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dimanche 30 août 2026

Chronique : Johnny Clem (Héros de guerre) - Philippe Charlot - Miras

Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur la BD Johnny Clem (Héros de guerre), écrit par Philippe Charlot et Miras et publié aux éditions Grand Angle.

couverture du livre Johnny Clem (Héros de guerre) - Philippe Charlot - Miras


Fiche technique du livre :
Titre :  Johnny Clem (Héros de guerre)
Scénario: Philippe Charlot
Dessins : Miras
Éditeur : Grand Angle
Genre : BD

Date de parution : 08 avril 2026

Le résumé de l'éditeur :
À l'aube de la Guerre de Sécession, Johnny a neuf ans et pleure sa maman disparue tragiquement. Son père, seul avec trois jeunes enfants, va refaire sa vie. Autour d'eux, le monde s'agite. Les volontaires de l'Union, exaltés, se précipitent à l'appel du Président Lincoln. C'est cette nouvelle famille que Johnny va se choisir. Celle qui part pour les champs de bataille et les plus terribles boucheries d'une guerre fratricide. À douze ans, sa bravoure lui vaudra ses galons de sergent et le surnom mythique de Johnny Shiloh. Mais derrière la légende se cache une autre réalité : celle d'un enfant qui s'est jeté corps et âme dans la folie des hommes, prisonnier d'une gloire à laquelle il ne pourra plus échapper.


.Mon avis :

Comme bien souvent c'est tout d'abord la couverture de l'album qui m'a attirée et puis ensuite comprendre que tout ceci était tiré d'une histoire vraie, photo à l'appui à la fin de la BD. Incroyable ! 

Johnny n'a que 9 ans lorsque la guerre de Sécession débute. Les volontaires affluent pour rejoindre Lincoln et paradent dans les rues. Johnny ne se sent plus réellement chez lui depuis l'arrivée de celle qui remplacera sa mère défunte, une femme revêche et autoritaire. Il voit cet appel à s'engager comme une opportunité et se glisse subrepticement dans le train des soldats. C'est le début d'une aventure inconcevable et pourtant....
Bien entendu, son passage à l'enrôlement n'est pas suivi de succès, on compte bien le renvoyer chez lui mais il va bénéficier de circonstances inopinées pour s'introduire durablement dans diverses sections. A force de détermination, en se rendant utile inlassablement de bien des façons, il devient la mascotte de tous et gagnent leur respect.

J'ai beaucoup aimé la narration, rythmée par le chant "When Johnny comes marching home again", on nous raconte son arrivée et petit à petit, année après année,  une plongée dans l'horreur de la guerre : la violence, le sang, les régiments décimés, les champs de bataille couverts de morts. Il y a une telle discordance entre son jeune âge et les événements auxquels il participe avec son tambour ! C'est un récit très bien documenté, avec force détails, un album très instructif.

Les dessins sont très réalistes et rendent tangible l'horreur de la boucherie des combats, ils mettent aussi en lumière toute l'humanité de ses personnages. Johnny est ferme et courageux, il sera d'ailleurs décoré et gagnera un surnom, mais il est aussi profondément impacté par tout ce qui l'entoure, la détresse des uns, les deuils...

Un très chouette album qui raconte l'incroyable destin d'un gosse emporté dans une guerre qui le dépasse pour finir sergent à 12 ans.

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 16 août 2026

Chronique : La petite bonne - Bérénice Pichat

 Bienvenue sur le blog Chez Bookinette ! Je vous propose aujourd'hui ma chronique littéraire (mon avis de lecture) sur le roman La petite bonne, écrit par Bérénice Pichat et publié aux éditions Le livre de poche.

livre La petite bonne - Bérénice Pichat


Fiche technique du livre :
Titre : La petite bonne
Auteur : Bérénice Pichat
Éditeur : Le livre de poche
Genre : Littérature française  

Date de parution : 02 janvier 2026



Le résumé de l'éditeur :
Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

Mon avis :

J'ai mis longtemps à me décider à lire ce livre... La forme en vers ne m'encourageait pas et pourtant.. je l'ai commencé le matin, juste comme ça pour voir et je ne l'ai plus lâché jusqu'à l'avoir terminé... Un coup de cœur 

Quel livre !

La petite bonne dont nous ne saurons jamais le nom, trime toute la journée à nettoyer chez la bourgeoisie. Elle navigue entre plusieurs familles, du matin jusqu'au soir, armée de son seau lourd de brosses et produits.

Parmi ses maîtres il y a les Daniels chez qui tout le roman se focalise. Blaise, une gueule cassée, invalide, n'est plus que l'ombre d'un homme et Alexandrine sa femme se dévoue corps et âme à son chevet.

Mais Blaise ne supporte plus son sacrifice continuel, il l'incite à sortir, à vivre... Si elle résiste au départ, finalement "soit il en sera ainsi" et il est convenu que c'est la petite bonne qui restera à son chevet pour l'aider, parce que Blaise n'est plus autonome, il faut l'aide pour manger, se laver, s'habiller. 


Les débuts sont tendus, lui la trouve stupide, elle est surtout gênée de son état et ne sait pas vraiment ce qu'elle doit faire. Ils vont rapidement s'apprivoiser, se comprendre, s'apprécier. C'est la rencontre de deux âmes brisées, de deux solitudes.

C'est par petites touches que l'on voit cette si belle relation se construire.

Chaque petit rien, un regard, un geste, il y a tant de pudeur, d'authenticité entre eux.

Mais que c'est beau, que c'est poignant !

La scène du bain est incroyable d'intensité... Je n'ai pas les mots pour retranscrire les émotions.


Comment ne pas compatir sur l'état de Blaise, sa terrible histoire qui se dévoile, sa souffrance quotidienne à la fois physique et morale et puis il y a aussi le secret de la petite bonne qu'elle porte comme une croix. Et quand Monsieur lui dévoile ce qu'il attend d'elle, c'est un dilemme insoluble... 

Et Alexandrine de son côté est aussi un personnage marquant plein de nuances, terriblement humain. Elle est pétrie de certitudes et a le sens du devoir chevillé au corps. Il y a un mélange d'excitation mais aussi de vague culpabilité à s'échapper ainsi. Son week-end promis est une vraie déception, la froide réalité est loin d'être à la hauteur de ses rêves. Elle ne souhaite plus que retourner auprès de Blaise, retourner dans la quiétude se son quotidien rassurant.

Mais Bérénice Pichat nous rappelle que le destin est particulièrement cruel et qu'il peut se jouer des hommes...

La musique tient aussi une grande place dans le récit, la petite bonne découvre sa magie. Il y a des lignes tellement belles sur les émotions qu'elle procure, sur son pouvoir de communication. J'ai tellement aimé tous ces passages-là.

Et j'en reviens à cette forme qui me faisait reculer et qui en fait devient une des forces du roman... Les petits vers sont finalement plutôt une prose mise en forme minimaliste pour les pensées, le point de vue de cette petite bonne invisible, qui sait si bien se faire oublier.
La prose classique plus pleine et déliée est réservée aux maîtres qui savent les mots, qui ont l'habitude de s'exprimer. Et puis, entre les deux, il y a ses petits extraits en italique qui parsèment le roman et dont je n'ai compris la signification qu'à la fin.

J'ai adoré ce livre, la plume sensible, d'une humanité folle et puis l'histoire de ces deux êtres qui n'étaient pas destinés à se rencontrer, qui se trouvent, s'apprivoisent, se dévoilent, se libèrent....C'est beau, c'est émouvant, c'est déchirant !

Mon seul bémol sera pour les deux dernières pages pour cette conclusion trop rapide, mais c'est un minuscule bémol sur cette formidable lecture.

Sur mon échelle



mardi 24 octobre 2023

La poussière des souvenirs






Auteur : Susanne Abel
Editions : Charleston
Traduction : Corinna Gepner






Cologne, 2015.

À quatre-vingt-trois ans, Greta vit confortablement dans un très bel appartement sur les bords du Rhin et même si elle aimerait voir son fils, célèbre reporter pour une grande chaîne de télé, plus souvent, elle ne manque pas d’occupations. Seulement, depuis quelque temps, elle ne se sent plus tout à fait dans son assiette, les mots lui échappent, les objets aussi parfois… Mais tout cela est bien normal à son âge, n’est-ce pas ?

Ce qui la trouble, ce sont les images qui affluent et la taraudent. Des images du passé qui la ramènent dans l’Allemagne de l’après-guerre, celle des privations, celle de la faim et du froid, mais aussi celle des GI américains et des clubs de jazz, quand elle était encore une jeune fille gaie, débrouillarde… et follement amoureuse. Greta comprend alors que le secret qu’elle gardait soigneusement enfoui est en train de la rattraper et qu’elle ne peut plus lui échapper.
Paru le 16 août 2023

Mon avis :

2015, Tom Monderath est un journaliste, homme de télévision connu et reconnu. La quarantaine, il vit seul, s'offre des liaisons passagères sans aucune attache et s'occupe de loin en loin de sa mère vieillissante. Mais la mémoire de cette dernière commence à se déliter et Tom a beaucoup de mal à l'accepter, à mettre des mots sur la maladie qui s'installe et se sent submergé par la charge qui lui incombe.

"La poussière des souvenirs" - quel superbe titre tellement approprié - est un très beau roman sur la relation mère/fils, d'une grande justesse, mais aussi sur un pan de l'histoire de l'Allemagne pendant et après guerre.
Le récit est construit sur les deux époques et l'auteur parvient à les articuler avec beaucoup d'intelligence créant une continuité dans l'histoire qui s'écrit à travers le temps. Deux époques, deux histoires qui se télescopent, se fondent l'une dans l'autre, toutes deux aussi passionnantes l'une que l'autre. Les ellipses temporelles sont parfaitement dosées et rendent la narration vivante et dynamique.

On retrace la jeunesse de Greta, l'idéologie nazie montante et l'endoctrinement systématique de la jeunesse, la guerre, le père disparu, les grands-parents si attachants et lucides puis la défaite, l'armistice et l'arrivée des troupes occupantes US. 
Tout cette mémoire si longtemps enfouie parvient jusqu'à Tom, petit à petit dans les moments de confusion de sa mère. Sa propre jeunesse s'éclaire au vue des épreuves qu'elle a subies et des secrets qu'elle a si farouchement gardés.
Tom comprend, intègre, se questionne sur ses propres failles, sur les traumatismes transgénérationnels... Il sera là pour sa mère pour tenter de réparer ce qui est possible.

Une reconstitution documentée d'un passé dont on parle peu, le racisme américain et allemand, le sort des "bébés bruns" dont je n'avais jamais entendu parler et une telle justesse dans les sentiments sont les ingrédients qui font de ce roman une belle réussite.
J'ai été particulièrement touchée par le personnage de Tom, par ses relations tumultueuses avec cette mère au caractère bien trempé, par ses doutes, ses impatiences, sa culpabilité lancinante et son implication d'abord forcée puis totalement consentie. 

Merci Babelio et les Editions Charleston pour cette très belle lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚 




lundi 11 septembre 2023

Place aux immortels



 Auteur : Patrice Quélard
Editions : Pocket






Un polar historique au cœur des tranchées de la Grande guerre...
Front de la Somme, 1915. Ici, en première ligne, les gendarmes de la prévôté ont mauvaise presse. Pour les soldats qui reviennent du combat, s'ils en reviennent, ceux-ci ne sont guère qu'une bande de planqués, d'embusqués. Venu de Bretagne, le nouveau lieutenant Léon Cognard sait ce qui l'attend : désertions, marché noir, sauf-conduits bidon. Et quand survient un meurtre déguisé en suicide : le silence. Mais Cognard ne peut s'y résigner. Bravant l'hostilité des troupes et la loi du silence de l'état-major, le gendarme se lance alors à la poursuite d'une vérité que tous préféreraient voir crever sans moufter, au fond d'une tranchée...
Paru le 3 mars 2022

Mon avis : 

Je n'ai pas lu beaucoup de romans sur la première guerre mondiale et celui-ci m'a tapé dans l'œil et j'ai vraiment bien fait.

Cognard est un gendarme , sur le front de la Somme en 1915.
Nouveau lieutenant venu de Bretagne,  il est bien difficile d'assoir son autorité. D'autant plus que les conditions ne sont pas favorables, il y a à l'époque une profonde mésentente entre soldats et gendarmes, ces derniers n'allant pas au front mais faisant le "sale boulot" à l'arrière : arrêter les déserteurs, contrôler les couvre-feu, veiller au comportement des hommes, bref des planqués pour les soldats en première ligne.

Le travail est difficile et la reconnaissance inexistante mais Cognard est un homme droit, honnête et profondément humain et il amène à ses troupes un renouveau, il parvient à tordre les règlements pour amener un peu de compréhension et de bienveillance et gagne rapidement le respect et l'admiration de tous ses hommes, même les plus réticents...

Lorsque des soupçons de meurtres parviennent jusqu'à lui, Cognard n'aura de cesse à faire éclater la vérité mais à quel prix !...

C'est un roman passionnant qui n'est pas seulement une enquête, d'ailleurs le meurtre présumé n'apparait que très tard dans le roman. C'est un formidable récit sur la première guerre mondiale, sur la vie des prévôts, les difficultés, les tensions entre les différents corps. Les personnages sont terriblement humains, Cognard en premier lieu mais aussi Bellec et Jouanie, et toute une flopée d'hommes qui tentent de survivre dans cette époque si tourmentée dans des conditions épouvantables.

J'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire forte en relations humaines, cette histoire d'honneur, de survie, où tout un chacun est capable du meilleur comme du pire.
L'auteur déroule les événements sans concession aucune pour les autorités de l'armée capables de fermer les yeux et étouffer les affaires qui pourraient les embarrasser....  
C'est à la fois captivant, révoltant, fort en émotions. 
La fin est excellente !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚 



jeudi 13 avril 2023

Fleur de roche


Auteur : Ilaria Tuti
Editions : Stock
Traduction : Johan-Frédérik Hel Guedj





1915. Les bombes autrichiennes sifflent sur les cimes de la Carnie, dans le Frioul italien. Chaque matin, depuis que la Grande Guerre a fait d'elle une "porteuse", Agata Primus rejoint ses compagnes. Leurs hottes chargées de nourriture et de munitions, elles se lancent à l'assaut de la montagne.
Courageuses, déterminées, elles bravent la neige, le froid et le danger pour ravitailler les soldats italiens dont la vie ne tient plus qu'à un fil.
Benjamine du groupe, Agata est prête à tout pour vaincre ces maudits "diables blancs" qui veulent tuer leurs hommes et envahir leur pays. Mais lorsqu'elle croise la route d'un jeune tireur d'élite autrichien, ses certitudes vacillent....
Paru le 29 mars 2023

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : un immense 


dimanche 26 mars 2023

Le voyage de Marcel Grob








Auteur : Philippe Collin
Illustrateur : Sébastien Goethals
Editions : Futuropolis




Le destin tragique de Marcel Grob, jeune Alsacien de 18 ans, enrôlé de force en juin 1944, dans la Waffen SS. Philippe Collin et Sébastien Goethals se basent sur l'histoire vraie d'un de ces "malgré nous" pour raconter comment et dans quelles conditions ces jeunes Alsaciens furent incorporés et durent combattre dans la SS.
Paru le 11 octobre 2018

Mon avis :

2009, Marcel Grob est interrogé par un juge d'instruction sur son passé dans la Waffen SS. Il n'est guère coopératif, il proteste, nie et pourtant son livret militaire délivre une toute autre vérité. Quel a été le véritable rôle du jeune homme de l'époque, a t-il participé volontairement ou a t-il été enrôlé de force comme nombre de jeunes Alsaciens ?
Les souvenirs soigneusement occultés  remontent à la surface : 27 juin 1944 Marcel Grob et Antoine Guebwiller se rendent à la convocation des Allemands pour être incorporés dans leurs rangs. Ceux qui prenaient le maquis voyaient toute leur famille arrêtée par la Gestapo. 
S'en suit un terrible périple au sein d'une armée ennemie.

Quel superbe album qui traite d'un sujet qui me touche profondément, les "malgré-nous", cette jeunesse alsacienne contrainte de combattre avec l'ennemi. 
Quelle est la part de culpabilité de ces jeunes, parfois seulement 17 ans, dans les événements qui ont suivis ? Victimes ou criminels de guerre ?  Chacun se forgera son opinion.
Le récit de Marcel Grob est sans concession, il raconte l'insouciance, la jeunesse, la violence et les horreurs de la guerre.  
Une mention toute particulière au personnage de Muller qui va tant évoluer entre convictions du début et réalités du terrain.

Les dessins servent à merveille le propos, changeants avec les époques, nets et précis en 2009, plus flous et sépia en 1944. Expressions du visage, mouvements, paysages, tout est d'un grand réalisme et ajoute à la dimension tragique de l'histoire.

En fin d'album, un dossier historique très intéressant " Le drame des Malgré-nous incorporés dans la Waffen SS" de Christian Ingrao vient compléter le récit.

La dédicace "A toute la jeunesse d'Europe" est d'une sinistre actualité.... un album que je recommande vivement !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚+

lundi 11 juillet 2022

Le réseau Alice


 

Auteur : Kate Quinn
Editions : Hauteville 
Traduction 




Un an après le début de la Grande Guerre, Eve Gardiner brûle de prendre part à la lutte contre les Allemands et est recrutée comme espionne. Envoyée dans la France occupée, elle est formée par Lili, nom de code : Alice, qui dirige un vaste réseau d'agents secrets pour lutter contre l'ennemi. Trente ans plus tard, hantée par la trahison qui a provoqué le démantèlement du réseau Alice, Eve, devenue alcoolique, vit recluse. Jusqu'au jour où Charlie, une jeune étudiante qui souhaite retrouver sa cousine disparue en France pendant la dernière guerre, déboule chez elle en prononçant un nom qu'elle n'a pas entendu depuis des décennies. Leur rencontre les entraînera dans une mission visant à découvrir une vérité trop longtemps enterrée. 
Paru le 7 avril 2021

Mon avis : à venir





Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 3 avril 2022

L'institutrice - première partie : Ne fais pas à autrui ...







Scénario : Yves Lavandier
Dessins : Carole Maurel
Editions : Albin Michel



BRETAGNE, JUIN 1944.

Malgré le Débarquement en Normandie, l'occupant et les miliciens locaux traquent encore et toujours juifs et résistants. Marie-Noëlle parviendra-t-elle à protéger ses élèves... tous ses élèves ?
Paru le 30 mars 2022

Mon avis :

Bretagne 1944, la France est occupée et à Ploménéac, Marie-Noëlle Moënner est l'institutrice du village. Forte tête, elle enseigne aux enfants et tente de les protéger.
Au sein de sa classe, on retrouve toutes les tendances de la société du moment, les enfants véhiculant souvent ce qu'ils entendent à la maison : collaboration, antisémitisme, résistance...

Jacques est juif et la milice française débarque un beau jour à l'école pour le chercher.
Il faut faire preuve d'astuce et d'ingéniosité ainsi que de beaucoup de pédagogie pour tenter de le sauver. Mais la tâche est difficile, apprendre à réfléchir et ressentir de l'empathie ne s'acquièrent pas en claquement de doigts...

Les dessins sont superbes, avec une belle galerie de personnages en début et fin d'ouvrage, la bouille attendrissante du petit Corentin, des visages aux grands yeux expressifs où passent toutes les émotions.

Un joli premier tome au scénario bien dosé sur le rôle des enseignants résistants pendant cette période trouble qui se termine sur un vrai suspense  ! Vivement le second tome !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 6 février 2022

Aimer pour deux




Scénario : Stephen Desberg
Dessins : Emilio van der Zuiden
Couleurs : Fabien Alquier
Editions : Grand Angle




Pour vivre son histoire d’amour, elle va renoncer à ce qu’elle a de plus cher.
Monique a 20 ans et ne rêve que de s’émanciper. En 1941, elle débarque dans un Paris occupé et découvre l’euphorie de la capitale. Elle fait la connaissance de Francis, l’épouse sur un coup de tête et donne naissance à Nicole. Mais Monique cherche à comprendre comment elle doit aimer sa propre fille, cette enfant innocente qui la prive de sa liberté…À la Libération, Monique rencontre un officier américain et découvre le grand amour. Pour vivre sa passion, la jeune femme décide de renoncer à tous ses droits sur sa fille et l’abandonne à son père. Dorénavant, la mère et la fille sont faites pour se chercher, se rater, se retrouver. Une histoire bouleversante inspirée de la vie de l’auteur.
Paru le 29 septembre 2021


Mon avis :

Dès les premières pages de cet album, le thème est posé. Monique signe les papiers que lui tend son mari et renonce ainsi à tous ses droits parentaux. Elle part sans se retourner sur cette petite Nicole qu'elle a su si mal aimer.

Retour dans le passé, Paris 1941, Monique arrive chez sa sœur avec une envie folle de profiter de cette toute nouvelle liberté et vivre pleinement malgré l'occupation nazie.
Très vite, elle rencontre Francis, attentionné, plein d'humour qui lui ouvre les portes de la capitale et celles des bars clandestins où la jeunesse s'amuse et danse sur des airs jazzy. Elle s'y fait des amis, Gin, un juif noir homosexuel d'une grande élégance de cœur qui communique avec son piano et Manon, jeune femme solitaire qui s'affiche avec l'ennemi.

Lorsqu'elle tombe enceinte, Monique épouse Francis en sachant qu'il n'est pas l'homme de sa vie et la petite Nicole voit le jour.

Dans un Paris qui vit au rythme de la guerre entre rafles, libération et épuration, le cheminement de cette femme prise au piège d'une vie qu'elle ne désirait pas et hantée par ses décisions est raconté avec beaucoup de sensibilité et sans jugement aucun. Le scénariste a puisé dans sa propre histoire familiale comme il l'écrit dans un très émouvant avant-propos.

Des personnages très attachants, des passages bouleversants, un cadre historique très présent, de jolis dessins aux couleurs profondes, une belle mise en page, une narration off très présente qui donne une  dimension un brin mélancolique teintée d'un peu de regret, un très bel album !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 23 août 2021

Des milliers de lunes








Auteur
: Sebastian Barry
Editions : Joelle Losfeld
Traduction : Laetitia Devaux




Bien qu'il s'agisse d'une histoire à part entière, nous retrouvons Winona Cole, la jeune orpheline indienne lakota du roman Des jours sans fin, et sa vie dans la petite ville de Paris, Tennessee, quelques années après la guerre de Sécession. Winona grandit au sein d'un foyer peu ordinaire, dans une ferme à l'ouest du Tennessee, élevée par John Cole, son père adoptif, et son compagnon d'armes, Thomas McNulty. Cette drôle de petite famille tente de joindre les deux bouts dans la ferme de Lige Magan avec l'aide de deux esclaves affranchis, Tennyson Bouguereau et sa sœur Rosalee. Ils s'efforcent de garder à distance la brutalité du monde et leurs souvenirs du passé. Mais l'Etat du Tennessee est toujours déchiré par le cruel héritage de la guerre civile, et quand Winona puis Tennyson sont violemment attaqués par des inconnus, le colonel Purton décide de rassembler la population pour les disperser. Magnifiquement écrit, vibrant de l'esprit impérieux d'une jeune fille au seuil de l'âge adulte, Des milliers de lunes est un roman sur l'identité et la mémoire, une sublime histoire d'amour et de rédemption.
Paru le 19 aout 2021

Mon avis :

Lorsque Babelio m'a proposé de lire ce roman, je n'ai pas hésité une seconde, j'aime beaucoup les récits sur les indiens et celui-ci n'a pas dérogé. Une chouette lecture !

Une narration à la première personne nous met en lien immédiat avec l'intimité de la jeune Winona. Le style direct, parfois plein de poésie, parfois très familier m'a au premier abord déstabilisée mais très rapidement séduite. L'histoire est racontée de l'intérieur avec toute la complexité du personnage, cette jeune indienne dont les rêves vont être anéantis dans une époque trouble et cruelle.

Cette drôle de famille que forment Winona, Thomas, John mais aussi  Rosalie, Tennyson et Lige doivent faire front aux violence, au racisme et se soutenir.
La guerre de sécession est encore dans tous les esprits, certains blancs ne peuvent accepter les noirs émancipés mais les indiens comptent encore moins, les lois ne leurs sont même pas appliquées. 
C'est dans ce climat tendu que la jeune Winona qui a réussi à avoir un poste à responsabilité chez l'avocat Briscoe rêve de mariage avec Jas Jonski qui la courtise. Comment résister à 17 ans à cet homme bien au dessus de sa propre condition qui lui fait entrevoir un avenir inespéré.
Mais tout s'effondre un soir, dans une étable sordide.... et il n'est même pas question de pouvoir demander officiellement réparation. Winona ne sera plus jamais la même.

Chevauchée, vengeance, bataille, fusillade, vie de famille, quotidien, l'auteur nous dresse un tableau de l'époque saisissant racontée par cette voix singulière à la fois naïve et d'une grande lucidité, celle d'une jeune fille dont les premières illusions vont être emportées mais qui se relève grâce à ceux qui l'entourent et aux souvenirs de son peuple disparu. Il y a beaucoup de fierté et d'intelligence chez Winona, une héroïne très attachante..
Ce récit est vivant, plein d'aventures mais c'est aussi et surtout une belle histoire de tolérance et d'amour.

Un bémol cependant, il y a de nombreuses allusions au tome précédant et j'ai été très frustrée de ne pas l'avoir lu, je pense que j'aurais beaucoup plus apprécié les personnages en ayant suivi leurs premières aventures...

Merci à Babelio et aux Editions Joelle Losfeld

Sur mon échelle : 📚📚📚

dimanche 25 juillet 2021

Herr Doktor: Un destin sans retour





Scénario : Jean-François Vivier
Illustrations : Denoël
Editions : Plein Vent




1940. Martin est médecin à Strasbourg. Sa femme, Élisabeth, est juive. Lors de l'invasion allemande, il l'envoie à Paris avec leur fille. Mais alors que les persécutions antisémites rendent la vie difficile dans la capitale occupée, Martin est engagé de force sur le front de l'Est. Ce destin familial dans la tourmente conduira Martin jusqu'à Berlin, en passant par le Berghof, sur les ruines d'un totalitarisme finissant. Entre son éthique et la réalité de la guerre, la ligne se révèlera étroite afin de rester humain dans l'inhumanité.
Paru le 21 avril 2021

Mon avis :

Les deux tomes de cette série (acte 1 - La peste et le Choléra - Acte 2 - Septicémie) ont été regroupés dans un seul album. Ils racontent l'histoire de Martin et sa famille pendant la seconde guerre mondiale.
Emporté dans l'Histoire, ce médecin alsacien marié à une juive tente dans un premier temps de sauvegarder les siens, puis lorsqu'il est incorporé d'office dans l'armée allemande (les malgré-nous alsaciens), il va tenter de combattre le nazisme avec ses propres armes... un personnage charismatique et engagé.

Une bande dessinée très documentée, aux graphismes classiques collant parfaitement au propos, pleine de détails et d'information sur les évènements de l'époque, sur le front de l'Est, sur le courage des anonymes... 
On y parle de la raffle du Val d'Hiv, de Hitler et de Eva Braun que Martin est amené à côtoyer de près, on y parle aussi des populations française, allemande, ukrainienne touchées par cette guerre meurtrière.

Le mélange entre réalité et fiction est parfaitement dosé, les auteurs se sont servis d'un épisode encore flou de nos jours pour construire une intrigue solide, mélangeant les genres : historique, espionnage avec un suspense grandissant dans la seconde partie.  

Une chouette découverte et une très bonne lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 20 juin 2021

A l'ombre du convoi - tome 1 : Le poids du passé / tome 2 : L'espoir d'un lendemain





Scénario : Kid Toussaint
Dessins : José Maria Beroy
Editions : Casterman





Novembre 1943. Un convoi de déportés faisant route vers la Pologne s'immobilise soudainement. A son bord, Olya, une jeune Juive, mais aussi Wilhem, un membre de la police allemande, et non loin de là, un résistant belge tapi dans l'ombre. Tout les oppose mais ce train va pourtant les réunir.
tome 1 paru le 21 janvier 2012
tome 2 paru le 22 mars 2013

Mon avis :

Une fois n'est pas coutume ma chronique va parler des deux tomes de ce diptyque que j'ai lu à la suite et que je préfère présenter dans sa globalité. 
Une très belle BD qui en s'inspirant d'un fait réel dont je n'avais jamais entendu parler, rappelle que l'héroïsme, le vrai, n'a pas toujours besoin de grands moyens... une histoire très émouvante !

Plutôt qu'un récit linéaire, le scénario rassemble une mosaïque de moments de la vie de Olya Van Horn, une jeune juive allemande, de Wilhem, membre de la Schutzpolizei et Théodore un jeune Belge. Avec beaucoup d'intelligence, l'auteur montre comment peu à peu l'antisémitisme gagne du terrain tout d'abord en Allemagne, puis en Belgique et ailleurs....

Lorsque la vie devient trop difficile à Hambourg, Olya et sa famille se réfugie en Belgique. Mais la guerre venue, la situation se détériore une fois encore.
Wilhem est un jeune allemand doux et rêveur dont le passe-temps préféré est la lecture, mais la jeunesse allemande est soumise à un embrigadement forcé....
Théo, jeune Belge insouciant vit avec le poids d'un père brisé par la première guerre mondiale, il tombe sous le charme de la nièce de son coiffeur.

Ces trois personnages se retrouvent  dans la nuit du 12 au 13 novembre 1943, entre Malines et Louvain autour du convoi de déportés dont Olya fait partie. Wilhem est chargé de convoyer ce train et Théo,avec deux amis, se prépare à une action incroyable d'audace et d'inconscience... 

Trois destins qui se croisent et s'entremêlent, emportés par une Histoire qui les dépasse et dont le scénario retrace les moments clés qui les ont conduit à ce rendez-vous. C'est tragique, dur, émouvant ... 

Les dessins réalistes sont très réussis, avec foison de détails sur le quotidien, les scènes de guerre et autres et des couleurs sombres expriment toute la dimension dramatique du récit. Pleine page ou vignettes en débordement, les souvenirs prennent de l'ampleur et les événements du poids.

Une très belle BD et un bel hommage à Youri Lovhchitz, Robert Maistriau et Jean Fauklemont dont il ne faut pas oublier les noms.

Une mention particulière pour le très beau texte d'introduction de Simon Gronowski ♥


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

jeudi 6 mai 2021

La lune du chasseur


 

Auteur : Philip Caputo
Editions : Cherche midi
Traduction : Fabrice Pointeau



Couverte de forêts, peuplée d'ours, de cerfs, d'élans et d'innombrables espèces d'oiseaux, la péninsule supérieure du Michigan est une région splendide et sauvage. Will Treadwell, propriétaire d'un pub près du lac Supérieur, y joue à l'occasion les guides de chasse.
Pour lui et ses semblables, les temps sont durs. Les valeurs de ces hommes " d'un autre temps " sont mises à mal, leurs femmes et leurs enfants les comprennent de moins en moins. À la crise économique qui frappe la région, s'ajoute une crise existentielle : nos héros subissent aujourd'hui les affres d'une époque où ils ne trouvent plus leur place. La dépression guette, et une nature magnifique n'est pas toujours suffisante pour la tenir à distance.
Philip Caputo nous conte ici les histoires de Will et de ceux qui l'entourent. Autant de portraits sensibles de ces hommes qu'il connaît, qu'il côtoie, et qui ne s'y retrouvent plus. Des hommes aux prises avec leurs émotions, qui, longtemps, ont préféré affronter seuls leurs démons plutôt que d'avouer leur fragilité. Mais les temps changent...
Paru le 6 mai 2021

Mon avis :

Encore une jolie découverte grâce au  Picabo River Book Club !
Un livre qui se décline tout d'abord comme un recueil de 7 nouvelles mais qui flirte très vite avec le format roman, se situant entre les deux et donnant tout son sel à la lecture.
Nouvelles parce que chaque histoire est un tout mais s'élargissant avec des personnages récurrents mais aussi des thèmes communs et parfois des continuités d'histoires.

Will Treadwell tient un pub, le Great Lakes Brew Pub, dans une contrée sauvage propice à la chasse. Il sera le trait d'union entre quasi tous les personnages les accueillant dans son troquet mais aussi faisant fonction de guide à travers les forêts alentours. Sa propre histoire s'étale peu à peu dans les différents chapitres de cette lecture très originale.
A l'automne se retrouvent des hommes autour de leur passion de la chasse : des amis d'enfance, des retraités, des pères et des fils aux relations conflictuelles, d'anciens soldats hantés par leur passé, mais aussi des femmes fortes qui les accompagnent, les soutiennent,  se questionnent... L'auteur explore à travers diverses narrations tantôt à la première tantôt à la troisième personne, les relations humaines : l'amitié, la vieillesse, le deuil, la transmission entre génération, le couple.  Chacun lutte contre ses démons, l'alcoolisme, les addictions, les idées noires, la violence, la responsabilité et la culpabilité.
La nature somptueuse très présente offre un cadre âpre et sauvage où il est facile de se perdre et de se retrouver et qui redonne une vraie perspective. Chacun suit son cheminement intérieur vers l'apaisement ou la violence...

L'ombre de la guerre plane tout au long des pages, Indochine, Viet Nam, Afghanistan, Irak... les vétérans de tout âge doivent composer avec la mal être, les souvenirs obsédants et la nécessité de continuer à vivre normalement malgré tout... 

7 histoires fortes qui se font échos, qui se recoupent, qui se prolongent... 7 morceaux de vie sensibles et criants de réalisme... un très belle lecture. 
Merci Léa, merci aux Editions Cherche Midi !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 23 juin 2019

Dans la gueule du loup







Auteur Michael Morpurgo
Illustrateur Barroux
Editions : Gallimard jeunesse





Francis et Pieter ont toujours été très différents. Lorsque la guerre éclate en 1939, ils choisissent deux chemins opposés : l'un est pacifiste, l'autre s'engage comme soldat dans la Royal Air Force et part au combat. La suite de l'histoire va bouleverser leurs vies pour toujours. Et Francis doit se jeter à son tour dans la gueule du loup. L'histoire vraie de deux frères dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Un récit limpide et chaleureux par le grand conteur Michael Morpurgo, magnifiquement illustré par Barroux. «Ce qu'ont affronté mes deux oncles m'a profondément marqué. Ce livre est, d'une certaine façon, le plus personnel que j'aie jamais écrit» - Michael Morpurgo.
Paru le 11 octobre 2018

Mon avis :

Voilà un livre qui s'adresse à un public très jeune (à partir de 9 ans), ce n'est pas ce que j'ai l'habitude de lire, mais le titre, le thème, les chouettes illustrations... c'est tout un ensemble qui m'a attirée.

L'histoire est touchante, d'autant plus qu'elle est tirée d'une histoire vraie, celle de deux frères emportés dans la tourmente de la seconde guerre mondiale.
Francis, à 90 ans, se souvient, sa jeunesse, son frère Peter et 1939, l'année où tout à basculé...

Le récit est plutôt original, Francis ne fait pas une narration classique de bout en bout mais il s'adresse tout à tour aux personnes qui ont fait un bout de chemin avec lui, ces êtres qui ont tant compté pour lui : son père, son frère Pieter, Nan sa femme, Harry son collègue, Auguste, Christine..... Ce procédé donne un relief particulier, une intimité plus grande et un rythme plus vivant.
Par ce biais, il rend un véritable hommage à tout ceux qui dans l'ombre ont tant donné d'eux-mêmes.

Outre l'histoire douloureuse d'une famille, les liens fraternels et amicaux, la plongée dans le milieu de la résistance, il est aussi question de la conscience de chacun. Francis parle de son profond attachement au pacifisme et comment la guerre a tout emporté sur son passage, même les plus belles illusions...

Une très jolie lecture pour les plus jeunes qui donne une vraie ouverture simple et complète sur cette époque trouble et qui traite de questions profondes par petites touches, avec délicatesse et émotion.

Mon appréciation📚📚📚

mardi 26 mars 2019

Le Vercors oublié - La résistance des habitants de Saint-Martin (1942-1945)



Auteur : Francis Ginsbourger
Editions : Les Editions de l'Atelier




Tout commence par une chemise bleue à glissière qu'une grand-mère confie à son petit-fils : "Mes enfants ne sauront pas quoi en faire, ton père et ton oncle n'en ont jamais reparlé." Dans la chemise : les minutes de l'instruction d'un procès intenté pour des faits de vol et de délation commis à Saint-Martin-en-Vercors en juillet 1944. Quelle histoire se cache sous ce document d'archive ? Francis Ginsbourger suit la trace de sa famille, laquelle, pour échapper aux lois antisémites de Vichy, a trouvé refuge en 1943 dans le village qui allait, quelques mois plus tard, abriter l'état-major du premier maquis de France. Ce livre est le récit haletant d'une enquête au long cours où se mêlent la saga d'une famille, l'histoire de l'implantation et de la répression des maquis du Vercors drômois, et celle de la résistance au quotidien d'un village français. Témoignages et archives patiemment recueillis révèlent comment la plupart de ses habitants, à commencer par le maire et le curé, opposèrent à l'occupant, d'abord italien, puis allemand, le rempart de leurs silences, de leur courage et de la ruse. A travers des portraits saisissants, l'auteur fait sortir de l'ombre "ces montagnards qui connaissaient la montagne, qui se connaissaient entre eux et qui savaient se taire". Des femmes et des hommes ordinaires, oubliés de la légende résistante, qui sauvèrent des vies en posant des gestes extraordinaires.
Paru le 21 février 2019

Mon avis :

Une fois n'est pas coutume, je sors de ma zone de confort avec cette lecture... je ne suis absolument pas friande d'essais, d'autobiographies et autres écrits de non fiction, je ne lis que des romans, de toutes sortes certes, mais des romans.
Ce livre, c'est avant tout un titre, et puis un thème qui m'intéresse vraiment et j'ai tenté... bien m'en a pris !

Il y a quelque chose de très émouvant dans ce récit, la quête de l'auteur pour redessiner l'histoire de sa famille à partir d'une simple archive. Muni de cet héritage qui le questionne, il se lance dans une enquête extrêmement minutieuse pour suivre pas à pas tout le périple de ses grands-parents juifs fuyant les lois antisémites de Vichy. L'histoire familiale se trouve alors intimement liée à l'Histoire du Vercors, de ses habitants, des montagnards pour la plupart anonymes qui protègent, choisissent de se taire et de résister. 

En retrouvant les descendants de ceux qui ont vécu ces heures sombres, qui ont aidé de toutes les façons sa famille, l'auteur met à jour tout un pan d'Histoire, des anecdotes, des faits, des témoignages, l'importance de l'Eglise dans leur sauvegarde.
Il suit leurs pas, retrouve le "scialet" qui les a abrités, et rend hommage à ces hommes oubliés, à un pays qui a fait face à l'ennemi avec courage.... 

Je me suis laissée totalement prendre par ce récit circonstancié, riche de foison d'anecdotes. Un livre qui nous fait revivre des heures sinistres de l'intérieur, qui nous donne un aperçu extrêmement réaliste des combats quotidiens de l'époque grâce à l'incroyable travail de recherche de l'auteur. Un livre à lire pour redécouvrir, pour prendre la pleine mesure du passé.

Un grand merci à Babelio  et aux Editions de l'Atelier 

Mon appréciation : 📚📚📚📚 





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lundi 24 septembre 2018

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski



Auteur : Romain Slocombe
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux.
Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ?
Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés ̶ d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél d'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère.
Paru le 24 août 2017

Mon avis :
Quel plaisir de retrouver la plume de Romain Slocombe et de suivre à nouveau les enquêtes de l'odieux Sadorski...

Paris 1942, l'étoile jaune est devenue obligatoire et le sort des juifs est de plus en plus difficile, leur quotidien une fois encore est décrit avec réalisme : le regard des autres lorsqu'on est stigmatisé, la peur viscérale qui ne vous quitte plus.... Je n'avais jamais entendu parler des gestes de solidarité qui apparaissent alors, ces autres insignes fantaisistes exhibées pour marquer son désaccord, ces tentatives de protestations : passionnant ! 

Toujours aussi détestable, l'inspecteur continue ses petites bassesses quotidiennes, affiche ouvertement un antisémitisme crasse tout en fantasmant sur les belles juives qu'il côtoie - la petite Julie en tête,  fait du zèle pour coincer les défauts de port d'étoile, s'arrange avec les lois et la morale pour son propre intérêt et se voit confier deux enquêtes : découvrir les auteurs d'un attentat dans un café et l'assassinat d'une jeune femme dont il découvre lui-même le corps au cours d'une sortie avec sa femme. 
Ses investigations l'amènent vers les milieux résistants communistes. Tenace et perspicace, il tisse sa toile autour des suspects et ne laissera rien au hasard. Tous les coups sont permis : il bluffe, ment, menace et entraîne le lecteur dans une filature haletante... Du grand art ! 

Mais le point d'orgue du roman est assurément tout le passage  sur la rafle du Vél d'Hiv... On a tous entendu parler de cette sombre page d'Histoire, mais Romain Slocombe nous offre une plongée vertigineuse dans l'horreur.... En suivant Léon Sadorski on assiste aux heures précédentes où Paris bruisse sous les préparatifs, une ambiance sourde, tendue, angoissante. Les ordres arrivent avec la feuilles de route, on arrête hommes, femmes et ... enfants... tout le monde tique.... puis on laisse faire... après tout les ordres sont les ordres, on ne fait qu'obéir. Des problèmes sont soulevés -les conditions, les équipements-  et aussitôt balayés en un geste de la main...  
Puis c'est l'heure des arrestations terriblement éprouvantes.... la bonne conscience de certains, les zélés, et il y a les victimes, impuissantes, lucides pour certaines, celles qui ne plient pas et préfèrent sacrifier tout.. 
L'auteur a su magistralement dépeindre la façon dont la conscience titille Sadorski et comment la barbarie prend le dessus brutalement et si facilement... 

S'en suit la visite au Vél d'Hiv, l'atmosphère étouffante, les descriptions sordides, les odeurs pestilentielles.... Effroyable ! 
Le réalisme est saisissant et les images frappantes, c'est à la fois tellement révoltant et tellement poignant de revoir vivre ces hommes, ces femmes et ces enfants, les conditions de détention, comprendre le déroulé de ces heures, la responsabilité écrasante du gouvernement français de l'époque, ...
Je garde en tête  les larmes de Vilfeu qui ne s'en remettra certainement jamais.... les destins tragiques de Fejga Brukarz et ses enfants, de Chana Rosenwajn et son petit Paul, de tous ces anonymes victimes de la barbarie...

Un livre à lire, indispensable, pour prendre la réelle mesure de l'horreur, pour ne jamais oublier...
Merci Monsieur Slocombe ! 


Mon appréciation





Annexes : 
Le journal du matin du 1er juin 1942

quelques insignes fantaisistes en signe de protestation