Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....
Affichage des articles dont le libellé est guerre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est guerre. Afficher tous les articles

mardi 24 octobre 2023

La poussière des souvenirs






Auteur : Susanne Abel
Editions : Charleston
Traduction : Corinna Gepner






Cologne, 2015.

À quatre-vingt-trois ans, Greta vit confortablement dans un très bel appartement sur les bords du Rhin et même si elle aimerait voir son fils, célèbre reporter pour une grande chaîne de télé, plus souvent, elle ne manque pas d’occupations. Seulement, depuis quelque temps, elle ne se sent plus tout à fait dans son assiette, les mots lui échappent, les objets aussi parfois… Mais tout cela est bien normal à son âge, n’est-ce pas ?

Ce qui la trouble, ce sont les images qui affluent et la taraudent. Des images du passé qui la ramènent dans l’Allemagne de l’après-guerre, celle des privations, celle de la faim et du froid, mais aussi celle des GI américains et des clubs de jazz, quand elle était encore une jeune fille gaie, débrouillarde… et follement amoureuse. Greta comprend alors que le secret qu’elle gardait soigneusement enfoui est en train de la rattraper et qu’elle ne peut plus lui échapper.
Paru le 16 août 2023

Mon avis :

2015, Tom Monderath est un journaliste, homme de télévision connu et reconnu. La quarantaine, il vit seul, s'offre des liaisons passagères sans aucune attache et s'occupe de loin en loin de sa mère vieillissante. Mais la mémoire de cette dernière commence à se déliter et Tom a beaucoup de mal à l'accepter, à mettre des mots sur la maladie qui s'installe et se sent submergé par la charge qui lui incombe.

"La poussière des souvenirs" - quel superbe titre tellement approprié - est un très beau roman sur la relation mère/fils, d'une grande justesse, mais aussi sur un pan de l'histoire de l'Allemagne pendant et après guerre.
Le récit est construit sur les deux époques et l'auteur parvient à les articuler avec beaucoup d'intelligence créant une continuité dans l'histoire qui s'écrit à travers le temps. Deux époques, deux histoires qui se télescopent, se fondent l'une dans l'autre, toutes deux aussi passionnantes l'une que l'autre. Les ellipses temporelles sont parfaitement dosées et rendent la narration vivante et dynamique.

On retrace la jeunesse de Greta, l'idéologie nazie montante et l'endoctrinement systématique de la jeunesse, la guerre, le père disparu, les grands-parents si attachants et lucides puis la défaite, l'armistice et l'arrivée des troupes occupantes US. 
Tout cette mémoire si longtemps enfouie parvient jusqu'à Tom, petit à petit dans les moments de confusion de sa mère. Sa propre jeunesse s'éclaire au vue des épreuves qu'elle a subies et des secrets qu'elle a si farouchement gardés.
Tom comprend, intègre, se questionne sur ses propres failles, sur les traumatismes transgénérationnels... Il sera là pour sa mère pour tenter de réparer ce qui est possible.

Une reconstitution documentée d'un passé dont on parle peu, le racisme américain et allemand, le sort des "bébés bruns" dont je n'avais jamais entendu parler et une telle justesse dans les sentiments sont les ingrédients qui font de ce roman une belle réussite.
J'ai été particulièrement touchée par le personnage de Tom, par ses relations tumultueuses avec cette mère au caractère bien trempé, par ses doutes, ses impatiences, sa culpabilité lancinante et son implication d'abord forcée puis totalement consentie. 

Merci Babelio et les Editions Charleston pour cette très belle lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚 




lundi 11 septembre 2023

Place aux immortels



 Auteur : Patrice Quélard
Editions : Pocket






Un polar historique au cœur des tranchées de la Grande guerre...
Front de la Somme, 1915. Ici, en première ligne, les gendarmes de la prévôté ont mauvaise presse. Pour les soldats qui reviennent du combat, s'ils en reviennent, ceux-ci ne sont guère qu'une bande de planqués, d'embusqués. Venu de Bretagne, le nouveau lieutenant Léon Cognard sait ce qui l'attend : désertions, marché noir, sauf-conduits bidon. Et quand survient un meurtre déguisé en suicide : le silence. Mais Cognard ne peut s'y résigner. Bravant l'hostilité des troupes et la loi du silence de l'état-major, le gendarme se lance alors à la poursuite d'une vérité que tous préféreraient voir crever sans moufter, au fond d'une tranchée...
Paru le 3 mars 2022

Mon avis : 

Je n'ai pas lu beaucoup de romans sur la première guerre mondiale et celui-ci m'a tapé dans l'œil et j'ai vraiment bien fait.

Cognard est un gendarme , sur le front de la Somme en 1915.
Nouveau lieutenant venu de Bretagne,  il est bien difficile d'assoir son autorité. D'autant plus que les conditions ne sont pas favorables, il y a à l'époque une profonde mésentente entre soldats et gendarmes, ces derniers n'allant pas au front mais faisant le "sale boulot" à l'arrière : arrêter les déserteurs, contrôler les couvre-feu, veiller au comportement des hommes, bref des planqués pour les soldats en première ligne.

Le travail est difficile et la reconnaissance inexistante mais Cognard est un homme droit, honnête et profondément humain et il amène à ses troupes un renouveau, il parvient à tordre les règlements pour amener un peu de compréhension et de bienveillance et gagne rapidement le respect et l'admiration de tous ses hommes, même les plus réticents...

Lorsque des soupçons de meurtres parviennent jusqu'à lui, Cognard n'aura de cesse à faire éclater la vérité mais à quel prix !...

C'est un roman passionnant qui n'est pas seulement une enquête, d'ailleurs le meurtre présumé n'apparait que très tard dans le roman. C'est un formidable récit sur la première guerre mondiale, sur la vie des prévôts, les difficultés, les tensions entre les différents corps. Les personnages sont terriblement humains, Cognard en premier lieu mais aussi Bellec et Jouanie, et toute une flopée d'hommes qui tentent de survivre dans cette époque si tourmentée dans des conditions épouvantables.

J'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire forte en relations humaines, cette histoire d'honneur, de survie, où tout un chacun est capable du meilleur comme du pire.
L'auteur déroule les événements sans concession aucune pour les autorités de l'armée capables de fermer les yeux et étouffer les affaires qui pourraient les embarrasser....  
C'est à la fois captivant, révoltant, fort en émotions. 
La fin est excellente !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚 



jeudi 13 avril 2023

Fleur de roche


Auteur : Ilaria Tuti
Editions : Stock
Traduction : Johan-Frédérik Hel Guedj





1915. Les bombes autrichiennes sifflent sur les cimes de la Carnie, dans le Frioul italien. Chaque matin, depuis que la Grande Guerre a fait d'elle une "porteuse", Agata Primus rejoint ses compagnes. Leurs hottes chargées de nourriture et de munitions, elles se lancent à l'assaut de la montagne.
Courageuses, déterminées, elles bravent la neige, le froid et le danger pour ravitailler les soldats italiens dont la vie ne tient plus qu'à un fil.
Benjamine du groupe, Agata est prête à tout pour vaincre ces maudits "diables blancs" qui veulent tuer leurs hommes et envahir leur pays. Mais lorsqu'elle croise la route d'un jeune tireur d'élite autrichien, ses certitudes vacillent....
Paru le 29 mars 2023

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : un immense 


dimanche 26 mars 2023

Le voyage de Marcel Grob








Auteur : Philippe Collin
Illustrateur : Sébastien Goethals
Editions : Futuropolis




Le destin tragique de Marcel Grob, jeune Alsacien de 18 ans, enrôlé de force en juin 1944, dans la Waffen SS. Philippe Collin et Sébastien Goethals se basent sur l'histoire vraie d'un de ces "malgré nous" pour raconter comment et dans quelles conditions ces jeunes Alsaciens furent incorporés et durent combattre dans la SS.
Paru le 11 octobre 2018

Mon avis :

2009, Marcel Grob est interrogé par un juge d'instruction sur son passé dans la Waffen SS. Il n'est guère coopératif, il proteste, nie et pourtant son livret militaire délivre une toute autre vérité. Quel a été le véritable rôle du jeune homme de l'époque, a t-il participé volontairement ou a t-il été enrôlé de force comme nombre de jeunes Alsaciens ?
Les souvenirs soigneusement occultés  remontent à la surface : 27 juin 1944 Marcel Grob et Antoine Guebwiller se rendent à la convocation des Allemands pour être incorporés dans leurs rangs. Ceux qui prenaient le maquis voyaient toute leur famille arrêtée par la Gestapo. 
S'en suit un terrible périple au sein d'une armée ennemie.

Quel superbe album qui traite d'un sujet qui me touche profondément, les "malgré-nous", cette jeunesse alsacienne contrainte de combattre avec l'ennemi. 
Quelle est la part de culpabilité de ces jeunes, parfois seulement 17 ans, dans les événements qui ont suivis ? Victimes ou criminels de guerre ?  Chacun se forgera son opinion.
Le récit de Marcel Grob est sans concession, il raconte l'insouciance, la jeunesse, la violence et les horreurs de la guerre.  
Une mention toute particulière au personnage de Muller qui va tant évoluer entre convictions du début et réalités du terrain.

Les dessins servent à merveille le propos, changeants avec les époques, nets et précis en 2009, plus flous et sépia en 1944. Expressions du visage, mouvements, paysages, tout est d'un grand réalisme et ajoute à la dimension tragique de l'histoire.

En fin d'album, un dossier historique très intéressant " Le drame des Malgré-nous incorporés dans la Waffen SS" de Christian Ingrao vient compléter le récit.

La dédicace "A toute la jeunesse d'Europe" est d'une sinistre actualité.... un album que je recommande vivement !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚+

lundi 11 juillet 2022

Le réseau Alice


 

Auteur : Kate Quinn
Editions : Hauteville 
Traduction 




Un an après le début de la Grande Guerre, Eve Gardiner brûle de prendre part à la lutte contre les Allemands et est recrutée comme espionne. Envoyée dans la France occupée, elle est formée par Lili, nom de code : Alice, qui dirige un vaste réseau d'agents secrets pour lutter contre l'ennemi. Trente ans plus tard, hantée par la trahison qui a provoqué le démantèlement du réseau Alice, Eve, devenue alcoolique, vit recluse. Jusqu'au jour où Charlie, une jeune étudiante qui souhaite retrouver sa cousine disparue en France pendant la dernière guerre, déboule chez elle en prononçant un nom qu'elle n'a pas entendu depuis des décennies. Leur rencontre les entraînera dans une mission visant à découvrir une vérité trop longtemps enterrée. 
Paru le 7 avril 2021

Mon avis : à venir





Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 3 avril 2022

L'institutrice - première partie : Ne fais pas à autrui ...







Scénario : Yves Lavandier
Dessins : Carole Maurel
Editions : Albin Michel



BRETAGNE, JUIN 1944.

Malgré le Débarquement en Normandie, l'occupant et les miliciens locaux traquent encore et toujours juifs et résistants. Marie-Noëlle parviendra-t-elle à protéger ses élèves... tous ses élèves ?
Paru le 30 mars 2022

Mon avis :

Bretagne 1944, la France est occupée et à Ploménéac, Marie-Noëlle Moënner est l'institutrice du village. Forte tête, elle enseigne aux enfants et tente de les protéger.
Au sein de sa classe, on retrouve toutes les tendances de la société du moment, les enfants véhiculant souvent ce qu'ils entendent à la maison : collaboration, antisémitisme, résistance...

Jacques est juif et la milice française débarque un beau jour à l'école pour le chercher.
Il faut faire preuve d'astuce et d'ingéniosité ainsi que de beaucoup de pédagogie pour tenter de le sauver. Mais la tâche est difficile, apprendre à réfléchir et ressentir de l'empathie ne s'acquièrent pas en claquement de doigts...

Les dessins sont superbes, avec une belle galerie de personnages en début et fin d'ouvrage, la bouille attendrissante du petit Corentin, des visages aux grands yeux expressifs où passent toutes les émotions.

Un joli premier tome au scénario bien dosé sur le rôle des enseignants résistants pendant cette période trouble qui se termine sur un vrai suspense  ! Vivement le second tome !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 6 février 2022

Aimer pour deux




Scénario : Stephen Desberg
Dessins : Emilio van der Zuiden
Couleurs : Fabien Alquier
Editions : Grand Angle




Pour vivre son histoire d’amour, elle va renoncer à ce qu’elle a de plus cher.
Monique a 20 ans et ne rêve que de s’émanciper. En 1941, elle débarque dans un Paris occupé et découvre l’euphorie de la capitale. Elle fait la connaissance de Francis, l’épouse sur un coup de tête et donne naissance à Nicole. Mais Monique cherche à comprendre comment elle doit aimer sa propre fille, cette enfant innocente qui la prive de sa liberté…À la Libération, Monique rencontre un officier américain et découvre le grand amour. Pour vivre sa passion, la jeune femme décide de renoncer à tous ses droits sur sa fille et l’abandonne à son père. Dorénavant, la mère et la fille sont faites pour se chercher, se rater, se retrouver. Une histoire bouleversante inspirée de la vie de l’auteur.
Paru le 29 septembre 2021


Mon avis :

Dès les premières pages de cet album, le thème est posé. Monique signe les papiers que lui tend son mari et renonce ainsi à tous ses droits parentaux. Elle part sans se retourner sur cette petite Nicole qu'elle a su si mal aimer.

Retour dans le passé, Paris 1941, Monique arrive chez sa sœur avec une envie folle de profiter de cette toute nouvelle liberté et vivre pleinement malgré l'occupation nazie.
Très vite, elle rencontre Francis, attentionné, plein d'humour qui lui ouvre les portes de la capitale et celles des bars clandestins où la jeunesse s'amuse et danse sur des airs jazzy. Elle s'y fait des amis, Gin, un juif noir homosexuel d'une grande élégance de cœur qui communique avec son piano et Manon, jeune femme solitaire qui s'affiche avec l'ennemi.

Lorsqu'elle tombe enceinte, Monique épouse Francis en sachant qu'il n'est pas l'homme de sa vie et la petite Nicole voit le jour.

Dans un Paris qui vit au rythme de la guerre entre rafles, libération et épuration, le cheminement de cette femme prise au piège d'une vie qu'elle ne désirait pas et hantée par ses décisions est raconté avec beaucoup de sensibilité et sans jugement aucun. Le scénariste a puisé dans sa propre histoire familiale comme il l'écrit dans un très émouvant avant-propos.

Des personnages très attachants, des passages bouleversants, un cadre historique très présent, de jolis dessins aux couleurs profondes, une belle mise en page, une narration off très présente qui donne une  dimension un brin mélancolique teintée d'un peu de regret, un très bel album !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 23 août 2021

Des milliers de lunes








Auteur
: Sebastian Barry
Editions : Joelle Losfeld
Traduction : Laetitia Devaux




Bien qu'il s'agisse d'une histoire à part entière, nous retrouvons Winona Cole, la jeune orpheline indienne lakota du roman Des jours sans fin, et sa vie dans la petite ville de Paris, Tennessee, quelques années après la guerre de Sécession. Winona grandit au sein d'un foyer peu ordinaire, dans une ferme à l'ouest du Tennessee, élevée par John Cole, son père adoptif, et son compagnon d'armes, Thomas McNulty. Cette drôle de petite famille tente de joindre les deux bouts dans la ferme de Lige Magan avec l'aide de deux esclaves affranchis, Tennyson Bouguereau et sa sœur Rosalee. Ils s'efforcent de garder à distance la brutalité du monde et leurs souvenirs du passé. Mais l'Etat du Tennessee est toujours déchiré par le cruel héritage de la guerre civile, et quand Winona puis Tennyson sont violemment attaqués par des inconnus, le colonel Purton décide de rassembler la population pour les disperser. Magnifiquement écrit, vibrant de l'esprit impérieux d'une jeune fille au seuil de l'âge adulte, Des milliers de lunes est un roman sur l'identité et la mémoire, une sublime histoire d'amour et de rédemption.
Paru le 19 aout 2021

Mon avis :

Lorsque Babelio m'a proposé de lire ce roman, je n'ai pas hésité une seconde, j'aime beaucoup les récits sur les indiens et celui-ci n'a pas dérogé. Une chouette lecture !

Une narration à la première personne nous met en lien immédiat avec l'intimité de la jeune Winona. Le style direct, parfois plein de poésie, parfois très familier m'a au premier abord déstabilisée mais très rapidement séduite. L'histoire est racontée de l'intérieur avec toute la complexité du personnage, cette jeune indienne dont les rêves vont être anéantis dans une époque trouble et cruelle.

Cette drôle de famille que forment Winona, Thomas, John mais aussi  Rosalie, Tennyson et Lige doivent faire front aux violence, au racisme et se soutenir.
La guerre de sécession est encore dans tous les esprits, certains blancs ne peuvent accepter les noirs émancipés mais les indiens comptent encore moins, les lois ne leurs sont même pas appliquées. 
C'est dans ce climat tendu que la jeune Winona qui a réussi à avoir un poste à responsabilité chez l'avocat Briscoe rêve de mariage avec Jas Jonski qui la courtise. Comment résister à 17 ans à cet homme bien au dessus de sa propre condition qui lui fait entrevoir un avenir inespéré.
Mais tout s'effondre un soir, dans une étable sordide.... et il n'est même pas question de pouvoir demander officiellement réparation. Winona ne sera plus jamais la même.

Chevauchée, vengeance, bataille, fusillade, vie de famille, quotidien, l'auteur nous dresse un tableau de l'époque saisissant racontée par cette voix singulière à la fois naïve et d'une grande lucidité, celle d'une jeune fille dont les premières illusions vont être emportées mais qui se relève grâce à ceux qui l'entourent et aux souvenirs de son peuple disparu. Il y a beaucoup de fierté et d'intelligence chez Winona, une héroïne très attachante..
Ce récit est vivant, plein d'aventures mais c'est aussi et surtout une belle histoire de tolérance et d'amour.

Un bémol cependant, il y a de nombreuses allusions au tome précédant et j'ai été très frustrée de ne pas l'avoir lu, je pense que j'aurais beaucoup plus apprécié les personnages en ayant suivi leurs premières aventures...

Merci à Babelio et aux Editions Joelle Losfeld

Sur mon échelle : 📚📚📚

dimanche 25 juillet 2021

Herr Doktor: Un destin sans retour





Scénario : Jean-François Vivier
Illustrations : Denoël
Editions : Plein Vent




1940. Martin est médecin à Strasbourg. Sa femme, Élisabeth, est juive. Lors de l'invasion allemande, il l'envoie à Paris avec leur fille. Mais alors que les persécutions antisémites rendent la vie difficile dans la capitale occupée, Martin est engagé de force sur le front de l'Est. Ce destin familial dans la tourmente conduira Martin jusqu'à Berlin, en passant par le Berghof, sur les ruines d'un totalitarisme finissant. Entre son éthique et la réalité de la guerre, la ligne se révèlera étroite afin de rester humain dans l'inhumanité.
Paru le 21 avril 2021

Mon avis :

Les deux tomes de cette série (acte 1 - La peste et le Choléra - Acte 2 - Septicémie) ont été regroupés dans un seul album. Ils racontent l'histoire de Martin et sa famille pendant la seconde guerre mondiale.
Emporté dans l'Histoire, ce médecin alsacien marié à une juive tente dans un premier temps de sauvegarder les siens, puis lorsqu'il est incorporé d'office dans l'armée allemande (les malgré-nous alsaciens), il va tenter de combattre le nazisme avec ses propres armes... un personnage charismatique et engagé.

Une bande dessinée très documentée, aux graphismes classiques collant parfaitement au propos, pleine de détails et d'information sur les évènements de l'époque, sur le front de l'Est, sur le courage des anonymes... 
On y parle de la raffle du Val d'Hiv, de Hitler et de Eva Braun que Martin est amené à côtoyer de près, on y parle aussi des populations française, allemande, ukrainienne touchées par cette guerre meurtrière.

Le mélange entre réalité et fiction est parfaitement dosé, les auteurs se sont servis d'un épisode encore flou de nos jours pour construire une intrigue solide, mélangeant les genres : historique, espionnage avec un suspense grandissant dans la seconde partie.  

Une chouette découverte et une très bonne lecture !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚


dimanche 20 juin 2021

A l'ombre du convoi - tome 1 : Le poids du passé / tome 2 : L'espoir d'un lendemain





Scénario : Kid Toussaint
Dessins : José Maria Beroy
Editions : Casterman





Novembre 1943. Un convoi de déportés faisant route vers la Pologne s'immobilise soudainement. A son bord, Olya, une jeune Juive, mais aussi Wilhem, un membre de la police allemande, et non loin de là, un résistant belge tapi dans l'ombre. Tout les oppose mais ce train va pourtant les réunir.
tome 1 paru le 21 janvier 2012
tome 2 paru le 22 mars 2013

Mon avis :

Une fois n'est pas coutume ma chronique va parler des deux tomes de ce diptyque que j'ai lu à la suite et que je préfère présenter dans sa globalité. 
Une très belle BD qui en s'inspirant d'un fait réel dont je n'avais jamais entendu parler, rappelle que l'héroïsme, le vrai, n'a pas toujours besoin de grands moyens... une histoire très émouvante !

Plutôt qu'un récit linéaire, le scénario rassemble une mosaïque de moments de la vie de Olya Van Horn, une jeune juive allemande, de Wilhem, membre de la Schutzpolizei et Théodore un jeune Belge. Avec beaucoup d'intelligence, l'auteur montre comment peu à peu l'antisémitisme gagne du terrain tout d'abord en Allemagne, puis en Belgique et ailleurs....

Lorsque la vie devient trop difficile à Hambourg, Olya et sa famille se réfugie en Belgique. Mais la guerre venue, la situation se détériore une fois encore.
Wilhem est un jeune allemand doux et rêveur dont le passe-temps préféré est la lecture, mais la jeunesse allemande est soumise à un embrigadement forcé....
Théo, jeune Belge insouciant vit avec le poids d'un père brisé par la première guerre mondiale, il tombe sous le charme de la nièce de son coiffeur.

Ces trois personnages se retrouvent  dans la nuit du 12 au 13 novembre 1943, entre Malines et Louvain autour du convoi de déportés dont Olya fait partie. Wilhem est chargé de convoyer ce train et Théo,avec deux amis, se prépare à une action incroyable d'audace et d'inconscience... 

Trois destins qui se croisent et s'entremêlent, emportés par une Histoire qui les dépasse et dont le scénario retrace les moments clés qui les ont conduit à ce rendez-vous. C'est tragique, dur, émouvant ... 

Les dessins réalistes sont très réussis, avec foison de détails sur le quotidien, les scènes de guerre et autres et des couleurs sombres expriment toute la dimension dramatique du récit. Pleine page ou vignettes en débordement, les souvenirs prennent de l'ampleur et les événements du poids.

Une très belle BD et un bel hommage à Youri Lovhchitz, Robert Maistriau et Jean Fauklemont dont il ne faut pas oublier les noms.

Une mention particulière pour le très beau texte d'introduction de Simon Gronowski ♥


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

jeudi 6 mai 2021

La lune du chasseur


 

Auteur : Philip Caputo
Editions : Cherche midi
Traduction : Fabrice Pointeau



Couverte de forêts, peuplée d'ours, de cerfs, d'élans et d'innombrables espèces d'oiseaux, la péninsule supérieure du Michigan est une région splendide et sauvage. Will Treadwell, propriétaire d'un pub près du lac Supérieur, y joue à l'occasion les guides de chasse.
Pour lui et ses semblables, les temps sont durs. Les valeurs de ces hommes " d'un autre temps " sont mises à mal, leurs femmes et leurs enfants les comprennent de moins en moins. À la crise économique qui frappe la région, s'ajoute une crise existentielle : nos héros subissent aujourd'hui les affres d'une époque où ils ne trouvent plus leur place. La dépression guette, et une nature magnifique n'est pas toujours suffisante pour la tenir à distance.
Philip Caputo nous conte ici les histoires de Will et de ceux qui l'entourent. Autant de portraits sensibles de ces hommes qu'il connaît, qu'il côtoie, et qui ne s'y retrouvent plus. Des hommes aux prises avec leurs émotions, qui, longtemps, ont préféré affronter seuls leurs démons plutôt que d'avouer leur fragilité. Mais les temps changent...
Paru le 6 mai 2021

Mon avis :

Encore une jolie découverte grâce au  Picabo River Book Club !
Un livre qui se décline tout d'abord comme un recueil de 7 nouvelles mais qui flirte très vite avec le format roman, se situant entre les deux et donnant tout son sel à la lecture.
Nouvelles parce que chaque histoire est un tout mais s'élargissant avec des personnages récurrents mais aussi des thèmes communs et parfois des continuités d'histoires.

Will Treadwell tient un pub, le Great Lakes Brew Pub, dans une contrée sauvage propice à la chasse. Il sera le trait d'union entre quasi tous les personnages les accueillant dans son troquet mais aussi faisant fonction de guide à travers les forêts alentours. Sa propre histoire s'étale peu à peu dans les différents chapitres de cette lecture très originale.
A l'automne se retrouvent des hommes autour de leur passion de la chasse : des amis d'enfance, des retraités, des pères et des fils aux relations conflictuelles, d'anciens soldats hantés par leur passé, mais aussi des femmes fortes qui les accompagnent, les soutiennent,  se questionnent... L'auteur explore à travers diverses narrations tantôt à la première tantôt à la troisième personne, les relations humaines : l'amitié, la vieillesse, le deuil, la transmission entre génération, le couple.  Chacun lutte contre ses démons, l'alcoolisme, les addictions, les idées noires, la violence, la responsabilité et la culpabilité.
La nature somptueuse très présente offre un cadre âpre et sauvage où il est facile de se perdre et de se retrouver et qui redonne une vraie perspective. Chacun suit son cheminement intérieur vers l'apaisement ou la violence...

L'ombre de la guerre plane tout au long des pages, Indochine, Viet Nam, Afghanistan, Irak... les vétérans de tout âge doivent composer avec la mal être, les souvenirs obsédants et la nécessité de continuer à vivre normalement malgré tout... 

7 histoires fortes qui se font échos, qui se recoupent, qui se prolongent... 7 morceaux de vie sensibles et criants de réalisme... un très belle lecture. 
Merci Léa, merci aux Editions Cherche Midi !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

dimanche 23 juin 2019

Dans la gueule du loup







Auteur Michael Morpurgo
Illustrateur Barroux
Editions : Gallimard jeunesse





Francis et Pieter ont toujours été très différents. Lorsque la guerre éclate en 1939, ils choisissent deux chemins opposés : l'un est pacifiste, l'autre s'engage comme soldat dans la Royal Air Force et part au combat. La suite de l'histoire va bouleverser leurs vies pour toujours. Et Francis doit se jeter à son tour dans la gueule du loup. L'histoire vraie de deux frères dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Un récit limpide et chaleureux par le grand conteur Michael Morpurgo, magnifiquement illustré par Barroux. «Ce qu'ont affronté mes deux oncles m'a profondément marqué. Ce livre est, d'une certaine façon, le plus personnel que j'aie jamais écrit» - Michael Morpurgo.
Paru le 11 octobre 2018

Mon avis :

Voilà un livre qui s'adresse à un public très jeune (à partir de 9 ans), ce n'est pas ce que j'ai l'habitude de lire, mais le titre, le thème, les chouettes illustrations... c'est tout un ensemble qui m'a attirée.

L'histoire est touchante, d'autant plus qu'elle est tirée d'une histoire vraie, celle de deux frères emportés dans la tourmente de la seconde guerre mondiale.
Francis, à 90 ans, se souvient, sa jeunesse, son frère Peter et 1939, l'année où tout à basculé...

Le récit est plutôt original, Francis ne fait pas une narration classique de bout en bout mais il s'adresse tout à tour aux personnes qui ont fait un bout de chemin avec lui, ces êtres qui ont tant compté pour lui : son père, son frère Pieter, Nan sa femme, Harry son collègue, Auguste, Christine..... Ce procédé donne un relief particulier, une intimité plus grande et un rythme plus vivant.
Par ce biais, il rend un véritable hommage à tout ceux qui dans l'ombre ont tant donné d'eux-mêmes.

Outre l'histoire douloureuse d'une famille, les liens fraternels et amicaux, la plongée dans le milieu de la résistance, il est aussi question de la conscience de chacun. Francis parle de son profond attachement au pacifisme et comment la guerre a tout emporté sur son passage, même les plus belles illusions...

Une très jolie lecture pour les plus jeunes qui donne une vraie ouverture simple et complète sur cette époque trouble et qui traite de questions profondes par petites touches, avec délicatesse et émotion.

Mon appréciation📚📚📚

mardi 26 mars 2019

Le Vercors oublié - La résistance des habitants de Saint-Martin (1942-1945)



Auteur : Francis Ginsbourger
Editions : Les Editions de l'Atelier




Tout commence par une chemise bleue à glissière qu'une grand-mère confie à son petit-fils : "Mes enfants ne sauront pas quoi en faire, ton père et ton oncle n'en ont jamais reparlé." Dans la chemise : les minutes de l'instruction d'un procès intenté pour des faits de vol et de délation commis à Saint-Martin-en-Vercors en juillet 1944. Quelle histoire se cache sous ce document d'archive ? Francis Ginsbourger suit la trace de sa famille, laquelle, pour échapper aux lois antisémites de Vichy, a trouvé refuge en 1943 dans le village qui allait, quelques mois plus tard, abriter l'état-major du premier maquis de France. Ce livre est le récit haletant d'une enquête au long cours où se mêlent la saga d'une famille, l'histoire de l'implantation et de la répression des maquis du Vercors drômois, et celle de la résistance au quotidien d'un village français. Témoignages et archives patiemment recueillis révèlent comment la plupart de ses habitants, à commencer par le maire et le curé, opposèrent à l'occupant, d'abord italien, puis allemand, le rempart de leurs silences, de leur courage et de la ruse. A travers des portraits saisissants, l'auteur fait sortir de l'ombre "ces montagnards qui connaissaient la montagne, qui se connaissaient entre eux et qui savaient se taire". Des femmes et des hommes ordinaires, oubliés de la légende résistante, qui sauvèrent des vies en posant des gestes extraordinaires.
Paru le 21 février 2019

Mon avis :

Une fois n'est pas coutume, je sors de ma zone de confort avec cette lecture... je ne suis absolument pas friande d'essais, d'autobiographies et autres écrits de non fiction, je ne lis que des romans, de toutes sortes certes, mais des romans.
Ce livre, c'est avant tout un titre, et puis un thème qui m'intéresse vraiment et j'ai tenté... bien m'en a pris !

Il y a quelque chose de très émouvant dans ce récit, la quête de l'auteur pour redessiner l'histoire de sa famille à partir d'une simple archive. Muni de cet héritage qui le questionne, il se lance dans une enquête extrêmement minutieuse pour suivre pas à pas tout le périple de ses grands-parents juifs fuyant les lois antisémites de Vichy. L'histoire familiale se trouve alors intimement liée à l'Histoire du Vercors, de ses habitants, des montagnards pour la plupart anonymes qui protègent, choisissent de se taire et de résister. 

En retrouvant les descendants de ceux qui ont vécu ces heures sombres, qui ont aidé de toutes les façons sa famille, l'auteur met à jour tout un pan d'Histoire, des anecdotes, des faits, des témoignages, l'importance de l'Eglise dans leur sauvegarde.
Il suit leurs pas, retrouve le "scialet" qui les a abrités, et rend hommage à ces hommes oubliés, à un pays qui a fait face à l'ennemi avec courage.... 

Je me suis laissée totalement prendre par ce récit circonstancié, riche de foison d'anecdotes. Un livre qui nous fait revivre des heures sinistres de l'intérieur, qui nous donne un aperçu extrêmement réaliste des combats quotidiens de l'époque grâce à l'incroyable travail de recherche de l'auteur. Un livre à lire pour redécouvrir, pour prendre la pleine mesure du passé.

Un grand merci à Babelio  et aux Editions de l'Atelier 

Mon appréciation : 📚📚📚📚 





tous les livres sur Babelio.com

lundi 24 septembre 2018

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski



Auteur : Romain Slocombe
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux.
Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ?
Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés ̶ d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél d'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère.
Paru le 24 août 2017

Mon avis :
Quel plaisir de retrouver la plume de Romain Slocombe et de suivre à nouveau les enquêtes de l'odieux Sadorski...

Paris 1942, l'étoile jaune est devenue obligatoire et le sort des juifs est de plus en plus difficile, leur quotidien une fois encore est décrit avec réalisme : le regard des autres lorsqu'on est stigmatisé, la peur viscérale qui ne vous quitte plus.... Je n'avais jamais entendu parler des gestes de solidarité qui apparaissent alors, ces autres insignes fantaisistes exhibées pour marquer son désaccord, ces tentatives de protestations : passionnant ! 

Toujours aussi détestable, l'inspecteur continue ses petites bassesses quotidiennes, affiche ouvertement un antisémitisme crasse tout en fantasmant sur les belles juives qu'il côtoie - la petite Julie en tête,  fait du zèle pour coincer les défauts de port d'étoile, s'arrange avec les lois et la morale pour son propre intérêt et se voit confier deux enquêtes : découvrir les auteurs d'un attentat dans un café et l'assassinat d'une jeune femme dont il découvre lui-même le corps au cours d'une sortie avec sa femme. 
Ses investigations l'amènent vers les milieux résistants communistes. Tenace et perspicace, il tisse sa toile autour des suspects et ne laissera rien au hasard. Tous les coups sont permis : il bluffe, ment, menace et entraîne le lecteur dans une filature haletante... Du grand art ! 

Mais le point d'orgue du roman est assurément tout le passage  sur la rafle du Vél d'Hiv... On a tous entendu parler de cette sombre page d'Histoire, mais Romain Slocombe nous offre une plongée vertigineuse dans l'horreur.... En suivant Léon Sadorski on assiste aux heures précédentes où Paris bruisse sous les préparatifs, une ambiance sourde, tendue, angoissante. Les ordres arrivent avec la feuilles de route, on arrête hommes, femmes et ... enfants... tout le monde tique.... puis on laisse faire... après tout les ordres sont les ordres, on ne fait qu'obéir. Des problèmes sont soulevés -les conditions, les équipements-  et aussitôt balayés en un geste de la main...  
Puis c'est l'heure des arrestations terriblement éprouvantes.... la bonne conscience de certains, les zélés, et il y a les victimes, impuissantes, lucides pour certaines, celles qui ne plient pas et préfèrent sacrifier tout.. 
L'auteur a su magistralement dépeindre la façon dont la conscience titille Sadorski et comment la barbarie prend le dessus brutalement et si facilement... 

S'en suit la visite au Vél d'Hiv, l'atmosphère étouffante, les descriptions sordides, les odeurs pestilentielles.... Effroyable ! 
Le réalisme est saisissant et les images frappantes, c'est à la fois tellement révoltant et tellement poignant de revoir vivre ces hommes, ces femmes et ces enfants, les conditions de détention, comprendre le déroulé de ces heures, la responsabilité écrasante du gouvernement français de l'époque, ...
Je garde en tête  les larmes de Vilfeu qui ne s'en remettra certainement jamais.... les destins tragiques de Fejga Brukarz et ses enfants, de Chana Rosenwajn et son petit Paul, de tous ces anonymes victimes de la barbarie...

Un livre à lire, indispensable, pour prendre la réelle mesure de l'horreur, pour ne jamais oublier...
Merci Monsieur Slocombe ! 


Mon appréciation





Annexes : 
Le journal du matin du 1er juin 1942

quelques insignes fantaisistes en signe de protestation


vendredi 24 août 2018

Les larmes des cigognes



Auteur : Lawren Schneider
Editions : Auto édité


TAMBOV, 1943
Louis n’arrivait pas à trouver le sommeil. Peut-être devenait-il fou. « Je crois que j’ai des visions, un peu comme Bernadette, à Lourdes. C’est comme si j’étais rentré dans le corps de ce type. » Il a cogné une femme. De toutes ses forces. 

GAMBSTETT, 1986
« Je m’appelle Christophe et j’aimerais vous confier mon secret : je suis capable de voir des choses que vous ne voyez pas... Tout a démarré il y a quelques mois. Ma mère m’a serré dans ses bras. Un câlin de maman. J’ai posé ma main sur sa nuque et… C’est comme si j’avais plongé dans son corps, comme si j’avais vu à travers ses yeux ».

Prisonnier dans le camp de Tambov, Louis Waechter est en proie à des visions terriblement réalistes. Quarante-trois ans plus tard, Christophe, son petit-fils, confie à ses amis qu’il a le même don. Ce jour-là il a ouvert une porte qui ne se refermera plus.
Paru le 19 novembre 2017

Mon avis

Voilà un livre que j'ai vu passer à de nombreuses reprises sur les divers groupes de lecture que je fréquente, et c'est le titre qui m'a tout d'abord attirée...un titre très accrocheur qui m'a donné une envie folle de m'y plonger.

L'histoire se décompose en deux parties distinctes mais avec un véritable lien entre elles, celui d'un homme Louis et de son petit fils Christophe, tous deux ayant le même don pour "voir" le passé immoral des gens lorsqu'ils posent la main sur eux, un don difficile à gérer au quotidien et qui sera source de bien des ennuis...
Lorsque la mère de Christophe est hospitalisée, il est confié à ce grand-père qu'il ne connait pas et qu'il ne souhaite pas côtoyer. Les premiers jours sont difficiles mais peu à peu la relation va s'installer, les liens vont se tisser tout naturellement entre ces deux-là qui ont plus en commun que l'adolescent ne le soupçonnait. La parole est libératrice, l'ancien raconte, transmet, explique, le jeune intègre, découvre, comprend :  de jolis moments vraiment.

Je ne sais pas si mon avis est très objectif parce que ce livre a éveillé en moi nombre de souvenirs de mon enfance alsacienne, j'y ai retrouvé, en suivant Christophe et sa bande de copains, une ambiance, des détails, des spécialités, des mots, des expressions... et puis des lieux parce moi aussi j'ai joué dans et autour des blockhaus de la ligne Maginot au cœur d'une magnifique forêt.... Alors forcément ce récit a fait vibrer une fibre affective très particulière...
Et puis il y a le thème, le sort des malgré-nous, dont j'ai découvert l'existence très tardivement et qui m'interpelle. Je reste terriblement troublée par l'histoire de ces hommes enrôlés contre leurs propres compatriotes d'hier.
Et c'est d'ailleurs l'histoire de Louis qui m'a le plus profondément touchée, ce destin difficile, ce camp de Tambov dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai été captivée par tout le récit très vivant de ses souvenirs.

Mais le livre ne se repose pas seulement sur la mémoire et la transmission. Il y a aussi toute une intrigue très prenante autour de Christophe et ses amis que je me garderais bien de dévoiler.  Son don va amener une cascade d'incidents dont certains seront dramatiques. Mon seul petit bémol sera pour leur réaction que j'ai trouvée parfois un peu trop désinvolte face à des erreurs extrêmement graves... mais ce n'est qu'un ressenti très personnel... qui ne m'a nullement empêchée d'aimer la fin très aboutie.

J'ai refermé mon livre avec le plaisir, outre une intrigue très bien ficelée, d'avoir plongé dans un coin de mon enfance, une sorte de petite madeleine à moi, le plaisir d'avoir découvert un peu plus sur l'Alsace et le sort des malgré-nous et je remercie mille fois Lawren Schneider de m'avoir si gentiment envoyé son roman.


Mon appréciation📚📚📚

mardi 21 août 2018

L'affaire Léon Sadorski



Auteur : Romain Slocombe
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs.
Avril 1942. Au sortir d'un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l'Occupation. Pétainiste et antisémite, l'inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d'un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d'intervenir contre les " terroristes ".
Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d'en faire leur informateur au sein de la préfecture de police... De retour à Paris, il reçoit l'ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d'appartenir à un réseau antinazi.
Paru le 25 août 2016


Mon avis :

Voilà un livre qui me tentait depuis très très longtemps.... et pour plusieurs raisons : la période sur laquelle se déroule le récit et la formidable gageure de prendre pour personnage principal un collabo....
J'aime beaucoup ce parti-pris de départ original et tellement déstabilisant, et je n'ai absolument pas été déçue ! 
Quel livre passionnant ! Un véritable coup de cœur et ce, non pas pour son personnage principal particulièrement odieux, mais pour la plume, l'intelligence du récit et pour la superbe reconstitution d'une période pas si lointaine....

En pleine occupation allemande, nous allons suivre Léon Sadorski, un inspecteur sans histoire qui se plie sans aucun problème de conscience aux diktats de l'occupant et qui même parfois fait du zèle en devançant les attentes. Par ailleurs, il n'hésite pas à profiter des plus faibles et de son autorité pour engranger de l'argent. 
Ce qui est extrêmement troublant, c'est que cet individu est un personnage tout à fait réaliste, un type lambda, il a une vie tout à fait normale, une femme qu'il aime véritablement, un boulot qu'il fait consciencieusement et même avec beaucoup d'intelligence, des sentiments, des émotions .... et il est profondément antisémite, il signe à tour de bras les ordres d'arrestation et de déportation, c'est extrêmement déstabilisant de voir ce qui se passe dans sa tête, de toucher du doigt sa profonde conviction... c'est terrifiant, parfois d'une violence incroyable et pourtant ça ne l'empêche nullement de fantasmer sur sa petite voisine juive à peine pubère... 
Lorsque la Gestapo l'arrête, l'emprisonne en Allemagne, il se révèle lâche et prêt à toutes les forfaitures, sa vie prend un tournant plus radical encore, il reviendra en France comme agent informateur des forces allemandes, plus zélé que jamais et se lance dans une enquête difficile... un meurtre d'une demoiselle Yolande Metzger, ses investigations le mènent dans les milieux mafieux, les boites de nuit où officiers allemands et vedettes connues se mêlent ... troublant !

Dans ce récit, Romain Slocombe nous invite à prendre la mesure de ce qu'est véritablement l'antisémitisme et jusqu'où il mène. Témoin de toutes les dérives, le lecteur assiste à l'avilissement d'une partie de la population, aux tortures, aux rafles...
Il faut rendre hommage au travail de recherche minutieux de l'auteur, tout est documenté, tout est tiré de faits réels, il y a foison de détails, des rapports de police circonstanciés, des personnages réels apparaissent aux détours des pages, ce qui rend le tableau de Paris sous le joug ennemi et des collaborateurs d'un réalisme saisissant... La peur et l'arbitraire règnent... 
C'est oppressant, dur, violent, on y côtoie lâcheté, corruption, trafics, dénonciations... mais aussi héroïsme. Il semble évident qu'il était impossible de ne pas prendre parti dans un tel contexte...

Un roman noir, âpre, dérangeant parfois, mais toujours passionnant,  parfaitement orchestré jusqu'à la dernière ligne qui laisse entrevoir le destin de la petite Julie.... Une immersion au cœur même de Paris sous l'Occupation, un tableau sans concession, criant de réalisme et dont on ne ressort certainement pas serein, une lecture indispensable pour prendre véritablement la mesure d'un passé qu'il serait trop facile d'oublier... 



Mon appréciation :  





mercredi 11 octobre 2017

Le parlement des cigognes




Auteur : Valère Staraselski
Editions : Cherche Midi


Cracovie, au cœur de l'Europe : durant la visite d'une galerie de peintures, de jeunes Français rencontrent un vieillard insolite portant nœud papillon en laine et canne à pommeau. Il se tient immobile devant un tableau représentant des cigognes. Qui est cet homme irradiant tant d'énergie ? 
Au travers d'un récit bouleversant, le vieil homme témoigne de son expérience dans un pays jadis asservi par les nazis. Il livre cette part de vérité sans laquelle il n'est pas de liberté possible. Cette vérité irréparable que l'on porte en soi pour toujours. 

Une poignante leçon d'histoire.
Paru le 24 août 2017



Mon avis :

Un livre très court, à peine 116 pages lues en une petite matinée, mais un livre percutant qu'on referme certainement pas tout à fait indemne...

.Une équipe de jeunes gens en stage d’hôtellerie à Cracovie.: Katell, Maxime, Zahia, David et les autres déambulent dans les rues de la ville, insouciants, libres, avides de découvertes. Ils flirtent, se promènent et croisent parfois, au détour d'une rue, quelques vestiges d'Histoire qui amènent une gravité éphémère dans leur flânerie.
Il y a une vraie légèreté dans ce début de roman, une légèreté teintée de solennité dans cette ville où la neige étouffe les sons mais n'efface pas tous les stigmates d'une guerre pas si lointaine...

Petit à petit, le roman prend de la densité, cette bande de jeunes en balade croise la route d'un vieil homme dans un musée, figé devant un tableau énigmatique. Sans se faire prier et sans aucun détours, il va se livrer, raconter sa jeunesse, la guerre, le ghetto juif, des souvenirs parfois insoutenables. Il ne cache rien, c'est cru, violent, terrible. Ce n'est en rien un récit linéaire mais une multitude de souvenirs incoercibles qui suivent un fil conducteur, ce qui donne un réalisme encore plus frappant. Les silhouettes fugaces des disparus traversent son récit : Kijek, Szajna, Luka, et tous ceux dont les noms se sont perdus...., tous morts, martyrisés et pas seulement par les nazis...
Et puis, il y a ce périple incroyable de ce rescapé qui raconte sans fioritures l'horreur, la haine, la fureur, la sauvagerie, la lâcheté et son incroyable ténacité à survivre... et il y a aussi les cigognes, celles qu'il ne peut oublier...

Un livre terrible qui raconte l'indicible, qu'il faut lire parce que le devoir de mémoire c'est l'affaire de tous... J'avais la naïveté de croire que la libération des pays sous le joug du nazisme avait signé l'arrêt des exactions contre les juifs, quelle erreur ! 
Un témoignage précieux, écrit d'une plume précise, directe et sensible, le récit bouleversant d'un vieil homme digne, une transmission nécessaire pour ne pas oublier, pour prendre conscience pleinement...

Un grand merci à Babelio !

Ma notation : 4,5/5



tous les livres sur Babelio.com

jeudi 16 février 2017

Les enfants de la résistance - Tome 1 : Premières actions






Auteurs : Benoît Ers et Vincent Dugomier
Editions : Le lombard




Dans un petit village de France occupé par l'armée allemande, trois enfants refusent de se soumettre à l'ennemi. Mais comment s'opposer à un si puissant adversaire quand on n'a que treize ans?
Paru le 7 mai 2015





Mon avis :

Une bande dessinée très réussie, j'ai beaucoup aimé !

François et Eusèbe, deux jeunes garçons vivent dans un petit village pendant la seconde guerre mondiale.
François est fils de paysans et son père a déjà vécu la grande guerre de laquelle il est revenu mutilé.
Eusèbe est le fils de l'instituteur, il est beaucoup plus posé et réfléchi que son copain, tête brûlé, impulsif et emporté.
A ce duo de copains vient s'adjoindre Lisa, petite réfugiée Belge de langue allemande oubliée sur la route de l'exode vers la zone libre. Elle va loger chez François.
Très vite, ces trois là deviennent inséparables.

L'album se présente sous la forme d'un journal tenu par François, il raconte tous les événements qui se succèdent : la déclaration de guerre, l'arrivée des Allemands, l'organisation de la vie quotidienne sous l'occupation, la difficile rencontre avec Lisa. Il raconte aussi comment tous trois décident de mener quelques actions contre l'occupant sans vraiment prendre toute la mesure de la gravité de leurs actes, des conséquences possibles.... C'est captivant de les suivre dans leurs aventures et leurs découvertes, de les voir se mettre en danger avec l'insouciante de l'enfance...

Le regard du jeune garçon est perspicace et sans concession sur la réalité quotidienne, sur les efforts allemands pour gagner les populations, sur les mentalités.... mais il est aussi troublé par la complexité des choses, tout le monde n'est pas si facilement condamnable, manichéen...
C'est remarquablement rendu en voyant les opinions des français évoluer au rythme de l'accrochage/décrochage des portraits de Pétain, ce héros de la guerre précédente qui restera longtemps un homme admiré et respecté même par des gens biens... 
Tué pour avoir imprimé des tracts
- Il est mort pour la France !
- Oui c'est terrible!....
Mais je pense aussi qu'il faut laisser une chance au Maréchal Pétain.
Il fera au mieux pour gérer le pays avec les nazis.... Faisons lui confiance !
- Vous n'avez peut-être pas tort.
Si le père du narrateur le décroche assez rapidement, son oncle tant admiré va au contraire l'exposer dans son salon... Les clivages arrivent dans les familles, conséquence des frustrations de chacun ( ici sont en cause la réalité paysanne, l'héritage dans les familles, les rancœurs qui mènent à l'acceptation de l’inacceptable)

C'est une bande dessinée réaliste qui aborde un peu tous les thèmes de l'époque : l'exode, l'invasion, les petits sabotages, la résistance.... à travers les yeux d'un jeune adolescent exalté qui refuse de se soumettre...
C'est l'apprentissage des douleurs de la vie, la prise de conscience auprès d'un père éclairé....
" Tu sais, François, il y a des moments dans la vie où il faut savoir désobéir."
J'ai beaucoup aimé les dessins réalistes avec une foison de détails, les vignettes qui s'étalent sur les bords de page, les couleurs un peu sépia... Ils nous immergent totalement dans l'époque, les atmosphères sont travaillées et parfaitement rendues.
Une mention spéciale pour la superbe couverture, j'adore ! Et aussi pour le dossier très clair et très intéressant en fin d'album sur les événements de l'époque, un plus très apprécié ! 

Une excellente bande dessinée, réaliste, documentée, passionnante et surtout extrêmement bien construite. Le regard d'un enfant rebelle sur la réalité qui l'entoure, l'engagement un peu inconscient de trois gamins et une piqûre de rappel de ces sombres heures...

Ma notation : 4,7/5

samedi 11 février 2017

La balafre




Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Editions : Pocket Jeunesse



Olivier, 13 ans, et ses parents se sont installés pour un an à la Goupil, un hameau perdu de la Marne. Un soir, l'adolescent est terrorisé par le chien de la maison voisine qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est donc le seul à croire à l'existence de l'animal. Comme il est le seul à voir Emmi, une petite fille de quatre ans, jouer avec son chien Boule. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier mène l'enquête et met à jour un épisode tragique qui a eu lieu à la Goupil en 1941...
Paru le 23 février 2010

Mon avis :

Un récit court, lu très rapidement, mais une histoire forte et éprouvante....

Olivier nous raconte cette histoire extraordinaire qu'il a vécue l'année de ses 13 ans.
Toute la famille déménage pour suivre le père muté pour une année, ils s'installent dans un petit hameau La Goupil où les habitants ne sont que des silhouettes à peine esquissées, fuyantes. Seule la voisine en face Madame Goret prend une réelle consistance.
Le jeune garçon doit s'habituer à cette nouvelle vie, à cette solitude, ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il a laissé derrière lui son collège et sa bande de copains.... Très vite il commence à voir ce que personne d'autre ne peut voir, il aperçoit un berger allemand terrifiant d'abord seul, puis ensuite avec une petite fille de 4 ans à plusieurs reprises  ... Ses visions le troublent profondément, elles le hantent même et il va vouloir absolument comprendre de qui il s'agit et pourquoi il est le seul à les voir .... Il enquête auprès de sa voisine qui demeure muette et semble même effrayée, dans les archives....Et ce qu'il va découvrir est particulièrement dur et cruel...
Une plongée dans le passé, dans une période trouble où les hommes ont su faire montre d'autant d'héroïsme que de bassesse... le racisme, la délation, la violence, le courage, le dévouement.... Olivier va revivre des instants éprouvants et dénouer tous les fils de cette effroyable histoire...

Un petit bémol pour la toute fin et les circonstances de la balafre, c'est le seul passage un poil excessif pour moi, j'ai eu un peu de mal avec ce mélange vision/réalité aux frontières mal définies...

Un récit captivant et émouvant....Un récit où le fantastique subtilement dosé va être le révélateur d'une réalité crue et sans concession où des destins se sont joués parfois dans l'indifférence...
Un style sobre et direct, un récit fort et marquant !

Ma notation : 4,2/5