Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....
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samedi 5 novembre 2022

Chinook





Auteur : Pete Fromm
Editions : Gallmeister
Traduction : Marc Amfreville





Le Chinook est un vent qui balaye ce Montana rural de ranchs et de petites villes, toile de fond des nouvelles de Pete Fromm qui nous parlent de vies de famille comme de solitude, d'amour et de fidélité, d'engagement ou d'héroïsme. À travers les portraits de gens simples se dessine le tableau tout en finesse des existences fragiles qui peuplent cet Ouest américain. On y découvre ce fils obéissant qui n'ose pas avouer à ses parents que sa femme vient de le quitter, ou ce père désespéré au point de kidnapper son propre fils... 
Paru le 7 avril 2011



Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚📚


jeudi 13 octobre 2022

Le radeau des étoiles










Auteur
: Andrew J. Graff
Editions : Gallmeister
Traduction : Laure Manceau




"Merci de dire au shérif que Fish voulait pas tuer mon père. Mon père est chez nous dans la cuisine, par terre près de la table. Il est mort." Inséparables, Bread et Fish ont dix ans et passent leur été dans la poussière des champs du Wisconsin. Ils vivraient dans une parfaite insouciance, sans la figure violente du père de Bread qui terrorise le garçon. Un jour, au comble du désespoir, Fish décide de protéger son ami : un coup de revolver, et les gamins s'enfuient se croyant meurtriers. Ils se hâtent de rassembler du matériel, des provisions, et s'enfoncent dans l'immense forêt voisine. Construire un radeau, promesse de liberté, les expose immédiatement aux dangers réels de la traversée. Pendant ce temps, le grand-père de Fish et le shérif se lancent à leur recherche. Chacun devra faire son propre voyage en pleine nature pour affronter ses doutes et secourir les plus vulnérables.
Paru le 1er septembre 2022



Mon avis

Une fort jolie lecture avec une entrée en matière saisissante!

Deux gamins de dix ans, Bread et Fish, une amitié incroyable, un père violent, un geste irréparable sans aucune préméditation et les voilà perdus dans une forêt épaisse et inhospitalière en mode survie. C'est la fuite en avant vers un but qui n'existe pourtant pas...
Cal, shérif venu se mettre au vert à la campagne, en pleine interrogation sur sa vie, sur ses désirs,  part sur leurs traces accompagné du vieux grand-père de Fish, taiseux, ancien soldat aguerri.
Tiffany, à la recherche d'une amarre, d'un amour simple et solide, tellement peu sûre d'elle et la mère de Fish, farouche, profondément croyante, une femme solide que rien n'arrête s'allient aussi pour tenter de retrouver les deux garçons.

Ces trois duos, parfois improbables, vont être confrontés à la nature sauvage, au fleuve et aux rapides. C'est dans cet environnement âpre qu'ils vont se battre pour survivre, pour avancer... qui pour construire un radeau, trouver à manger, apprendre à monter à cheval, à pagayer dans un environnement grandiose et souvent hostile et menaçant. 
Fuite effrénée, poursuite acharnée, des moments suspendus, du danger, un ours noir, des confrontations parfois dures, des liens qui se renforcent et surtout chacun qui se réalise dans ces conditions extrêmes, face à la nature révélant la vérité de chacun. 

La plume est belle, les descriptions sensibles, la forêt et le fleuve deviennent personnages centraux de cette histoire, prenant l'ascendant sur l'Homme, le poussant dans ses retranchements.

Quelques surprises bienvenues (même si parfois invraisemblables) étoffent le récit et renforcent l'intérêt.
Mon bémol sera pour la fin un peu trop facile mais l'ensemble et surtout les personnages touchants et très attachants en font une belle lecture !

Merci à  Lecteur.com

Sur mon échelle : 📚📚📚

samedi 24 septembre 2022

Le sang ne suffit pas


 



Auteur 
: Alex Taylor
Editions : Gallmeister
Traduction : Anatole Pons-Reumaux




1748. Dans les montagnes enneigées de l'ouest de la Virginie, un voyageur affamé arrive près d'une cabane isolée. Reathel erre depuis des mois, flanqué d'un dogue féroce. Mais l'entrée lui est refusée par Un colon hostile qu'il n'hésite pas à tuer. Il découvre alors à l'intérieur une jeune femme, Della, sur le point d'accoucher. L'enfant naît dans cette solitude glaciale. Pourtant, le froid, la faim et l'ourse qui rôde dans les parages ne sont pas les seuls dangers pour la mère et le nouveau-né. Car ce dernier a été promis à la tribu Shawnee : c'est le prix à payer pour que Black Tooth, leur chef, laisse en paix les colons du village voisin. Alors que les Shawnees se font de plus en plus impatients, la colonie envoie deux frères à la poursuite de Della, désormais prête à tout pour sauver son bébé.
Paru le 28 mai 2020



Mon avis : A venir



Sur mon échelle : 📚📚📚

mardi 23 août 2022

Le pouvoir du chien


 



Auteur : Thomas Savage
Editions : Gallmeister
Traduction :  Laura Derajinski





Montana, années 1920. Phil et George, deux frères que tout oppose, vivent et travaillent ensemble dans l'un des plus grands ranchs de l'État. Cow-boy charismatique et flamboyant, Phil est aussi brillant et dominateur. Ses manières rudes et brutales donnent le ton à la vie sur le domaine tandis que George, taiseux et maladroit, reste dans son ombre. Lorsque George épouse Rose, la veuve d'un docteur local, Phil est persuadé qu'elle manipule son frère pour son argent. Quand Rose vient s'installer au ranch avec son fils, un garçon sensible et sujet de railleries, Phil décide de rendre leur vie insoutenable et multiplie humiliations et affronts insidieux. Mais les plus faibles ne sont pas toujours ceux qu'on croit.
Paru le 7 février 2019 

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚📚

vendredi 12 août 2022

Un jour viendra


 


Auteur : Giulia Carminito
Editions : Gallmeister
Traduction 




A Serra de' Conti, sur les collines des Marches italiennes, Lupo et Nicola vivent dans une famille pauvre et sans amour. Le jeune Lupo, fier et rebelle, s'est donné pour mission de protéger son fragile petit frère Nicola, au doux visage de prince. Flanqués de leur loup apprivoisé, les deux frères survivent grâce à l'affection indestructible qui les unit. Mais un mensonge les sépare, et un secret se cache derrière les vénérables murs du monastère du village. Alors que la Grande Guerre vient ébranler l'Italie, le jour viendra où il leur faudra affronter la vérité.
Paru le 7 avril  2022



Mon avis : 

Formidable roman ! Quelle belle lecture ! 

Sur mon échelle : 

jeudi 7 juillet 2022

Grizzly


 


Auteur : James Oliver Curwood
Editions : Gallmeister
Traduction 




Thor, le grand grizzly, arpente les montagnes du Grand Nord, un vaste et magnifique territoire, son royaume. Un royaume que deux êtres mystérieux, des créatures agressives à l'odeur étrange et accompagnées de pisteurs enragés à quatre pattes, s'apprêtent à lui disputer. Blessé comme s'il avait été foudroyé par le ciel, Thor parvient à s'enfuir dans la forêt. Là, il rencontre Muskwa, un ourson orphelin incapable de survivre par lui-même, qu'il adopte et auquel il s'attache chaque jour davantage. Mais leurs deux ennemis n'ont pas dit leur dernier mot, et la confrontation est inévitable. D'autant plus inévitable qu'ils parviennent à capturer Muskwa. Un roman d'aventures où l'on plonge avec délices, un classique pour tous les âges qui a inspiré L'Ours, le film de Jean-Jacques Annaud.
Paru le 6 mai 2021

Mon avis : A venir





Sur mon échelle : 📚📚📚

samedi 28 mai 2022

Le tireur







Auteur : Glendon Swarthout
Editions : Gallmeister
Traduction : Laura Derajinski





Au tournant du XXe siècle, John Bernard Books est l'un des derniers survivants de la conquête de l'Ouest. Après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far West, il apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable : il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Les vautours se rassemblent pour assister au spectacle de sa mort, parmi lesquels un joueur, un voleur de bétail, un pasteur, un croque-mort, une de ses anciennes maîtresses, et même un jeune admirateur. Mais Books refuse de disparaître sans un dernier coup d'éclat et décide d'écrire lui-même l'ultime chapitre de sa propre légende.
Paru le 4 octobre 2018

Mon avis :
 John Bernard Books est une véritable légende de l'Ouest, on lui prête un tableau de chasse impressionnant et sa réputation de tireur le plus rapide le précède partout.

C'est à El Paso dans la pension de la très respectable veuve Bond Rogers qu'il s'installe sous un faux nom. Il veut consulter le docteur Hostleter qui l'a sauvé autrefois, le seul en qui il ait confiance. Le diagnostic est sans appel, cancer de la prostate, il lui reste bien peu de temps et sa mort s'annonce très douloureuse.

Son identité est cependant très vite découverte et l'annonce de sa vulnérabilité se répand à grande vitesse. Entre les réactions de rejet, d' admiration béate ou de défi, le vieux dur à cuir reste droit dans ses bottes. Dans sa petite chambre, il tente de faire le point sur sa vie et de contenir au mieux la douleur à l'aide de laudanum et d'alcool. Mais les charognards ne le laissent pas en paix et viennent frapper à sa porte tour à tour avec des offres plus intéressées les unes que les autres : journaliste, photographe, croque-mort, ex petite amie... tous veulent tirer profit de sa mort prochaine.

On assiste aux derniers jours de Books, ses doutes, sa carapace qui se fissure, ses émotions mais l'homme veut rester digne et surtout choisir le moment et la manière pour tirer sa révérence. 
La fin est saisissante ! 

Un beau roman dur, sans concession sur la fin du far West, de ses codes et ses légendes, mais aussi sur la fin de vie d'un homme, ses choix, ses décisions pour partir dignement en restant fidèle à lui-même. 

Un superbe roman humain et profond au final explosif !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 25 avril 2022

Une histoire des loups

 






Auteur : Emily Fridlund
Editions : Gallmeister
Traduction : Juliane Nivelt





Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s'occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L'adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu'à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Paru le 3 janvier 2019


Mon avis :

Lecture dans le cadre du Challenge Gallmeister : mois d'avril - Girl power -

Madeline est une adolescente singulière, plutôt solitaire qui accepte un poste de baby-sitter auprès de ses fascinants voisins Patra et Léo Gardner qu'elle observe depuis leur emménagement. Elle va s'occuper du petit Paul, 4 ans.
Très vite on comprend qu'un drame est arrivé et qu'un procès a eu lieu. Madeline raconte tous les événements, leur déroulé.

Autant dire tout de suite que je n'ai pas été conquise par ce roman. Si l'intérêt initial pour les circonstances du drame, pour ce couple étrange et pour le malaise palpable tout du long est bien présent, l'écriture à la première personne un peu désincarnée m'a tenue à distance, il m'a manqué des sentiments, des émotions spontanées. C'est un texte froid et circonstancié, un peu brut et parfois confus qui plaira certainement à d'autres mais n'a pas réussi à me séduire.

Et puis il y a les épisodes récurrents comme un leitmotiv de la fascination malsaine de Madeline pour une de ses camarades de classe et pour le professeur Grierson  ainsi que les fantasmes qui en découlent. Ces passages ont achevé de me perdre...

Je n'ai pas compris non plus cette histoire des loups et son intérêt dans la trame des événements...

Bref je suis passée totalement à côté de ce livre qui, je n'en doute pas, a trouvé ses lecteurs.


Sur mon échelle : 📚📚

jeudi 24 mars 2022

L'un des nôtres










Auteur
: Larry Watson
Editions : Gallmeister
Traduction : Elie Robert-Nicoud




Dalton, Dakota du Nord, 1951. Après la mort tragique de leur fils, George et Margaret Blackledge doivent maintenant accepter d’être séparés de leur petit-fils adoré, Jimmy. Car leur belle-fille, Lorna, vient de se remarier à un certain Donnie Weboy et l’a suivi dans le Montana. Hostile à l’égard de Donnie qu’elle soupçonne de maltraiter la jeune femme et l’enfant, Margaret décide de se lancer à leur recherche pour ramener Jimmy coûte que coûte. George ne peut que plier devant la détermination de son épouse. En s’approchant peu à peu de leur but, les Blackledge découvrent le pouvoir du clan Weboy, qui semble empoisonner toute la région. Et la vérité éclate très vite : cette puissante famille, dirigée par une femme redoutable, ne lâchera jamais le garçon sans combattre.
Paru le 3 février 2022


Mon avis :

Lecture dans le cadre du Challenge Gallmeister : mois de mars - Roman noir -

Dakota du Nord 1951, Georges et Margaret Blackledge ont perdu leur fils. L'ancien shérif est devenu employé et le ranch qu'ils devaient léguer a été vendu. Leur belle-fille Lorna est désormais remariée avec Donny Weboy. Ils se sont installés dans le Montana en emmenant au loin le petit Jimmy, leur précieux petit-fils.
Margaret n'est plus que chagrin et soupçonnant que l'enfant n'est pas vraiment bien traité, elle décide d'effectuer le voyage pour s'en assurer et plus encore si possible.... Georges n'est pas des plus enthousiastes devant cette folle expédition  mais il ne peut se résoudre à la laisser partir seule.

Il y a quelque chose de très joli dans la description de ce vieux couple fatigué et éprouvé qui se connait tellement bien, qui n'a pas besoin de mots pour se comprendre. Ils incarnent une vie écrite à deux avec ses failles, ses bonheurs, ses non-dits, ses douleurs, une vie faite d'habitudes et de petits gestes émouvants mais surtout d'un amour profond et inconditionnel.

Arrivés sur place, la situation va vite se corser, Danny appartient au clan Weboy à la tête duquel règne sa mère, la redoutable Blanche.
Un bras de fer impitoyable s'engage. Deux fortes femmes déterminées s'affrontent autour de l'enfant que chacune revendique comme sien mais Georges est là, il veille... 

Le roman glisse doucement mais sûrement vers le roman noir. C'est imperceptible, inattendu et fascinant. Les caractères se dévoilent, la violence s'invite... C'est dur, c'est émouvant, c'est surprenant, c'est détonnant !

Une belle lecture ! 

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

lundi 21 février 2022

Le feu sur la montagne


 




Auteur : Edward Abbey
Editions : Gallmeister
Traduction : Jacques Mailhos



John Vogelin a passé toute sa vie sur son ranch, une étendue de terre desséchée par le soleil éclatant du Nouveau-Mexique et miraculeusement épargnée par la civilisation. Un pays ingrat mais somptueux, qui pour lui signifie bien davantage qu'une exploitation agricole. Comme chaque été, son petit-fils Billy, douze ans, traverse les Etats-Unis pour venir le rejoindre. Cette année-là, Billy découvre le ranch au bord de l'insurrection : l'US Air Force s'apprête à réquisitionner la propriété afin d'installer un champ de tir de missiles. Mais le vieil homme ne l'entend pas ainsi. Et Billy compte bien se battre à ses côtés.
Paru le 28 mai 2020

Mon avis :

Lecture dans le cadre du Challenge Gallmeister : mois de février - Nature writing -

Une très belle histoire tragique, celle d'un petit-fils éperdu d'amour pour son grand-père mais aussi celle de la "civilisation" qui vient écraser tout sur son passage.

John Vogelin accueille chaque été son petit-fils Billy sur son ranch. C'est une terre sauvage et désertique
où il élève quelques bêtes difficilement à cause d'une sécheresse chronique. C'est aussi une terre majestueuse qui offre un spectacle de tous les instants. Et c'est chez lui, c'était la terre de son père et du père de son père avant lui. Ce sont ses racines et il souhaite les transmettre.  

Cette année Billy a 12 ans et il découvre à son arrivée que la situation est loin d'être aussi simple que d'habitude.
L'armée américaine a racheté toutes les terres avoisinantes pour des essais de tirs de missiles et lorgne sur la propriété de son grand-père. Celui-ci refuse coûte que coûte de céder à toutes les propositions et menaces.
Le gamin assiste à chaque étape d'un bras de fer de plus en plus tendu et il souhaite ardemment combattre au côté de ce formidable et opiniâtre  grand-père qui lui a offert une vie d'une authenticité et d'une richesse incroyables au plus près de la nature.
C'est un livre émouvant écrit du point de vue de l'adolescent qui découvre, qui comprend, qui se sent impuissant mais qui ne veut surtout pas abandonner son aïeul bien seul face à la puissance de l'armée.

C'est superbement écrit, poétique, violent, tendre, injuste et révoltant, c'est un véritable manifeste contre la toute puissance des états et une ode à la nature. Les paysages sont grandioses écrasés par une chaleur étouffante, la terre aride accroche la lumière. Nul autre que Edward Abbey sait mieux décrire, donner à voir et à sentir.

Une très belle lecture ! 

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

mercredi 19 janvier 2022

Le sillage de l'oubli






Auteur : Bruce Machart
Editions : Gallmeister
Traduction : Marc Amfreville





Texas, 1895. Un propriétaire terrien voit la seule femme qu'il a jamais aimée mourir en mettant au monde leur quatrième fils, Karel. Vaincu par la douleur, l'homme entraîne ses enfants dans une vie austère et brutale. Pour lui, seuls comptent désormais ses chevaux de course, montés par Karel, et les paris qu'il lance contre ses voisins pour gagner toujours plus de terres. Mais l'enjeu est tout autre lorsqu'un propriétaire espagnol lui propose un pari insolite qui engage l'avenir des quatre frères. Karel s'élance dans une course décisive, avec pour adversaire une jeune femme qui déjà l'obsède.
Paru le 5 janvier 2012

Mon avis :

Le challenge "Un an avec Gallmeister" m'a poussée à sortir ce livre qui m'attendait depuis bien trop longtemps sur mes étagères, et quel bon moment de lecture !

1895 au Texas, Vaclav Skala se retrouve seul pour élever ses 4 garçons, sa femme vient de mourir après avoir mis au monde le petit Karel. Avec la perte de cette femme qu'il a profondément aimée, l'homme se renferme et relègue au fin fond de lui-même toute bonté.
Les chevaux et l'obtention de nouvelles terres deviennent son seul but, les fils grandissent sans aucune affection en travaillant dur son le joug d'un père rude et inflexible.
Un pari de trop avec Guillermo Villaseñor, un riche mexicain, sa fille Graciela fascinante opposée à Karel lors d'une course à haut risque et la famille éclate...

Une saga familiale tragique raconté du point de vue de Karel écrasé par le poids du passé et de la culpabilité, où les figures féminines sont entêtantes et souvent inaccessibles, où les hommes se font face avec violence. Les rapports sont âpres, la fratrie est en compétition et tous les coups sont permis. Chacun cherche à échapper à une vie laborieuse qui les a marqués dans leur chair. C'est cru, c'est cruel, c'est profond. Les personnages sont complexes sans manichéisme aucun, ils se battent avec leur propre destin et contre les autres, mais lorsque les jumeaux engagés par Karel vont commettre l'irréparable, les liens du sang seront-ils les plus forts ?

La nature omniprésente décrite dans toute sa beauté est un contrepoint à la fureur des hommes.

Un roman puissant, une plume superbe pleine de contrastes, une histoire d'hommes brutale et d'un réalisme saisissant !

Sur mon échelle : 📚📚📚📚

mardi 12 octobre 2021

True Story






Auteur : Kate Reed Petty
Editions : Gallmeister
Traduction : Jacques Mailhos



Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en ce lointain été 1999 par deux ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté. Que s'est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu'ils ramenaient Alice, endormie, chez elle ? Accusations, rejets, déni, faux-semblants... la réalité de chaque protagoniste vacille et reste marquée à tout jamais. Et quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir ? Faut-il se venger ou pardonner ? Ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce qu'on n'a jamais vraiment su ?
Paru le 19 août 2021

Mon avis :

Quel livre singulier !

Eté 1999, Alice lors d'une soirée est ramenée chez elle par deux adolescents passablement alcoolisés. Elle ne garde aucun souvenir de ce trajet sur la banquette arrière de cette voiture et cependant une rumeur se répand comme une trainée de poudre.  Alice va devoir dorénavant vivre avec ce trou noir dans sa vie, avec cette question lancinante de savoir ce qu'il s'est passé ce soir-là, si elle est une victime ou non...

Sur ce postulat de départ, l'auteur nous livre un récit éclaté, un véritable exercice de style où la narration se décline de diverses façons : lettres personnelles, lettres de candidature à l'université (et tous ses brouillons...), mails, scénarios, récit à la première personne, à la troisième personne,  utilisation du "tu" pour le personnage se racontant, retranscriptions d'entretiens...etc... des variations de style parfois étonnantes. Mais Kate Reed Petty ne joue pas seulement sur cet axe-là, elle propose  des changements de temporalité, un focus sur les différents protagonistes et leur point de vue, ce qui donne un récit caméléon étonnant où la vérité de chacun s'inscrit dans une pièce d'un puzzle qu'Alice tente de reconstruire petit à petit. Il y a une vraie maitrise dans l'agencement de l'histoire avec une fin particulièrement bien trouvée qui met en abîme tout le roman.

Le thème est profond et parfaitement exploité, difficulté de se construire, culpabilité, colère, passage à l'acte. La rumeur prend toute sa dimension dévastatrice. Et pourtant si je reconnais la force du message, l'ingéniosité du récit, l'originalité de la forme, si j'ai été happée par certains passages (la relation d'Alice et Q), il m'a manqué une dimension essentielle à mes yeux pour en faire une très bonne lecture, l'émotion.  Le récit déstructuré reste bien souvent froid, comme un récit mis à distance. Mais ce bémol très personnel mis à part, c'est une lecture très originale à découvrir.

Merci à Babelio et aux éditions Gallmeister. 


Sur mon échelle : 📚📚📚



vendredi 16 avril 2021

Le jeu de la dame





Auteur : Walter Tevis
Editions : Gallmeister
Traducteur : Jacques Mailhos





Kentucky, 1957. Après la mort de sa mère, Beth Harmon, huit ans, est placée dans un orphelinat où l'on donne aux enfants des "vitamines" censées les apaiser. Elle y fait la connaissance d'un vieux gardien passionné d'échecs qui lui en apprend les règles. Beth commence alors à gagner, trop vite, trop facilement. Dans son lit, la nuit, la jeune fille rejoue les parties en regardant le plafond où les pièces se bousculent à un rythme effréné. Plus rien n'arrêtera l'enfant prodige pour conquérir le monde des échecs et devenir une championne. Mais, si Beth prédit sans faute les mouvements sur l'échiquier, son obsession et son addiction la feront trébucher plus d'une fois dans la vie réelle.
Paru le 11 mars 2021

Mon avis :

Une fois n'est pas coutume, j'ai vu la série avant de lire le livre et je l'ai tellement aimée que je n'ai pu me défaire des images des acteurs et des scènes d'autant plus que l'adaptation a suivi scrupuleusement le roman. Il y a quelques variations minimes mais qui n'apportent absolument rien de plus à l'histoire...

Beth voit son monde s'écrouler lorsque sa mère meurt dans un accident de voiture, elle se retrouve dans un orphelinat où elle va, au détour d'un couloir, apprendre à jouer aux échecs avec le vieux M. Shaibel mais aussi apprendre la dépendance aux divers cachets proposés aux élèves pour les rendre dociles.
L'auteur nous dresse un très beau portrait de l'enfant à la femme forte et battante mais d'une grande solitude, inapte à s'intégrer et pleine de fragilités. 
Petit prodige qui mémorise, réfléchit, comprend de façon intuitive, Beth va construire toute son existence autour de ce don qui va l'aider à s'affirmer, à devenir indépendante mais qui va aussi l'empêcher de vivre une jeunesse insouciante. 
Toute jeune femme au milieu d'un monde d'hommes, elle va devoir se battre pour être reconnue à sa juste valeur, mais aussi contre ses dépendances destructrices.

Autant le dire de suite, je ne connais rien aux échecs, c'est un jeu qui ne m'intéresse pas particulièrement et pourtant  j'ai vibré à de nombreuses reprises parce que la tension et les enjeux  deviennent plus importants que le jeu lui-même.  L'auteur parvient à nous embarquer en construisant un vrai suspense autour de chaque partie et même au delà. 

Un livre que l'on dévore sans même s'en rendre compte.
L'aurais-je autant aimé si je n'avais pas vu la série avant ? Je ne sais vraiment pas, le fascinant regard de l'actrice m'a accompagnée au fil des pages et les mêmes émotions ont été ravivées chapitre après chapitre.

Lu dans le cadre du poche du mois du Picabo River Book Club, un chouette  concept !


Sur mon échelle : 📚📚📚📚

mercredi 11 novembre 2020

Les Dynamiteurs

 






Auteur : Benjamin Whitmer
Editions : Gallmeister





1895. Le vice règne en maître à Denver, minée par la pauvreté et la violence. Sam et Cora, deux jeunes orphelins, s'occupent d'une bande d'enfants abandonnés et défendent farouchement leur “foyer” – une usine désaffectée – face aux clochards des alentours. Lors d'une de leurs attaques, un colosse défiguré apporte une aide inespérée aux enfants, au prix de graves blessures que Cora soigne de son mieux. Muet, l'homme-monstre ne communique que par des mots griffonnés sur un carnet. Sam, le seul qui sache lire, se rapproche de lui et se trouve ainsi embarqué dans le monde licencieux des bas-fonds. Expéditions punitives, lynchages et explosions précipitent l'adolescent dans l'univers honni des adultes, qui le fascine et le repousse à la fois. Au point de modifier sa nature profonde, et de l'éloigner insidieusement de Cora. Les Dynamiteurs est empli d'une tendresse inconditionnelle envers les laissés-pour-compte. Ce roman intense raconte la fin brutale de l'enfance dynamitée par la corruption du monde des adultes.
Paru le 3 septembre 2020

Mon avis :
Denver 1895, la vie est particulièrement difficile pour le jeune Sam. Orphelin, il tente de survivre dans une usine désaffectée avec Cora et d'autres enfants plus jeunes. Il faut se battre jour après jour pour garder son territoire, pour manger.... et se méfier de tous les Crânes de Nœud (les adultes) quels qu'ils soient, même le charismatique pasteur Tom qui œuvre pour leur venir en aide. 

Lorsque Goodnight, un géant muet à la gueule cassée parvient jusqu'à eux, blessé, Cora s'occupe de lui mais il n'apportera pas la sécurité escomptée, au contraire c'est le loup qui est entré dans la bergerie...
Sam se retrouve lié à lui, embauché par Cole son ami pour lire et transmettre les petits mots que Goodnight griffonne sur un carnet, sa seule façon de communiquer et il va les suivre partout, dans les bas-fonds, bars, bordels, tripots... Il devient le témoin direct d'une guerre de gangs qui dégénère, violente, sanglante, spectateur de nombreuses rixes, règlements de compte et exécutions.. Il abandonne jour après jour un peu plus de sa candeur et de son innocence, pris au piège des événements qui se succèdent irrémédiablement, alternant entre rejet et fascination de ce monde brutal. C'est un véritable engrenage et il n'y a pas de retour en arrière possible.

Benjamin Whitmer sait construire à merveille ses personnages. Sa galerie de portraits d'enfants est saisissante : Hope, Jimmy, Watson, Hiram, Lottie, Commodore, Ulysses, Fawn, Offie, Jefferson, Rena, tous ont une histoire, une particularité. Leur destin semble tout tracé malgré le dévouement de Cora pour les rassembler, les défendre.....Quel joli personnage que cette dernière ! Lumineuse, perspicace, dotée d'une faculté illimitée à accueillir, soigner, protéger. elle est le point d'ancrage vers lequel Sam revient toujours. Entre eux, le lien affectif/amoureux est très fort, les mots ne sont même pas nécessaires, il y a des silences étourdissants, des regards pénétrants, une connivence évidente...  Mais peu à peu le fossé se creuse, Sam bascule dans un monde qu'elle ne peut pas intégrer.

Comment ne pas s'arrêter sue la plume de l'auteur, c'est pour moi l'atout majeur du roman. Le contraste entre la noirceur du monde environnant et la narration à la première personne pleine de poésie d'un enfant qui reçoit la violence crue est remarquable.  Il raconte son histoire, son amour pour Cora, les morts des hommes, des femmes et des plus petits sans pathos aucun, mais les images employées, la simplicité toute nue donnent une force d'évocation parfois particulièrement émouvante.

Toute cette histoire s'ancre dans une réalité historique et géographique : description d'un Denver gangréné par le vice, celui des laissés-pour-compte du rêve américain, de la misère crasse, évocation de la lutte des ouvriers, dialogues réalistes. 
Le regard est pessimiste  et même résigné mais la relation complexe entre Sam et Goodnight, la solidarité entre les rejetés de la société  et surtout l'amour entre Sam et Cora illuminent le roman, lui rendent sa part d'humanité ! Magnifique ! 

Un grand merci au  Picabo River Book Club. et à Léa  sans oublier Myriam 
ainsi qu'aux Editions Gallmeister pour cette très belle lecture ! 

Mon appréciation : 📚📚📚📚

dimanche 24 février 2019

Un poisson sur la lune




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister



"Les gens seraient-ils en réalité tous au bord du suicide, toute leur vie, obligés de survivre à chaque journée en jouant aux cartes et en regardant la télé et en mangeant, tant de routines prévues pour éviter ces instants de face à face avec un soi-même qui n'existe pas ? " Tel est l'état d'esprit de James Vann lorsqu'il retrouve sa famille en Californie – ses parents, son frère cadet, son ex-femme et ses enfants. Tous s'inquiètent pour lui et veulent l'empêcher de commettre l'irréparable. Car James voyage avec son Magnum, bien décidé à passer à l'acte. Tour à tour, chacun essaie de le ramener à la raison, révélant en partie ses propres angoisses et faiblesses. Mais c'est James qui devra seul prendre la décision, guidé par des émotions terriblement humaines face au poids du passé, à la cruauté du présent et à l'incertitude de l'avenir. David Vann revisite son histoire familiale et réussit une confession spectaculaire, mêlant subtilement réalité et fiction pour livrer une implacable réflexion sur ce qui nous fait tenir à la vie.
Paru le 7 février 2019

Mon avis :

Un livre particulièrement bouleversant, de ceux qui vous touchent au plus profond de l'intime... J'ai mis beaucoup de temps à écrire ma chronique, j'ai eu un mal fou à trouver les mots pour délivrer toutes mes impressions.

Jim Vann est un homme en pleine dépression au bord de l'abîme. Il est à un moment clé de son existence, un moment où il prend la mesure du chemin parcouru, une sorte de bilan sur sa vie affective et professionnelle, ses couples ratés, ses infidélités, ses désirs contrariés, ses mauvaises décisions....
Il décide de se retourner vers les êtres qui lui sont chers dans une tentative désespérée de retrouver un sens à sa vie, de retrouver l'envie de continuer mais son parcours sonne très vite comme un dernier adieu.

Que d'émotions dans ce récit !
Il y a la famille avec tous les efforts touchants du jeune frère, l'impuissance désespérée de la mère, l'affection silencieuse du père, l'insouciance des enfants....quelques moments de grâce parfois mais beaucoup de déchirements...
On suit les pensées de cet homme désincarné, ses confrontations aux autres. Les filtres disparaissent , le sens de la politesse, les codes de la société sont gommés, il est cru, direct, acerbe et raconte ses errances et le sexe comme seul palliatif, mais un sexe miteux, profondément insatisfaisant.
Il y a la parole, les mots dits, les sentiments énoncés et une distanciation avec lui-même comme s'il se regardait vivre. Le prisme en est vertigineux : vacuité de la vie, passé foiré, présent vide. Il se sent comme dépossédé de sa propre vie, à l'extérieur de tout, et sa solitude est abyssale...

Malgré une fin annoncée, la tension enfle page après page, nourrie par cette fascination morbide pour les armes qui revient constamment, cet attrait dont il ne peut se défaire, la puissante sensation qu'elles procurent une fois dans la main et puis l'idée de partir en emportant les autres qui jaillit régulièrement...

Ce qui est encore plus bouleversant c'est qu'on touche du doigt la réalité du récit, l'histoire de l'écrivain-fils qui retrace les derniers jours de son père sans aucun faux-semblant dans une quête déchirante pour comprendre, qui met bout à bout les morceaux connus en comblant les vides avec une extrême sensibilité.  Le texte en lui-même est tellement juste et profond avec une telle authenticité...
Ce livre m'a profondément touchée, bousculée, questionnée. Un grand roman percutant que je n'oublierai pas de sitôt !

Un grand merci à Léa au Picabo River Book Club et aux Editions Gallmeister
pour cette émouvante découverte...



Mon appréciation : 📚📚📚📚






dimanche 11 novembre 2018

Désert solitaire


Auteur : Edward Abbey
Editions : Gallmeister
Collection : Totem


Peu de livres ont autant déchaîné les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il “changeait les vies” comme l’écrit Doug Peacock. À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la clef à molette.
Paru le 23 août 2018

Mon avis :


Voici le genre de livre que je n'ai pas l'habitude de lire, je suis avant tout adepte des fictions et me tiens loin des essais, témoignages etc... j'avoue avoir été tentée par une première participation au poche du mois du Picabo River Book Club et bon sang que je ne l'ai pas regretté...
Quel superbe livre ! Quelle écriture ! C'est d'une beauté envoûtante... poétique, graphique, sensitive, engagée...

Je me suis laissée porter par les 347 pages de ce récit descriptif jalonné d'anecdotes et de réflexions sans jamais m'ennuyer. J'ai pris mon temps, c'est un livre qui ne se dévore pas mais qui se savoure...

Ranger saisonnier dans un parc appelé Arches National Monument, dans le sud de l'Utah, Edward Abbey passe 6 mois dans un pays de canyons sauvage et préservé, un séjour qu'il a hautement apprécié. Lorsqu'il revient 10 ans plus tard, c'est avec effroi qu'il constate tous les changements survenus avec le tourisme de masse...


Ce livre est une succession de chapitres qui raconte son expérience, tantôt descriptifs et anecdotiques pour rendre hommage à cette nature étonnante, tantôt militants où la colère de l'homme s'entend au travers des mots.. et j'ai tout aimé ! J'ai aimé tous les détails qui m'ont transportée dans le désert à la chaleur étouffante, j'ai adoré apprendre tout un tas de précisions mettant à mal les représentations que j'avais ( l'exemple des sables mouvants est le plus troublant) Il y a quelque chose de saisissant à comprendre cette osmose de l'homme avec son environnement, ce temps suspendu où observations et actions sont étroitement imbriquées....cette nature-là se mérite.
Et puis il y a l'homme militant, parfois un peu outrancier dans sa façon de présenter les choses mais dont la réflexion est toujours profonde, argumentée et d'une authenticité indéniable....


« L'été prochain, ne sautez pas dans votre voiture pour filer vers le pays des canyons dans l'espoir de voir par vous-même certaines choses que j'ai évoquées dans ces pages. Tout d'abord, vous ne verrez rien du tout en voiture ; vous devrez sortir de votre foutu engin et marcher ou, mieux encore, ramper à quatre pattes sur le grès, à travers les buissons épineux, entre les cactus. Lorsque vous commencerez à laisser des traces de sang derrière vous, vous verrez quelque chose. Peut-être. Ou peut-être pas. Ensuite, la plupart des choses dont je parle ici ont déjà disparu ou sont en train de disparaître rapidement. Ce livre n'est pas un guide de voyage ; c'est une élégie.»


Un livre passionnant, fascinant qui donne autant à ressentir qu'à réfléchir, qui m'ouvre d'autres horizons de lecture, je vais très certainement me pencher vers d'autres écrits de l'auteur..
Merci à Léa et au Picabo River Book Club pour cette formidable découverte!


Mon appréciation📚📚📚📚,





vendredi 3 novembre 2017

Un moindre mal


Auteur : Joe Flanagan
Editions : Gallmeister


Cape Cod, 1957. Dans cette petite communauté tranquille, une série de meurtres d’enfants paralyse la population, une famille disparaît dans d’étranges circonstances, un homme se fait violemment tabasser et refuse de dénoncer ses agresseurs. Le lieutenant Warren, de la police locale, découvre la difficulté de mener à bien son enquête dans un service corrompu. Sa position devient intenable quand arrive dans la région Stasiak, officier légendaire de la Police d’État aux méthodes douteuses. Dépossédé de ses dossiers, Warren comprend vite qu’élucider ces affaires n’est pas le but premier de ce flic brutal et manipulateur. Pourtant il ne peut pas lui laisser le champ libre, au risque d’y perdre sa place, sa réputation et peut-être beaucoup plus.
Paru le 30 mars 2017




Mon avis :

Quel excellent polar ! Une écriture ciselée, voire poétique qui installe une atmosphère bien particulière dès les premières pages, une enquête sombre, intelligente, parfaitement huilée , un véritable labyrinthe de présomptions, de fausses pistes toutes plus plausibles les unes que les autres et surtout la formidable galerie de personnages tous singuliers et denses, énigmatiques, odieux ou  attachants mais jamais insignifiants.

Bill Warren est un flic intègre, de ceux qui ont des valeurs et qui se font un devoir d'aller au bout de leurs convictions. Père isolé d'un petit garçon retardé mental qu'il aime éperdument, il se lance corps et âme dans cette enquête sur la série de meurtres d'enfants qui ébranle sa petite ville jusque là tranquille. Il va très mal accepter d'être mis sur la touche par le procureur au bénéfice de la police d'Etat représentée par Dale Stasiak.
Très vite, il note les manquements de ce dernier et l'affrontement entre eux est violent, brutal, un face à face captivant entre deux flics, l'un intègre et anonyme, l'autre ripoux et adulé.

Warren ne peut se résoudre à lâcher l'affaire et son enquête se heurte aux notables corrompus, aux manigances politiciennes, aux ambitions de ses collègues, aux préjugés ... L'atmosphère est sombre, glauque, un vrai polar noir avec tous les ingrédient du genre : la mafia, des flics ripoux, le FBI, des morts, des passages à tabac, des filatures, des fusillades. Mais il y a aussi quelques moments de grâce et d'émotion  autour de Little Mike, la relation père/fils est extrêmement touchante et Jane la baby-sitter vient apporter une petite touche de douceur.

La tension montre crescendo, le lecteur tremble pour Warren, pour Little Mike, il soupçonne chacun des protagonistes tour à tour, les investigations mènent à des impasses, les fils se nouent et se dénouent, et tout s'emballe dans le dernier tiers du livre pour un final étourdissant. Passionnant et maîtrisé de bout en bout !

Certains seront gênés par la petite touche finale, ce n'est pas vraiment mon cas, si je n'ai pas complètement adhéré, j'y ai vu de la lumière, de l'espoir au bout de toute cette noirceur accumulée.

Une excellente lecture ! 

Ma notation : 4,7/5



dimanche 3 septembre 2017

Sukkwan Island




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister


PRIX MÉDICIS ÉTRANGER
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.
Paru le 5 janvier 2010

Mon avis :

Quel livre marquant ! Je l'ai lu il y a quelques temps déjà et il me semble que c'était hier tant les souvenirs en sont vivaces ...
Pas de chapitres dans ce livre là mais deux parties qu'on lit d'une traite sans respirer presque...

C'est un huis clos entre un père et un fils sur une île loin de tout et de tous avec quelques matériels pour survivre et une simple radio au cas où.... Un avion pour trait d'union avec la civilisation qui viendra les voir de loin en loin.
Une fois seuls, il faut s'organiser pour survivre, prévoir le froid, s'adapter à la nature parfois bien plus hostile qu'ils ne l'attendaient et puis il y a la promiscuité entre eux ... ils ne se connaissent pas vraiment et l'attitude équivoque du père amène très rapidement une tension palpable.

Pendant toute la première partie, on suit Roy, on perçoit chacun de ses sentiments, sa difficulté à vivre le rêve du père, à le comprendre... Il s'est laissé embarqué sans enthousiasme dans cette aventure extra-ordinaire et se sent un peu piégé.
C'est extrêmement bien pensé, raconté, les descriptions de la solitude, l'âpreté de l'endroit, l'atmosphère trouble qui peu à peu se charge en tension jusqu'au point de rupture où survient l'inattendu, l'incompréhensible, l'inadmissible .... 

Et on bascule dans la seconde partie où c'est le père qui devient personnage central. J'ai eu moins d'empathie pour lui, même si son parcours est terrible aussi. Je n'ai pas toujours compris toutes ses réactions, ses décisions, mais j'ai été touchée par son incapacité à surmonter le drame, par sa détresse profonde et je n'ai pu poser mon livre avant d'avoir tourné la dernière page .

Une nature préservée, sauvage qui sert de révélateur pour la part la plus sombre de chacun, un drame familial, une exploration des rapports père/fils, des attentes de chacun, de leurs incompréhensions, c'est d'une noirceur totale, c'est dur, c'est violent et c'est magistralement écrit !

Ma notation : 4/5


jeudi 15 juin 2017

L'oiseau du bon dieu



Auteur : James McBride
Editions : Gallmeister



En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir lorsque le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques- unes des heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. 
Cette épopée romanesque inventive et désopilante a été récompensée par le prestigieux National Book Award, le plus prestigieux des prix littéraires américains.
Paru le 20 août 2015 et le 4 mai 2017 en version poche

Mon avis :
Quelle découverte ! Quel fabuleux moment de lecture ! J'ai adoré chaque page de ce bouquin....
Je ne l'ai pas lu d'une traite parce que c'est tout de même un pavé mais quasiment...

C'est une histoire racontée par Henri Shackleford , dit Henrietta, dit la petite échalote, jeune esclave noir, sa propre histoire qui débute le jour où il va croiser la route de l'emblématique John Brown. Cette rencontre déterminante va changer totalement le cours de sa vie.

Libéré sans le vouloir, il se retrouve, déguisé en fille, à la traîne d'une armée dépenaillée menée par un vieux fou, la tête pleine d'utopie. Je n'avais jamais entendu parler de ce John Brown et le portrait qui en est fait est saisissant... personnage charismatique, totalement halluciné, empreint tantôt de grandeur, tantôt de ridicule, qui cite sa propre interprétation de la Bible à tout va et trucide tous ceux qui se mettent sur son chemin sans état d'âme. A la fois protecteur, aimant, loyal mais aussi outrancier, violent, obsédé par son objectif, c'est un homme complexe et fascinant.

Toute cette troupe va sillonner un pays désorganisé où la mort rode, où les tensions se cristallisent entre esclavagistes et abolitionnistes.
Page après page se déroule tout un pan d'histoire décryptée par les yeux sarcastiques d'un jeune noir futé. C'est un roman historique, d'aventure, plein d'action, de fureur, de sang, de folie et d'abnégation, mais c'est aussi d'un humour décapant (Le passage de l'échalote qui va donner son surnom au jeune héros est un must !) et parfois d'une vraie irrévérence !

On rit, on tremble, on est captivé par ces péripéties hors normes et on s'attache à la galerie de personnages tous plus troublants les uns que les autres : Fred le fils simple d'esprit, Owen très pragmatique, Bob, Pie, Sibonia,   etc....les lâches comme les héroïques.... tous sont marquants.

Mais la force du récit c'est avant tout la narration brillante, c'est vivant, piquant, drôle, saisissant. Que j'ai aimé ce style ciselé, à la fois si familier et tellement travaillé, avec sa foison d'expressions colorées, imagées, un style que j'ai savouré tout du long comme une véritable friandise rare et subtile.

Et que dire de la fin si ce n'est que la dernière page, superbe, vient tout magnifier, vient grandir le dérisoire et délivrer un message profond et poétique. Du grand art !

Un récit vivant, des personnages saisissants, un style particulièrement savoureux, un roman parfaitement maîtrisé qui m'a emportée dès les premières pages et m'a chamboulée sur la fin. Une lecture mémorable !

Un grand merci aux éditions Gallmeister et à Babelio pour cette formidable découverte !

Ma notation : 4,9/5


mercredi 15 mars 2017

Montana 1948



Auteur : Larry Watson
Editions : Gallmeister


De l'été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n'a pu chasser ni même estomper. Ainsi s'ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l'encontre de l'oncle du garçon, charismatique héros de guerre et médecin respecté. Le père de David, shérif d'une petite ville du Montana, doit alors affronter son frère aîné. Impuissant, David assistera au déchirement des deux frères et découvrira la difficulté d'avoir à choisir entre la justice et la loyauté à sa famille. Montana 1948 raconte la perte des illusions de l'enfance et la découverte du monde adulte dans une écriture superbe, digne des plus grands classiques américains.
Paru le 30 avril 2010

Mon avis :
Un petit livre court, tout juste 160 pages, mais qui possède une grande force d'évocation.
Une écriture classique et dense, une écriture belle et ample, une narration fluide ciselée pour raconter un récit qui s'apparente aux grandes tragédies classiques.

David Hayden est un jeune garçon solitaire,  un gamin qui s'épanouit avant tout dans l'isolement et la nature.
"Il m'arrivait de pouvoir rester assis pendant une heure sur un rocher, au bord de la rivière, sans souhaiter d'autre conversation que le murmure régulier de l'eau. J'étais sans aucun doute un enfant introverti, mais plus encore, j'éprouvais hors de la société une plénitude qu'il m'était absolument impossible de ressentir en son sein."
Il nous raconte un épisode particulièrement tragique de sa vie, intervenu l'année de ses 12 ans.

Pour planter le décor, dans la famille Hayden, il y a le grand-père, Julian  figure imposante de Bentrock, ancien shérif et propriétaire d'un ranch florissant, un homme autoritaire. et qui n'a d'yeux et d'intérêt que pour son second fils... 
Il y a le premier fils Wesley, shérif et père du jeune David, un homme au genou abîmé, ce qui lui a valu d'être réformé et de faire pâle figure à côté de son frère au charisme flamboyant.
Et il y a Frank, héros de guerre, médecin respecté et le préféré de son père qui n'a d'yeux et d'intérêt que pour lui et  occulte complètement l'autre...
Toute cette petite famille vit en bonne intelligence, Wesley avalant en silence les rebuffades du père et la préférence étalée aux yeux de tous.

Marie Little Soldier, une jeune fille sioux au service de la famille tombe malade et semble tétanisée de peur à l'idée de se faire soigner par Frank Hayden.  Intriguée et un brin inquiète, la mère du jeune David creuse un peu la question ....et l'accusation tombe, violente, indécente et c'est toute la famille qui vole en éclat...
"Ce que j'entendis annonçait une telle rupture dans nos existences, un tel abîme séparant désormais ce que nous étions de ce que nous ne serions plus jamais, qu'il faudrait, semble-t-il, mesurer le temps à cette aune."
David du haut de ses douze ans, gamin curieux qui se glisse derrière les portes pour cueillir chaque confidence, chaque conversation, va être le témoin privilégié d'un drame qui se joue entre les trois hommes de son clan, un drame intimiste, un drame violent. 
Son père est écartelé entre son devoir de shérif et son lien affectif de frère et de fils... un choix cornélien, et David va assister à toutes ses hésitations, au combat d'un homme avec sa conscience....

Dans cette petite ville du Montana où les Indiens sont implantés et vivent mêlés à la population, il demeure encore de nombreux préjugés et le racisme reste latent. Même le shérif, un homme droit n'y échappe pas :
"....autant avouer tout de suite quelque chose que je préférais oublier : mon père n'aimait pas les Indiens. En fait, on ne peut pas vraiment dire qu'il ne les aimait pas, mais il avait peu de considération pour eux. Il n'avait rien d'un esprit mesquin et haineux - il pensait certainement être aussi exempt de préjugés q'on peut l'être - et il pouvait se montrer généreux bon et respectueux envers les Indiens, comme avec tout un chacun. Néanmoins il pensait que les Indiens étaient, à quelques exceptions près, ignorants, paresseux, superstitieux et irresponsables....."
Et si au départ, la tentation est très forte pour Wesley Hayden de minimiser toutes ces accusations, c'est l'intervention du jeune garçon qui va jouer un rôle essentiel dans la tragédie qui se déroule cet été là. qui va précipiter les choses.
Devant l'inéluctable, le frère et shérif va prendre une décision lourde de conséquences .... l'atmosphère petit à petit devient étouffante, la tension enfle jusqu'au dénouement inattendu!

Un été violent qui bouleverse la vie d'une famille, la fraîcheur du regard d'un enfant qui s’abîme contre la violence des hommes, la tragédie d'un homme seul face à sa conscience.....un récit d'une grande sensibilité,  maîtrisé de bout en bout et un très bon moment de lecture.

Ma notation : 4,6/5