, sur ses propres choix, sur la religion.  L'ombre de la mort plane et parfois la réalité s'estompe laissant place aux rêves et aux délires... passages déstabilisants.

C'est cruel, c'est tragique et c'est porté par une plume saisissante, à la fois précise et onirique. Il y a des scènes épiques de combats contre l'océan et ses murs de vagues infranchissables, des scènes de connivence et d'espoir d'un réalisme poignant, des scènes troublantes à la limite de l'hallucination et de la démence, des scènes dramatiques à vous serrer le cœur ...

Cette lecture m'a amenée bien loin de ma zone de confort, m'a bousculée, m'a captivée, parfois perdue mais en refermant la dernière page j'avais le sentiment d'avoir lu un grand livre.

Une grand merci à Albin Michel pour cette lecture inattendue. 


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

mercredi 18 août 2021

Lorsque le dernier arbre

 



Auteur : Michael Christie
Edition : Albin Michel
Collection : Terres d'Amérique
Traduction : Sarah Gurcel




« Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s'accumule, c'est tout - dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d'avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. »
D'un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d'un architecte, la généalogie d'une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.
20382038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L'un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l'ultime forêt primaire. Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d'un avenir meilleur. Jusqu'au jour où un ami lui apprend qu'elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse. Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?
Fresque familiale, roman social et écologique, ce livre aussi impressionnant qu'original fait de son auteur l'un des écrivains canadiens les plus talentueux de sa génération.
Paru le 18 août 2021

Mon avis :

Un magnifique roman qui m'a tenue jusqu'au bout de la nuit... Profond, émouvant, intelligent, remarquablement construit, un coup de cœur ♥

On suit la ligne du temps qui traverse en diagonale l'histoire concentrique d'une famille intimement liée aux arbres, des dates qui se font échos de part et d'autre du cœur, le nœud du récit, le début de la lignée, une construction intelligente, originale et maitrisée qui suscite l'intérêt et ménage surprises et révélations. 
La famille Greenwood est une famille de choix avant tout, le sang y a bien peu d'importance, l'auteur nous en raconte quatre générations. Il y a tellement d'histoires intimes dans cette grande épopée familiale, des histoires émouvantes, étonnantes, passionnantes, des personnages denses, plein d'aspérités mais profondément attachants.

Le récit s'articule en 5 temps ( 2038, la cathédrale arboricole de Greenwood, Jake Greenwood -  2008 Liam Greenwood - 1974 Willow Greenwood - 1934 Everett Greenwood - 1908  Harris et Everett) et décrit des relations complexes faites d'abnégation, de sacrifices, de conflits, de rancœur, de révoltes, d'entraide, de trahisons,  de haine et surtout d'amour souvent silencieux ....

Autour gravitent des personnages annexes essentiels, complexes qui participent aux événements et suffisamment saisissants pour marquer les esprits : l'inoubliable Feeney ♥, le complexe Lomax, l'énigmatique Mrs Craig, la généreuse Temple..

Etroitement imbriqués dans cette histoire foisonnante, il y a les arbres, la forêt, intimement liés au destin de chacun. Tantôt guide ou exploitant forestier, producteur de sirop d'érable, menuisier, militant écologique, les arbres sont un lien entre eux au delà du lien familial.

Le récit traverse l'Histoire : la grande dépression, l'industrialisation, le réveil écologique des années 70, la catastrophe climatique et se présente en multi genres parfaitement emboités : tantôt dystopie, roman noir, polar et chasse à l'homme, histoire d'amour, enfance... Un roman passionnant de bout en bout !

Une réflexion sur la société, sur la famille s'accompagne d'une forte dimension écologique avec la description du monde poussiéreux, étouffant de 2038 après le grand dépérissement où les arbres se font rares. Il y a un dimension tragique mais une bouffée d'espoir subsiste...

Un roman tout simplement magnifique, superbement écrit (et traduit), d'une justesse dans les émotions, construit avec une maitrise remarquable. Une mention particulière à Everett, secret, plein de pudeur et tellement touchant.... un personnage inoubliable !   

Je remercie Albin Michel et Terres d'Amérique pour cette formidable lecture !
(et le Picabo River Book Club)


Sur mon échelle :

dimanche 8 août 2021

La fille du quai


 




Scénario : Alexine et Fabrice Meddour
Dessins : Fabrice Meddour
Editions : Glénat




La malédiction raconte que quiconque voit la fille du quai sera pour toujours lié à elle....
Elle ne sera visible que par lui et lui seul, jusqu'au jour où elle choisira de le faire périr...
Paru le 7 juillet 2021


Mon avis :

Jeune orphelin, Haurel est recueilli par des gitans suite à la mort brutale de son père, il grandit sans jamais vouloir toucher le sol, bondissant sur les supports en tout genre. C'est encore enfant qu'un jour il aperçoit une femme fascinante avec son ombrelle sur un quai, son destin est scellé ! 
Personne ne peut la voir à part lui et il ne pourra plus jamais s'en défaire.
Il tente de construire sa vie, se marie, a des enfants mais cette femme mystérieuse n'est pas prête à le laisser s'échapper et referme son emprise sur lui...

De très jolis dessins et couleurs pour une bande dessinée qui flirte avec les genres, tantôt fantastique, tantôt poétique, tantôt horrifique, tantôt sensuelle mais dont le scénario aurait gagné en densité avec un peu plus de pages et de développement. Si j'ai beaucoup aimé le cœur de l'histoire, l'ambiance générale bien construite avec des couleurs appropriées à chaque moment, j'ai trouvé le récit trop succinct sur certains points. Il m'a manqué un petit quelque chose pour en faire une très bonne lecture.


Sur mon échelle : 📚📚📚