Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
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dimanche 12 mai 2019

A juste titre






Auteur : Céline David
Editions : Auto-édité




Lise n’a rien des personnages des romans qu’elle lit avec passion. Le monde réel ? Elle l'observe et le dissèque avec minutie, peinant à y trouver sa place.À chacun de ses trajets dans le métro parisien, elle imagine la vie des habitués. Lorsqu'apparaît cette fascinante voyageuse, penchée chaque soir sur des livres aux couvertures de papier kraft, Lise veut en savoir davantage. Ses recherches vont la conduire au-delà de sa timidité, jusqu’à elle-même.
Paru le 8 mai 2019

Mon avis :

Si vous êtes amoureux des livres, si vous aimez la porte qu'ils ouvrent sur le monde, si vous aimez l'objet, ce qu'il représente,  alors ce roman est fait pour vous ! Vous allez retrouver tout un florilège de petites choses dans lesquelles vous allez vous reconnaître, c'est superbement évoqué... 

Lise est une jeune femme réservée avec peu de vie sociale et qui passe la plus grande part de son temps libre à lire, elle vit une multitude de vies à travers ses lectures...elle a également une imagination débordante qui l'amène à imaginer une foule de choses au quotidien. Quel joli personnage, vive d'esprit, amusante et terriblement attachante.
Elle trouve des plaisirs multiples et des joies toutes simples dans sa petite routine , mais un jour, c'est LA rencontre qui va chambouler son univers ! Une rencontre insolite dans le métro, une femme en train de lire un livre recouvert de papier kraft et ce livre dont la couverture est cachée va la fasciner... Quel en est le titre ? Pourquoi est-il recouvert ? A partir de là, la jeune va être obnubiler par toutes les questions qu'elles se posent, elle va guetter cette mystérieuse passagère jour après jour et l'auteur parvient totalement à nous entraîner à sa suite, à nous intriguer à notre tour.
Lise en observant et même poursuivant cette femme mystérieuse va se retrouver dans une singulière librairie, une librairie comme nulle autre pareille dont le principe même soulève foison des questions pertinentes sur le livre en tant qu'objet commercial, sur les habitudes de lecture, sur la façon de choisir un ouvrage, c'est une belle réflexion sur la littérature et ce qu'elle représente.

Mais ce roman n'est pas seulement axé sur la lecture, c'est aussi en parallèle l'histoire particulièrement touchante d'Arthur, personnage énigmatique aux nombreuses facettes qui hante les pages du livre, une histoire qui croise celle de Lise et de la librairie.... une belle histoire de lecture, d'écriture, d'épanouissement, d'ouverture aux autres et de transmission... 

J'ajouterai un petit mot pour la jolie plume de l'auteur, tout en délicatesse, qui raconte l'amour des livres, l'amour des mots...

Avec tout cela, ce devrait être un coup de cœur, et pourtant....
lorsque j'ai vu la chronique de ma copine du blog "Les sortilèges des mots", j'ai eu une folle envie de le lire : le thème, l'enthousiasme de Zaphrinia...et je n'ai pas hésité à le demander à l'auteur. Celle-ci a mis à ma disposition une version en epub et je l'en remercie vivement mais toutefois, je pense vraiment que c'est une hérésie de lire ce roman en numérique quand on nous vante le plaisir de feuilleter, le plaisir de découvrir l'objet.... je crois que j'ai perdu en route un petit morceau de l'âme du livre....
Bref, vous l'aurez compris, je conseille vivement cette lecture mais en format papier !


Mon appréciation : 📚📚📚


jeudi 20 décembre 2018

Nola Forever



Auteur : Fabien Fernandez
Editions : Gulf Stream
Collection : Electrogène


Deux familles qui se détestent, deux jeunes adultes, beaux et intelligents, qui se découvrent lors d'une soirée masquée et sont dès lors prêts à braver la mort pour vivre leur amour... Cette histoire, vous croyez l'avoir entendue cent fois. Vous pensez déjà entrevoir son dénouement. Mais cette affaire, ce n'est pas celle de Shakespeare. La scène ne s'est pas tenue à Vérone, mais dans les quartiers animés de la Nouvelle-Orléans. De vidéos reçues anonymement en témoignages récoltés avec discrétion, ma curiosité de journaliste m'a permis de retracer ce qu'il s'est vraiment passer à NOLA.
Paru le 11 octobre 2018

Mon avis : 

Quasiment tout le monde, qu'on ait lu ou non Shakespeare, connait l'histoire tragique de Roméo et Juliette, je ne vais donc pas m'étendre sur le résumé de l'histoire... 
J'étais très curieuse de lire une réécriture de cette oeuvre et je n'ai pas du tout été déçue. 

Si la trame est bien la même, l'auteur a su la moderniser, la transposer dans le temps et l'espace et surtout réserver quelques jolies surprises aux lecteurs.
On plonge dans l'atmosphère de la Nouvelle-Orléans où Julian et Roxanne vont vivre des amours contrariées. Jazz, clubs, loas, l'ombre de Katrina, on y retrouve toutes les caractéristiques de cette région et l'on est par ailleurs immergé dans les cuisines où Julian exerce ses talents personnels. Quelques très charismatiques personnages secondaires plein d'humanité viennent étayer l'intrigue : Ben, Dayane...etc...

La narration, particulièrement bien échafaudée, se présente comme une enquête journalistique d'un fait divers ayant défrayé la chronique.
La narratrice, Dakota, raconte sa propre enquête, en alternant ses rencontres avec tous les acteurs du drame et des retranscriptions de témoignages vidéos de Julian et Roxanne. Ces dernières où les indications de lumière, d'attitude, de cadrage sont notées, prennent une véritable dimension cinématographique. Ce double jeu de compte-rendu est extrêmement bien exploité, donnant une  vraie dynamique au récit et les petites notes de bas de pages très personnelles ajoutent une dimension plus intime à la lecture, impliquent davantage le lecteur. 

Quel tour de force d'avoir su ménager un vrai suspens alors que tout un chacun connait d'avance la fin de l'histoire !  Prison, drame, drogue, vengeance, mort, amour, amitié, loyauté, mais aussi racisme, le poids des réseaux sociaux et de la presse, tous ces thèmes sont présents. On ne s'ennuie à aucun moment, porté par l'intrigue captivante, la recherche objective et rigoureuse de la jeune femme, les questions posées, les doutes, le rôle de chacun des protagonistes,  par les révélations, les surprises multiples et judicieuses, par la narration très originale mais aussi par le jeu varié sur le style tantôt familier, tantôt poétique et travaillé.... j'ai adoré sentir le souffle shakespearien entre les lignes, retrouver des références littéraires.

Le petit plus : la postface sur la Louisiane et les recettes de Julian !  

Pour finir, je parlerai de l'objet livre, avec cette belle couverture, ses dorures et surtout ce bruissement de pages dont je ne me suis jamais lassée...

Une chouette lecture originale, littéraire, une belle exploitation d'une oeuvre universelle...

Un grand merci à Babelio et aux Editions Gulf Stream pour cette belle découverte !


Mon appréciation : 📚📚📚📚




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dimanche 11 novembre 2018

Désert solitaire


Auteur : Edward Abbey
Editions : Gallmeister
Collection : Totem


Peu de livres ont autant déchaîné les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il “changeait les vies” comme l’écrit Doug Peacock. À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la clef à molette.
Paru le 23 août 2018

Mon avis :


Voici le genre de livre que je n'ai pas l'habitude de lire, je suis avant tout adepte des fictions et me tiens loin des essais, témoignages etc... j'avoue avoir été tentée par une première participation au poche du mois du Picabo River Book Club et bon sang que je ne l'ai pas regretté...
Quel superbe livre ! Quelle écriture ! C'est d'une beauté envoûtante... poétique, graphique, sensitive, engagée...

Je me suis laissée porter par les 347 pages de ce récit descriptif jalonné d'anecdotes et de réflexions sans jamais m'ennuyer. J'ai pris mon temps, c'est un livre qui ne se dévore pas mais qui se savoure...

Ranger saisonnier dans un parc appelé Arches National Monument, dans le sud de l'Utah, Edward Abbey passe 6 mois dans un pays de canyons sauvage et préservé, un séjour qu'il a hautement apprécié. Lorsqu'il revient 10 ans plus tard, c'est avec effroi qu'il constate tous les changements survenus avec le tourisme de masse...


Ce livre est une succession de chapitres qui raconte son expérience, tantôt descriptifs et anecdotiques pour rendre hommage à cette nature étonnante, tantôt militants où la colère de l'homme s'entend au travers des mots.. et j'ai tout aimé ! J'ai aimé tous les détails qui m'ont transportée dans le désert à la chaleur étouffante, j'ai adoré apprendre tout un tas de précisions mettant à mal les représentations que j'avais ( l'exemple des sables mouvants est le plus troublant) Il y a quelque chose de saisissant à comprendre cette osmose de l'homme avec son environnement, ce temps suspendu où observations et actions sont étroitement imbriquées....cette nature-là se mérite.
Et puis il y a l'homme militant, parfois un peu outrancier dans sa façon de présenter les choses mais dont la réflexion est toujours profonde, argumentée et d'une authenticité indéniable....


« L'été prochain, ne sautez pas dans votre voiture pour filer vers le pays des canyons dans l'espoir de voir par vous-même certaines choses que j'ai évoquées dans ces pages. Tout d'abord, vous ne verrez rien du tout en voiture ; vous devrez sortir de votre foutu engin et marcher ou, mieux encore, ramper à quatre pattes sur le grès, à travers les buissons épineux, entre les cactus. Lorsque vous commencerez à laisser des traces de sang derrière vous, vous verrez quelque chose. Peut-être. Ou peut-être pas. Ensuite, la plupart des choses dont je parle ici ont déjà disparu ou sont en train de disparaître rapidement. Ce livre n'est pas un guide de voyage ; c'est une élégie.»


Un livre passionnant, fascinant qui donne autant à ressentir qu'à réfléchir, qui m'ouvre d'autres horizons de lecture, je vais très certainement me pencher vers d'autres écrits de l'auteur..
Merci à Léa et au Picabo River Book Club pour cette formidable découverte!


Mon appréciation : 📚📚📚📚,





mardi 6 novembre 2018

L'écart



Auteur : Amy Liptrot
Editions : Globe


L'Écart raconte la vie d'une femme, son combat contre l'alcool et la joie que procure la communion avec la nature écossaise des îles d'Orkney. Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : Se laisser emporter vers le Sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l'on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l'île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l'ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l'appel qui la hante, qui vient toucher cette part d'elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir. Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l'observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l'inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle. Sa voie s'appelle l'Écart. C'est l'humble nom d'une bande côtière où les animaux sauvages et domestiques peuvent se côtoyer loin des regards, où folâtrent des elfes ivres d'embruns. C'est le nom fier de son premier roman.
Paru le 29 août 2018

Mon avis :

Amy a grandi sur une île dans les Orcades tout au nord de l'Ecosse entre un père maniaco-dépressif et une mère rigoriste. A 20 ans, elle quitte le foyer familial pour Londres où elle se perd dans les excès d'une vie citadine. Bien vite, sa quête de sensations extrêmes la mène vers un alcoolisme sévère qui va totalement dévaster sa vie..
A 30 ans, des symptômes très inquiétants la décide d'entrer en cure de désintoxication et sa douloureuse renaissance se fera en retournant à son point de départ, l'archipel de son enfance. Là, dans cette nature rude et sauvage balayée par les vents, elle confronte sa solitude aux paysages grandioses, réapprend les sensations, se bat quotidiennement contre ses démons. Il faut tenir une heure, un jour, une semaine, un mois, un an.... et quoi de mieux pour y parvenir que de vivre dans l'immédiat, l'instant, s'arrêter, observer un oiseau, un phoque, découvrir des lieux escarpés, comprendre la terre qui l'entoure, les légendes qui l'ont forgée. 

C'est un récit personnel, fort, douloureux, authentique... Mais au delà de l'expérience intime, il y a aussi la poésie du lieu que la plume très sensible rend tangible : on sent le vent, on entend le râle des genets, on sent les embruns...
Un voyage dépaysant et d'un charme envoûtant, une vraie profondeur dans la réflexion, un long monologue plein de respirations, de cris et de silence, une très belle lecture !

Je remercie #rakuten pour ce livre offert dans le cadre
des matchs de la rentrée littéraire #MRL18 #lécart #amyliptrot

Mon appréciation : 📚📚📚📚

lundi 5 novembre 2018

L'habitude des bêtes




Auteur : Lise Tremblay
Editions : Delcourt Littérature




« J'avais été heureux, comblé et odieux. En vieillissant, je m'en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n'avais pas su être bon. La bonté m'est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. » C'est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié ce chiot, Dan. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour de bon la porte de son grand appartement vide. Ce n'était pas un endroit pour Dan, alors Benoît est allé s'installer dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu'il est malade. Et parce qu'on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village... Au-delà des rivalités, c'est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce roman au décor grandiose.
Paru le 22 août 2018

Mon avis : 

Tout d'abord je tiens à remercier Babelio et les Editions Delcourt pour l'envoi de ce livre, un petit livre très court mais un livre d'une grande puissance émotionnelle.

Benoit est un homme âgé qui porte sur sa vie un regard d'une lucidité déroutante et sans concessions.
Dentiste reconnu, mari et père absent, il a gaspillé sa vie entre boulot et collègues jusqu'au jour où un homme lui donne un jeune chiot, Dan, qui va bouleverser sa vie...
Il tourne le dos à cette vie superficielle, se retire dans le parc national de Saguenay, au sein d'une nature âpre et sauvage et vit au rythme des saisons, s'intègre à une population rude de terroir et noue quelques amitiés : Rémi le voisin taciturne et rugueux, Mina vieille femme perspicace.

Ce roman est terriblement prenant, c'est avec beaucoup de délicatesse et de justesse que l'auteur raconte l'intime de cet homme, son introspection sur son parcours d'homme et de père et sa confrontation avec la mort lorsque Dan arrive en fin de vie. C'est un drame qui bouleverse une fois de plus son existence, ce chien a été le déclic dans sa vie, son compagnon, celui qui lui a appris à aimer et le voir l'accompagner est très émouvant...

Parallèlement à son histoire intime, la saison de la chasse s'ouvre dans une atmosphère inquiétante, des loups ont été aperçus autour des habitations et vont attiser les passions. Sous une quiétude trompeuse, la violence est palpable entre les chasseurs et le jeune garde-chasse, entre les traditions et la modernité, entre l'obscurantisme et la conscience...

Un récit sensible, intelligent que j'ai savouré dans toutes ses dimensions : le fonds mais aussi la forme avec cette plume québécoise dont j'ai aimé chaque expression, chaque mot...

Mon appréciation : 📚📚📚📚





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samedi 27 octobre 2018

Un médecin de campagne





Auteur : Martial Debriffe
Editions : City Editions


Dans l’Alsace meurtrie de l’après-guerre, un jeune homme rêve d’une autre vie. Passionné de sciences, Pierre voudrait devenir médecin. Mais cette ambition n’est-elle pas trop grande pour lui, fils de simples commerçants de la vallée de Munster ?
Pour éblouir Marguerite, la femme qu’il aime, il tente sa chance. Après avoir obtenu une bourse d’études, le jeune homme gravit rapidement les échelons d’une profession qu’il exerce comme un sacerdoce, jusqu’à devenir un brillant chirurgien.
Mais peu à peu, Pierre se perd dans les fastes de cette carrière et s’éloigne des siens. La vanité de ses ambitions lui a fait oublier ce qui l’a initialement poussé vers la médecine : l’envie d’aider les autres et l’amour d’une femme. En quête de son passé perdu, le jeune homme va être entraîné dans une aventure qui bouleversera son destin.
Paru le 22 août 2018

Mon avis : 

En tout premier lieu, je tiens à remercier l'auteur et Joëlle Marchal grâce à qui j'ai reçu ce livre.
J'avoue que j'ai été très tentée par la couverture et par le fait que l'histoire se situe en Alsace. Finalement, j'y ai trouvé bien peu de détails se rapportant spécifiquement à cette région mais j'ai  tout de même passé un bon moment de lecture.

D'une écriture classique et agréable, Martial Debriffe nous raconte l'histoire d'un jeune homme handicapé suite à une maladie d'enfance qui va se battre envers et contre tout pour atteindre son rêve : devenir médecin....
Amoureux transi d'une jeune fille exubérante, il ne va pas hésiter à se couper de ses parents (sa mère surtout - quelle femme dure que j'ai eu beaucoup de mal à comprendre !) pour tenter de décrocher une bourse d'études.
Très intelligent et travailleur acharné, il parviendra à obtenir ses diplômes.

Mais son travail n'est pas le seul enjeu dans sa vie... il va subir la concurrence amoureuse et professionnelle. Il va faire de jolies rencontres qui seront décisives : Jessica libre et indépendante, la douce Jeanne et son père le charismatique docteur Rebeuh...

Son parcours ne sera pas simple, et outre son acharnement à réussir, Pierre va aussi devoir faire un travail sur lui-même, réaliser qu'il s'égare et retrouver ce qu'est l'essentiel dans une vie, comprendre que parfois on s'accroche à des leurres... Une jolie histoire sensible avec de beaux portraits de femmes, de médecins, avec un personnage principal attachant.

Mon appréciation : 📚📚📚


lundi 4 juin 2018

Les lettres de Lou



Auteur : Didier Hermand
Editions : Audience

Un délicieux croisement de destinées saisissant et émouvant
Après le décès de sa mère, Ludmilla a besoin de se ressourcer dans la petite maison de campagne qu’elles avaient retapée ensemble. Mais son séjour prend une tournure inattendue ; la maison est complètement dévastée, squattée par des junkies accros aux sensations fortes…
Parallèlement, le hasard met entre les mains de Julien une lettre qui ne lui est pas destinée... une lettre d'amour magnifique, signée Lou...
Son destinataire s'en est débarrassé sans même la lire. Le jeune homme décide alors de retrouver les autres missives, probablement abandonnées elles aussi... Au fil de ses lectures, tendres, sensibles, passionnées, son obsession et son angoisse grandissent. Étrangement, au contact des lettres, Julien pressent une menace pour Lou. Une force inconnue le pousse à la retrouver coûte que coûte...
Paru le 26 septembre 2009

Mon avis :

Une lecture qui ménage de vraies surprises.... J'avoue que je n'avais pas lu la quatrième de couverture, que je me suis laissée tenter par ma copine Zaphrina qui m'a offert ce livre avec une volonté affichée de me faire connaître l'auteur. Si au départ j'ai cru plonger dans une jolie histoire sentimentale, doucement j'ai été emportée vers tout autre chose....

Le récit suit deux personnages en parallèle :

Julien est un jeune homme qui par un "hasard" un peu étrange va se retrouver en possession d'une lettre de son voisin, lettre d'une femme amoureuse, délaissée, lettre pleine de poésie, de sentiments, de désespoir....
Profondément touché par cette lecture, Julien peu à peu devient totalement obsédé par cette Lou, par ses lettres qui prennent une place démesurée dans sa vie. Il est prêt à tout pour récupérer d'autres lettres, vraiment à tout....
Toute cette partie du récit décrit parfaitement le glissement vers l'état obsessionnel de Julien, la façon dont il se persuade lui-même de ses sentiments, comment il vient à prendre certaines décisions...

Ludmilla vient de perdre sa mère, elle se retrouve seule et part se ressourcer dans cette maison au bord de mer aux parfums d'enfance. Mais rien ne va se passer comme elle le pensait.... loin de là !

Lorsque le destin va réunir ces deux-là, ce sera dans une situation qu'on n'attendait vraiment pas ! Impossible d'en dire plus, ce serait dommage ....

Un livre très intéressant, il parle de sentiments, de destin (celui-ci a une place prépondérante), d'amitié, d'amour, c'est à la fois une romance, mais aussi une enquête et bien plus encore....
Avec une plume qui alterne poésie, sentiments, émotions de toutes sortes, qui mélange les genres, l'auteur a su ménager des surprises et rendre son roman inclassable.

Une bien jolie découverte ! Merci copine !

Ma notation : 4,25/5

vendredi 20 avril 2018

Goodbye, Loretta



Auteur : Shawn Vestal
Editions : Albin Michel


Short Creek, Arizona, 1974. Loretta, quinze ans, vit au sein d'une communauté de mormons fondamentalistes et polygames. Le jour, elle se plie à l'austérité des siens, la nuit, elle fait le mur et retrouve son petit ami. Pour mettre un terme à ses escapades nocturnes, ses parents la marient de force à Dean Harder, qui a trente ans de plus qu'elle, une première femme et déjà sept enfants...
Loretta se glisse tant bien que mal dans son rôle d' « épouse-soeur », mais continue à rêver d'une autre vie, qu'elle ne connaît qu'à travers les magazines. La chance se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean, fan de Led Zeppelin et du Seigneur des anneaux, qui voue un culte au cascadeur Evel Kneievel. C'est le début d'une aventure mémorable aux allures de road trip vers la liberté qui va vite se heurter à la réalité...
Un superbe roman, profond et drôle à la fois, qui nous plonge au coeur de la mythologie de l'Ouest américain, tant sacrée que profane.
Paru le 28 mars 2018

Mon avis :

Quelle étrange lecture que ce livre là !
J'y ai beaucoup aimé des chapitres entiers mais suis restée totalement hermétique à d'autres... et je ressors de ma lecture à la fois comblée et agacée...

On suit en parallèle Loretta et Jason, deux jeunes adolescents élevés chez les Mormons, l'un en Arizona, l'autre en Idaho. Tous deux rêvent d'une autre vie, de liberté, d'espace.... et si Jason, grand admirateur de Evel Kneivel et  membre d'une communauté un peu plus ouverte,  s'accommode plus ou moins  de son existence avec la tendre complicité de son grand-père et l'amitié de son pote Boyd, Loretta vit très mal l'extrême rigueur des mormons fondamentalistes et s'octroie quelques libertés le soir en compagnie de Bradshaw, son pseudo petit-ami qui lui ouvre les portes d'un monde rêvé.
Mais un jour, Loretta est confrontée à ses parents en rentrant d'une de ses équipées, le couperet tombe, elle est mariée aussitôt à Dean, bien plus âgé qu'elle et déjà pourvu d'une femme et de sept enfants.... Commence une nouvelle vie âpre bien loin de ses rêves.... C'est au sein de cette nouvelle famille qu'elle rencontre Jason, le neveu de son époux,  deux destins qui se croisent et s'entremêlent...

J'ai beaucoup aimé la description du mode de vie des Mormons, un monde que je ne connaissais pas vraiment. J'ai découvert la diversité des influences et des pratiques, la rigidité des plus extrêmes, le peu de sentiments exprimés, le rôle effacé des femmes.... Le portrait de Dean en chef de famille tout puissant est sans concession : cupide, d'une hypocrisie extrême, s'arrangeant avec ses principes selon le moment et les personnes présentes...

Si Jason est un adolescent sensible et attachant, dont les rêves ressemblent à ceux de milliers d'adolescents américains, Loretta est beaucoup plus complexe. Engluée dans une vie austère qu'elle subit, elle semble totalement passive, repliée sur elle-même. Seuls petits bonheurs dans son quotidien, la fraîcheur et l'innocence des enfants de Dean et Ruth, la première épouse. Mais elle se révélera peu à peu, forte d'une détermination sans faille qu'aucun obstacle n'entravera, entraînant Jason dans son sillage....

Mon gros bémol concerne tous les chapitres consacrés au cascadeur Evel Kneivel. Je ne connaissais absolument pas ce personnage qui manifestement est une véritable légende outre-atlantique. Je pense que l'auteur a voulu montrer la distorsion entre l'outrance ostentatoire et l'austérité extrême que peut parfois présenter l'Amérique dans sa démesure, mais je pense aussi qu'il faut posséder cette culture nord-américaine pour pouvoir apprécier chaque passage de ce livre. Personnellement, je n'ai pas été accrochée et me suis même profondément ennuyée bien souvent devant les exploits et les discours de Evel Kneivel, un personnage qui n'a trouvé aucune résonance en moi...

Ceci dit, en faisant abstraction de ses courts chapitres, j'ai vraiment apprécié cette histoire très prenante écrite d'une plume directe et sensible, parfois tragique, parfois émouvante, parfois étourdissante... J'ai beaucoup aimé suivre le destin de ces jeunes mormons assoiffés de  liberté qui affrontent au mieux les vicissitudes d'un quotidien austère et parviennent à prendre le large non sans y laisser quelques plumes et quelques illusions...

Un grand merci à Babelio et Albin Michel pour cette belle découverte !

Ma notation : 4/5




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mardi 6 mars 2018

Chaman



Auteur : Maxence Fermine
Editions : Michel Lafon





" Le jour où Richard Adam comprit qu'il n'avait qu'une vie, il n'avait jamais été si proche du ciel. " 
Charpentier sur les immenses tours d'acier de Duluth, dans le nord des États-Unis, Richard Adam n'a jamais oublié le sang indien qui coule dans ses veines. Mais le retour sur sa terre natale pour enterrer sa mère va le plonger dans un monde dont il n'aurait jamais soupçonné l'existence.
Paru le 12 octobre 2017


Mon avis :

Richard est un personnage bourru, abrupt, taiseux, totalement asocial, qui ne trouve la paix que seul au milieu de la nature  et dont les seules attaches affectives se résument à sa mère. A la mort de celle-ci, il se sent une obligation, un devoir filial de satisfaire ses dernières volontés , à savoir répandre ses cendres dans son village d'origine.
Il va prendre un congé et partir dans la réserve Sioux qu'elle avait du quitter lorsqu'elle avait choisi de suivre un homme blanc. Il va y rencontrer une famille qu'il ne soupçonnait pas, la lumineuse Olowan et sa grande tribu dans laquelle il va étonnamment se sentir vivant, intégré.... Il va également découvrir des traditions qui vont trouver une vraie résonance en lui et profondément l'ébranler ... Et puis il y a Winona, libre, troublante...

C'est une histoire courte mais puissante, pleine d'une belle humanité, avec de très belles pages sur la nature, la communion avec la terre, avec les éléments...
Il y est aussi question de la culture indienne qui tente de perdurer malgré tous les maux qui la gangrène : l'alcool, les drogues.... le tableau dressé reste sombre, peu de choix s'offrent aux amérindiens et les destins sont tragiques...

Ce voyage va bouleverser totalement Richard qui va puiser en fond de ses racines ancestrales la force de choisir son chemin , une fin superbe qui laisse planer un doute que chacun pourra interpréter à son gré et où destin et légende se rejoignent....

Ma notation : 4,25/5

lundi 5 mars 2018

De cape et de mots



Auteur : Flore Vesco
Editions : Didier jeunesse


Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues... et tente de déjouer un complot.
Un premier roman décapant qui marque tant par la singularité de son héroïne que par la plume inventive de son auteur.

Lauréat du Prix Saint-Exupéry, du Prix Les Etoiles du Parisien, du Prix des collégiens de l'Hérault 6e/5e et Coup de coeur des collégiens d'Asnières 2016.
Paru le 3 juin 2015

Mon avis :

Voici un roman jeunesse très court mais savoureux... Une histoire très simple sans grande surprise, un peu cousue de fil blanc par certains aspects, mais tellement bien racontée que tout passe et se lit avec grand plaisir.

Serine, jeune fille de la noblesse désargentée, issue d'une famille nombreuse, vient de perdre son père. Peu de perspectives s'offrent à elle, sa mère songe à la marier et pour échapper à ce destin qui ne l'enchante guère, elle fuit à la cour pour servir de dame de compagnie à la reine.
D'un tempérament fougueux, imprévisible, la langue acérée et le verbe haut, Serine arrive à la cour et bouscule tous les codes en vigueur. Impulsive, pertinente, impertinente et d'un humour décapant, elle va mette à mal tous les membres de la haute société mais elle se fera aussi des amis loyaux parmi les petites gens.

Complots, manipulations, révélations fracassantes, explorations du château, travestissements , jeux de rôles, faux-semblants, énigmes, Serine va vivre foison d'aventures toutes plus rocambolesques les unes que les autres. On ne risque pas de s'ennuyer avec cette héroïne irrévérencieuse et tellement attachante !

S'il n'y a pas de grande surprise dans le déroulé de l'intrigue et que l'on voit bien souvent les situations arriver, le ton de la narration résolument désinvolte, un second degré souvent sous-jacent (le récit des séjours chez le bourreau tellement drôle !), l'humour omniprésent, la plume inventive font véritablement la richesse du roman. Il suffit de consulter la table des matière pour que "lifrejole", "esperlune" entre autres viennent immédiatement titiller la curiosité et caresser l'oreille.
Il y a de vrais moments suspendus, de jolies trouvailles, des déclinaisons autour des mots particulièrement réussies et bien souvent on ne peut s'empêcher de s'esclaffer...

Une très jolie découverte qui ne fait que me conforter dans l'idée qu'on trouve de bien jolies pépites dans la littérature jeunesse !

Ma notation : 4,25/5

vendredi 2 mars 2018

Uppercut




Auteur : Ahmed Kalouaz
Editions : Editions du Rouergue




Erwan distribue les coups de poing comme il enchaîne les renvois de nombreux collèges. La boxe est un refuge, une réponse qu'il imprime sur la figure de ceux qui le provoquent. Surtout quand on l'attaque sur la couleur de sa peau. Cette semaine-là, il se retrouve loin de sa bande, en stage dans un centre équestre à la campagne, confronté au racisme ambiant. Comment contenir ses émotions et garder les uppercuts serrés au fond des poches ?
Paru le 11 octobre 2017


Mon avis :

Erwan est un jeune adolescent en passe d'être en rupture sociale. Très sensible, il ne sait répondre que par la violence à tout ce qui l'agresse et à force d'incidents, il se retrouve dans un internat pour jeunes en difficultés.
Pourtant Erwan a une famille aimante bien que dépassée et des rêves plein la tête mais Erwan est métis et il a du mal à accepter les regards et les remarques sur la couleur de sa peau... c'est la rage qui l'habite... et il se défoule en tapant du poing sur un sac de boxe à l'instar de son idole Rubin Carter qu'il considère comme un modèle.
Une narration à la première personne dans un style moderne qui colle parfaitement au personnage et à son âge.

Une jolie opportunité lui est offerte par le directeur de l'internat qui semble déceler de belles possibilités en lui, il accepte ce stage d'une semaine dans un centre équestre sous l'égide de Gilbert, un homme rude qui ne semble pas ravi d'avoir un noir pour l'accompagner la semaine durant. Petites réflexions s'ensuivent pleines de racisme et de préjugés et Erwan, contre toute attente, malgré son exaspération, prend sur lui, serre les poings dans ses poches et se lance dans le boulot sans réagir....

Il faut tenir une semaine....

C'est une bien belle histoire dont j'aime infiniment le message, un message plein d'optimisme dans l'humanité, un message qui présente le racisme comme pouvant être un préjugé sur l'inconnu, une idée reçue, intégrée qu'il suffit parfois de peu pour faire tomber. Erwan apprend que même des gens bien peuvent avoir des aprioris , par ignorance souvent et que la meilleure façon d'en venir à bout n'est pas de se servir de ses poings...

Ma notation : 4,5/5

mercredi 11 octobre 2017

Le parlement des cigognes




Auteur : Valère Staraselski
Editions : Cherche Midi


Cracovie, au cœur de l'Europe : durant la visite d'une galerie de peintures, de jeunes Français rencontrent un vieillard insolite portant nœud papillon en laine et canne à pommeau. Il se tient immobile devant un tableau représentant des cigognes. Qui est cet homme irradiant tant d'énergie ? 
Au travers d'un récit bouleversant, le vieil homme témoigne de son expérience dans un pays jadis asservi par les nazis. Il livre cette part de vérité sans laquelle il n'est pas de liberté possible. Cette vérité irréparable que l'on porte en soi pour toujours. 

Une poignante leçon d'histoire.
Paru le 24 août 2017



Mon avis :

Un livre très court, à peine 116 pages lues en une petite matinée, mais un livre percutant qu'on referme certainement pas tout à fait indemne...

.Une équipe de jeunes gens en stage d’hôtellerie à Cracovie.: Katell, Maxime, Zahia, David et les autres déambulent dans les rues de la ville, insouciants, libres, avides de découvertes. Ils flirtent, se promènent et croisent parfois, au détour d'une rue, quelques vestiges d'Histoire qui amènent une gravité éphémère dans leur flânerie.
Il y a une vraie légèreté dans ce début de roman, une légèreté teintée de solennité dans cette ville où la neige étouffe les sons mais n'efface pas tous les stigmates d'une guerre pas si lointaine...

Petit à petit, le roman prend de la densité, cette bande de jeunes en balade croise la route d'un vieil homme dans un musée, figé devant un tableau énigmatique. Sans se faire prier et sans aucun détours, il va se livrer, raconter sa jeunesse, la guerre, le ghetto juif, des souvenirs parfois insoutenables. Il ne cache rien, c'est cru, violent, terrible. Ce n'est en rien un récit linéaire mais une multitude de souvenirs incoercibles qui suivent un fil conducteur, ce qui donne un réalisme encore plus frappant. Les silhouettes fugaces des disparus traversent son récit : Kijek, Szajna, Luka, et tous ceux dont les noms se sont perdus...., tous morts, martyrisés et pas seulement par les nazis...
Et puis, il y a ce périple incroyable de ce rescapé qui raconte sans fioritures l'horreur, la haine, la fureur, la sauvagerie, la lâcheté et son incroyable ténacité à survivre... et il y a aussi les cigognes, celles qu'il ne peut oublier...

Un livre terrible qui raconte l'indicible, qu'il faut lire parce que le devoir de mémoire c'est l'affaire de tous... J'avais la naïveté de croire que la libération des pays sous le joug du nazisme avait signé l'arrêt des exactions contre les juifs, quelle erreur ! 
Un témoignage précieux, écrit d'une plume précise, directe et sensible, le récit bouleversant d'un vieil homme digne, une transmission nécessaire pour ne pas oublier, pour prendre conscience pleinement...

Un grand merci à Babelio !

Ma notation : 4,5/5



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dimanche 3 septembre 2017

Sukkwan Island




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister


PRIX MÉDICIS ÉTRANGER
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.
Paru le 5 janvier 2010

Mon avis :

Quel livre marquant ! Je l'ai lu il y a quelques temps déjà et il me semble que c'était hier tant les souvenirs en sont vivaces ...
Pas de chapitres dans ce livre là mais deux parties qu'on lit d'une traite sans respirer presque...

C'est un huis clos entre un père et un fils sur une île loin de tout et de tous avec quelques matériels pour survivre et une simple radio au cas où.... Un avion pour trait d'union avec la civilisation qui viendra les voir de loin en loin.
Une fois seuls, il faut s'organiser pour survivre, prévoir le froid, s'adapter à la nature parfois bien plus hostile qu'ils ne l'attendaient et puis il y a la promiscuité entre eux ... ils ne se connaissent pas vraiment et l'attitude équivoque du père amène très rapidement une tension palpable.

Pendant toute la première partie, on suit Roy, on perçoit chacun de ses sentiments, sa difficulté à vivre le rêve du père, à le comprendre... Il s'est laissé embarqué sans enthousiasme dans cette aventure extra-ordinaire et se sent un peu piégé.
C'est extrêmement bien pensé, raconté, les descriptions de la solitude, l'âpreté de l'endroit, l'atmosphère trouble qui peu à peu se charge en tension jusqu'au point de rupture où survient l'inattendu, l'incompréhensible, l'inadmissible .... 

Et on bascule dans la seconde partie où c'est le père qui devient personnage central. J'ai eu moins d'empathie pour lui, même si son parcours est terrible aussi. Je n'ai pas toujours compris toutes ses réactions, ses décisions, mais j'ai été touchée par son incapacité à surmonter le drame, par sa détresse profonde et je n'ai pu poser mon livre avant d'avoir tourné la dernière page .

Une nature préservée, sauvage qui sert de révélateur pour la part la plus sombre de chacun, un drame familial, une exploration des rapports père/fils, des attentes de chacun, de leurs incompréhensions, c'est d'une noirceur totale, c'est dur, c'est violent et c'est magistralement écrit !

Ma notation : 4/5


jeudi 15 juin 2017

L'oiseau du bon dieu



Auteur : James McBride
Editions : Gallmeister



En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir lorsque le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques- unes des heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. 
Cette épopée romanesque inventive et désopilante a été récompensée par le prestigieux National Book Award, le plus prestigieux des prix littéraires américains.
Paru le 20 août 2015 et le 4 mai 2017 en version poche

Mon avis :
Quelle découverte ! Quel fabuleux moment de lecture ! J'ai adoré chaque page de ce bouquin....
Je ne l'ai pas lu d'une traite parce que c'est tout de même un pavé mais quasiment...

C'est une histoire racontée par Henri Shackleford , dit Henrietta, dit la petite échalote, jeune esclave noir, sa propre histoire qui débute le jour où il va croiser la route de l'emblématique John Brown. Cette rencontre déterminante va changer totalement le cours de sa vie.

Libéré sans le vouloir, il se retrouve, déguisé en fille, à la traîne d'une armée dépenaillée menée par un vieux fou, la tête pleine d'utopie. Je n'avais jamais entendu parler de ce John Brown et le portrait qui en est fait est saisissant... personnage charismatique, totalement halluciné, empreint tantôt de grandeur, tantôt de ridicule, qui cite sa propre interprétation de la Bible à tout va et trucide tous ceux qui se mettent sur son chemin sans état d'âme. A la fois protecteur, aimant, loyal mais aussi outrancier, violent, obsédé par son objectif, c'est un homme complexe et fascinant.

Toute cette troupe va sillonner un pays désorganisé où la mort rode, où les tensions se cristallisent entre esclavagistes et abolitionnistes.
Page après page se déroule tout un pan d'histoire décryptée par les yeux sarcastiques d'un jeune noir futé. C'est un roman historique, d'aventure, plein d'action, de fureur, de sang, de folie et d'abnégation, mais c'est aussi d'un humour décapant (Le passage de l'échalote qui va donner son surnom au jeune héros est un must !) et parfois d'une vraie irrévérence !

On rit, on tremble, on est captivé par ces péripéties hors normes et on s'attache à la galerie de personnages tous plus troublants les uns que les autres : Fred le fils simple d'esprit, Owen très pragmatique, Bob, Pie, Sibonia,   etc....les lâches comme les héroïques.... tous sont marquants.

Mais la force du récit c'est avant tout la narration brillante, c'est vivant, piquant, drôle, saisissant. Que j'ai aimé ce style ciselé, à la fois si familier et tellement travaillé, avec sa foison d'expressions colorées, imagées, un style que j'ai savouré tout du long comme une véritable friandise rare et subtile.

Et que dire de la fin si ce n'est que la dernière page, superbe, vient tout magnifier, vient grandir le dérisoire et délivrer un message profond et poétique. Du grand art !

Un récit vivant, des personnages saisissants, un style particulièrement savoureux, un roman parfaitement maîtrisé qui m'a emportée dès les premières pages et m'a chamboulée sur la fin. Une lecture mémorable !

Un grand merci aux éditions Gallmeister et à Babelio pour cette formidable découverte !

Ma notation : 4,9/5


dimanche 26 février 2017

Une vie entre deux océans


Auteur : M.L Stedman
Editions : Stock et Le livre de poche 


Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.
Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…
Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du cœur et du sang.
Paru le 9 octobre 2013 chez Stock
        le 1 octobre 2014 chez le livre de poche


Mon avis :

J'ai eu un immense coup de cœur pour ce livre puissant.... Rarement un livre m'aura autant bringuebalé le cœur entre ses pages...

Le livre commence par l'arrivée sur une plage d'une barque avec à son bord le cadavre d'un homme et un nouveau-né.
Puis on revient en arrière pour nous raconter l'histoire de Tom, le gardien du phare qui découvre cette barque. On nous raconte son enfance difficile, sa rencontre avec Izza.

Tom est un personnage exceptionnel, droit, rescapé de l'enfer de la guerre. Il aime noter tous les jours dans un recueil le moindre des événements de sa journée. Cela l'aide à s'ancrer dans la réalité à se sentir vivre et à maintenir sa vie droite.
Homme solitaire, quasiment mutique, secret, empli de douleurs et de silence. Il est animé d'un sens du devoir exacerbé du à une éducation extrêmement stricte.

Izza quant à elle, est une jeune fille passionnée, entière qui va lui tendre la main et le choisir, lui qui ne s'autorise même pas de rêver.Cette jeune femme est son miracle personnel, il est tout brisé, éteint et elle est vibrante, passionnée, rêve d'une vie pleine d'enfants...Tom se réveille la nuit pour contempler cette magnifique femme, cadeau de la vie.
Elle sera à la fois sa planche de salut et celle qui va le perdre.

Parfois, quand il se réveille à côté d'Isabel, il lui arrive d'être surpris, et soulagé, qu'elle ne soit pas morte. Il guette avec soin sa respiration, juste pour être sûr. Puis, il pose la main sur le dos de sa femme et fait siens la douceur de sa peau, les légers mouvements de son corps endormi. C'est le plus grand miracle auquel il lui ait été donné d'assister.
Il y a un cadre très particulier à cette histoire, une île battue par les vents où ils vivent totalement coupés du monde, en vase clos avec ce phare, lumière dans la nuit, symbole du sauvetage dans la tempête.

Tous les deux, installés sur leur île, vivent des premiers temps idylliques puis le destin va les rattraper et la douleur arrive, la vraie, celle qui ravage les âmes. Izza va souffrir dans sa chair de femmes et tous ses espoirs vont être anéantis. Tom sera à ses côtés jours après jours, acceptant le sort comme inéluctable, ayant connu déjà le pire.

Izza va le pousser à prendre des décisions lourdes de conséquences. Repoussant sa conscience, il va accéder à ses désirs, il l'aime tant et il veut tellement la rendre heureuse....
Tant que la famille reste sur son île à l'abri du monde, c'est le bonheur, Izza le savoure.
Mais le monde extérieur les rattrape et tout va exploser
La culpabilité va tout ronger. 

J'ai eu beaucoup d'empathie aussi pour Izzy, en tant que femme et mère, on ne peut pas rester indifférente à ce qu'elle vit, c'est impossible. En lisant les lignes les plus dures, j'ai eu l'impression de ressentir ses souffrances. On comprend ses décisions bien sûr... Je n'ai pas eu l'envie de la condamner, et ce à aucun moment...

Mais Tom.... quel homme exceptionnel, il est capable de s'oublier lui-même par amour pour elle... son amour est infini !
Il oublie son devoir, sa conscience, il est prêt à se sacrifier pour elle. J'ai tellement aimé son personnage, sa droiture, son honnêteté, sa profonde humanité, et ses doutes qui le déchirent....

Parallèlement, il y a Hannah et Franz, et aussi Bill et Violette dont les douleurs sont muettes.
Ce sont des morceaux de vie, d'amours et de douleurs déchirantes.
Des personnages secondaires attachants, Blue, Ralph....

Alors assurément, ce n'est pas une romance, mais c'est l'histoire d'un amour fou, total, absolu, tant de désespoirs et de passions, de renoncement, de sacrifices....c'est l'histoire d'un homme magnifique rongé de culpabilité dont je suis tombée éperdument amoureuse...


Ma notation : 4,9/5

samedi 11 février 2017

La balafre




Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Editions : Pocket Jeunesse



Olivier, 13 ans, et ses parents se sont installés pour un an à la Goupil, un hameau perdu de la Marne. Un soir, l'adolescent est terrorisé par le chien de la maison voisine qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est donc le seul à croire à l'existence de l'animal. Comme il est le seul à voir Emmi, une petite fille de quatre ans, jouer avec son chien Boule. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier mène l'enquête et met à jour un épisode tragique qui a eu lieu à la Goupil en 1941...
Paru le 23 février 2010

Mon avis :

Un récit court, lu très rapidement, mais une histoire forte et éprouvante....

Olivier nous raconte cette histoire extraordinaire qu'il a vécue l'année de ses 13 ans.
Toute la famille déménage pour suivre le père muté pour une année, ils s'installent dans un petit hameau La Goupil où les habitants ne sont que des silhouettes à peine esquissées, fuyantes. Seule la voisine en face Madame Goret prend une réelle consistance.
Le jeune garçon doit s'habituer à cette nouvelle vie, à cette solitude, ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il a laissé derrière lui son collège et sa bande de copains.... Très vite il commence à voir ce que personne d'autre ne peut voir, il aperçoit un berger allemand terrifiant d'abord seul, puis ensuite avec une petite fille de 4 ans à plusieurs reprises  ... Ses visions le troublent profondément, elles le hantent même et il va vouloir absolument comprendre de qui il s'agit et pourquoi il est le seul à les voir .... Il enquête auprès de sa voisine qui demeure muette et semble même effrayée, dans les archives....Et ce qu'il va découvrir est particulièrement dur et cruel...
Une plongée dans le passé, dans une période trouble où les hommes ont su faire montre d'autant d'héroïsme que de bassesse... le racisme, la délation, la violence, le courage, le dévouement.... Olivier va revivre des instants éprouvants et dénouer tous les fils de cette effroyable histoire...

Un petit bémol pour la toute fin et les circonstances de la balafre, c'est le seul passage un poil excessif pour moi, j'ai eu un peu de mal avec ce mélange vision/réalité aux frontières mal définies...

Un récit captivant et émouvant....Un récit où le fantastique subtilement dosé va être le révélateur d'une réalité crue et sans concession où des destins se sont joués parfois dans l'indifférence...
Un style sobre et direct, un récit fort et marquant !

Ma notation : 4,2/5

Je tue les enfants français dans les jardins



Auteur : Marie Neuser
Editions : Pocket



Lisa, jeune professeur d'italien, se rend chaque jour au collège comme on va à la guerre, avec, en guise d'armée ennemie, les élèves. Au fond de la classe, les garçons se disputent le rôle de commandant en chef en rivalisant d'insultes et de menaces. Du côté des filles, ce n'est guère plus apaisé : comment faire comprendre à une gamine de douze ans qu'elle ne doit pas se prostituer, même pour se payer des vêtements de marque? 
Seule solution pour survivre sur ce champ de bataille où règne la loi du plus fort, se forger une carapace, en attendant son heure... l'heure de la contre-attaque.
Paru le 11 septembre 2014


Mon avis :

Une vraie surprise que ce petit roman ! Une écriture directe, un propos réaliste au point d'en devenir même dérangeant.... il y a des voiles qu'on n'aime pas toujours soulever...

Lisa est cette jeune professeur qui se trouve noyée dans un collège où la violence ordinaire est reine, une violence verbale, physique, une violence latente qui s'insinue dans chacun ... Pleine des jolies illusions qu'un père professeur inspiré et enthousiaste lui avait léguées, la jeune femme va sombrer petit à petit dans la peur et la dépression.... sa vie privée même va en être bouleversée.

Le constat est sans concession, la hiérarchie est aux abonnés absents. La solitude du professeur face à des collégiens ingérables, des collégiens dont les actes se transforment en harcèlement, dont la violence enfle toujours plus est particulièrement bien racontée et on voit monter petit à petit une haine sourde, profondément enracinée qui prend sa source dans la solitude, la terreur et l'impuissance.... On voit vaciller cette jeune femme désabusée, désarmée devant les incivilités qui dérapent de plus en plus gravement, puis on la voit basculer vers l'indicible : un mépris profond pour ces élèves qu'elle n'arrive même plus à considérer comme des êtres humains :
"sois toujours fidèle au poste pour tenter de créer de jolies sculptures avec de la merde servie par pelletées à chaque jour de rentrée, toute cette merde à bien garder loin des rues tant qu'elle n'a pas atteint les seize ans d'âge."
C'est virulent c'est dérangeant, c'est cru.... Le collège devient une véritable zone de guerre où les ennemis se toisent et se rendent coups pour coups, seule la violence règne et ce jusqu'au point de non retour...

Ayant enseigné un an durant dans un EREA, j'ai trouvé le propos parfois extrêmement juste, j'y ai retrouvé ces moments d'intense solitude, et cette difficulté à vivre son métier, à l'exercer... la description des incivilités, des attitudes est particulièrement fidèle et le basculement de cette jeune professeur ne m'a pas semblé être quelque chose de si irréaliste que ça...
Si le trait est poussé dans les réactions de l'enseignante, c'est pour servir un état des lieux particulièrement alarmant....

Un texte violent, un texte brutal, un texte perturbant qui pose de vraies questions sur les collèges des zones sensibles.

Ma notation : 3,8/5

Des petits biscuits pour la timidité


Auteur : Errol Sabatini
Editions : Errol Sabatini


Naëlle possède un étrange don de voyance. Le hasard la jette seule en pleine campagne, dans un vieux moulin qu'elle pense pouvoir restaurer. Julien est un gamin de dix ans, solitaire et peu bavard. Une exquise amitié - qui n'aurait pas dû naître - se noue entre eux. Mais pour la jeune femme, cette complicité semble compromise d'avance. Elle est sûre d'une chose : Julien ne pourra pas recevoir longtemps l'amour dont il a besoin. Ses visions lui font savoir que le destin de l'enfant est déjà tracé, et qu'elle n'y est pas étrangère... Une escapade pleine de vie, entre tendresse et suspense, où l'étrange s'invite sur la pointe des pieds... Pour ce premier roman, j'avais envie de quelque chose qui soit à la fois facile à lire, drôle et étonnant. À la fin du livre, je voulais qu'on se dise : « Non... Il n'a pas fait ça !» Fait quoi ? Vous verrez bien...
Paru le 28 octobre 2016

Mon avis : 

Si j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début du livre, je me suis laissée gagner peu à peu par le charme de la narration toute simple, ces deux voix qui se croisent et qui racontent les écorchures de la vie.
Un enfant blessé qui reconstruit sa vie auprès de sa grand-mère, il raconte dans son journal avec ses mots sa vérité, ses chagrins, sa mère enfermée dans un asile, cette mère qui lui manque tant ...
Une jeune femme dotée d'un don de voyance qui s'installe dans un vieux moulin perdu dans la campagne sans aucune commodité... 
Tous deux se rencontrent, deux solitudes murées dans le silence ...se toisent, s'apprivoisent, s'apprécient....

Toute une foison de personnages secondaires se pressent autour d'eux, des personnages durs, violents, lâches, tendres, tout le quotidien d'un petit village...
C'est un livre à la fois léger, facile et rapide à lire, mais on est aussi un peu ému, il y a comme une mélancolie qui colle au récit ...c'est à la fois triste et touchant, mais pas seulement, on se prend à sourire aussi parfois. 

Une tension doucement s'installe, s'étire au fil des pages, un danger guette le petit Julien et Naëlle se sent impuissante à le sauver ... jusqu'au dénouement violent et si surprenant ... Une fin extrêmement bien pensée, judicieuse qui donne un éclairage nouveau sur tout le livre, une vraie densité au récit et une épaisseur à certains des protagonistes...
N'est pas le personnage principal celui qu'on croit, la surprise est totale et l'on se prend une envie folle de relire le livre depuis le début afin de débusquer tous les indices qui sont forcément là et qu'on a loupés...

Je suis vraiment ravie d'avoir poursuivi ma lecture jusqu'au bout, une lecture agréable et qui ménage son lot de vraies surprises...

Ma notation : 3,8/5


vendredi 23 septembre 2016

Aphrodite et vieilles dentelles


Auteur : Karin Brunk Holmqvist
Editions : Mirobole Editions


Tilda et Elida Svensson, 79 et 72 ans, célibataires, mènent une vie à la routine paisible. Elles font des confitures, vont à l'église et se couchent chaque soir exactement à la même heure. Pas de commodités à l'intérieur de leur maison vétuste : les toilettes sont au fond du jardin, l'eau est à tirer au puits. Tout change à l'arrivée d'un nouveau voisin, Alvar Klemens, ou plutôt de son chat : le félin est pris de frénésie sexuelle en mangeant une des plantes d'Alvar, que celui-ci entretient avec un engrais curieux. Et si elles tenaient avec ce produit l'occasion de s'offrir enfin des W.C. dignes de ce nom ? La révolution est décidée : les deux dames montent un business clandestin d'élixir aphrodisiaque...
Paru le 4 mai 2016



Mon avis :

Lorsque je suis tombée sur ce livre, le titre m'a immédiatement renvoyée vers le très savoureux film de Frank Capra "Arsenic et vieilles dentelles", une telle référence ne pouvait que m'accrocher, et la couverture  ainsi que le résumé ont fini de me décider... et je n'ai absolument pas été déçue.

Tilda et Elida sont deux vieilles filles qui mènent une vie réglée et sans saveur dans la maison de leur enfance. Tout est défini : chaque geste, chaque parole presque et si l'on parle à leur propos d'un naturel souriant, le rire s'est peu à peu perdu au fil du temps.... Rien n'est jamais venu changer leur quotidien, elles continuent immuablement à vivre une vie identique depuis quasiment 80 ans, sans surprise aucune, le confort de la vie moderne n'est pas arrivé jusque chez elles. Les toilettes sont au fond du jardin, elles vont chercher l'eau au puits... Elles vivent dans un passé révolu, même la chambre des parents disparus reste fermée et inaccessible comme au temps de leur enfance.

Lorsque la maison voisine est vendue à un "jeune" homme d'une soixantaine d'années, les sœurs vivent tout d'abord cette arrivée comme un drame. Mais petit à petit, elles vont toutes les deux tomber sous le charme de cet homme distingué et avenant. Elles revivent tardivement des élans de jeunesse, sentent à nouveau battre leur cœur. Cette arrivée chamboule tout leur univers, elles sentent le désir de plaire renaître  et leurs petits habitudes volent en éclats lorsque ce voisin décide de les fréquenter et commence à leur rendre visite.
Alvar est le petit grain de sable qui vient enrayer les rouages d'une vie morne. Il réveille un brusque et profond désir de changement, des pulsions de vie éteintes depuis longtemps...

Alors lorsque les deux sœurs, malignes observent les réactions étonnantes du chat, puis des lapins (un vrai passage drôle celui-là !) , elles vont monter un petit commerce juteux et décider de moderniser leur maison tout en affrontant pour la première fois leur frère Rutger qui jusqu'alors avait une grande emprise sur elles. 

C'est très amusant de suivre ces deux sœurs si particulières, liées par une puissante connivence, très attachées l'une à l'autre. On n'éclate pas de rire à toutes les pages, mais on sourit souvent, très souvent même devant les efforts de ces deux vieilles filles qui se concurrencent pour être la plus belle, devant toutes leurs aventures, toutes les ruses qu'elles mettent en place pour ne pas être découvertes.. et c'est aussi très touchant parce qu'on sent dans la narration une grande tendresse pour ces vieilles filles que la vie a oubliées sur le bord de la route et qui dans un sursaut inattendu tentent de s'offrir enfin un peu de bonheur. 

Lorsque les histoires se croisent, lorsque le personnage du frère prend une densité étonnante, on tourne les pages sans même s'en rendre compte pour arriver à une très jolie fin toute en délicatesse.
J'ai beaucoup aimé l'humour subtil de ce récit, le fort contraste entre une narration très classique et une histoire extrêmement originale et j'ai été touchée par la finesse du propos parce que sous des dehors drolatiques, il est malgré tout question de choix de vie, de vieillesse, de sexualité, de solitude.... Ce qui m'a frappée c'est l'extrême respect des personnages les uns pour les autres et si j'ai souri et même rigolé parfois j'ai aussi été ébranlée par la solitude et la tristesse qui se dégagent de certains aspects du livre.

Un livre drôle, mais aussi grave, un livre triste parfois mais plein d'optimisme.... un subtil mélange qui en a fait une lecture marquante et très agréable malgré quelques petites longueurs parfois.

ma notation : 4/5