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lundi 28 janvier 2019

La griffe du diable




Auteur : Lara Dearman
Editions : Robert Laffont
Collection : La Bête Noire



" Je n'ai pas peur du noir... juste de ce qui s'y cache. " 
Poursuivie par ses démons, Jennifer Dorey a quitté Londres pour retourner dans sa maison d'enfance avec sa mère, à Guernesey, où elle est devenue reporter au journal local. Elle pensait pouvoir souffler un peu. Elle avait tort.
Quand le cadavre d'une jeune femme s'échoue sur une plage, la journaliste mène sa propre enquête et exhume plusieurs morts similaires qui s'étendent sur une cinquantaine d'années. Plus troublant encore, toutes les victimes avaient sur le bras des marques semblables à un symbole gravé sur un rocher de l'île : les " griffes du diable ", dont la légende veut qu'elles aient été laissées par Satan lui-même...
Paru le 16 novembre 2017

Mon avis :

Un polar comme je les aime avec une enquête minutieuse, une intrigue dense, une véritable ambiance et des personnages charpentés et attachants.

Trois personnages principaux, trois voix :
- Jennifer Dorey revient chez sa mère sur son île natale Guernesey après quelques années d'études et de travail à Londres. Reporter, elle couvre des petits articles pour le journal local. Lorsque le cadavre d'une jeune femme est découvert, la jeune journaliste va vouloir en savoir plus et finir par découvrir que cette mort n'est peut-être pas accidentelle ni isolée comme on pourrait le penser....

- L'inspecteur Michael, un homme tatillon à la droiture exemplaire, ne s'est pas fait que des amis au sein de son équipe. L'affaire lui est confiée et son passé douloureux lui donne une aptitude particulière à comprendre les victimes... Lorsque la jeune journaliste vient lui dévoiler ses soupçons, il se laissera convaincre par les faits troublants qu'elle lui présente.

Ces deux-là vont s'associer, enquêter et s'épauler pour mettre à jour la vérité. 

- Et puis il y a un narrateur qui nous transporte vers le passé, qui raconte les événements révolus, une troisième voix que l'on comprend vite être celle du tueur et qui peu à peu dévoile son parcours, ses intentions et son attachement à l'île ainsi qu'à son histoire.

Les chapitres alternent entre ces trois personnages, et peu à peu les blessures intimes sont dévoilées, chacun se densifie. Jennifer et Michael deviennent plus réalistes, plus humains. Tous deux ont un passé douloureux et l'ombre de leurs disparus planent sur le récit qui en devient parfois très émouvant...

L'enquête est classique mais efficace. Entre un flic méticuleux et une journaliste déterminée, elle est menée avec minutie. L'auteur m'a constamment baladée, et si l'étau se referme en fin de livre sur trois suspects, je les ai soupçonnés tour à tour sans jamais parvenir à une certitude.

Outre l'enquête que l'on suit pas à pas, j'ai adoré les descriptions de l'île, sa beauté sauvage et préservée, ses légendes encore bien ancrées dans le subconscient collectif et le spectre de l'occupation nazie. Cette atmosphère en huis-clos pleine de superstitions est un véritable atout pour le roman, lui donne une dimension fascinante.

J'ai refermé mon livre avec une envie folle de boucler mes valises pour un séjour à Guernesey et avec, bien que l'intrigue principale soit réglée, des questions en suspens. L'auteur a semé des indices propres à ouvrir le chemin d'une série aux protagonistes récurrents. Leurs fantômes intimes demeurent plein de mystères et hantent les pages ...
Vivement le tome deux qu'on en découvre un peu plus ! 

 Un grand merci à Robert Laffont et La collection  La Bête noire pour cette belle lecture !


Mon appréciation : 📚📚📚📚

mardi 6 novembre 2018

L'écart



Auteur : Amy Liptrot
Editions : Globe


L'Écart raconte la vie d'une femme, son combat contre l'alcool et la joie que procure la communion avec la nature écossaise des îles d'Orkney. Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : Se laisser emporter vers le Sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l'on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l'île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l'ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l'appel qui la hante, qui vient toucher cette part d'elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir. Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l'observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l'inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle. Sa voie s'appelle l'Écart. C'est l'humble nom d'une bande côtière où les animaux sauvages et domestiques peuvent se côtoyer loin des regards, où folâtrent des elfes ivres d'embruns. C'est le nom fier de son premier roman.
Paru le 29 août 2018

Mon avis :

Amy a grandi sur une île dans les Orcades tout au nord de l'Ecosse entre un père maniaco-dépressif et une mère rigoriste. A 20 ans, elle quitte le foyer familial pour Londres où elle se perd dans les excès d'une vie citadine. Bien vite, sa quête de sensations extrêmes la mène vers un alcoolisme sévère qui va totalement dévaster sa vie..
A 30 ans, des symptômes très inquiétants la décide d'entrer en cure de désintoxication et sa douloureuse renaissance se fera en retournant à son point de départ, l'archipel de son enfance. Là, dans cette nature rude et sauvage balayée par les vents, elle confronte sa solitude aux paysages grandioses, réapprend les sensations, se bat quotidiennement contre ses démons. Il faut tenir une heure, un jour, une semaine, un mois, un an.... et quoi de mieux pour y parvenir que de vivre dans l'immédiat, l'instant, s'arrêter, observer un oiseau, un phoque, découvrir des lieux escarpés, comprendre la terre qui l'entoure, les légendes qui l'ont forgée. 

C'est un récit personnel, fort, douloureux, authentique... Mais au delà de l'expérience intime, il y a aussi la poésie du lieu que la plume très sensible rend tangible : on sent le vent, on entend le râle des genets, on sent les embruns...
Un voyage dépaysant et d'un charme envoûtant, une vraie profondeur dans la réflexion, un long monologue plein de respirations, de cris et de silence, une très belle lecture !

Je remercie #rakuten pour ce livre offert dans le cadre
des matchs de la rentrée littéraire #MRL18 #lécart #amyliptrot

Mon appréciation : 📚📚📚📚

dimanche 3 septembre 2017

Sukkwan Island




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister


PRIX MÉDICIS ÉTRANGER
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.
Paru le 5 janvier 2010

Mon avis :

Quel livre marquant ! Je l'ai lu il y a quelques temps déjà et il me semble que c'était hier tant les souvenirs en sont vivaces ...
Pas de chapitres dans ce livre là mais deux parties qu'on lit d'une traite sans respirer presque...

C'est un huis clos entre un père et un fils sur une île loin de tout et de tous avec quelques matériels pour survivre et une simple radio au cas où.... Un avion pour trait d'union avec la civilisation qui viendra les voir de loin en loin.
Une fois seuls, il faut s'organiser pour survivre, prévoir le froid, s'adapter à la nature parfois bien plus hostile qu'ils ne l'attendaient et puis il y a la promiscuité entre eux ... ils ne se connaissent pas vraiment et l'attitude équivoque du père amène très rapidement une tension palpable.

Pendant toute la première partie, on suit Roy, on perçoit chacun de ses sentiments, sa difficulté à vivre le rêve du père, à le comprendre... Il s'est laissé embarqué sans enthousiasme dans cette aventure extra-ordinaire et se sent un peu piégé.
C'est extrêmement bien pensé, raconté, les descriptions de la solitude, l'âpreté de l'endroit, l'atmosphère trouble qui peu à peu se charge en tension jusqu'au point de rupture où survient l'inattendu, l'incompréhensible, l'inadmissible .... 

Et on bascule dans la seconde partie où c'est le père qui devient personnage central. J'ai eu moins d'empathie pour lui, même si son parcours est terrible aussi. Je n'ai pas toujours compris toutes ses réactions, ses décisions, mais j'ai été touchée par son incapacité à surmonter le drame, par sa détresse profonde et je n'ai pu poser mon livre avant d'avoir tourné la dernière page .

Une nature préservée, sauvage qui sert de révélateur pour la part la plus sombre de chacun, un drame familial, une exploration des rapports père/fils, des attentes de chacun, de leurs incompréhensions, c'est d'une noirceur totale, c'est dur, c'est violent et c'est magistralement écrit !

Ma notation : 4/5


lundi 6 juin 2016

Escale surprise


Auteur : Eva Justine
Editions : Amazon



Flash spécial :

En direct de Miam où notre correspondant nous informe de la disparition des écrans radars d’un avion-taxi reliant Les Bahamas/Miami, avec à son bord Jefferson Morison, héritier de la chaîne des boulangeries Morison. Les secours ont été dépêchés sur la zone où le dernier signal de l’avion a été transmis. Aucun appel de détresse n’ayant été lancé, les autorités maritimes et aéronautiques ne font actuellement aucun commentaire. La malédiction des triangles des Bermudes a-t-elle encore frappé ? Nous ne manquerons pas de vous tenir informés lors de notre prochain bulletin d’information.
En se réveillant sur une plage déserte, Jeff et Daniel réalisent à quel point ils sont chanceux d’avoir survécu à l’atterrissage forcé de leur avion. En attendant les secours, le pilote utilisera une bonne dose d’inventivité pour assurer leur survie, alors que son passager déploiera toute une série de stratagèmes pour séduire celui qui semble malheureusement hermétique à toutes ses tentatives.
Et si, finalement, le phénomène étrange qui recouvrait cette île…s’appelait tout simplement l’amour.

Mon avis :

Deux hommes très différents, l'un sombre et réservé, l'autre ouvert et volubile se retrouvent dans un avion lors d'un déplacement privé. Dan le pilote connait son affaire et ne tient pas à s'embarrasser à papoter avec son passager, lequel finit par s'endormir, faute d'interlocuteur...
Mais rien ne se passe comme prévu !...
L'avion survole le triangle des Bermudes et la légende prend une dimension bien réelle.... un crash ! et grâce au savoir faire de Dan, les deux occupants s'en sortent contusionnés mais indemnes !

Dès lors les voilà seuls sur une île déserte, dans une partie du monde où nombres d'avions ont totalement disparu, avec pour seul abri la carcasse de leur avion...
Entre eux, la solitude et la promiscuité créent des liens qui grandissent jour après jour.
Le désir naît et il faut voir tous les efforts employés par un Jeff entreprenant pour venir à bout des réticences de Dan !
C'est vraiment un jolie histoire qui joue à la fois sur le suspens du sauvetage espéré, sur l'exploration de l'île, sur l'organisation de la survie, sur le désir et les sentiments envahissants qui submergent les deux héros .

On suit toute leurs aventures avec grand plaisir, on s'inquiète, on s'attendrit, on sourit, on rit même franchement (ah le passage du "jockstrap", j'en ris encore !)
Le tout concourt à une lecture détente parfaite, que l'on savoure avec bonheur.

Le seul bémol sur ce récit étant la brièveté qui nous laisse un peu sur notre faim...J'aurais aimé plus de développements et de profondeur sur certains aspects ... (format oblige !) 
Une jolie plume que j'aurais vraiment l'envie et la curiosité de retrouver et redécouvrir dans un format plus long.

ma notation : 3,5/5