Blog de chroniques de lectures variées et diverses :
Littérature - Polars/Thrillers - SFFF - Romances - BD....

dimanche 14 avril 2019

Jeu blanc





Auteur : Richard Wagamese
Editions : Zoé et 10/18




Le poignant récit initiatique d'un garçon amérindien dans un Canada discriminatoire.

Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, rythmée par les légendes ojibwées, la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d'effacer en lui toute trace d'indianité. C'est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970, même au sein du sport national.
Paru en broché le 7 septembre 2017
en poche le 3 janvier 2019

Mon avis : 

Un livre envoûtant, émouvant... Quelle superbe plume !
J'aime déjà tout particulièrement l'univers des indiens, cette osmose avec la nature, cette philosophie de vie. C'est donc avec un grand bonheur que je me suis plongée dans cette lecture.

Un récit, celui de Horse Indien, en centre de désintoxication, celui de sa vie morcelée...
Tout d'abord son enfance dans une famille déchirée entre la culture traditionnelle portée par une grand-mère incroyable (quel personnage !) et l'emprise des blancs que les parents ont plus ou moins acceptée. Il y a des passages magnifiques et douloureux sur le déchirement des familles, sur la disparition des enfants, sur les désaccords autour d'un corps lorsque les croyances et la culture se délitent... Dans ses souvenirs on sent déjà la perversion qui gangrène son peuple autour des parents, de la boisson...

Et puis c'est le temps de l'école.... effroyable, hors du temps, qui lave les cerveaux et les âmes...  Tant de moments d'une violence inouïe qui frappent d'autant plus qu'ils sont racontés dépouillés de toute emphase, de tout pathos, en toute simplicité... Je reste hantée par ces petites silhouettes juste esquissées qui ont disparues, victimes des pires sévices...

Dans toute cette noirceur, Saul se réfugie dans le sport, rédempteur, qui l'aide à oublier l'horreur et à s'oublier, à se surpasser, à donner sens à sa vie....
Quel tour de force magistral d'avoir su m'emporter sur un tel sujet qui se situe bien loin de mes intérêts personnels...je ne suis adepte d'aucun sport d'équipe, je ne regarde aucun match de quelque sport que ce soit et là....
J'ai aimé chaque ligne sur le hockey, cette façon de raconter la découverte, les sensations, les odeurs, l'adrénaline et cette faculté incroyable, l'intelligence du temps et de l'espace qui porte le sport au rang d'Art...Magnifiques lignes sur l'instinct, sur le dépassement de soi, sur l'accomplissement.... 
Mais très vite, Saul, malgré son indéniable talent, est confronté au racisme primaire, odieux.... inacceptable...

Coupé dans son élan, Saul va se perdre et chercher à se retrouver. Quelques belles rencontres l'aideront mais son cheminement intime sera long et douloureux, jusqu'à l'acceptation des non-dits ...  Quel personnage émouvant, terriblement émouvant et attachant !

J'ai adoré cette lecture dans toutes ses dimensions, le fonds, le deuil, l'appartenance, le racisme, les blessures d'enfance comme la forme, d'une poésie envoûtante, d'une élégance dans le propos, d'une justesse dans les sentiments qui offre des lignes d'une profonde beauté.


Merci au #PicaboRiverBookClub pour cette belle découverte, 
je me répète mais j'adore ce principe du poche du mois ♥

Mon appréciation : 📚📚📚📚

mercredi 10 avril 2019

Kill my mother, Tome 2 : Cousin Joseph







Auteur :  Jules Feiffer
Editions : Actes Sud
Collection : Actes Sud BD





Deuxième volet de la trilogie époustouflante de Jules Feiffer. Préquel à "Kill My Mother" où nous découvrirons qui a tué le détective honnête et patriote Sam Hannigan !
Paru le 9 janvier 2019


Mon avis :

Bon père de famille, l'inspecteur Sam Hannigan est un flic qui croit fermement à la grandeur de l'Amérique et à sa mission de la préserver.... Avec son collègue Neil à la morale élastique avec qui il travaille depuis 7 ans, ils ont traqué les "rouges", les trafiquants d'alcool, les petits voyous... 

C'est avec ferveur qu'il répond aux missions qu'un mystérieux Cousin Joseph lui donne, missions dont le but est de défendre les valeurs du pays, missions non officielles qui frôlent l'illégalité...

En pleine dépression, le pays est en proie à la grogne des travailleurs, à la montée d'un nationalisme obscurantiste. 
L'usine Knox emploie des ouvriers qui, emmenés par un syndicat offensif dont l'un des meneurs est un ami d'enfance de Sam,  commencent à se révolter contre les conditions de travail. A sa tête, le vieux Knox, homme d'affaires sans état d'âme, père d'une singulière jeune fille Valérie, se bat contre les menaces de grève planant sur l'entreprise.

Beaucoup de questions sont abordées : les juifs, le cinéma et sa liberté d'expression, l'Amérique bien pensante, les migrants, le racisme ordinaire, la lutte des classes, les gangsters....

L'atmosphère est violente, rude, il y a  manipulations, bagarres, chantages, meurtres... Sam va prendre peu à peu conscience des réalités mais n'est ce pas trop tard...

Des petits chapitres courts, un dessin épuré avec peu de décors, centrés sur des personnages charismatiques, sur leurs gestes, leurs expressions, une ambiance cinématographique, des couleurs sépia qui nous plongent directement dans une atmosphère vieux films policiers en noir et blancs, tous ces ingrédients servent parfaitement un scénario dense et bien ficelé.
Une vraie belle bande dessinée à l'esthétique très singulière qui nous parle d'une Amérique vacillante. C'est beau, c'est dramatique et c'est terriblement fascinant...
Je vais très vite me procurer l'autre tome de la série et attendre la sortie du prochain.

Merci à Lecteurs.com pour cette première chouette découverte ! 

Mon appréciation : 📚📚📚📚

planches :



mardi 26 mars 2019

Le Vercors oublié - La résistance des habitants de Saint-Martin (1942-1945)



Auteur : Francis Ginsbourger
Editions : Les Editions de l'Atelier




Tout commence par une chemise bleue à glissière qu'une grand-mère confie à son petit-fils : "Mes enfants ne sauront pas quoi en faire, ton père et ton oncle n'en ont jamais reparlé." Dans la chemise : les minutes de l'instruction d'un procès intenté pour des faits de vol et de délation commis à Saint-Martin-en-Vercors en juillet 1944. Quelle histoire se cache sous ce document d'archive ? Francis Ginsbourger suit la trace de sa famille, laquelle, pour échapper aux lois antisémites de Vichy, a trouvé refuge en 1943 dans le village qui allait, quelques mois plus tard, abriter l'état-major du premier maquis de France. Ce livre est le récit haletant d'une enquête au long cours où se mêlent la saga d'une famille, l'histoire de l'implantation et de la répression des maquis du Vercors drômois, et celle de la résistance au quotidien d'un village français. Témoignages et archives patiemment recueillis révèlent comment la plupart de ses habitants, à commencer par le maire et le curé, opposèrent à l'occupant, d'abord italien, puis allemand, le rempart de leurs silences, de leur courage et de la ruse. A travers des portraits saisissants, l'auteur fait sortir de l'ombre "ces montagnards qui connaissaient la montagne, qui se connaissaient entre eux et qui savaient se taire". Des femmes et des hommes ordinaires, oubliés de la légende résistante, qui sauvèrent des vies en posant des gestes extraordinaires.
Paru le 21 février 2019

Mon avis :

Une fois n'est pas coutume, je sors de ma zone de confort avec cette lecture... je ne suis absolument pas friande d'essais, d'autobiographies et autres écrits de non fiction, je ne lis que des romans, de toutes sortes certes, mais des romans.
Ce livre, c'est avant tout un titre, et puis un thème qui m'intéresse vraiment et j'ai tenté... bien m'en a pris !

Il y a quelque chose de très émouvant dans ce récit, la quête de l'auteur pour redessiner l'histoire de sa famille à partir d'une simple archive. Muni de cet héritage qui le questionne, il se lance dans une enquête extrêmement minutieuse pour suivre pas à pas tout le périple de ses grands-parents juifs fuyant les lois antisémites de Vichy. L'histoire familiale se trouve alors intimement liée à l'Histoire du Vercors, de ses habitants, des montagnards pour la plupart anonymes qui protègent, choisissent de se taire et de résister. 

En retrouvant les descendants de ceux qui ont vécu ces heures sombres, qui ont aidé de toutes les façons sa famille, l'auteur met à jour tout un pan d'Histoire, des anecdotes, des faits, des témoignages, l'importance de l'Eglise dans leur sauvegarde.
Il suit leurs pas, retrouve le "scialet" qui les a abrités, et rend hommage à ces hommes oubliés, à un pays qui a fait face à l'ennemi avec courage.... 

Je me suis laissée totalement prendre par ce récit circonstancié, riche de foison d'anecdotes. Un livre qui nous fait revivre des heures sinistres de l'intérieur, qui nous donne un aperçu extrêmement réaliste des combats quotidiens de l'époque grâce à l'incroyable travail de recherche de l'auteur. Un livre à lire pour redécouvrir, pour prendre la pleine mesure du passé.

Un grand merci à Babelio  et aux Editions de l'Atelier 

Mon appréciation : 📚📚📚📚 





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jeudi 14 mars 2019

Haut le choeur





Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Editions : Taurnada




"Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver". Depuis qu'Eloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l'angoisse que la criminelle sanguinaire s'évade de prison... Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d'Eloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse... Une promesse de sang.
Paru le 14 mars 2019

Mon avis :

Alix est une jeune journaliste lorsqu'elle écrit un ouvrage sur Eloane Frezet, redoutable tueuse en série, qu'elle interviewe longuement. Lorsque cette dernière demandera une liberté conditionnelle, c'est ce livre qui pèsera à charge dans la balance et qui poussera le juge à refuser. Dès lors, Eloane n'a qu'une envie, se venger d'Alix... La menace est réelle, et ébranlée, la journaliste ira jusqu'à changer de spécialité...

Depuis, malgré cette épée de Damoclès, elle mène une vie plutôt tranquille auprès de son époux, médecin légiste. Le couple est  heureux, soudé, très complice.
Mais un simple coup de téléphone va balayer le fragile équilibre qu'elle s'est reconstruit. Eloane s'est échappée de prison et s'est empressée de le lui faire savoir...

S'en suit un véritable jeu du chat et la souris, parsemé de violence, de peur, de cadavres...et de musique.

Un roman difficile à poser tant la tension enfle page après page... les morts s'accumulent, la police se démène, mais la tueuse est une redoutable adversaire qui ne laisse rien au hasard et les impasses s'accumulent. Aucun indice sur ses motivations, il faudra reprendre les enquêtes passées, chercher des liens, s'attendre à tout  et pourtant rien ne pouvait présager le pire....

Je ne vais pas m'étendre plus longuement, le roman est court et ce serait dommage de trop en dévoiler. J'ajouterai juste que la fin est incroyable, violente, inédite....le titre et la couverture prennent alors tout leur sens, c'est terriblement bien pensé !

Un excellent thriller au suspense soutenu, d'une redoutable efficacité , impossible à lâcher....

Un grand merci aux Editions Taurnada et à Joël Maïssa 
pour cette nouvelle découverte.
J'aime décidément beaucoup la ligne éditoriale de cette petite maison d'éditions.


Mon appréciation : 📚📚📚📚



mercredi 6 mars 2019

Sommeil aboli




Auteur : Christophe Mogentale
Editions : Auto-édité



Après la catastrophe de Chanoo, la guerre civile fait rage au sein du monde de Nanek. Trois hommes s’allient dans la volonté de créer un monde meilleur. C’est ainsi que la cité-bulle de Machia voit le jour. Sa spécificité ? le Sommeil Aboli, une pilule obligatoire qui neutralise votre besoin de sommeil. Le temps vous appartient désormais, mais plus celui de rêver. Considéré comme un loisir illégal, ce que l’on appelle dorénavant les drims, est devenu une nouvelle drogue.

Premier précepte des Drimeurs : Ne jamais consommer ses propres rêves

Arty Halfidre est un drimeur, brisant les règles du Sommeil Aboli, il vend ses propres rêves. Travaillant entre Machia et les extérieurs, il se retrouve impliqué malgré lui dans les complots qui visent la cité. En effet, certains de ces drims semblent produire des effets étonnants sur ceux qui les consomment. Au fil du temps, Arty commence à douter. Qui l’utilise afin de nuire ? Machia ressemble-t-elle vraiment à la cité de liberté que son père avait imaginée ? En qui peut-il avoir vraiment confiance et où se cache la vérité ?
Paru le 24 septembre 2018

Mon avis :

 Machia,  nouvelle cité exemplaire née après catastrophe et guerres, présente une image idyllique. Dorénavant, on ne perd plus de temps à dormir, la pilule Sommeil Aboli permet d'étirer le temps et d'avoir foison de loisirs après le travail. Tout semble au mieux et pourtant.... un trafic se développe autour des drimeurs, ces hommes qui prennent le risque de dormir et d'enregistrer leurs rêves qu'ils vendent sous le manteau parce le rêve a désormais disparu en même temps que le sommeil...

Arty Halfidre, protégé d'un des fondateurs de Machia, s'adonne à ce commerce illégal. Sa position et ses fonctions lui donnent une grande liberté de mouvement. Il peut sortir quotidiennement de Machia vers Les Extérieurs, contrées dangereuses où il vend ses disquettes de drims au prix fort. 
 Mais peu à peu, Arty devient l'enjeu de sombres machinations, ses rêves lui échappent et il va devoir démêler le vrai du faux, découvrir ceux qui le trahissent. 

J'ai beaucoup aimé l'univers imaginé par l'auteur, cette cité idéale où le sommeil n'existe plus, où le temps appartient à chacun.... et où le bonheur n'est malgré tout pas garanti pour tous. Qu'en est-il d'une société sans rêves, une société policée dont les lois impitoyables que l'on découvre peu à peu sont le revers de la médaille. Que reste-t-il des idéaux des fondateurs de Machia si ce n'est des obligations et des interdits et un constat de danger imminent...
L'Art est devenu terne et convenu dans la cité : "...aucun art ne peut émerger facilement d'un tel monde, où la population se contente de la réalité." (p.190) dit un des protagonistes du récit. Et l'Art n'est-il pas le garant de notre humanité, l'expression des rêves et des souffrances des populations... L'auteur soulève les questions et laisse ses personnages y répondre de multiples façons, chacun avec ses convictions. Aucun manichéisme chez eux, tous sont denses et contiennent une part d'ombre.. 

Outre le thème autour de la société, du bonheur, j'ai beaucoup aimé la construction du roman,
en premier lieu le récit toujours intéressant qui mêle aventures, exploration scientifique (j'ai adoré le passage avec R5P, j'aurais tellement voulu qu'il se prolonge !), romance, réflexions, qui parle d'amitié, de loyauté, de désobéissance...  mais aussi l'alternance des narrations qui apporte une vraie dynamique :  le récit en lui-même entrecoupé de drims en italique surprenants , de lettres envoyées et reçues. Tout s'enchaîne parfaitement jusqu'au final inattendu et étourdissant qui d'un seul coup donne une nouvelle perspective à tout le roman que l'on ne peut s'empêcher de reprendre, de feuilleter. Tout s'agence, prend sa place dans un prisme nouveau et tellement intelligent.

Une excellente lecture, pleine de surprises, de profondeur, maîtrisée de bout en bout jusqu'à ce final remarquable, un livre avec une véritable âme, qui ne se termine pas à la dernière page mais vous poursuit encore un temps...

Je remercie tout particulièrement l'auteur pour l'envoi de son roman, pour sa confiance ... 
Merci pour cette belle découverte !

Mon appréciation : 📚📚📚📚

mardi 26 février 2019

Toute la ville en parle



Auteur : Fannie Flagg
Editions : Cherche Midi



Plus qu'un roman : un appel au bonheur !

L'auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l'histoire d'un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu'à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. Et c'est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d'un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l'autre, si d'inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie, et la mort, de cette paisible petite communauté.
Paru le 7 février 2019

Mon avis :

Quel livre original !
Il ne s'agit en aucun cas d'un récit linéaire classique, mais plutôt de l'histoire d'une petite ville depuis sa création en 1889 jusqu'en 2021 et ce à travers foison de personnages, anecdotes, faits divers, lettres...

Il y a bien sûr des personnages récurrents, la famille fondatrice avec le charismatique Lodor Nordstrom et sa femme Katerine, Elner et ses sœurs, l'attachante institutrice... etc
A travers les petites parcelles de leurs vies, drôles, émouvantes, surprenantes ce sont toutes les émotions humaines que l'on rencontre :  l'amour, l'amitié, l'entraide mais aussi le vice, la violence... et c'est d'une façon un peu désinvolte, décalée et pleine d'humour que l'auteur raconte les faits, ironise avec tendresse sur les travers de ses personnages, leurs singularités. Elle réussit le tour de force de nous les rendre attachants, familiers en deux pages, même ceux qui ne font que passer, de nous émouvoir et de les croquer tous avec leurs défauts et leurs qualités en quelques lignes.

En racontant le quotidien de Elmwood depuis la première maison édifiée dans un coin reculé, l'auteur déroule une véritable page d'Histoire avec ses progrès techniques, l'évolution de la musique, de la danse, l'apparition du cinéma, les guerres. Certains grands noms apparaissent au détour d'un chapitre, des clins d’œil savoureux sont parsemés au fil du récit comme l'arrivée de Bonnie and Clyde. ...

Les protagonistes se succèdent, disparaissent mais pas tout à fait encore...Et ils se retrouvent au cimetière juché en haut d'une colline qui domine la ville, comme un premier pallier après la mort, un endroit apaisant où ils s'attendent, se retrouvent, discutent et observent la vie qui continue et se transforme...

Il y a un brin de nostalgie et de tristesse quand on sent la société passer de cette formidable fraternité à l'individualisme moderne, quand on voit la ville s'éteindre peu à peu....

Une jolie fin, un peu sous forme de conte, vient clôturer cette chouette lecture dont j'ai beaucoup  aimé l'esprit, la fraîcheur, la plume déliée et sensible.
Je ne connaissais pas Fannie Flagg et je lirai avec plaisir d'autres de ses romans ! 

Un grand merci à Léa , au Picabo River Book Club et aux Editions Cherche Midi
pour cette belle lecture...



Mon appréciation : 📚📚📚





dimanche 24 février 2019

Un poisson sur la lune




Auteur : David Vann
Editions : Gallmeister



"Les gens seraient-ils en réalité tous au bord du suicide, toute leur vie, obligés de survivre à chaque journée en jouant aux cartes et en regardant la télé et en mangeant, tant de routines prévues pour éviter ces instants de face à face avec un soi-même qui n'existe pas ? " Tel est l'état d'esprit de James Vann lorsqu'il retrouve sa famille en Californie – ses parents, son frère cadet, son ex-femme et ses enfants. Tous s'inquiètent pour lui et veulent l'empêcher de commettre l'irréparable. Car James voyage avec son Magnum, bien décidé à passer à l'acte. Tour à tour, chacun essaie de le ramener à la raison, révélant en partie ses propres angoisses et faiblesses. Mais c'est James qui devra seul prendre la décision, guidé par des émotions terriblement humaines face au poids du passé, à la cruauté du présent et à l'incertitude de l'avenir. David Vann revisite son histoire familiale et réussit une confession spectaculaire, mêlant subtilement réalité et fiction pour livrer une implacable réflexion sur ce qui nous fait tenir à la vie.
Paru le 7 février 2019

Mon avis :

Un livre particulièrement bouleversant, de ceux qui vous touchent au plus profond de l'intime... J'ai mis beaucoup de temps à écrire ma chronique, j'ai eu un mal fou à trouver les mots pour délivrer toutes mes impressions.

Jim Vann est un homme en pleine dépression au bord de l'abîme. Il est à un moment clé de son existence, un moment où il prend la mesure du chemin parcouru, une sorte de bilan sur sa vie affective et professionnelle, ses couples ratés, ses infidélités, ses désirs contrariés, ses mauvaises décisions....
Il décide de se retourner vers les êtres qui lui sont chers dans une tentative désespérée de retrouver un sens à sa vie, de retrouver l'envie de continuer mais son parcours sonne très vite comme un dernier adieu.

Que d'émotions dans ce récit !
Il y a la famille avec tous les efforts touchants du jeune frère, l'impuissance désespérée de la mère, l'affection silencieuse du père, l'insouciance des enfants....quelques moments de grâce parfois mais beaucoup de déchirements...
On suit les pensées de cet homme désincarné, ses confrontations aux autres. Les filtres disparaissent , le sens de la politesse, les codes de la société sont gommés, il est cru, direct, acerbe et raconte ses errances et le sexe comme seul palliatif, mais un sexe miteux, profondément insatisfaisant.
Il y a la parole, les mots dits, les sentiments énoncés et une distanciation avec lui-même comme s'il se regardait vivre. Le prisme en est vertigineux : vacuité de la vie, passé foiré, présent vide. Il se sent comme dépossédé de sa propre vie, à l'extérieur de tout, et sa solitude est abyssale...

Malgré une fin annoncée, la tension enfle page après page, nourrie par cette fascination morbide pour les armes qui revient constamment, cet attrait dont il ne peut se défaire, la puissante sensation qu'elles procurent une fois dans la main et puis l'idée de partir en emportant les autres qui jaillit régulièrement...

Ce qui est encore plus bouleversant c'est qu'on touche du doigt la réalité du récit, l'histoire de l'écrivain-fils qui retrace les derniers jours de son père sans aucun faux-semblant dans une quête déchirante pour comprendre, qui met bout à bout les morceaux connus en comblant les vides avec une extrême sensibilité.  Le texte en lui-même est tellement juste et profond avec une telle authenticité...
Ce livre m'a profondément touchée, bousculée, questionnée. Un grand roman percutant que je n'oublierai pas de sitôt !

Un grand merci à Léa , au Picabo River Book Club et aux Editions Gallmeister
pour cette émouvante découverte...



Mon appréciation : 📚📚📚📚